THE FUTUREHEADS
Bien qu’issu de Sunderland en Angleterre, The Futureheads fait surtout bouger de nombreuses têtes outre-Atlantique et au pays de la Pop depuis plusieurs années. La formation punk Rock, qui tient son nom de The Flaming Lips (Ndlr : Avec le titre Hit to Death in the future head) s’installe progressivement en Europe et présente son nouvel opus The Chaos. Nous voilà partis pour une petite discussion avec Barry Hyde, chanteur de la formation, dans le bar Presse de cette 22ème édition du Dour Festival.
ZYVA : Bon alors, le principe chez nous, c’est que l’on réécrit texto tout ce qui est dit …
Barry Hyde : Brillant ça comme idée, c’est parfait, c’est complètement pure, c’est de la poésie !
ZYVA : Euh… Peut-être… Un peu oui
B.H. : En tout cas c’est bien mieux que les traditionnels « comment avez-vous choisi le nom de The Futurheads ? » pff, va voir wikipédia ! (Rires)
ZYVA : Complètement d’accord ! Merci de nous accorder un peu de temps avant de monter sur la grande scène, je dirai même de revenir pour nous car nous t’avons fait attendre, on a dû traverser tout le festival, donc bien cool de ta part d’avoir patienté ! (rires)
B.H. : C’est cool les gars.
ZYVA : Alors justement tu joues bientôt, à quatre heures, il te reste encore un peu de temps pour te préparer avant de mettre le feu !
B.H. : Oui on joue à quatre heures et on est particulièrement excité à l’idée de jouer sur cette grande scène, c’est notre première date à Dour. On a déjà fait quelques dates en Belgique mais pas grand-chose, quelques dates à Bruxelles, une fois à Pukkelpop et c’est tout. Sur plus de 700 dates, ce n’est pas grand-chose en fait. Si on réfléchit bien ça donne un truc comme 0,002 % ! (Rires)
ZYVA : A oui, vu comme ça, effectivement… c’est dû à quoi à ton avis ?
B.H. : Bonne question, eh bien l’une des raisons qui font que nous n’avons pas été présents en Europe centrale, c’est que nous avons signé chez une major, chez Warner pour ne pas les citer, et Warner ne nous aimait pas trop. On avait signé chez Warners UK et paradoxalement ça marchait bien aux USA. On a fait une dizaine de tournées là-bas et les fans venaient régulièrement nous voir, on s’est construit là-bas. Donc maintenant, par la force des choses, on se retrouve à recommencer après dix ans de tournées et quatre albums.
ZYVA : C’est presque une renaissance !
B.H. : Oui carrément, et j’adore cette idée, j’adore. L’idée de tout reprendre à zéro en un sens. C’est le cas pour chaque nouvel album d’ailleurs. En fait, c’est un moment que l’on peut comparer à l’hiver, je m’explique, tu te coupes du monde pour te retrouver seul, tu t’enfermes et tu crées et c’est super stressant. Cela peut même devenir un cauchemar ou même l’enfer, tout dépend comment tu le vis. Et puis un jour vient où tu penses avoir fini, alors tu le polis et tu le sors et là, tu renais ! De nouvelles personnes écoutent cela et apportent leurs avis sur tes créations et c’est cela qui fait aussi que tu renais, presque physiquement et en termes d’énergie, à chaque album. Si tu es bon dans ce que tu fais, c’est comme si tu étais une nouvelle personne chaque jour et que chaque concert était vécu comme le premier et le dernier, si possible (Rires). Un bon concert, c’est quand tu es complètement immergé dedans, tu ne te rends pas compte que tu chantes mais tu l’entends, c’est un peu comme si tu le voyais, tu es dans l’instant, tu ne penses pas à demain ou ce que tu vas manger ce soir (Rires). A ce moment-là, tu es parti, tu es perdu l’instant d’un concert.
ZYVA : Oui, vous avez dix ans de scène aussi, des formations plus jeunes ou plus expérimentées auraient peut-être un autre discours que le tien ?
B.H. : Oui, l’expérience joue beaucoup aussi. Je pense que les trois premières années, tu es à fond dans la musique, tu en profites et tu découvres plein de choses, tu te goinfres de musique (Ndlr : Il imite un porc), tu regardes plein de concerts, et tu te saoules la gueule à chaque concert que tu fais (rires) … Et un jour, tu deviens plus vieux tu sais, et là tu consommes moins mais tu apprécies plus et tu apprends à canaliser ton énergie. Tu ne peux plus t’enchaîner vingt dates d’affilées en étant bourré tous les soirs, donc tu bois de l’eau ! (Rires) Tu deviens un adulte.
ZYVA : Je dirais un peu plus vieux.
B.H. : Oui un peu plus vieux, c’est mieux. En fait c’est génial d’être dans un groupe de punk rock quand tu es jeune, on a perdu notre innocence par une bonne voie ! Et à chaque fois que l’on joue des vieux titres sur scène, cela nous rappelle toujours pourquoi on les jouait déjà à l’époque.
ZYVA : Oui, beaucoup de choses ont changé
B.H. : Oui c’est comme Bruce Lee le disait ! (Rires)
ZYVA : Bruce Lee ???
B.H. : Oui, il disait que tu dois être comme l’eau. Tu vois, l’eau bouge, elle trouve toujours le moyen de couler, mais si tu mets de l’eau dans un verre et que tu la laisses pendant des heures, des jours, des mois, des années… Elle se transforme en poison. C’est pareil pour les musiciens qui ne grandissent pas, ils vont en arrière, ils se déconcentrent. C’est facile de ne pas grandir tu te retrouves émergé dans l’argent, le business, la gloire, la compétition… et les chattes ! (rires) Tu te perds et tu arrêtes de grandir. Un jour tu te réveilles et tu te demandes pourquoi tu as fait cela, c’est pour cela qu’il faut être dans l’instant et rien d’autre.
ZYVA : Tu penses que le public se rend compte de cela, de tous ces changements ?
B.H. : Je ne sais pas vraiment, dur à dire. Je pense que l’on a su changer tout au long des années et avec notre dernier album qui s’appelle The Chaos et qui est plus philosophique mais toujours aussi Punk rock, on a eu des retours surprenants de nos fans. Cela nous rappelle qu'il faut se faire plaisir avant tout, parce que quand tu rentres dans le business, on te dit que tu es un bon et que tu pourrais faire mieux et on te donne un manager. Tu te retrouves à faire de la promo télé par ci, faire de la radio par là et cela devient beaucoup moins drôle et là tu peux tomber. Et puis il y a les groupes qui n’en n’ont rien à foutre, comme The Strokes, ils s’en foutent complètement. Si tu t’attaches à ça, tu tombes, tu perds ton énergie et ton honnêteté. Le business c’est l’ennemi de la pensée. Tu dois être libre de faire ce que tu veux, pour l’apprécier.
ZYVA : Être indépendant …
B.H. : Oui, c’est dur à trouver et il faut prendre des risques. Je crois que l’une des choses qui fait le plus peur aux gens, c’est d’être complètement libre. Quand tu es libre, tu es responsable et tu ne vas pas accuser quelqu’un d’autre. Nous avons notre propre label en Angleterre, quand on n’avance pas trop, c’est de notre faute ; et quand tout va bien c’est génial et c’est grâce à tout le monde, c’est notre « champagne » (Rires). L’indépendance est essentielle pour notre groupe, mais ce n’est pas le cas de tous les groupes. Certains aiment bien se sentir encadrés, ça ne sera plus jamais notre cas.
ZYVA : Oui, c’est un confort aussi pour certains.
B.H. : Oui, c’est genre : « bon à quelle heure on mange ? Euh apporte- moi ça, j’aimerais si ou ça », c’est assez faible, des musiciens impotents, ils se font dorloter (Rires) ! (NDLR : il boit une gorgée de cette fabuleuse bière à la framboise made for Dour !) Oh, c’est bon ça !
ZYVA : oh oui mais fait gaffe, c’est traître… On parlait de votre dernier album tout à l’heure et de votre évolution. Vous avez déjà eu l’occasion de présenter ces titres aux USA et en Angleterre, mais ce soir, vous jouez en Festival, c’est très différent.
B.H. : Oui on a fait deux petites tournées privées en Angleterre et aux Etats-Unis et les retours ont été très bons, assez similaires. Beaucoup étaient contents de nous revoir sur scène et ils se sont manifester vivement, de très bons concerts, on était très content de retrouver cette énergie. Les fans sont contents et nous-mêmes on est assez satisfait parce que certains morceaux sont assez techniques et donc délicats à jouer, autant en termes de changement de rythmes que de délire avec les guitares. Et pour en revenir à ce que je disais tout à l’heure, tu vis l’instant à fond parce que tu es concentré sur ta musique et à la fois attentif au public. Pour en revenir aux festivals, j’aime particulièrement l’ambiance en festival parce que le public peut partir en sucette, et dans les deux sens. Le gars qui paye son ticket, il ne le fait pas pour venir nous voir. Il peut très bien passer devant le chapiteau pendant que l’on joue et se dire « tiens je n’aime pas ce qu’ils font, je vais me taper un hot-dog ! » (Rires)
ZYVA : des frites !
B.H. : Oui ! Des frites ! On est à Dour quand même (rires) … Non, en festival, c’est plus dur. En fait, tout ce que veut le public, c’est du Rock, le groupe arrive sur scène avec ses tripes et il envoie. Le public ne veut pas de blabla, de gars mous, de gars qui ne transpirent pas. Il faut tout envoyer parce que tu n’as pas de sound check (Ndlr : balances) pas de confort, on se branle de qui tu es, tu dois juste monter sur scène et foncer, pour de vrai.







