PHOENIX

Interview de PHOENIX
Date : 14/10/2009
Lieu : Transbordeur
Par : Jagunk, Kymmo

Avec un titre d'album, «Wolfgang Amadeus», quelque peu prétentieux, les Versaillais de Phoenix se sont attirés quelques sarcasmes et critiques de la part de certains « journalistes » à la sortie de leur 4ème opus. Nous, on a voulu en savoir plus et passer outre l'aspect hautain qui leur colle parfois à la peau. C'est donc quelques jours après leur retour des États-Unis (pour un groupe français, c'est une belle récompense), où ils ont effectué une tournée, que l'on retrouve au Transbordeur à Lyon Thomas Mars et Deck D'Arcy, chanteur et bassiste du groupe. Au programme de la discussion : les USA, les 10 ans du groupe, Philippe Zdar, Wolfgang Amadeus...

ZYVA : Pas trop fatigués par votre tournée américaine, car vous êtes rentrés il n'y a pas longtemps non ?

 

Thomas Mars et Deck D'Arcy : Non non ça va !


ZYVA : Ce sera peut-être le cas dans deux-trois mois quand vous aurez bien enchaîné les dates ?

 

T. M. : Bah en fait, ça fait déjà cinq mois qu'on enchaîne donc si on devait être fatigué, on le serait déjà ! (Rires)


ZYVA : Et en cherchant un peu des infos sur le groupe, vous disiez dans une interview que la tournée aux USA s'était bien passée ?

 

T. M. : Ouais c'était génial ! C'était vraiment tout ce qu'on espérait... voire même mieux !


ZYVA : Oui, ça doit être dur de ne pas aimer ! Surtout pour un groupe français, car c'est dur de s'exporter aux États-Unis.

 

T. M. : Ouais mais en fait, ce qui génial, c'est que s'il n’y avait que les États-Unis, ce ne serait pas la même chose. On est allé dans plein d'endroits différents et ce qu'on aime ce sont les contrastes. Ce qu'on aime c'est jouer devant plein de gens sur des festivals après avoir joué dans des petites salles par exemple.


ZYVA : Et au final, vous ne faites pas tant de dates que ça en France ? Neuf au total c'est ça ?

 

T. M. : Oui, c'est ça mais c'est beaucoup pour moi, je crois qu'on n'en a jamais fait autant !


ZYVA : Non, c'est vrai ?

 

Deck D'Arcy : Oui comme ça d'affilé, c'est la première fois !


ZYVA : C'est tout complet en plus.

 

D. A. : Oui c'est tout complet, mais finalement ce n’est pas si peu, c'est presque autant mais on joue dans beaucoup de pays !


ZYVA : Oui, c'est vrai que vous avez un parcours assez particulier, un peu comme les Rinôçérôse, Cassius, et compagnie. Des groupes qui s'exportent très bien, et sont presque plus connus à l'étranger qu'en France, non ?

 

T. M. : Bah disons qu'on a moins de temps à consacrer à la France même si... (Il hésite)


ZYVA : Ce n'est pas par choix !

 

T. M. : Non, disons qu'on va où les gens nous veulent le plus en fait. On ne réfléchit pas. Les décisions sont hyper simples. Au tout début, quand on commençait, les gens voulaient plus qu'on joue à l'étranger qu'en... enfin ils nous demandaient plus en Angleterre par exemple. Aujourd'hui c'est les États-Unis mais en France aussi donc on essaye de faire tout.


ZYVA : Et tu crois que ça vient d'où ?

 

T. M. : Au tout début, c'est parce qu'on chantait en anglais. On était une espèce... euh


ZYVA : Rare !

 

T. M. : Oui, enfin disons qu'on n'était pas étiqueté et on était dans un flou énorme. Après plus tu fais d'albums, plus ça aide, j'imagine, à savoir où le groupe veut aller. Nous, en fait ce qui est chouette, on joue dans des endroits où les gens veulent écouter nos albums. On n’a jamais eu vraiment un succès avec single qui a cartonné, et les gens veulent entendre que ce morceau là en concert.


ZYVA : Peut-être sur le premier album non ?

 

T. M. : Bah justement, on n’a pratiquement pas joué en France pour le premier album donc on n'a pas vécu ce truc là.


ZYVA : Peut être que le single était trop connu mais pas le reste de l'album ?

 

D. A. : Ça, on l'a vécu en Italie. C'était vraiment un tube là-bas, mais les gens se foutaient un peu du reste de l'album.

T. M. : C'est le pire truc qui puisse t'arriver : un tube ! Sauf si tu veux une Porsche, et que tu t'en fous de la musique !

D. A. : Mais ça, ça a disparu et j'ai l'impression qu'on a plus un public d'albums maintenant. C'est beaucoup plus agréable.


ZYVA : Oui, on imagine ! On n’a beaucoup de groupes qui nous ont dit qu'à partir de dix ans, grossièrement parlant, on savait à peu près ce que vaut vraiment un groupe, vous êtes d'accord avec ça ou pas ? Vous avez l'impression que vous avez franchi un cap ?

 

T. M. : J'espère ! S'il ne se passe rien au bout de dix ans, les mecs, faut qu'ils arrêtent de faire de la musique tout de suite ! (Rires) Parce que dix ans, c'est énorme ! Les Beatles, ça a duré quoi ?

D. A. : Dix ans ! (Rires)


ZYVA : Vous sentez que c'est une date butoir ?

 

T. M. : Non, puis en plus, nous on a un statut bâtard en gros, car on n'a pas vraiment de date de formation de groupe.

D. A. : On a toujours, et ça, presque depuis la petite enfance, fait de la musique ensemble, donc c'est très flou, pour nous les dix ans du groupe. Le premier album, ça fait presque dix ans, on peut dire ça comme ça, mais on a commencé bien avant. Le premier album a été une étape importante, mais ce ne fut pas la seule. Avant, on a fait un disque, un petit 45 tours sur un petit label, ce qui a été une grosse étape ! Aujourd'hui, ça en est encore une nouvelle car on est devenu indépendant. On fait tout nous-mêmes, on n’est plus sur une major. On a changé la manière de présenter la musique aux gens, c'est plus la même chose maintenant. Puis l'album marche mieux que d'habitude, c'est aussi une autre étape. Voilà, on a donc une succession d'étapes dans l'histoire du groupe et on étale plus les choses de cette manière qu'en termes d'années.


ZYVA : Et au bout de dix ans, ce n'est pas trop dur de se supporter ?

 

D. A. : Bah en fait comme on vous dit, ça fait beaucoup plus de temps que ça qu'on supporte ! (Rires) Non, mais ça va, car on a vraiment vécu ensemble pendant dix et quinze ans !


ZYVA : Ok donc tout le monde connaît les défauts et les qualités de chacun alors ?

 

D. A. : Oui, on se connaît bien. (Rires)


ZYVA : Oui parce que ça peut arriver qu'un groupe s'arrête à cause de ça ! On ne parlera pas d'Oasis aujourd'hui ! (Rires)

 

D. A. : Oui c'est vrai. On ne s'est pas rencontré par petites annonces, même si ce n'est pas un gage de qualité pour la cohésion du groupe.


ZYVA : On a vu que l'album a été enregistré avec Philippe Zdar (du groupe electro français Cassius), comment ça s'est fait ? Vous êtes allés le voir ? C'est lui qui est venu vers vous ?

 

T. M. : Non, en fait, on lui avait fait mixer le premier album. On l'a rencontré comme ça. Ce disque, on a fini par le faire dans son studio alors qu'on n'avait pas commencé avec lui. Ça c'est fait naturellement, car il venait souvent récupérer des affaires personnellement au studio... il a une collection de disques assez impressionnante car il est dj aussi. Voilà, il venait souvent et il donnait son opinion sur ce qu'on faisait. Il a une analyse très pertinente, et en plus il est très charismatique donc il arrive à ses fins assez facilement. (Rires)


ZYVA : Et personnellement, vous aimez son travail au sein de Cassius ?

 

T. M. : Euh personnellement... bah oui sinon on ne pourrait pas travailler avec un gars qu'on ne respecte pas.


ZYVA : Oui c'est sûr, après il y a des personnes qui sont meilleures en studio, qu'en live ou pour faire leur propre album.

 

D. A. : C'est quelqu'un qui a un panel musical bien plus important que ce qu'il fait avec Cassius. Il a une culture incroyable. Il a fait beaucoup de choses différentes. Il a été producteur, il a fait du hip hop, bref il a fait beaucoup de choses...


ZYVA : Oui, comme travailler pour le premier album de Mc Solaar à l'époque !

 

D. A. : Oui, c'est vrai ! Donc ce n'est pas uniquement à travers Cassius, c'est plutôt lui et sa personnalité qui ont joué.

T. M. : C'est un des rares mecs qui connaît l'héritage musical et qui est hyper contemporain dans le sens où il est toujours à l'écoute des nouveaux trucs. Et pour le matériel c'est pareil. C'est le mec parfait pour ça. C'était génial de travailler avec lui. Dès fois, il était six, sept voire huit heures en retard. Dès fois, il ne venait pas pendant deux semaines. C'est un Rick Rubin (producteur essentiellement dans le milieu rap, rock et métal américain) français quoi !


ZYVA : Oui, il faut s'adapter au personnage en gros ?

 

T. M. : Oui, c'est sûr que ça ne marcherait pas avec tout le monde.

D. A. : Il nous a laissé libres. Ce n'est pas un producteur conventionnel qui est là pour enregistrer un groupe, c'est plus l'inverse en fait.


ZYVA : Et à propos de l'album, de son visuel (la bombe et le nom : Wolfgang Amadeus), comment vous en êtes arrivé à ça ?

 

T. M. : En fait, plus ça va plus on fait des trucs qui...


ZYVA : N'ont aucun sens ?! (Rires)

 

T. M. : (Rires) Oui c'est ça ! En fait, ça n'a qu'un seul sens : celui de nous plaire à nous et pas aux autres, à la base en tout cas. On fait vraiment les trucs pour nous et on ne cherche pas à plaire à tout le monde. Surtout pas même ! Ce serait le pire truc qui pourrait nous arriver. Mais au final, ce qui se passe, c'est que quand tu fais un truc que t'aimes bien, y'a d'autres gens qui sont sur la même longueur d'onde que toi et ça parle à d'autres gens. Et ça c'est le résultat... d'une recherche du non-sens total mais en même temps avec une charte et une vision très précise. On savait exactement ce qu'on voulait. On voulait un truc hyper moderne, hyper pop, qui maltraite et en même temps qui soit très iconique. Ça en fait quelque chose d'unique, et puis on savait qu'on prenait un risque. On savait que certains...


ZYVA : Allez-vous dire : pour qui ils se prennent ? (Rires)

 

T. M. : Oui ! Puis on savait que mettre une bombe sur un disque, tu ne peux pas trop le faire sur une major !


ZYVA : Ah ouais, même encore aujourd'hui tu penses ?

 

T. M. : Oui sur les majors américaines par exemple ! Et puis cette différence fait la force de l'album aussi je pense.


ZYVA : Ok ! On aime bien savoir ce qu'écoutent les artistes qu'on rencontre. Il y a des choses qui vous ont plu dernièrement ou vous vous êtes un peu exclus de ce que les autres font ?

 

D. A. : Quand on fait un album, on n'écoute pas forcément de musique...euh si quand même, enfin pas trop. L'influence principale de cet album n'est pas vraiment contemporaine, c'est Steve Reich ou des choses comme ça.

T. M. : On va chercher des trucs les plus loin de nous. C'est pareil quand tu rentres de studio, tu ne peux pas trop écouter de trucs, c'est comme quand on est en tournée... quoiqu'en tournée, c'est le moment où on écoute le plus de trucs en fait.


ZYVA : Dernièrement alors ?

 

T. M. : Passion Pit, c'est pas mal du tout !


ZYVA : On imagine qu'aux États-Unis, vous avez du écouter et découvrir pas mal de trucs ?

 

D. A. : En fait, ils ont notre première partie le mois dernier et c'était très bien. Y'avait un groupe qui s'appelait Softpack, un groupe de Los Angeles très bien.

T. M. : Les Dirty Projectors ! Ça c'est dingue ! En général, moi j'ai jamais aimé la virtuosité dans la musique, et eux ce sont les seuls qui m'ont fait changer d'avis. C'est tous des virtuoses. Y'en a un petit côté Hendrix blanc plus des chœurs à la Beach Boys... C'est assez bluffant ! Le tout fait de façon hyper analogue, un peu comme s'il reproduisait une musique de machine hyper complexe. Sinon y'a Grizzly Bear aussi, c'est pas mal. En France, on n'était pas trop là, donc ce serait plus à vous de nous dire !


ZYVA : Le dernier truc qu'on a bien aimé et qui nous vient à l'esprit, c'est Amanda Blank, une rappeuse américaine ! Vous écoutez un peu de rap de temps en temps ?

 

T. M. : Si, mais depuis les 90's pas trop. On écoute moins maintenant. Ça ne fait pas les mêmes trucs que quand on écoutait les bons Jay-Z, Snoop Dog,... tous les trucs de Timbaland, ou de Rick Rubin.


ZYVA : Ouais en gros, le rap c'était mieux avant !

 

T. M. : Ouais, on peut dire ça comme ça, après ça va peut être changer.


Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait représenter votre musique :

Lou Reed - Street Hassle

C'est un morceau qu'on a essayé de faire. C'est un morceau qui ne tient à rien, et nous en studio, quand on a fait Love Like a Sunset, par exemple, c'était un peu ça, ça ressemblait à rien jusqu'à sa toute fin. Ce morceau il nous a rassurés, dans le sens où c'était possible de faire un morceau avec une ligne mélodique, qui est reprise par pleins d'instruments à la suite, c'est tout. Au final, c'est un des meilleurs morceaux.


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