AaRON

Interview de AaRON
Date : 14/03/2007
Lieu : Ninkasi Kao
Par : Jagunk, Mag

Rencontre avec AaRON dans les loges du Ninkasi Kao, 30 minutes avant le premier concert de leur tournée.

ZYVA : Alors ce soir c'est complet, ça veut déjà dire que le public lyonnais vous connaît et vous apprécie.

Simon : (Rires) On verra après s'il nous apprécie. On a fait tous nos premiers lives ici, on a fait le premier showcase à la Fnac et là ce soir c'est notre premier live. Là c'est notre première date de la tournée et comme tu nous vois on est stressés, on a une pression de ouf.

ZYVA : Vous pouvez vous présenter ?

Simon : Moi c'est Simon je suis chanteur, je compose et j'écris les textes.
Olivier : Olivier, moi c'est tout ce qui est instruments et arrangements.
Simon : Et on s'est rencontrés il y a 2 ans et demi, ça a pris forme à ce moment là, après on avait tous les deux des empêchements, car moi je tournais des films et lui faisait des tournées avec son groupe, donc on n'avait pas trop de temps tous les deux. Du coup ça a donné une énergie de création assez forte, parce qu'on avait beaucoup de choses à dire et pas beaucoup de temps pour le faire. Après, ça fonctionne ou pas. On s'est rencontrés il y a 2 ans et demi et puis après ça s'est un peu échelonné, il y a eu de grosses périodes de travail puis plus rien, puis on se revoyait et on bossait encore.

ZYVA : Qu'est ce qui vous a poussé à créer le groupe ?

Simon : Je sais pas, c'est naturel, t'as des choses à dire et puis tu cherches le moyen de l'exprimer. Quand t'as une base créative en toi tu as du mal à t'arrêter à une discipline, c'est pour ça que je continuerai la comédie en parallèle. Moi, à la base, j'écrivais des textes et je n'avais pas l'intention de créer un groupe, c'est venu un peu par hasard. A la base j'ai rencontré Olivier parce qu'il faisait de la musique avec une amie commune, qui a fait la pochette de l'album et qui a réalisé le film (" Je vais bien, ne t'en fais pas "), ils faisaient de la musique ensemble et elle avait besoin d'un coup de main pour écrire des textes en anglais, je lui ai donc filé un coup de main. Puis un jour j'ai voulu assister à un enregistrement studio pour voir ce que ça donnait et elle m'a tendu un petit piège: elle m'a dit d'aller chanter dans le micro. Voila en gros comment ça a commencé.

ZYVA : Tu es bilingue ? C'était un choix d'écrire les paroles en anglais ?

Simon : Mon père est américain et ma mère française. Pour l'anglais, en fait, on a fait cet album sans aucune logique commerciale, on a apporté tous les deux de la matière pour travailler et moi, tout connement, je réfléchissait parfois en anglais et j'écrivais les textes comme ça me venait. Par contre je suis incapable de réécrire une chanson: si elle est en anglais, elle reste en anglais, et inversement. Quand on a commencé à démarcher pour l'album, tout le monde nous disait d'écrire en français, nous disait qu'il n'y avait pas de tubes, que c'était pas radiophonique, mais de toute façon je voulais pas le faire et je savais pas le faire.

ZYVA : Tu trouves que l'anglais passe mieux pour votre musique ?

Simon : J'en sais rien, mais ce qui est intéressant c'est que les deux langues naturellement ne sont pas dans la même fréquence et que ça apporte un truc différent c'est sûr. Mais après, le français, ça chante beaucoup aussi, puis ces deux langues font partie de moi et il y a des mots que je trouve plus beaux en français et d'autres en anglais, il y a même des chansons où j'ai mélangé les deux. Mais les langues en général sont intéressantes, par exemple pour la suite j'aimerais bien chanter, je dis n'importe quoi, en arabe, par exemple, on veut pas s'arrêter à une langue.
Olivier : Même en anglais, on veut pas sombrer dans la facilité, il y a plein de trucs qui sonnent facilement et on voulait pas tomber dans le truc de base : " yeah yeah, baby, come on "!
Simon : Si j'écris en anglais, c'est juste que j'ai des choses à dire en anglais.

ZYVA : (Gros trou de mémoire) c'était quoi la question !?

Simon : Ca va sinon ? (Rires)

ZYVA : Quel regard avez vous sur la scène française ?

Simon : Olivier et moi, on écoute énormément de choses différentes, moi j'écoute beaucoup de raï, de musique tsigane, manouche, du jazz, du classique, pas mal de hip hop aussi, de vieux trucs comme Janis Joplin, Nina Simone...Dernièrement, Antony and the Johnsons. Après, la scène française, oui il y a des choses assez belles, je trouve que Camille est quelqu'un d'extrêmement douée, tant que ça me rentre dans le bide directement. Après je ne la connais pas si bien que ça, la scène française.
Olivier : Non, et puis peut être qu'on va la découvrir au fil des tournées, puis c'est assez réducteur la scène française, quand tu me parles de scène française, je vois un mec avec une guitare sèche à la Delerme, et c'est plus large que ça la scène française.
Simon : Oui c'est très large, il y a des mecs comme I am, ils font partie de la scène française et ils défoncent. On va dire que les dernières claques, c'est Camille, Abd al malik et Grand corps malade.
Olivier : C'est bien car c'est enfin des trucs qui sortent des cases pré formatées pour les médias et ça fonctionne, il y a encore de l'espoir.

ZYVA : Vous avez le temps d'acheter des CD ?

Simon : Oh ouais t'inquiète, non ça va, on n'habite pas dans un jet privé (rires). Non moi j'ai moins le temps d'aller au cinéma, ça me fait mal, mais acheter des disques c'est bon. Qu'est ce que tu as acheté dernièrement ? (À Olivier)
Olivier : Arcade Fire
Simon : Et moi j'ai acheté quoi ? J'ai acheté un album d'Arvo Pärt, c'est pas un truc nouveau mais c'est un tuerie si tu peux écouter n'hésite pas, c'est absolument magnifique !

ZYVA : Le nom « Aaron » ça vient d'où ?

Simon : C'est un acronyme du titre de l'album (Artificial Animals Riding On Neverland), ça représente bien le monde imaginaire que chacun a en soi et c'est important de le nourrir, la traduction c'est : Des animaux artificiels qui chevauchent un pays imaginaire. Si tu te tapes un trip c'est un peu ce qu'a tout le monde en soi, je pense qu'en grandissant les gens se brûlent un peu, ils s'interdisent beaucoup de choses, c'est très important de nourrir son imaginaire. Il y a de l'espoir en l'humain, chaque humain a un cerveau et il sait s'en servir, il a un coeur et souvent on lui dit "là c'est fini, maintenant t'es un adulte, tu peux plus t'as pas le temps"...ben si, t'as le temps, c'est ça le plus important, de nourrir cette chose.

ZYVA : Ca s'est passé comment pour la BO du film ?

Simon : C'est Mélanie Laurent, qui est une amie à moi que je connais bien, qui m'a proposé de passer voir Philippe Lioret pour un petit rôle dans le film, puis par la suite elle a entendu qu'on faisait de la musique et elle a voulu écouter, ça lui a plu et elle en a parlé à Philippe.
Elle a commencé a me parler du film car la musique a une place très importante, c'est pas n'importe quelle BO puisqu'elle représente un personnage. On venait de finir "U turn" et Philippe l'a écouté sur la maquette et nous a rappelé pour d'autres chansons.
Mais tout est venu de Mélanie Laurent qui s'est battue pour faire écouter nos chansons, car ils avaient déjà la musique. En une journée on a halluciné, on a eu toutes les maisons de disques qui nous ont rappelés, c'était n'importe quoi, c'était les mêmes qui nous disaient " on veut pas de vous, ça marchera pas " et là ils étaient tous gentils. On était un peu surpris car on n'a jamais eu de logique commerciale en faisant ça et puis l'histoire est jolie, c'est magique !

ZYVA : Et ce soir 600 personnes !

Simon : hé mais arrête ! (Rires)

ZYVA : Vous êtes que tous les deux sur scène ?

Simon : Non on est trois.

ZYVA : Qui est la troisième personne ?
(En même temps)
Simon : Tu verras tout à l'heure!
Olivier : Un violoncelliste

(Rires collectifs)

 

Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait vous représenter vous ou votre musique :

Antony and the Johnsons – « Hope there's someone »

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