NADJ

Interview de NADJ
Date : 19/04/2007
Lieu : Printemps de Bourges 2007
Par : Jagunk, Yoch

Rencontre avec Nadj au Printemps de Bourges

ZYVA : Merci de nous recevoir à Bourges.

 

Nadj : Merci à vous.

 

ZYVA : Tu es de Grenoble, c'est ça ?

 

Nadj : Oui, on est de Grenoble, moi je suis là bas depuis à peu près trois ans, c'est là bas que j'ai pu monter le projet, trouver les musiciens, former le power trio. Du coup, je suis restée sur Grenoble, j'y habite et ça me plait bien.

 

ZYVA : On a vu que ça faisait dix ans que tu faisais du son et pourtant on ne te découvre que maintenant.

 

Nadj : Ouais, ça fait même plus de dix ans. En fait, j'étais surtout connue du monde des pros parce que j'ai beaucoup bougé avec ma guitare pour me faire connaître. Donc c'est vrai que les pros me connaissent depuis longtemps et que le public ne me découvre que maintenant. Parce qu'il n'y avait pas encore eu un album, toute une équipe, un tourneur pour développer le projet. Là c'est arrivé assez récemment, il a fallu beaucoup de temps pour faire tout ça.

 

ZYVA : Donc tu n'as fait qu'un album ?

 

Nadj : J'avais fait un autoproduit il y a trois ans à Grenoble, c'est ce qui nous a permis de démarcher les maisons de disque et de commencer à se faire connaître un peu et d'être un peu plus pris au sérieux. Parce que c'est toujours pareil, toi t'as la foi en ton projet mais s'il n'y a pas les gens qui vont mettre le coup de pouce pour crédibiliser l'histoire, c'est plus dur. C'est que du relationnel en fait. Après tu te rends compte que toute seule tu ne peux pas avoir toutes les casquettes. Moi j'avais un peu de mal à me sentir producteur, tourneur, trouver mes dates moi-même, donc je faisais comme je pouvais avec les gens que je connaissais, mais c'était du coup par coup donc c'était pas très efficace. Pendant dix ans, j'ai fait un peu les montagnes russes.

 

ZYVA : Et là tu sens que c'est parti ?

 

Nadj : Là je sens qu'enfin j'ai une vraie structure, j'ai un tourneur, une équipe, une maison de disque, un éditeur... tout pour avancer quoi.

 

ZYVA : Ce soir tu es à Bourges, c'est différent des autres concerts ?

 

Nadj : Oui parce qu'il y a beaucoup de programmateurs, de personnes du milieu de la musique, donc c'est une date qui peut faire parler. Moi à coté de ça j'essaie de ne pas me mettre trop de pression. C'est vrai qu'on sait que ce n'est pas une date innocente. Nous après, ça fait plus de deux mois qu'on est sur la route, donc finalement on est vraiment dans le rythme de la tournée.

 

ZYVA : Et tu as des dates à l'étranger de prévues ?

 

Nadj : J'aimerais vraiment, on a déjà joué en Suisse et on a trouvé un tourneur. Donc je pense qu'on devrait pas mal tourner en Suisse à la rentrée. Après il y a aussi la Belgique parce que le disque est sorti là-bas et c'est en train de se négocier. Il y a le Québec aussi, je suis très branchée Québec. J'y suis déjà allée plusieurs fois. On est en train de monter des dossiers aussi pour exporter la musique dans des pays d'Amérique du Sud ou du Maghreb.

 

ZYVA : On a vu sur ton site Internet que tu citais Queen Adreena en influence, ce qui nous a fait plaisir puisqu'on aime bien ce qu'elle fait.

 

Nadj : Je suis très très fan, et quand on a fait la date avec eux c'était un grand moment, un pic culminant dans la tournée. Ca a déjà été une grosse leçon pour moi au niveau artistique. En plus c'est une femme, et en tant que femme elle m'a donné beaucoup de choses par ce qu'elle envoie sur scène. Elle m'a ouvert des portes en moi, d'autorisation, d'aller chercher en soi des choses très fortes et d'assumer ça à fond. En plus on a pas mal discuté ça a été une rencontre très forte, une belle connexion. Ca nourrit en fait. Après tu es là, tu vois un peu plus clair où tu dois aller.

 

ZYVA : Et il y en a d'autres des artistes comme ça que t'a pu rencontrer, ou voir sur scène, qui t'ont apporté des choses fortes ?

 

Nadj : Surtout sur scène, je ne les ai pas forcément rencontrés. J'ai vu des artistes féminines qui m'ont vraiment fait vivre des émotions tellement fortes que tu ne t'en remets pas. C'est comme si tu avais un repère à l'horizon, elles viennent te rappeler qui tu es. Elles t'aident à ne pas te perdre artistiquement, de vraiment exprimer ta vérité, ce que tu as en toi. Parce qu'avec tout ce flot de choses, de réalité, de gens, autour du projet, avec la fatigue, les perceptions des choses sont altérées. Tu peux recommencer à avoir des doutes sur ce que tu fais, à te demander si ce que tu fais, ça sert vraiment à quelque chose. Et en fait d'aller voir un concert et de te reprendre une grosse claque artistique ça te remet droit. Après je suis là, je sais où je suis, je sais pourquoi je fais ça. Donc là dernièrement j'ai vu Shannon Wright, c'est une guitariste américaine qui déboîte. Ce qu'elle fait, ce qu'elle donne d'elle-même, c'est énorme. Je l'avais déjà vue il y a deux ans elle m'avait déjà bien claquée, là je m'attendais à reprendre une claque et c'est ça qui s'est passé !! (rires). C'était la semaine dernière et tu vois je suis encore dedans. Ca engendre pas mal d'ouverture de possibilités.

 

ZYVA : Et tu te sens française dans ta musique ?

 

Nadj : Pas du tout. Je ne sais pas d'où je viens mais je n'ai jamais compris la France. C'est fou parce qu'après tu te dis que c'est peut être toi qui as un problème. Et quand je suis allée à l'étranger j'ai compris que là bas il y avait des gens un peu comme moi, surtout au Québec. Du coup quand je suis revenue en France, j'ai arrêté de me remettre en question, de me taper sur le tête en me disant que j'avais un problème, que j'étais folle, que ma conception des choses était trop extrême. Je me suis dis : non, tu as raison d'être ce que tu es, assume-le. Et le jour où je me suis vraiment redressée devant les gens comme par magie il y a eu un peu plus de respect, d'écoute. Après c'est vrai que j'ai un peu l'impression d'être un ovni dans le paysage même si je pense qu'il y a plein de groupes qui ont la même vision que moi en France mais qui sont cantonnés un peu dans l'underground. Parce qu'il y en a des groupes qui ont amené plein de choses en France, les Sleeppers, Basement, tous ces gens c'est des vrais guerriers. Et moi du fait que je chante en français, on parle un peu plus de moi, je suis moins cataloguée Noise. Du coup je deviens un truc un peu à la frange de plusieurs mondes. J'ai l'impression que moi ce que j'appelle " Rock " c'est pas la même chose que ce que d'autres appellent " Rock ". Du coup c'est assez bizarre, je ne me reconnais pas trop dans le paysage musical français.

 

ZYVA : Pourtant tu as essayé de sortir ton album en France directement, contrairement à d'autres artistes qu'on a pu rencontrer qui ont choisi d'aller tenter leur chance ailleurs. On pense à Cassius, Rhinôcerôse... notamment.

 

Nadj : Ils chantent en anglais eux. Le truc c'est que quand tu as des textes en français, les pros en France s'intéressent à toi. Ce qui perturbe c'est le son, la dimension des guitares, le propos hyper arraché. Mais je pense quand même qu'on a notre place ici. Je me dis que je n'ai pas travaillé onze ans sur la route à me faire mal, pour maintenant me barrer et nier tout ça. Surtout que là ça commence à prendre un peu. Par contre j'ai besoin d'aller respirer un peu ailleurs, de rencontrer des gens qui ne sont pas dans cette culture française super étouffante. D'aller là où c'est plus facile parce que des fois tu as l'impression d'être un peu un défricheur de terrain. Des fois tu te dis " comment je vais faire pour tenir ? ".

 

ZYVA : Et tu sens que ça va changer ?

 

Nadj : Je sens que ça tend à changer. Parce qu'il y a des jeunes vachement plus libérés, qui sont plus ouverts sur le monde. Et quand tu es plus ouvert sur le monde, tu écoutes la musique partout et je pense que du coup tu te mets à emmagasiner des informations qui sont différentes. Tu n'es pas coincé la tête dans le guidon en France avec toutes les chansons françaises. Je n'ai rien contre les chansons françaises mais quand même on est dans un vide qui me fait un peu peur. Après l'autre fois j'ai fait un concert devant des jeunes de 16-17 ans, je sentais dans leur regard qu'ils n'étaient pas morts, ils allaient presque tout casser, mes retours etc... J'ai trouvé ça énorme, je me suis dit : putain mais il y a de la vie! Des fois on va dans des coins où les gens sont un peu plus âgés et tu as l'impression qu'ils regardent une extraterrestre. Par contre tu vas en Bretagne - les bretons ils sont fans de Rock - tu balances un larsen et les mecs ils sont à fond. C'est assez aléatoire en fait, on ne peut pas faire de généralités mais quand même dans ce qui est montré de la France je trouve ça pas juste. Je pense qu'il y a un public qui attendrait plus de niack, de propos. On a quand même eu des auteurs qui avaient assez de gueule pour péter des cables en télé, en radio. Aujourd'hui les gens ont l'air assez désabusés, les médias pareil, les maisons de disques aussi, ils cèdent à la facilité pour servir de la soupe. Parce qu'il faut de la rentabilité, ils ont tous le cul serré. Et tout ça, ça manque vachement de vie, de passion. Juste faire le truc parce que ça nourrit l'esprit. Tu vois les musiques actuelles ca devient cadré, tout est cadré. On n'arrive pas à se sortir de Noir Désir. Pourtant moi je ne suis pas plus conne ou plus intelligente qu'une autre. Il me semble que quand je tends l'oreille à l'extérieur il se passe plein de trucs, il y a moyen de faire plein de trucs avec ce qu'on a nous, avec notre terreau. Je trouve que les médias ne jouent pas le jeu. Je sens que les groupes s'épuisent, je le vois autour de moi, les gens ils rament. Tout ça parce qu'ils font une musique qui parait trop extraterrestre, trop peu formatée. Dès que tu fais un peu d'originalité tu es mis au banc. Alors que ce qu'ils font c'est super accessible. Moi j'essaie de passer entre les filets mais je peux pas te dire si ça va le faire ou pas. Si ça se trouve dans deux ans je vais me retrouver le nez dans l'eau. Maintenant moi j'ai la foi, je crois que le contexte social et politique fait qu'il n'y a jamais eu autant d'occasion d'être ébranlé. Les gens essaient de se raccrocher à des formes politiques parce qu'ils ont besoin de repères, parce qu'ils sont perdus en eux-mêmes. Je pense que ce chaos psychologique qui se passe aujourd'hui peut être très bon pour aller retrouver des choses un peu plus essentielles, et pour moi le Rock c'est une chose essentielle.

 

ZYVA : On a vu sur ton Myspace que tu avais pas mal d'influences. Nous on aime bien savoir ce que les groupes écoutent.

 

Nadj : J'écoute beaucoup Queen Adreena, Shannon Wright, j'ai découvert une artiste à Grenoble qui s'appelle My Brightest Diamond. C'est une anglaise qui joue du clavier du Rhodes et c'est hallucinant, son album est magnifique, il m'a provoqué plein d'émotions. J'écoute beaucoup de chants amérindiens ; je suis souvent branchée sur le Web, sur des radios américaines qui en diffusent pas mal. J'aime bien aussi des choses plus tribales ou plus éthérées. Je suis très très fan du Stoner Rock américain, Fu Manchu, Queen Of The Stone Age, Mark Lanegan, plus tout ce qui est Country, la musique qui sent la poussière. Après les classiques comme ACDC, Motorhead...

 

Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait te représenter toi ou ta musique :

PJ Harvey, c'est un peu ma frangine, j'ai une voix dans les mêmes fréquences que la sienne.

PJ Harvey - Oh my lover (Dry)

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