
Vous voyez un tableau baroque ? C’est de la surcharge, de l’exagération, du drame, du rococo dans tous les coins et du patchouli à ne plus savoir quoi en foutre. Et bien, la Baroque Pop, c’est pareil. Remplacez le rococo par des clochettes et le patchouli par des fondus sur les guitares rythmiques, rajoutez deux-trois violons et vous obtenez School Is Cool, nouveaux poulains du terroir Rock belge. On a profité de leur passage à Lyon pour échanger quelques idées sur Britney Spears, la liberté et l’art de la mesure.
ZYVA : Dans une de vos précédentes interviews, vous dites qu’il n’y a rien de mal à faire de la Pop. Vous dites ça parce que vous pensez que la Pop a tendance à être dévaluée ?
Johannes Genard : J’ai surtout dit ça parce que je trouve qu’il existe plein de bons groupes de Pop, et qu’il est triste que les gens pensent que la Pop se réduit à Britney Spears ou Nicki Minaj. Les Beatles aussi étaient Pop ! Bruce Springsteen est Pop ! Même Tom Waits est Pop ! La Pop est un concept très vaste. Faire de la musique entraînante qui parle à beaucoup de monde n’est pas une mauvaise chose, du moment que tu ne sacrifies pas tes valeurs pour ça. Je pense que Britney Spears a dû faire beaucoup de sacrifices, par exemple. Peut-être que si elle avait écrit sa propre musique sans avoir à faire de compromis, je la respecterais, bien que je n’aime pas sa musique.
Z. : Et vous, vous avez déjà eu à faire des sacrifices ?
J.G. : Non. On n’est pas assez gros (rires). On nous a déjà demandé des dates bizarres, genre de jouer pour des séminaires, notamment pour une compagnie de carburants. Bon, on ne l’a pas fait, bien sûr, mais on avait reçu une série de mails assez drôles. On nous a aussi offert pas mal de thunes pour que notre musique soit utilisée dans des pubs, mais on ne l’a pas fait non plus. Dans ce genre de situations, il faut savoir mesurer le pour et le contre.
Z. : Dans In Want Of Something, vous dites que « la vie est ennuyeuse si on ne suit pas de règles ». Est-ce que c’est une chanson à propos de la transgression ?
J.G. : Je ne sais jamais vraiment expliquer d’où sortent nos paroles, car elles sont pleines d’associations un peu obscures. Le thème principal de In Want Of Something, c’est la globalisation. Comment dire… Trop de liberté, c’est chiant. Quand tu vas au supermarché, tu te retrouves devant trente marques de lait différentes, et tu es incapable de choisir ! Et après, si on te demande pourquoi tu as choisi celui-là plutôt que celui-ci, tu vas juste dire un truc du genre : « Oh, le packaging est cool ». Tu vois ce que je veux dire ? Je ne dis pas que je voudrais revenir à la société telle qu’elle était avant, mais je pense que la globalisation a rendu la vie plus terne, plus plate.
Z. : Quand tu parles de règles, tu parles donc de règles morales ?
J.G. : Ouais. Un peu comme des limites, en fait. Mais « limites », ça ne sonnait pas très bien (rires) !
Z. : Alors, vous avez gagné le plus gros concours Rock de Belgique, Humo’s Rock Rally en 2010, et puis tout s’est enchaîné très rapidement : « Entropology », votre premier album produit par Das Pop a été disque d’or en Belgique l’année dernière, vous le sortez maintenant en France, en Angleterre, en Allemagne… A quel moment est-ce que vous vous êtes dit : « On l’a fait, on est des pros » ?
J.G. : Quand j’ai pu payer mon loyer (rires) ! Bon, on ne gagne pas grand-chose encore, mais ça m’a fait bizarre ! Et puis, j’ai dû arrêter les études pour me consacrer au groupe.
Z. : Merde, vous allez devoir changer de nom.
J.G. : (rires) C’était une blague à la base, un nom que j’avais trouvé vite fait pour mettre sur le MySpace. Et puis on a gagné ce concours en Belgique, et il était trop tard pour le changer. Mais j’aime bien ce nom, car il a un certain côté pathétique. Ca serait un bon slogan à foutre sur les boîtes de céréales, avec une photo de chien avec un saxophone, des lunettes de soleil, un skate ou un truc du style. Genre : « Eh, les enfants ! L’école c’est trop cool ! Ne touchez pas à la drogue ! » (rires).
Titre d’un artiste ou d’un groupe qui pourrait vous représenter vous ou votre musique :
Arcade Fire – Power Out
C’est ce qui m’a donné envie de faire de la musique. Elle est à la fois incroyablement sombre et énergique… c’est une des meilleures chansons du monde.