SHAKA PONK

Interview de SHAKA PONK
Date : 07/11/2009
Lieu : Ninkasi Kao
Par : Jagunk

Un singe déjanté, 5 gars complètement frappés, un univers sonore très cosmopolite, voici le résultat d'un groupe français exilé pendant quelques années en Allemagne, à Berlin plus précisément : Shaka Ponk. Rien ne laissait penser que ce groupe encore inconnu, il y a quelques années, revienne sur ces terres déplacer une foule surexcitée au Ninkasi Kao à Lyon, et déverser leur rock-métal-fusion-electronique énergique ! Mais Shaka Ponk, ce n'est pas que ça, c'est aussi un visuel ultra prononcé, des choses à dire, et une ambiance que l'on pourrait qualifier de très « funky ». Rencontre avec Frah, Ion, et Steve, respectivement chanteur, batteur et clavier du groupe. Au programme : leur vie à Berlin, Gos (le singe mascotte), Nagui,...

Ils regardent notre magazine et voient une annonce de concert...


Frah : Oh les Crucified Barbara !! On a joué au Bol d'Or (compétition annuelle de moto) avec elle !


ZYVA : Cette année ?


Frah : Ouais ouais !


ZYVA : Et alors, c'était cool ? Vous leur avez parlé un peu ?


Frah : Ouais, ouais, tu sais ces meufs, c'est spécial quand même. Elles étaient au Bol d'Or, ç'est à dire devant 80 000 mecs défoncés, bourrés comme des vaches qui gueulent : « Salope, à poil ! » pendant qu'elles jouent. Donc au bout d'un moment, elles étaient un saoulées... mais sinon elles avaient l'air sympathique ! Enfin j'en avais mal pour elles. Elles souffraient un peu, on le sentait. Nous, c'était nickel, on était déjà à poil et tout le monde s'en foutait ! (Rires)

Ion : Ouais, c'est rock'n'roll ! Crucified Barbara, c'est du Motörhead en nanas !


ZYVA : Et sinon les autres dates que vous avez faites cette été, les festivals, tout ça, ça c'est bien passé ?


Ion : Ouais super ! On a croisé Motorhead justement aussi, et on a croisé pas mal d'autres super groupes...


ZYVA : Vous étiez au festival le Cabaret Vert, en même temps que Deftones, vous les avez croisés ?


Ion : On jouait pratiquement en même temps qu'eux. On s'est chevauchés. On a été un peu déçu de ne pas les voir mais bon ça reste quand même un super festoch' ! Bon souvenir !


ZYVA : Et là, c'est la première fois que vous faîtes autant d'affilée en France non ?


Frah : Non, en fait à l'occasion du premier album, alors qu'on était installé en Allemagne, on est passé faire pas mal de dates ici mais on est passé totalement incognito dans des petites salles, avec un record à 8 personnes, il me semble ! (Rires) Donc on avait écumé pas mal les petits clubs à l'époque, à hauteur de 40 dates quand même, alors qu'on n’avait pas trop d'actus ! D'ailleurs on était très triste car comme on était en Allemagne, on ne se rendait pas compte de ce qui se passait en France, et le label allemand avait délégué la promotion à un bureau en France. Quand on arrivait dans les salles, les mecs étaient outrés car ils n'avaient reçu ni cds, ni affiches pour faire la promo du concert, et dire qu'il y avaient un super groupe qui venaient jouer chez eux ! C'était la cata car les gens ne venaient pas !


ZYVA : Et pourquoi être parti à Berlin d'ailleurs ?


Frah : L'aventure !

Ion : Partir à l'inconnu ! Quitter le confort qu'on avait à l'époque à Paris : la famille, les potes... et c'est là-bas qu'on a trouvé l'inspiration on va dire. S'il n'y avait pas eu Berlin, je ne sais pas si on serait là ce soir. En plus, c'est une ville fantastique !


ZYVA : Vous y avez vécu combien de temps ?


Frah : On y a vécu 3 ans... et on l'a vécu avec toutes les histoires qu'on peut avoir quand on quitte sa maison, sans avoir beaucoup d'argent, et qu'on installe dans un pays dont on parle la langue... juste par inconscience. Du coup, c'est rigolo une semaine, deux semaines... et puis tu commences à te dire qu'il faut qu'il se passe un truc. Tu as les problèmes du quotidien qui sont amplifiés car tu n'es pas chez toi, du coup, on s'est accroché à la musique et au collectif d'artistes qu'on était. On s'est accroché à la création et aux rencontres qu'on faisait, car il était hors de question qu'on rentre en France comme des cons. On est resté 3 ans fixé là-bas, c'est à dire qu'on n'est pas revenu une seule fois en France, et puis après on a commencé à faire des allers-retours. Là maintenant qu'on a sorti le cd en France d'abord, on est plus souvent là. Du coup, le fait d'être là-bas, sans avoir rien préparer, ça a créé quelque chose ! Ici, quand tu fais un groupe, tu as ton chez toi, imaginons en plus que c'est ton 5ème groupe et ça devient important, tu as ta famille, des gens autour de toi, c'est différent. Du coup, on s'est retrouvé à ne plus trop savoir où on habitait !


ZYVA : Et qu'est-ce que vous avez aimé le plus là-bas ?


Ion : La fête !

Frah : Les gens ! La mentalité ! Il y a des gens de partout mais... ils sont différents. Enfin ceux qui sont installés à Berlin, car il y a des gens qui passent beaucoup mais c'est pas pareil. J'ai l'impression que les gens qui sont là-bas, ils ont tous quittés un endroit où il était difficile de communiquer. Les pôles culturels étaient un peu cloisonnés. Ils avaient du mal à accéder à des trucs bien car il fallait être dans un cercle. Ça c'est vachement Paris par exemple, Lyon je sais pas, New-York aussi... bref Berlin, c'est vraiment devenu le point de rencontre des mecs qui ont envie d'échanger.

Ion : Il y a un gros côté underground, avec beaucoup de squats...

Frah : Qui n'en sont plus maintenant, car c'est vachement « open ». Tu marches dans la rue, tu rentres dans une porte cochère, tu montes au 3ème étage, et tu découvres qui fait trois fois ici, et tu te dis : « qu'est-ce qui se passe ? » Y'a des mecs qui peignent, y'a des mecs qui jouent... enfin c'est complètement surprenant !


ZYVA : Et c'est pas trop dur de revenir en France après ça ?


Frah : Non, comme je t'ai dit, on n'est pas vraiment revenu, et puis nous on bouge beaucoup donc voilà, on est plutôt justement de ne pas être resté enfermé dans Berlin après. On envisage même peut être de s'installer à Barcelone pour faire le troisième. C'est flippant mais en même temps, ça bouscule des trucs donc c'est bien !


ZYVA : Ça veut dire pas de vie familiale aussi ?


Frah : Ah ça ! (l'air amusé) Enfin, si, si mais différemment ! Le premier batteur qu'on avait, était à Berlin avec sa nana et sa fille donc bon voilà, après c'était un peu baba cool comme vie.


ZYVA : Oui j'imagine ! Je suis un peu surpris de l'accueil que vous avez en France aujourd'hui (ce soir c'est complet au Ninkasi), en même temps, ça veut dire qu'on évolue aussi un peu dans notre pays, musicalement parlant et que si vous aviez sorti votre album 3 ans auparavant, vous n'auriez pas eu le même accueil ?


Frah : Oui, c'est vrai ! C'est évident qu'aujourd'hui les gros médias et les grandes maisons de disques qui se rétament depuis quelques années gentiment sont obligés aujourd'hui de se tourner vers l'avis du public : sur les myspaces et tout ça !

Ion : En gros, ils se font doubler par Internet en général !

Frah : Ils ont conscience que ce ne sont plus les directeurs artistiques, dont le job était de repérer les nouveaux talents et les grands médias aveuglés par l'audience qui décident de tout ça. Ils ont été obligés d'aller voir ce que les gens aimaient indépendamment de tout ça, et ils se sont rendus compte que ce n'était pas forcément ce qu'il faisait depuis quinze ans, et qu'au final, ils se sont rabattus sur ce que les gens aimaient. Ça leur fait prendre moins de risques. On l'a vu dernièrement avec Oui Fm et son I Love Myspace, où ce sont carrément les fans qui choisissent. La radio choisit les groupes qui marchent le plus, ensuite ils les passent dans l'émission, où là tu as tous les fans de tous les groupes sélectionnés qui écoutent, donc en terme d'audience c'est tout bénéf pour la radio. Les Articts Monkeys, c'est un super exemple. La maison de disques a récupéré un groupe qui avait 1 million 500 000 fans alors que personne n'en avait jamais entendu parler.

« Ils sont d'où eux ?

Bah ils sont passés 15 fois dans le label, mais vous les avez jetés !

Ah ok bah on va peut être les prendre finalement ! » (Rires)

Donc c'est pour ça qu'aujourd'hui, en France, on se retrouve à passer des trucs en radio très différents ! C'est pas encore ça non plus, mais bon !


ZYVA : C'est une belle revanche !


Frah : Oui, bah enfin, c'est la logique ! C'était tellement conservateur ici. On avait cette espèce de variété française qui... cette espèce de truc tout... épuisé en style, et qui du coup commence à se péter la gueule un peu comme... le mur de Berlin ! (Rires)

Ion : Pas mal.


ZYVA : (Rires) Oui, puis au final, vous avez fait quand même l'émission musicale française par excellence : Taratata ! Il est cool Nagui au moins ?


Frah : Très cool ! De toute façon, les mecs comme Nagui, ou c'est quoi l'émission de... Manu Katché ?

Ion : One Shot Not !

Frah : C'est plutôt des gars qui vont kiffer le fait de trouver un petit groupe vachement bien, de le faire découvrir et de dire : « je l'ai trouvé en premier ! ». Je pense qu'ils sont plus friands de ça que de prendre des big stars, même s'ils en prennent pour l'audience car ça ramène du monde.

Ion : Tout le monde y gagne. Eux ils étaient contents, nous on était super content...

Frah : On a eu du mal à mettre le singe en vidéo parce que c'était pas trop le concept sur place mais bon.


ZYVA : Et le délire du singe, c'est venu comment ?


Ion : De l'origine du groupe en fait, car le groupe avant, c'était plus du vjing qu'un groupe de rock. On était une sorte de collectif. Au début, il y avait Frah qui faisait les machines mais il ne chantait pas, CC qui faisait les grosses guitares rock et ce singe, Gos, qui apparaissaient sur l'écran et qui le chanteur de cette petite formation. Au départ, ce singe vient d'un hacker (californien du nom de Stan) que l'on a rencontré et qui l'utilisait pour pirater des grosses campagnes publicitaires sur internet en maintenant des messages du style : « N'achetez pas ça ! ». (Rires) C'était son avatar en gros. Et quand on l'a rencontré, on s'est dit : « Il nous faut ce singe ! ». Donc il est là depuis le début, jusqu'à ce qu'un jour, on ait des problèmes de machines, et que Frah fut obligé de prendre un micro pour remplacer ça. C'est vraiment à Berlin que le groupe est devenu un vrai groupe de rock, car il fallait faire des dates. Voilà, l'origine du « monkey ! » Et maintenant, c'est lui qui nous emmène partout !

Frah : Il nous a un peu piqué la vedette, mais c'est bien (Rires) !


ZYVA : Vous n'avez pas de bus tour avec la tête du singe encore ?


Frah : Non, on a un bus tour mais si on met le singe dessus, à mon avis, on va se faire engueuler !

Ion : Oui puis on risque de se faire piquer le matos !

Frah : À Berlin, on avait deux jeeps. On avait fait un deal avec Suzuki qui lançait les premières jeeps hybrides électrique-essence, et on avait le singe dessus. On se baladait avec et c'est vrai que dès fois les gens nous voyaient : « Shaka Ponk !! ». Ça faisait un peu vie de village.


ZYVA : Et la suite des évènements pour vous après les dates en France, ça va être quoi ?


Ion : Nous, en fait, on a vachement la tête dans le guidon. On est un peu des geeks. C'est à dire que là, on est comme en vacances quand on part jouer. C'est la récréation ! On est torse poil, on transpire, et on se lâche. Le reste du temps, on reste pas mal de temps en studio, sur notre ordi... Y'a la Monkey Tv aussi, je sais pas si tu connais ?


ZYVA : Non !


Ion : C'est la télé de Shaka Ponk, qu'on a mis en ligne y'a un mois et demi. On filme tout le temps : sur scène, avant, après, le bus, et très régulièrement, on met un petit épisode de ce qui s'est passé la veille, ou quelques les jours précédents. Tout ça, ça nous prend beaucoup beaucoup de temps, ce qui fait que l'on ne va pas très loin. On n'anticipe pas vraiment.

Frah : Déjà, on en parlait tout à l'heure, on est un mode « compliqué ». On a le Bataclan en décembre, et on a tout un système de lumières, et d'écrans différents de ce qu'on fait d'habitude, du coup, on doit vraiment beaucoup bossé. En plus, on revient des États-Unis. On était parti une semaine pour faire la promo là-bas. On doit y retourner. Y'a des trucs qui tombent au jour le jour.

Ion : On doit retourner en Allemagne.

Frah : Après décembre, je ne peux pas du tout te dire comment ça va se passer...


ZYVA : Les États-Unis, ça peut être bien pour vous non ?


Frah : Ouais, ouais... (hésitant) Nous, on suit le mouvement. On trouve peut être que c'est un peu tôt, précipité... enfin je sais pas ! Personnellement, je trouve que ça fait un peu flipper, alors qu'au final, même si on a l'impression que les Américains ont tout inventé, là ils se disent : « les gars vous êtes des tarés ! ». La façon d'être, les images, le style sur scène, on a l'impression qu'ils ont du mal à comprendre. On les intrigue. Du coup, ils nous font revenir pour faire des expériences dessus, nous ouvrir, et voir ce qu'il y a dedans ! (Rires)

Ion : Pourtant on est comme tout le monde, je ne comprends pas ! (Rires)


ZYVA : (Rires) Est-ce que vous prenez encore le temps d'aller chez les disquaires ou d'écouter sur Internet ce que les autres font à côté ?


Ion : Les disquaires plutôt numériques en fait. On télécharge un peu aussi.


ZYVA : Qu'est-ce qui vous a bien plu dernièrement ?


Frah : Euh... Steve (le clavier qui filme la discussion depuis le début) qu'est-ce qui t'a plu dernièrement ?

Steve : C'est plutôt des One-shot généralement, ce n'est pas des albums entiers, plutôt des morceaux par ci, par là.

Ion : C'est un peu la nouvelle manière d'écouter la musique, qui est en fait une manière ancienne comme à l'époque des vynils, où l'on sortait des singles, des 45 tours, où il y avait un titre qui n’était sur aucun album. On revient un peu à ça avec le net. Toi, Steve, tu aimes bien les Ting Tings en ce moment, non ?

Steve : Oui, c'est vrai mais ça fait un petit moment maintenant.

Ion : Gonzales, qu'on a découvert à Berlin. On écoute aussi des vieux trucs des Beatles, Daft Punk, et...plein plein de choses ! Après là maintenant, tout de suite, je sais pas trop. Si Saul Williams, on a découvert ça ! Tu connais ?


ZYVA : Oui oui bien sûr !


Ion : On a vu ça à New-York !

Frah : C'était énorme, et toi, t'es arrivé après un groupe en première partie où y'avait des mecs du label Afro-punk, avec un guitariste blond qui avait une brosse et des lunettes noires, un chanteur black, un batteur black qui s’est mis à faire une espèce de punk-rock à la... Born Dead (Body Count)... tu vois ? C'est vachement bizarre de voir des blacks qui font du punk ! C'était incroyable. Tu te dis que là-bas, y'a vraiment un mouvement qui commence à se développer autour de ce truc là !


ZYVA : À Berlin, vous n'avez pas fait de découverte de groupes allemands ?


Ion : Si comme on te disait Gonzales, car il habitait là-bas, Puppetmastaz aussi...

Frah : Patrice, Ayo qu'on voyait avant qu'elle fonctionne ici ! Là-bas, on a surtout tourner avec des trucs qui étaient très... du style Boss Hoss. C'est un groupe de country. Ils sont assez jeunes, genre beaux gosses, chapeaux de cow-boys, débardeurs blancs, assez bronzés et ils ne font que des reprises de trucs récents, du style du Britney SpearsSuch a Surge aussi, le groupe qui pourrait être un peu Noir Désir en France avec un son à la Rage Against The Machine un peu, et qui était le groupe de rock là-bas, qui a vendu des milliers d'albums et qui arrêtaient au bout de dix ans, et ils ne voulaient pas finir dans une pizzeria à faire : « Tututu » (Rires) On faisait la dernière tournée avec eux, et c'était la grande découverte parce qu'ils avaient une patate énorme et surtout la langue allemande est très particulière. Quand tu entends du rap allemand, tu te dis : « C'est mortel! » et c'est vachement dérangeant aussi. Après tu as le rap allemand avec l'accent turque, car là-bas, les « cailleras » c'est les Turcs, c'est un peu comme Booba ici, et apparemment, c'est vachement mieux car nous n’on entend pas trop la différence. Et donc, voilà les Such a Surge, ils font du Rage en allemand. C'est un peu comme chez nous, ils ont vraiment envie que la langue chantée pour la pop, ça soit l'allemand, mais par contre pour le rock, il préfère que ce soit de l'anglais pour pouvoir l'exporter, à la Scorpion quoi ! Et Rammstein par contre, ils ne l'ont pas fait et ils ont bien fait car c'est pour ça qu'ils ont marché, c'est en Allemand. La sonorité de cette langue, elle est importante sur la musicalité en général. Scheiße ! en country et ça défonce, mais grave ! Sinon , y'avait


Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait représenter votre musique :


RammsteinAmerika

Pas pour le style, mais plus pour ce que ça représente pour nous : l'Allemagne, le fait qu'il nous fasse chier pour qu'on y aille (en Amérique) et pour le côté dur un peu de leur musique.

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