LE PRINCE MIIAOU

Interview de LE PRINCE MIIAOU
Date : 01/12/2011
Lieu : Marché Gare
Par : Alizée

Le Prince Miiaou, c’est Maud-Elisa Mandeau, une jeune fille qui, derrière sa tignasse peroxydée, sa guitare acerbe et ses compositions délicates, n’a pas sa langue dans sa poche, ni froid aux yeux. C’est avec une intelligence pétillante qu’elle nous raconte ses débuts, son refus absolu du formatage musical et son idée que les groupes en « the » c’est pas terrible.

ZYVA : Alors déjà pourquoi est-ce que tu détestes chanter en français ?


Le Prince Miiaou : Oh je ne déteste pas chanter en français ! Disons que c’est plus difficile d’écrire en français et au départ j’avais beaucoup de mal assumer. J’ai Deux Yeux c’est mon premier « chant » en français, avant je parlais en français et ça ne me gênait pas. Mais « chanter », je trouve que ça fait tout de suite variété française, et je pense que beaucoup de gens en France pensent comme moi et peuvent se dire : « Oh ça c’est bien, dommage que ça soit en français ». Ce n’est pas que j’aime pas ça, mais je dirais juste que j’ai beaucoup moins de distance avec les mots quand j’écris en français. On peut rajouter à cela que la langue française est hyper exigeante, tu ne peux pas te permettre d’écrire n’importe quoi en français. Pourtant, avec l’anglais, quand je traduis les paroles de chansons que j’aime bien, je me dis que je ne me serais jamais autorisée à écrire un truc pareil. Il y a un espèce de poids avec la langue française, je ne sais pas si c’est la littérature ou la poésie qui font ça… Et puis le Rock pour moi c’est en anglais. Peut être que j’y viendrais un jour, ceci dit. Tu vois, Frànçois And The Atlas Mountain j’aime bien, par exemple. Leurs paroles et leurs mélodies vont bien ensemble. Le problème avec les mots français, c’est que c’est très difficile de les faire sonner. J’ai fait récemment une reprise de Françoise Hardy, qui elle est très chantée, par rapport à J’ai Deux Yeux, et ça ne me pose aucun problème. Peut être parce que ce n’est pas un texte de moi…


ZYVA : Tu étais en autoproduction avant de signer chez 3e Bureau, la filiale de Wagram. Ça doit changer beaucoup de choses dans ta manière de travailler, toi qui tenait si cher à l’autoprod ?


Le Prince Miiaou : En fait cet album a aussi été autoproduit, mais c’était aussi intéressant d’avoir un contrat avec une maison de disque où tu es salariée, ils te payent l’enregistrement, ils sont là pour l’artistique. Ils sont aussi propriétaires des bandes, sauf en licence, ce qui est mon cas. Bon, ils ont quand même pu avoir un œil sur l’artistique mais sinon ils m’ont signée quand l’album était terminé. Je suis juste arrivée avec un produit fini qu’ils ont décidé de distribuer. Le problème avec l’autoproduction, c’est qu’il y a énormément d’administratif, donc peut être qu’un jour je déciderais de tout me faire produire par quelqu’un d’autre, comme ça je m’occupe plus de rien ! (rires)


ZYVA : Tu as délibérément choisi l’autoproduction parce que tu aimes avoir un œil sur tout ou tu n’avais pas le choix ?


Le Prince Miiaou : J’avais pas le choix. Mais en même temps c’était génial, parce que je pouvais faire mes chansons tranquilles, les enregistrer avec mes petits moyens et ça donnait un disque. Ceci dit maintenant que j’ai le choix, je dirais que c’est plus devenu une question de principe, pour préserver ma liberté de mouvement. En plus, comme je ne suis pas un gros produit commercial, ma maison de disque ne fait pas forcément attention à ce que je fais. Enfin, pas exactement, mais disons que vu qu’ils savent que je ne vais pas vendre deux cent mille disques ils me laissent complètement carte blanche. Ils aiment me laisser en indépendant. Et puis ils savent que je ne passerai jamais à la radio, ma musique est trop bizarre.


ZYVA : Tu trouves ta propre musique bizarre ?


Le Prince Miiaou : Ah non, moi je ne trouve pas, je trouve ça Pop-Rock…


ZYVA : Pop rock ? Ce n’est pas un petit peu réducteur ?


Le Prince Miiaou : Je ne peux pas définir ma musique de toute façon, il y a tellement d’influences… C’est plutôt les gens qui me trouvent bizarre. J’ai déjà eu des retours où hyper souvent les gens disent : « Ah, c’est pas très facile ! ». Souvent quand les gens viennent aux concerts, pendant les cinq six premiers morceaux ils sont super étonnés, ils ne comprennent pas trop ce qu’il se passe, ils n’arrivent pas toujours à rentrer dedans. Quand tu sors un peu du truc formaté, les gens se retrouvent perdus.


ZYVA : Je pense que les gens qui viennent voir Le Prince Miiaou en concert n’écoutent pas forcément ce qui passe à la radio.


La Prince Miiaou : Non, mais c’est dommage d’un côté, parce du coup on reste un peu dans notre niche. Je rêverais que les radios soient un peu plus exigeantes, pas dans le sens intello ou savant du terme, mais un peu plus riches. Les gens qui viennent à mes concerts sont souvent avertis ou mélomanes, ils comprennent donc ce qui se passe. Mais tu mets en boucle n’importe laquelle de mes chansons en boucle à n’importe qui, tu fais un bon bourrage de crâne, et il va finir par l’aimer ! (rires) Il y a quand même des groupes qui font de la musique indés et peuvent être très connus sans avoir besoin de bourrage de crâne, je pense à Foals ou Arcade Fire… Attention, je ne me compare pas à eux ! Mais je pense que le fait d’être Américain, ou en tous cas pas Français, ça facilite la transmission de ta musique. On ne connaît dans ce genre de musique que des groupes Américains ou Canadiens ou Anglais, voire même Nordiques, mais pour les Français c’est vraiment dur de s’exporter, voire même de démarcher en France. Prend par exemple Anna Calvi, à qui j’ai été comparée dans plusieurs articles parce qu’on a sorti nos albums plus ou moins en même temps et on fait une musique plus ou moins similaire. Et bien, pour les médias Français, c’était un gage de qualité qu’elle soit anglaise et qu’elle ai travaillé avec Brian Eno. C’était beaucoup plus simple pour elle de faire la couv’ des Inrocks ! Ceci dit je pense que les gens des Inrocks ou de Libération aiment autant Le Prince Miiaou qu’Anna Calvi mais… Quoiqu’ils n’aiment pas trop Anna Calvi à Libé (rires). Ou alors tu fais comme Frànçois and the Atlas Mountain qui sont chez Domino France, ce qui leur donne quand même une crédibilité à l’étranger.


ZYVA : D’où t’es venue ton nom ? Je pense qu’on a déjà du pas mal te poser la question…


Le Prince Miiaou : Quand j’ai créé ma page Myspace il a fallu mettre un nom, et comme je n’avais pas envie de mettre mon vrai nom j’ai pris la table des matières d’un livre de contes pour enfants, et j’ai choisi le nom qui me plaisait le plus. Des fois je regrette, par exemple quand les gens du Figaro me disent que mon album est resté deux mois sur leur bureau parce que le nom ne les inspirait pas et qu’ils avaient peur de se retrouver avec un vieux truc de chanson française un peu mièvre. Par contre, après coup, quand il a écoute, il a vraiment adoré. Ils y a aussi beaucoup de gens sur internet qui m’ont dit que ça faisait un peu « skyblog ». J’avais vingt deux ans quand j’ai choisi ce nom, j’en ai vingt sept, bon. Il n’y a rien qui me plairait à vie ou à tout le monde de toute façon. Je trouvais ça original par rapport à toutes les filles qui s’appellent par leur prénom. Et puis c’est pas « The Quelquechose ».


ZYVA : Pourquoi avoir choisi de te consacrer à ce genre de musique plutôt qu’à un autre ?


Le Prince Miiaou : C’est comme si tu me demandais pourquoi je m’habille de la façon dont je m’habille. Je ne sais pas d’où ça me vient, peut être de la musique que j’écoute. Je me suis mise à la musique assez tard, vers seize ans, et avant je n’en écoutais pas, hormis les trucs qui passaient à la radio et quelques CDs genre les Spice Girls, les Têtes Raides et Radiohead. Je ne m’intéressais pas plus que ça à la musique, je suis rentrée dans un groupe, juste parce que ça faisait bien d’avoir un groupe au lycée. C’était le groupe de mon grand frère, il fallait remplacer la chanteuse, et moi j’avais trop envie de rester avec ses copains et lui, alors voilà. Et puis c’est très vite devenu une passion, je me suis rendue compte que je pouvais exprimer pleins de choses que je ne pouvais pas dire autrement. Je trouve qu’on ressent beaucoup mes influences dans mes disques, on retrouve de tout dans le même ensemble. Je pense que mon premier disque est quand même très différent, cela dit, parce que j’écoutais Encre qui n’est pas du tout comme la Pop que j’écoute aujourd’hui. C’était donc un truc un peu plus sombre et brut.


ZYVA : C’est normal, dans le fond, il faut bien que ta musique évolue et prenne de l’ampleur. Enfin je ne veux pas dire qu’au début t’étais cheap hein mais…


Le Prince Miiaou : J’étais cheap de toute façon. Maintenant mes albums sont mieux construits maintenant, ça part moins dans tous les sens. Je trouve ça un peu triste, il y a avait des trucs que j’aimais bien dans le fouillis. Il y avait des trucs vraiment débiles sur le premier disque, ça se rapprochait peut être plus de l’art contemporain ! (rires) C’était très intéressant de m’autoriser à faire un peu n’importe quoi et ne pas me formater moi-même. J’ai bien conscience que plus je vais faire une musique simple, plus je vais vendre, mais malgré moi je vais vers des trucs moins abordables. J’ai joué avec John & Jehn qui font une musique assez simple, avec un ou deux riffs de guitares… le truc qu’on a déjà entendu cent fois mais c’est super efficace. Moi j’arrivais derrière avec toutes couches de cordes, c’était compliqué à jouer, à mixer… Par le biais de John & Jehn, j’ai eu envie de commencer à faire des trucs un peu plus simples, plus légers, d’aller à l’essentiel. J’ai mis de la maturité dans mes compositions, j’apprends au fur et à mesure.


Titre d’un artiste qui pourrait te représenter toi ou ta musique :

Florence And The Machine - Dog Days Are Over si je suis de bonne humeur et Radiohead - Paranoïd Androïd si je suis triste.

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