JOHN & JEHN
Discussion fleuve avec le duo français exilé en Angleterre, John & Jehn, au Marché Gare à Lyon pour nous présenter leur deuxième album : Time for the devil teinté de rock, pop, new-wave.
(Après un petit problème de magnéto.)
ZYVA : Donc vous nous disiez que vous êtes de Londres, enfin vous êtes Français mais vous habitez à Londres ?
John : C’est ça oui, on est du quartier « Muswell hill », qui est le quartier des Kings. Et Ray Davis a monté un studio mythique là-bas qui s’appelle le Konk Studio et qui est à 5 minutes de chez nous à pied.
ZYVA : C’est plutôt cool ?
John : Ouais, c’est cool, c’est un super quartier à côté du parc Alexandra palace.
ZYVA : Ça fait combien de temps que vous êtes là bas ?
Jehn : Ça fait 4 ou 5 ans ? J’arrive plus à savoir.
John : 4 ans et demi.
ZYVA : Et vous avez monté le projet là-bas ?
Jehn : Bah en fait plus ou moins, on a commencé à vraiment faire des concerts en Angleterre, on n’était que tous les deux au départ. On a commencé notre première maquette en France et on est parti.
ZYVA : Vous avez fait votre maquette en France et vous avez commencé à jouer en Angleterre ?
John : C’était un premier EP en France qui a été fait en 95…
Jehn : 95???
John : Waow, qu’est ce que j’ raconte moi ?!
Jehn : En 2005 !
(Rires)
John : Je suis fatigué. Donc en 2005, et c’est un truc qui est devenu un EP en fait, qui a été distribué par les magasins en Angleterre, et non distribué en France. Donc l’intérêt avait été grandissant sur une démo au final qui a été transformée en EP par les Anglais qui se sont dit « c’est un truc qui sonne et qui vaut le coût d’être diffusé ». Ça nous a mis la puce à l’oreille en se disant qu’on ne va pas faire long feu ici et puis on va plutôt bouger quoi. Et puis on était dans des petites villes de toute façon, on avait envie de voir plus de choses, voir plus de groupes, rencontrer plus de gens. C’est des super petites villes, je dis pas. À Angoulême notamment, ils ont une super salle de concert, ça nous a fait découvrir plein de choses, mais on avait envie de bouger. Et puis on a eu l’occasion de bouger grâce à une personne qui est devenue notre manageuse.
ZYVA : Qui s’occupe de vous encore maintenant ?
Jehn : Oui, qui nous a hébergés en fait quand on est arrivé.
ZYVA : Et alors les premières dates, vous avez ramé ou c’est venu assez vite ?
Jehn : Bah les premières dates c’était à deux seulement.
John : On rame toujours… (Rires )
Jehn : A l’époque moi j’avais un énorme Farfisa (orgue) avec une Cabine Leslie et lui il avait la gratte.
John : Une Farfisa, c’est les vielles orgues des années 50…
Jehn : Donc c’était très lourd, on n’était que deux.
ZYVA : C’est ce que j’allais dire, parce que faut le trimbaler aussi le matos ?
Jehn : Bah ouais, au début on n’était que à deux, et puis on faisait des dates, des shows toutes les semaines à Londres. C’est comme ça qu’on a rencontré Math notre « sondier » parce que on a joué une salle, qui est devenue un peu notre QG à Londres qui s’appelle The Luminaire, qui est un des meilleurs clubs de Londres. En jouant là-bas on a rencontré Math, et le concert d’après à Londres il est venu faire notre son sans qu’on lui le demande et puis c’est devenu notre pote, il a tout suivi et il a enregistré les albums avec nous.
John : Et donc ouais, le but c’était de faire un max de concerts sur Londres, de ne pas être regardant, tout faire, et là où on pouvait être, on y était. On s’est forgé comme ça.
ZYVA : Et j’imagine qu’au début comme tu disais c’est plus de la survie ?
John : C’était de la survie, en même temps on crevait pas la dalle, mais c’était quand même assez intense. Mais on adorait ça, Jehn, elle donnait des cours de français dans un collège, moi de temps en temps je faisais les entrées dans cette fameuse salle, « le luminaire ». Et puis le seul truc à faire c’est de pas avoir de dépenses au final (rires) tout simplement, essayer de pas avoir besoin d’autres choses que ce dont tu as besoin. Et au final on a réussi à faire ça pendant deux-trois ans facilement, à tenir, à faire un max de concerts.
Jehn : Et puis on enregistrait dans notre chambre, le premier album c’est comme ça qu’il c’est fait. On faisait tout dans notre chambre.
John : Ouais, c’était « do it yourself », mais c’était vachement bien quoi, superbe époque !
ZYVA: Et entre le premier et le deuxième album, il y a eut beaucoup de dates ?
John : Ouais, on a sorti le premier album un an après avoir fait ce premier EP. Et grâce à ce premier album, on a vachement tourné, même en Angleterre. C’est rigolo, c’était un album enregistré dans notre chambre et qui a été bien vachement bien accueilli.
ZYVA : Cocorosie l’a fait aussi.
John : Cocorosie l’a fait aussi ouais. Et c’est un truc, c’est rigolo on s’est même retrouvé à Taratata avec cet album, c’était complètement surréaliste mais on s’y est retrouvé.
Jehn : On ne s’attendait vraiment pas à ça quoi.
John : Et c’est génial, on est super content. Parce que c’est vraiment un truc qui a été fait avec le cœur, mais à la va vite quoi. Et du coup, on s’y plaisait vachement je crois. On avait ce truc, on n’était que deux sur scène et puis on en voulait quoi, quand on était sur scène on était sur scène, même dans les pires conditions parce qu’on a vraiment joué dans les pires conditions à Londres ou même en Angleterre.
ZYVA : Ouais les salles sont connues aussi là-bas pour être un peu dégueulasses.
John : Ouais pour être super dégueulasse, t’as pas le son, t’as rien. Voilà c’était clairement au milieu de la piste. On a joué au Pays de Galles au Barfly, il y avait une fuite, et il y avait une flaque de pisse au milieu des loges. Et c’est vrai ! Donc tu vois ? (Rires) Mais c’était chouette !
Jehn : Mais en même temps tu as un public là bas qui est quand même vachement habitué, qui a une culture rock hyper forte quoi. Et ils vont tout de suite piocher dans les références, enfin… Pas forcement en fait, ils prennent le groupe tel qu’il est, ils croient en l’histoire de la musique, enfin, je sais pas comment dire. Ils ont l’impression de voir des événements historiques quand ils voient des concerts parce qu’ils sont habitués à ca.
John : Comme notre musique est très référencée anglo-saxonne, ça leur tombait tout de suite dans l’oreille quoi. Direct ils comprenaient, on n’a pas ramé de ce côté là, on n’était pas dans une incompréhension. Savoir est-ce que les gens disaient : « Est-ce qu’on va les faire jouer ou pas ? C’est un peu chiant ? » Non non, ils ont pris le truc tel que c’était et l’on comprit tout de suite.
Jehn : Et puis on était un groupe de Londres au final, on n’était pas des expatriés français venus faire leurs dates.
John : Donc on était là bas aussi dans des soirées organisées par des potes. Enfin c’est toujours pareil, tu fais partie d’une scène, et puis voilà, ça c’est grossit et on a commencé a virasse la France peu de temps après au final. Avec les transes musicales à Rennes. Et c’est là que ça a pas mal décollé, c’est là que le label Naïve c’est intéressé à nous et nous a signé pour le deuxième album. On a pu s’acheter du matos grâce à eux. Donc là c’est une plus grosse chambre que l’on a. Et puis on a un super tourneur, qui est français, qui s’appelle Alias, qui est mortel. Et grâce à eux, on tourne dans des bonnes conditions, on est bien accueilli.
ZYVA : Faire des belles dates ?
John : Faire des belles dates et tout !
Jehn : Après là on vient juste de finir une tournée en Angleterre, on était en première partie de British Sea Power (groupe de Brighton), qui ont eux un public exclusivement anglais, ils tournent dans les pays anglo saxons mais en France ils ne sont pas…
ZYVA: Pas connus du tout.
Jehn : Et justement on va les inviter parce que c’est vraiment devenu des super potes. Ça fait deux fois que l’on tourne avec eux, on avait tourné avec eux il y a deux ans.
John : On va essayer de proposer des plateaux avec eux en France. Mais c’est rigolo parce qu’en Angleterre ils font du 3 000 des fois. Enfin, ils sont très connus quoi.
ZYVA : Les proportions ne sont pas les mêmes, ça n’a rien à voir.
John : Non, rien à voir, d’un territoire à l’autre ça n’a rien à voir. Et puis en France, ils n’ont jamais voulu rien faire. Ils ont fait un truc il y a 6 ans, ils faisaient une tournée d’Interpol.
Jehn : c’est comme ça qu’on les avait vus à l’époque.
John : On était tombé complètement fan du truc quand on les avait vus il y a 6 ans, on ne se connaissait pas d’ailleurs et on était dans le même concert.
Jehn : Et on est devenu pote, par hasard on a fait leur première partie. Ils faisaient avant une tournée anglaise, un show un peu secret, un peu pour le début de la tournée. Donc on faisait leur première partie pour cette soirée là au Sud de Londres et direct ils nous on prit en fait, parce que ça c’est super bien passé.
John : Donc à la rentrée, en France on va essayer de les faire venir avec nous. C’est un putain de groupe sur scène, c’est un truc de malade. On en sort juste de la tournée en Angleterre.
ZYVA : Et là maintenant, il y a quelques dates en France ?
John : Pas vraiment, c’est Lyon en fait. Et on a fait France Inter hier, on a fait le Pont des artistes, ce sera diffusé samedi soir, avec Air et un mec qui s’appelle Arnaud Florent Didier.
ZYVA : D’accord. Et après retour à la maison ?
Jehn : Voilà demain, on fait Lyon-Londres en camion.
John : On va se taper treize heures de camion demain, avec celui-là. Le van s’appelle Zeus, il a un nom.
ZYVA : Ah il s’appelle Zeus ?
John : ouais, c’est le van de British sea power en fait.
Jehn : Ouais, c’est leur van. Ils ont une chanson qui s’appelle Zeus, maintenant ils ont fait les bières Zeus aussi. Donc c’est mythique, on en prend beaucoup soin, on lui parle.
ZYVA : C’est devenu votre ami.
John : c’est devenu notre meilleur ami même ! (Rires)
ZYVA : Et vous êtes plus nombreux maintenant ?
Jehn : Oui, on est quatre.
John : Ça c’est à cause du deuxième album.
ZYVA : Et vous créez à quatre aussi ?
John : Non, on crée à deux, on enregistre à deux aussi. On n’a pas de producteur quand on enregistre, on a cet homme là, Math, qui est notre ingé son et qui nous enregistre quand on est en studio. Et je produis le son tout ça, et on écrit toujours tous les deux tous les morceaux.
ZYVA: Mastering tout ça aussi ?
John : Non, le mix non plus. Le mix a été fait par Dave Bascombe, qui est un super mec, qui est de la génération année 80 un peu et qui a mixé des albums assez mythiques comme music for the masses de Depeche Mode. Il a marché au coup de cœur au début avec nous, parce qu’on n’avait pas de budget à l’époque. Il a commencé a mixé nos morceaux parce qu’il aimé bien la zik. On avait été au culot.
Jehn : On n’avait pas de label à l’époque.
John : On lui a envoyé cinq morceaux. Il les a trouvés vachement bien, il a dit « Ok, je le fait ! ». Son agent a fait la gueule parce que lui c’est un mec qui coûte pas loin de 3 000 euros par morceaux au niveau du mix. Et avec nous, bah voilà… (Rires)
Jehn : Il a fini après l’album, parce qu’on avait déjà la moitié de l’album enregistré avant de signer.
John : Qu’il ait marché au coup de cœur, c’est rigolo parce que tous les gens qui travaillent avec nous marchent au coup de cœur comme ça, on ne les force jamais. S’ils veulent pas c’est pas grave, on continue, on avance toujours quoi qu’il arrive. Même s’il y a un problème avec le label, quoi qu’il arrive, on fait ce qu’on a faire, c’est super important je crois. Même la nouvelle génération, tu vois vachement des mecs comme les Naive New Betters ils font vachement tout par eux-mêmes, ils font leurs propres clips, leurs propres graphismes, ils font tout eux-mêmes. Et c’est super important de conserver ce truc là. Même quand t’as un label, même quand t’as un tourneur, quand t’as tout ça. Quand Alias ne peut pas nous envoyer de tour-manager, on se « tourman » nous-mêmes, on conduit le camion, il n’y a pas de soucis.
Jehn : Bah en Angleterre on conduisait nous-mêmes.
John : Je crois qu’on deviendrait dingues sinon. C’est un truc qui te distancie de la musique.
Jehn : Et des gens.
John : On a eu l’expérience, à une période on se disait, bah on laisse faire, on lâche un peu le bébé. Et puis il y a des tours managers, il y a des directeurs de ci et des machins. Pff.. Tu parles, on ne peut pas lâcher le bébé.
Jehn : Ouais parce qu’ils savent plus faire aussi.
John : On a trop commencé roots aussi pour se dire du jour au lendemain on va lâcher ce truc- là. Parce qu’on aimait tellement ça, qu’on a envie de conserver tout ça quoi qu’il arrive.
ZYVA : Mais ils ne savent pas faire ?
John : Fais gaff’, tout est écrit. (Rires)
Jehn : Mais c’est une vérité dans le sens, où les labels aujourd’hui sont un peu désemparés.
John : Ils en sont totalement conscients.
Jehn : Ils ne vendent pas.
ZYVA : Déjà ils vendent pas, et puis il y a une volonté des artistes aussi de pouvoir être indépendant.
John : ah bah tout à fait, mais la seule condition pour être indépendant, c’est de se bouger grave le cul et de le faire soi-même. Tu ne peux pas attendre que les gens le fassent à ta place. Ça c’est une règle d’or. Donc tu ne peux pas attendre d’une maison de disque qu’ils aient une super idée sur ton disque par exemple. Parce qu’ils savent plus faire d’une part je trouve. Et puis c’est vraiment au rôle de l’artiste de driver sa propre carrière. C’est super important, tu ne peux pas compter sur les autres pour le faire. Il y a des gens qui se sont fait baiser comme ça. Être un jeune groupe, signer, tout le bordel. Et puis au final, il ne se passe rien derrière parce qu’ils se sont dit tout le monde va travailler autour, et en fait non. Parce que les maisons de disques sont tellement dans une déprime financière.
Jehn : Mais le mot est vraiment vrai, déprime ! Ils sont dangereux.
John : Vaut mieux pas les avoir au téléphone, ils sont dangereux pour les groupes dans un sens. Parce qu’ils ne vendent plus rien, ils ne savent pas quoi faire par rapport à ça.
ZYVA : Il y a que la scène qui fait la différence maintenant.
John : Ouais, exactement. C’est pour ça par exemple que la relation qu’on a avec Alias, notre tourneur, est super bien. Parce que même si on ne vend pas énorme de disques, eux ils savent qu’en concert ça se passe bien.
Jehn : On peut créer des événements, on peut faire des choses. Par exemple la venue de British Sea Power ils sont à fond derrière nous et on va organiser tout ça.
John : C’est plus facile pour eux de concrétiser leurs idées parce qu’ils ont encore l’argent. Le problème c’est que les maisons de disques n ont plus d’argent pour concrétiser leurs idées. Donc du coup, ils sont là à regarder les chiffres, ils dépriment quoi. Ils sont dans une sale situation, vraiment.
Jehn : On les plaint. (Rires)
John : Mais quoi qu’il arrive, nous ça nous arrêtera jamais de faire de la musique.
ZYVA : Bah j’espère bien.
John : C’est le propre même du truc, ils sont plus dans une situation bien plus à plaindre que nous au final. Donc on essaye d’être compatissant mais dans les limites du possible. (Rires)
Titre d’un artiste ou d’un groupe qui pourrait représenter votre musique :
Robert Palmer – Johny and mary


