SHARKO
Voilà plus de dix ans que David Bartholomé, leader du groupe Belge Sharko, harangue les foules et les plateaux de festivals et il sera pour la 5ème fois à Dour. Sharko a atteint très largement le statut de référence nationale, néanmoins, le dernier album n’aurait pas su toucher le public comme les précédents. Qu’importe, Sharko continue de donner son énergie folle sur scène et promet un beau spectacle à Dour ce soir. David vient tout juste d’arriver, il nous invite à partager un moment autour d’une « bonne boisson locale », bien fraîche s’il vous plaît.
Il regarde le magazine attentivement et s’exclame
David Bartholomé : Oula ! Joe Jackson passe à Lyon à la rentrée, énorme ! C’est un gars qui a surfé sur la vague New Wave des années 80, enfin New Wave, on peut dire qu’il existe différents New Wave… mais en tout cas il a fait de superbes albums dans la fin des années 70, début des années 80. Je crois qu’en 86 il a fait une grosse tournée et puis après il a disparu…
ZYVA : Bon ben c’est l’occasion de venir à Lyon alors !
D.B. : Hein à Lyon, je viens bien voir Joe Jackson, mais je ne veux pas me taper les 9 h de route en fait ! (rires).
ZYVA : Nous on l’a bien fait pour toi !
D.B. : Non, me dis pas que vous avez fait toute cette route uniquement pour moi ?! Non …
ZYVA : Non pas tout à fait, on va plutôt dire qu’il y a beaucoup de monde que l’on voulait voir sur cette édition de Dour 2010 et tu en fais partie, d’ailleurs il y a pas mal de groupes de la scène belge qui valait le déplacement, certains moins reconnus que toi et ta formation. A votre début, vous avez été mis en avant par le court-circuit, peux-tu nous expliquer cela ?
D.B. : Eh bien ça a changé déjà, parce que je crois que ça s’est politisé depuis mais à mon époque c’était un mouvement pour changer les têtes. En tout cas, la première édition était ouverte aux têtes inconnues, j’ai tendance à penser que c’était comme le festival de chansons de San Remo, il y a eu un temps où c’était un tremplin pour des artistes déjà signés et qui cherchaient juste une belle galerie pour se développer. Alors que, la base du truc, c’est plutôt de prendre un gars dans la rue et de lui dire : « est-ce que t’as une chanson ? Alors, vas-y ! » C’était un peu ça… Je ne connaissais rien, ni personne, et je me suis retrouvé dans une dynamique avec des gens qui poussaient, c’était un beau mouvement… c’était en 97 ! (Rires)
ZYVA : plus de 10 ans déjà … Et maintenant, on se rend bien compte qu’il y a une forte richesse musicale en Belgique, non ?
D.B. : Ce qui est bien en France, c’est que vous avez une infrastructure et un public pour la musique indé, je veux dire que ce n’est pas une niche comme aux Etats-Unis ou en moindre mesure en Angleterre. Il a des gens qui sont ouverts à une écoute alternative, c’est pour cela que des groupes peuvent exploser spécifiquement en France alors que dans le reste de l’Europe, sont considérées comme des niches alternatives, je pense à ce groupe merde, comment il s’appelle, oui, Arcade Fire. Ils se sont retrouvés tout d’un coup en une de Télérama, à vendre plein de disques et à faire l’Olympia, alors qu’en Allemagne ou en Espagne ils ont une popularité très alternative et ils font du Rock Alternatif. Ils jouent aussi beaucoup dans des clubs avec 200 ou 300 personnes, mais ça ne sera jamais des salles comme il y en a en France… euh je te dis tout ça pourquoi déjà ? (Rires)
ZYVA : On parlait de la scène Belge …
D.B. : Oui ! Je pense qu’il y a eu une émulation de tous ces groupes belges, pas une concurrence mais une émulation, genre ah ben tu as fait un super album, et bien j’ai ferai un meilleur ! (Rires) Donc tout le monde s’est mis à faire de très bons albums. Depuis plus de cinq ans, on a de très bons groupes, ce qui fait que dans certains festivals tu peux te retrouver avec pas mal de groupes belges et une programmation de qualité et populaire, que les gens viennent. Il y a dix ans, ça n’aurait pas été possible. Avec la France, on y trouve un rayonnement parce que les salles sont belles, parce que les programmateurs sont attentifs et sensibles. Et puis il y a un public. On a beaucoup tourné en France, bon la dernière tournée s’est moins bien passée parce que je crois que l’album était plus difficile à appréhender, et ça nous a un peu écarté d’un public qui n’a pas trop compris la matière.
ZYVA : Oula ?! Ah bon ? Vous avez ce retour ?
D.B. : Oui c’est le retour des salles. Quand on voit que l’on a fait des dates avec 200 à 300 personnes avec quatre albums et qu’avec le cinquième on est en dessous des 100, tu te rends bien compte qu’il y a un truc qui a merdé ! Un des paramètres est sans doute l’impact musical, l’impact d’image, de rayonnement de l’album. On a fait un quatrième album qui était un travail Rock et quand on est revenu avec le cinquième qui avait une volonté un peu plus FM mais assumé, aboutie… enfin aboutie… en tous cas assumé, eh bien c’est comme si on avait perdu notre légitimité de faire du Rock sur scène.
ZYVA : Tu es en train de me dire qu’il faut faire ses preuves pour chaque nouvel album ?
D.B. : Exactement. C’est le cas de beaucoup de groupes. J’ai rencontré dernièrement un programmateur d’une salle, à Nancy je crois. Il me parlait de Diams, il disait « tu vois, elle a quand même vendu je ne sais combien de milliards de disques, elle a vendu des sauts » et le gars organise sa tournée avec la perspective de tourner dans de grandes salles, et en fait il n’arrive pas à en remplir le tiers ! Le rayonnement ne reste pas sur un seul album et il faut davantage s’inscrire dans la durée. Un Michel Sardou, les doigts dans le nez, Dutronc pareil.
ZYVA : On en parlait, c’est le genre de concerts où tu connais forcément tous les titres, ne serait ce que la mélodie… après est-ce que c’est bien décent de faire payer une place à 50 euros pour cette « catégorie » d’artistes ?
D.B. : Ben écoute il se fait pas chier ! Il remplit le Zénith ou Bercy, il ne se pose pas la question de savoir si la place est à 50 ou 70 euros. Je me dis que même s’il mettait les billets à 100 euros, il remplirait des salles !
ZYVA : C’est clair ! Tu a encore un peu de temps à nous consacrer ? Tu viens tout juste d’arriver et j’imagine que tu dois te préparer, c’est quoi le programme ?
D.B. : Oui, oui c’est cool, il y a le montage à faire et j’y suis sensible pour pas retrouver mes ampli ou ma guitare à l’envers, ça va se faire dans pas trop longtemps et puis je vais dire bonjour à droite et à gauche et comment ça va, tu sais (Rires).
ZYVA : La dernière fois que vous avez joué à Dour, c’était il y a trois ans. Le public te connaît, tu t’attends à quoi comme retour ce soir ?
D.B. : Je ne sais pas vraiment, c’est difficile de savoir. On sait que Dour est un festival très pointu, et que les gens viennent parce que c’est pointu, ils ne viennent pas pour le Paléo quoi, tu vois ce que je veux dire ?
ZYVA : Ben écoute, on y sera la semaine prochaine !
D.B. : Quand on va à Dour, on sait que les gens ne supportent pas les manières, genre la meuf qui gueule « salut tout le monde, on va chanter, est-ce que tout le monde va bien ! » Non, à Dour tu envoies la sauce, alors qu’au Paléo c’est plus familial, t’es à côté de la sono et tu as l’impression d’entendre une petite radio…
Un homme assis à côté de nous intervient
Vous parlez de la Suisse ? Vous avez raison je crois que ça joue à 95 DB.
ZYVA Ah oui, ça change des 120 dB de Dour !
D.B. : c’est sûr !
Titre d’un artiste ou d’un groupe qui pourrait représenter votre musique :
Alexandrie Alexandra – Claude François
« A chaque fois je veux m’écarter de cette chanson et à chaque fois j’y reviens. On peut rire du gars aux "pattes d’éph" et des Claudettes, mais le texte de cette chanson me sidère. Dire de telles choses et le faire passer comme un tube populaire, j’aimerais bien avoir cette science. »






