BLACK LIPS

Interview de BLACK LIPS
Date : 08/12/2011
Lieu : Salle du Kao
Par : Alizée

Eternels sales gosses du rock indé, les Lèvres Noires étaient de passage à Lyon pour un petit lavage de cerveau musical. Déconneurs mais incisifs, Jared Swilley et Cole Alexander sont backstage beaucoup plus calmes que sur la scène. Autour d’un thé, on discute de Jacques Dutronc, des phéromones, de la Nasa, du Wu Tang Clan (qui apparemment seraient profs à Harvard) et de leur travail avec Mark Ronson.

ZYVA : Dites moi les Black Lips, vous en êtes toujours à trois cent dates par an ?


Jared Swilley : Mmmh non, je dirais qu’on est plutôt à deux cent, maintenant.


ZYVA : Ça reste énorme !


Jared Swilley : Ah oui, c’est clair ! Il y a eu quelques années assez intenses, comme 2007 et 2008, où je suis presque sûr qu’on a fait plus de trois cent dates. On a un peu rabaissé le niveau dernièrement, on avait besoin de repos.


ZYVA : Vous n’avez pas peur que ça finisse par vous ennuyer à force, d’enchaîner les dates ?


Jared Swilley : Et bien, je pense que si c’était le cas, alors on arrêterait, tout simplement. Et puis ce n’est pas comme si on allait tout le temps dans les mêmes endroits, tu vois ? On change beaucoup : après les vacances, on va en Thaïlande, ensuite en Chine… C’est vrai qu’en Europe on a n’a jamais vraiment le temps de visiter, donc c’est un peu chiant. Par exemple, je ne verrai rien d’autre de Lyon à part cette salle de concert !


ZYVA : Est-ce qu’il y a un endroit où vous n’êtes jamais allés et où vous aimeriez vous rendre ?


Jared Swilley : On n’a jamais été en Afrique, j’aimerais bien y aller. Je ne sais pas si ça serait très facile d’organiser des concerts là-bas, ceci dit…Mais ça serait cool ! On n’a jamais eu assez de temps pour y aller, et puis les billets d’avion sont trop chers… Qui plus est, quand je rentre de tournée j’ai plutôt envie de rentrer me poser chez moi que de partir en voyage…


ZYVA : Beaucoup d’artistes disent que ce qui les inspirent le plus est l’endroit où ils vivent ou ont vécu. Ça pourrait être la même chose pour vous, même avec vos deux tours du monde par an ?


Jared Swilley : Mmmh je ne sais pas, je n’ai jamais vraiment écrit de chansons dans le délire de « aller quelque part, être inspiré, écrire un truc là-dessus ». Quand j’écris, en général, c’est parce que ça sort tout seul, dans le van ou pendant les balances… Peut être qu’à certains moments particuliers, après un voyage ou je ne sais pas quoi, j’ai pu avoir un espèce de flot créatif différent de d’habitude, un état d’esprit différent… Il y a toujours une période où tu bouillonnes et une autre où c’est le désert complet, mais je ne fais pas vraiment attention à ce genre de trucs.


ZYVA : Changeons complètement de sujet : votre morceau Bone Marrow a clairement été inspiré par Plastic Bertrand, non ?


Jared Swilley : (rires) Ouais, carrément.


ZYVA : Vous avez aussi repris Hippie Hippie Hurray, de Jacques Dutronc. Cette chanson doit d’ailleurs être la plus punk de tous les temps, du moins en ce qui concerne la variété française.


Jared Swilley : Ouais, ce morceau déchire ! C’est dommage qu’on ne le chante pas en français, d’ailleurs.


ZYVA : Qu’est ce qui vous a inspiré, dans la variété française ?


Jared Swilley : J’aime beaucoup les chanteurs français ! Ils avaient une attitude super cool ! On a découvert Jacques Dutronc la première fois qu’on est venus en France en 2004, et on l’a tout de suite trouvé assez extraordinaire. Mais il me semble que Plastic Bertrand est Belge, non ? Il y a pleins de trucs belges qui sont cool, aussi, autant dans l’attitude que dans le langage. Le rock c’est juste de l’attitude, de toute façon ! (rires)


ZYVA : On pourrait dire que chez vous c’est un peu l’attitude punk qui lie toutes vos diverses et différentes influences…


Jared Swilley : Ouais, absolument. Tous les styles de musique que j’aime, que ça soit de la Country ou de la Soul… Beaucoup de choses ont été créées par des mecs qui étaient de vrais punks avant l’heure.


ZYVA : On pourrait définir le Punk de pleins de façons différentes d’ailleurs. Comment le définirais-tu, toi ?


Jared Swilley : Je dirais que c’est principalement un esprit de rébellion, une envie de faire les choses à sa propre sauce, ne jamais rester en status quo… On a trouvé un DVD sur le Punk dans une station service sur le chemin, dans lequel Henry Rollins (qui est entre autres le chanteur de Black Flag, ndlr) explique ce qu’est le Punk pour lui et ce qu’était la « punk attitude » à l’époque, c’est assez cool.

ZYVA : Quand on vous voit sur scène, ou quand on écoute vos albums, on ressent cette espèce d’urgence, une nervosité qui donne l’impression que vous êtes en train de jouer pour sauver votre vie, comme si vous ne saviez rien faire d’autre…


Jared Swilley : C’est un peu le cas ! (rires)


ZYVA : Qu’est ce qui vous excite tellement dans la musique ?


Jared Swilley : Et bien, c’est le seul truc que je sais faire, depuis toujours. C’est ce que je fais de mieux, je n’ai aucun autre talent.

Cole Alexander : Ouais, pas beaucoup de talent, pas beaucoup d’éducation ! (rires)

Jared Swilley : J’ai arrêté l’école en seconde parce que je me suis fait virer, bon. Mais je pense que faire le tour du monde m’apprend infiniment plus que n’importe quelle grande école. Ça me ferait bien marrer de rencontrer des diplômés d’Harvard qui n’avaient probablement jamais quitté le Connecticut avant !

Cole Alexander : Moi je me suis fait virer en première, mais je ne m’intéressais plus à l’école depuis déjà quatre ou cinq ans, alors on peut dire que mon éducation s’est arrêtée le jour de mes douze ans ! (rires)

Jared Swilley : On peut se vanter aujourd’hui d’avoir été invités en tant qu’intervenants pour des conférences dans des universités, t’y crois ça ? Je me suis fait virer de l’école à quinze ans, et maintenant je me retrouve à faire le prof dans des grandes écoles, alors que mes anciens profs sont toujours englués dans leurs petites écoles publiques !


ZYVA : Attends, t’es sérieusement en train de me dire que tu es prof à l’université ?


Jared Swilley : Oui, on a été invités à la Nouvelle Orléans par des écoles qui voulaient de vrais musiciens pour enseigner à leurs élèves.

Cole Alexander : On a même été invités à Harvard.

Jared Swilley : Ouais, par le gars du Wu Tang Clan. Il enseigne là bas. Je pense que, dans les universités, la raison pour laquelle ils aiment faire appel à de vrais gens est parce qu’ils n’enseignent rien sur la vraie vie à leurs élèves, alors ils demandent à des gens de l’extérieur de le faire à leur place. Je pense que le système éducatif est essentiellement constitué de gens bornés.

Cole Alexander : Ouais, ils sont tous dans une boîte. Des profs d’Harvard ont essayé de sortir du lot une fois, en donnant du LSD à leurs étudiants, mais ils se sont fait virer.

Jared Swilley : Comment on en est arrivés à parler de ça ? (rires)


ZYVA : Pensez-vous qu’en tant que groupe de Rock, il est essentiel de ne pas se prendre au sérieux ?


Jared Swilley et Cole Alexander : Oui !

Jared Swilley : C’est extrêmement important de ne pas se prendre au sérieux, sinon on devient bête. C’est tellement facile d’être cynique aujourd’hui, quand on se traîne cinquante ans de musique Pop… Jim Morrisson, par exemple, se prenait vraiment trop au sérieux, ce qui le rend niais à mes yeux.

Cole Alexander : Tu peux aussi faire semblant de te prendre au sérieux, ça c’est assez drôle ! (rires)

Jared Swilley : Qu’est ce qu’on fait, nous, de toute façon ? On est juste un groupe de Rock qui veut donner du bon temps aux gens, on ne change pas le monde. Je veux dire, c’est génial de rendre les gens heureux, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut se prendre au sérieux, tu vois ? Quelqu’un comme Leonard Cohen, par contre, a le droit de se prendre au sérieux, parce qu’il est putain de sérieux, de toute façon.


ZYVA : Comment vous expliqueriez cette folie ambiante, lors de vos concerts ? Vous avez un truc spécial ?


Jared Swilley : Je ne sais pas pourquoi ces gosses sont aussi excités, sérieusement… Je pense qu’ils prennent ça comme un exutoire, un bon moyen de se laisser aller. Peut être qu’ils ont vu des vidéos sur internet dans lesquelles ils voient les gens faire n’importe quoi, alors ça leur donne envie de faire pareil. Peut être qu’on leur donne simplement l’impression de leur retirer leurs chaînes et leurs responsabilités pendant un moment, alors ils sentent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Je trouve que c’est une bonne chose.

Cole Alexander : C’est une réaction chimique, notre musique leur fait un truc au cerveau.

Jared Swilley : On utilise des produits chimiques, d’ailleurs, sur nos fans. (il me voit rire) Je ne plaisante pas !


ZYVA : Qu’est ce que c’est que cette histoire ?


Cole Alexander : Mais c’est vrai !

Jared Swilley : Tu ne savais pas que ça se faisait tout le temps, ce genre de trucs ? Dans les casinos, les supermarchés… C’est l’armée qui commande la diffusion d’odeurs qui agiront sur ton cerveau. Dans les casinos, par exemple, ils diffusent beaucoup d’oxygène, parce qu’à haute dose cela te rend euphorique. Nous, on utilise des phéromones.

Cole Alexander : Ce truc est tellement puissant qu’il peut bouleverser le cycle menstruel des filles pour qu’elles aient toutes leurs règles en même temps.


ZYVA : Vous vous foutez de moi ?


Cole Alexander : Mais non ! C’est très cher, d’ailleurs.

Jared Swilley : Et peut être un peu dangereux, aussi. Un jour on les avait projetés sur nous, ce qui nous a rendus malades comme des chiens, ce n’était pas une très bonne idée. Il parait qu’il existe même un diffuseur d’odeur qui peut simuler l’odeur de la Lune. Sans déconner !

Cole Alexander : C’est un truc de la Nasa, c’est un Français qui fait ça je crois.

Jared Swilley : J’aimerais pouvoir te le prouver ce soir, mais on a oublié de les emmener avec nous.

Cole Alexander : On ne se moque pas de toi, je le jure sur la tête de Dieu. On est vraiment en train de bosser dessus, on veut l’améliorer.

Jared Swilley : Oui, on voudrait faire en sorte que tes cinq sens soient tous en action au même moment. On pourrait même dire tes six sens, parce que je serais capable de m’introduire dans ta tête.


ZYVA : Je ne veux pas de vous dans ma tête, vous êtes complètement tarés ! Parlons plutôt de Mark Ronson, le premier producteur avec qui vous avez jamais travaillé. On peut dire qu’il a plutôt respecté votre son, en le rendant peut être juste un peu plus propre. Ça n’a pas été trop dur d’abandonner le Lo-Fi ?


Jared Swilley : Non, parce qu’on n’a jamais fait en sorte d’être Lo-Fi. Il y a des gens qui font exprès d’enregistrer leurs albums en lo-fi, et ça a donné tout un nouveau genre. Nous, on sonnait Lo-Fi au début parce qu’on enregistrait sur une pauvre stéréo pourrie et un enregistreur quatre pistes, c’est donc naturellement que notre son a bénéficié de cette espèce de chaleur analogique. Le Lo-Fi est cool, mais pas si tu fais exprès de sonner comme ça, tu vois ce que je veux dire ? Pour en revenir à Mark, il est très bon dans ce qu’il fait. Il a de bonnes idées, il sait comment étoffer le son et placer les micros dans des endroits cool.


ZYVA : Vous êtes allés vers lui ou c’est lui qui est allé vers vous ?


Cole Alexander : On a demandé à notre label de nous mettre en contact avec des producteurs, et Mark travaillait sur un projet avec Vice à l’époque, donc ça c’est fait comme ça.

Jared Swilley : Quand on a signé chez Vice, ils on direct voulu nous coller un producteur, mais on n’en avait pas envie du tout, du coup on leur a fait une longue liste des producteurs les plus connus au monde, en leur disant d’en choisir un. On se disait que comme ils n’y arriveraient jamais, on serait tranquilles, mais Mark Ronson a accepté ! (rires) Et puis il faut dire que le boulot qu’il a fait avec Amy Winehouse est vraiment bien. Je suis content qu’on ai trouvé un producteur qui a bossé sur un album que j’aime bien, ça n’arrive pas souvent.


ZYVA : « Back To Black » ne vous ressemble pas vraiment, pourtant…


Jared Swilley : Oui mais Mark et nous partageons une attitude commune. Ce mec est un vrai punk.


Titre d’un artiste ou d’un groupe qui pourrait vous représenter vous et/ou votre musique :

Eddie Cochran - Nervous Breakdown

Un truc sauvage.


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