SPITZER

Interview de SPITZER
Date : 12/05/2010
Lieu : Piscine du Rhône
Par : Cécile, HMK

Nous rencontrons les frères Spitzer le mercredi 12 mai à l’occasion de l’inauguration du festival lyonnais les Nuits Sonores à la piscine du Rhône. Damien et Matthieu ont sorti leur dernier maxi Roller Coaster 19 avril dernier sous le label Infiné.


ZYVA : C’est bien cool de pouvoir vous rencontrer ici dans ces loges plutôt confortables j’ai envie de dire (Rires). Ce n’est pas la première fois que vous êtes présents pour les Nuits Sonores je crois, vous êtes de Lyon, vous pouvez peut être nous expliquer déjà comment ça a commencé pour vous ? Parce que ça fait déjà un moment que vous faites de la musique.


Damien : Alors Spitzer, le projet ça a commencé après sept ans de bons et loyaux services dans un groupe de Pop/rock qui s’appelait Larsen à l’époque. Avec mon frère on était déjà ensemble, plus trois autres gars. On a arrêté et suite à cela nous on avait déjà le nom Spitzer, on savait qu’on allait continuer à faire de la zik. On a commencé à se pencher sur les machines, mais Matthieu est guitariste et moi je suis batteur donc à la base moi j’ai machine, batterie et guitare ; on avait intégré une chanteuse aussi à un moment donné et on a fait une petite résidence à la salle Erik Satie à Vénissieux si mes souvenirs sont bons. À la suite de cette résidence on s’est rendu compte qu’on ne voulait pas faire ça, donc on a gardé le nom et on a continué à trifouiller les machines et à abandonner petit à petit, en tout cas pour Spitzer, la guitare et la batterie.


ZYVA : Tout ça, ça a prit combien de temps ?


Damien : Je ne sais pas, ça doit faire quatre ans.

Matthieu : Du tout début jusqu’à maintenant ça fait quatre ans. Mais au début il y’a un an durant lequel il ne s’est rien passé, on explorait des trucs.

Damien : On ne savait pas du tout où on allait, parce que déjà on se retrouvait à deux et on n’avait pas envie de réessayer avec d’autres personnes. On s’est rendu compte que c’était très compliqué de travailler à plus.

Matthieu : Tu dois faire plein de concessions, ça prend du temps sur la musique, c’est aussi pour ça qu’on a arrêté les groupes de rock entre autres, on avait envie d’aller un peu plus vite. Et puis à la suite de cette expérience là on a fait des tracks un peu dans notre coin, qu’on a mit sur Myspace. Et en gros un jour il y a une fille qui me contacte -qui tient encore un blog et qui bosse aussi pour un label qui s’appelle Modular qui est basé à New York- alors qu’on ne connaissait pas du tout le monde d’internet on avait juste fait un myspace. Et donc elle nous dit qu’il y a une chanson sur notre Myspace qu’elle aime bien et s’il y a moyen qu’on lui donne pour qu’elle la poste. Nous on faisait les tracks, elles restaient chez nous, on n’avait pas de label, on n’avait rien, on s’est dit carrément, la musique est faite pour être écoutée et pas pour être gardée sur un ordinateur. Du coup on lui a envoyé et en gros à la suite de ça énormément de blogs ont parlé de nous. Ça nous a amené à faire un remix qui est le point zéro de Spitzer en version  « sérieuse », qui est celui de Kylie Minogue. A partir de ce moment là on s’est dit qu’il fallait y aller, si on a ce genre de propositions là autant se lâcher. On voulait faire de la musique depuis dix ans et même si la forme a changé, le fond reste le même. Après, Pierre Marie qui travaille aux Nuits Sonores, un ami d’enfance à moi du collège, s’intéressait un peu à notre musique, enfin, comme un pote peut s’intéresser à la musique d’un autre pote quoi. Sauf que de fil en aiguille on a commencé à avoir des retours intéressants depuis une date qu’on a fait en Chine et des dates qu’on a fait avec Agoria entre autres, qui a été intéressé par ce qu’on faisait. Humainement ça s’est très bien passé, du fait qu’il soit lyonnais notamment. Ça c’était il y a déjà bien un an et demi/deux ans qu’on l’a rencontré. À partir de ce moment là, environ six mois après, il nous a dit qu’il voulait sortir un truc de nous, mais qu’il nous laissait macérer encore un peu dans notre sauce jusqu’à ce qu’il y ait une identité qui émerge de ce bordel là (rires). Ce qui est marrant c’est qu’entre le moment où on s’est rencontré et celui où on a sorti le maxi il s’est passé énormément de temps. Quand tu le vis de l’intérieur c’est super long un an et demi, entre le moment où on te dit « je suis intéressé par ce que vous faites » et le moment où on sort ton truc ça fait long, vraiment.

Mais du coup ce remix de Kylie Minogue nous a permit de faire quelques dates à travers le monde donc c’était cool et puis après Agoria nous a dit « on signe sur Infiné, on sort un maxi », on a bossé sur le maxi qui est sorti le 19 avril dernier et pour l’instant les retours sont plutôt bons.

Damien : En tout cas nous on est satisfait.

Matthieu : Il se vend plutôt bien, enfin tout est relatif. Il est sorti en vinyle et en digital. A force d’attendre on s’est dit que quitte à sortir quelque chose autant sortir une super galette, que ce soit bien fait. On ne voulait pas de mp3, moi le premier je n’achète pas de mp3.


ZYVA : Tu découvres mais tu achètes difficilement.


Damien : Voilà, et puis il y a le côté « rêve de gosse » aussi, avoir son vinyle entre les mains.

Matthieu : Et puis le fait que ça sorte sur Infiné c’est aussi un atout parce que c’est un label qui a le vent en poupe avec Clara Moto, Agoria, Aufgang et qui nous correspond bien. On s’est lié d’amitié avec Danger, on a fait des dates avec lui (premières parties pour la tournée USA). Il a une vision assez instinctive de la musique, alors que nous on est assez lent dans le sens où on doit maturer le truc, ça prend du temps. Par exemple, on n’est pas capable de faire un remix dans une chambre d’hôtel, même s’il y en a pleins qui le font ! C’est un peu la politique d’Infiné, qui n’est pas comme Compact, parce que si tu signes sur Compact, tu peux faire une track bien, ils vont la sortir, mais ça ne signifiera pas qu’après ils vont te suivre. Infiné c’est différent, tu as ton album, ils le sortent. Il y a un vrai suivi des artistes, c’est ce qui nous intéressait, on ne voulait pas notre musique disparaisse aussi vite qu’elle était venue. C’est monté très vite à la suite du remix, à l’époque on faisait une sorte de « sous-Justice », ce qui était bien dans le contexte de l’époque, mais on voulait vraiment se démarquer, il fallait qu’on se trouve et ça a prit du temps.


ZYVA : Les tournées ça a donné quoi ? Parce que vous avez beaucoup bougé.


Damien : Cette année on a pas mal bougé, on a fait des dates sur a peu près tous les continents. A chaque fois c’est une expérience assez marrante, il y a des moments agréables et d’autres moins, par exemple tu vois essentiellement l’aéroport et la chambre d’hôtel alors que tu es dans une ville que tu adorerais visiter. Aux États-Unis c’était cool, on a eu un peu de temps pour nous.


ZYVA : Vous avez fait combien de dates là-bas ?


Matthieu : On en a fait 11, mais d’affilées. On est allé au Canada et au Mexique aussi. On est revenu on était morts, on ne faisait pas la teuf après avoir joué pour garder un bon rythme. On pensait aux magazines quand on était gosses et on se disait « comment les artistes peuvent râler alors qu’ils vivent de leur musique » alors que finalement on se rend compte que ça n’est pas facile.

Toutes ces dates ont découlé du remix de Kylie Minogue, les gens nous ont associé à ce genre de musique. D’ailleurs on jouait avec Danger –qu’on adore, autant sa musique que le personnage- mais ça ne correspond clairement plus du tout à ce qu’on fait aujourd’hui. On ne pourrait plus retourner dans ce genre de choses là.


ZYVA : On sent que votre musique a été affinée.


Matthieu : Oui mais ça a prit du temps, on jouait devant des gamins qui avaient des casquettes Justice et qui faisaient le signe de Daft Punk (rires). Ils venaient essentiellement pour voir Danger. Cette année passée durant laquelle on n’a pas fait de dates nous a permit de produire et de se trouver. On peut considérer maintenant qu’on a notre style, enfin, on essaie en tout cas !


ZYVA : La suite après les Nuits Sonores ?


Damien : On retourne en Chine, on a une date à Shanghai dans le cadre de l’exposition universelle. Il y a toute une délégation lyonnaise qui y va et on fait partie du voyage.

Matthieu : On bosse aussi sur notre deuxième maxi, qui est bien avancé, et qui sortira disons fin 2010, entre septembre et décembre 2010


ZYVA : Vous vous laissez du temps

 

Damien : Étant donné qu’il n’est pas fini là et qu’en été ça ne sert à rien de sortir une galette, on ne va pas le faire.


ZYVA : On pensait à octobre, pour la rentrée


Matthieu : Ça dépend de nous mais à partir du moment où le maxi est prêt c’est le label qui fixe la date de sortie.


ZYVA : Et d’ailleurs cet été vous faites quoi ? Vous bougez ?


Damien : On pensait bosser, moi en tant que gardien au musée des Beaux Arts.

Matthieu : Les gens font souvent un amalgame puisqu’ils s’imaginent que parce que tu pars faire une tournée à l’étranger, tu es pété de tune alors qu’en fait c’est la grosse grosse galère financière (rires). On est obligé de travailler à côté de temps en temps. Sinon on va finir le maxi et on va faire deux trois remix. On aura des choses à faire.

Damien : A priori on sera à Lyon en tout cas, vous pourrez nous voir traîner dans la rue (rires) on ne sera pas au bord de la mer.


ZYVA : Vous allez aller voir les quelques concerts qui vont passer style Les Nuits de Fourvière ?


Matthieu : Oui et j’ai travaillé aux Nuits de Fourvière dans le cadre justement de cette volonté « d’avoir de l’argent ». J’y ai bossé pendant quatre ans, je connais un peu le « bordel » des Nuits de Fourvière et ça va j’aime beaucoup. Le cadre est génial.


ZYVA : Je suppose qu’il y a des artistes qui ont retenus votre attention sur la programmation ?


Matthieu : Il y a Iggy Pop je crois, Vampire Weekend, The XX… De toute façon aux Nuits de Fourvière il y a toujours beaucoup de trucs intéressants à voir.

Damien : Il y’a des films cette année ? J’avais vu Apocalypse Now sur grand écran, c’était vraiment bien.

Matthieu : Et puis moi comme j’y bossais, j’avais un petit quota d’invit et j’invitais mes potes.


ZYVA : À quand Spitzer aux Nuits de Fourvière ?


Matthieu : Oula ! La musique électronique aux Nuits de Fourvière c’est rare ! L’année dernière il y avait Ellen Allien et je crois que c’est le seul truc électro qu’il y ait eu.

L’avantage qu’ils ont c’est leur appui financier conséquent, du coup ils peuvent se faire plaisir et inviter des artistes que tu ne pourrais jamais voir à part à la Halle Tony Garnier qui peut accueillir beaucoup de personnes. 3000 personnes dans le cadre de Fourvière ça a quand même plus de gueule !

Damien : Mais pour répondre à ta question, à mon avis pas de si tôt !


ZYVA : On vous a ce soir aux Nuits Sonores c’est déjà bien !


Matthieu : Oui, ce soir on fait l’inauguration.

Damien : D’ailleurs aux Nuits Sonores j’étais bénévole loge il y a trois ans et je m’occupais de la loge dans laquelle on est, c’est un sacré clin d’œil !


ZYVA : La roue tourne.


Damien : Oui en effet. Ca n’est pas très dur d’être bénévole aux Nuits Sonores, à part ramener des bières, tu n’as pas grand-chose à faire. Il y a des planques mais aussi des plans galère. Il y a des mecs qui sont au bar en fin de soirée, surtout le samedi soir quand les gens sont bien arrachés et ça ne doit pas être évident


ZYVA : Ils assistent à un beau spectacle aussi. Y’a des artistes que vous voulez voir aux Nuits Sonores ?


Matthieu : Plein plein !

Damien : Déjà ce soir, Booka Shade


ZYVA : Eux ils sont attendus, j’ai l’impression que tout le monde en parle.


Matthieu : c’est un peu quand même le groupe, je sais que les lives de Booka Shade sont très souvent encensés par les magazines professionnels assez pointus, comme le site ? qui a considéré que le live de l’année c’étaient eux quoi. C’est quelque chose à voir en tout cas.

Damien : Sinon il y a Hot Chip, mais c’est en même temps que Booka Shade.


ZYVA :Vous pensez avoir assez de temps pour tout faire étant donné que vous mixer juste avant ici, à l’inauguration ?


Damien : On joue à 21h30 donc 23h au plus tard c’est terminé, on sera là-bas à 23h30.

Matthieu : D’ailleurs on nous le dit tout le temps mais on ne mixe pas, on ne joue que nos morceaux.

Damien : De toute façon on ne sait pas mixer !

Matthieu : C’est la chose intéressante justement, pour en revenir au début de la conversation, nous on vient clairement de la musique rock. Notre culture vient de nos parents et notre père était batteur, pas de métier mais de passion, donc à la base on est plus rock. On a découvert la techno en faisant de l’électro. Il y a cinq ans de ça, sans exagérer, non seulement on n’écoutait pas de musique électronique mais en plus on crachait dessus. On disait que les mecs qui faisaient de l’électro n’étaient pas des musicos, ils n’ont jamais fait de cours de solfège…

Damien : On écoutait quand même Aphex Twin.

Matthieu : Oui mais la techno pour nous ça restait quand même du « boum boum ».

Damien : Même Daft Punk on est passé totalement à côté.


ZYVA : Et techniquement ça se passe comment sur scène ? Vous avez contrôleurs…


Damien : On a deux contrôleurs, et on joue avec Ableton à côté pour l’instant. A ce niveau là, on est assez précis.


ZYVA : L’ordinateur c’est le même sur lequel vous avez deux contrôleurs ?


Damien et Matthieu : Oui c’est le même.

Damien : On s’était intéressés à une période à essayer de synchroniser deux ordis mais ça a l’air d’être un peu galère. Pour l’instant on trouve notre compte dans la formule qu’on a même si…

Matthieu : Ça reste limité quoi. La notion de live électro on pourrait en parler des heures parce que c’est assez particulier. Quand on voyage, avec le peu d’argent qu’on a, c’est quand même plus sympa de se balader avec ton ordi qu’avec une guitare, une basse etc. Clairement, on n’aurait pas pu partir aux Etats-Unis si on avait eu un groupe de rock. Du coup on a été un peu forcé à s’intéresser à la techno, mais le vinyle qu’on a sorti on ne peut même pas l’écouter, on n’a pas de platine vinyle ! On discute avec Agoria, on se rend compte qu’au début il y avait plein de trucs qu’on n’avait pas pigés, mais que c’est vraiment un truc qui faut comprendre.


ZYVA : C’est un peu comme la bouche, tu apprends à découvrir des goûts.


Matthieu : Oui, on a été très cloisonnés par le rock, on a écouté exclusivement du rock pendant très longtemps, du coup les sonorités électroniques au tout début ça fait un peu bizarre, donc il a fallu qu’on passe par Radiohead, qui commençait à mélanger les deux. Et puis de Radiohead on est passé à Warp et de Warp on est passé à machin, et de fil en aiguille on s’est retrouvé à écouter de la techno grâce aux Nuits Sonores aussi parce que je me souviens de la 2ème édition, Damien n’était pas là, et je suis rentré en disant « C’est un truc de fou la techno ! C’est un truc de malade ! Les gens dansent et ferment les yeux, il y a vraiment un coté hypnotique ! » On a découvert la techno en live grâce aux Nuits Sonores, et on en est aussi le pur produit c’est ça qui est marrant.

Damien : Pour appuyer ce que tu dis, il n’y a pas longtemps notre label nous a demandé de faire un petit mix promo, on a fait un truc qui nous semblait bien, et eux nous ont dit que c’était un bon selector, mais que ca n’était pas un mix. Nous, on ne sait pas faire un bon mix.

Matthieu : mais en même temps on ne ment pas. Clairement on n’est pas DJ. Quand je vois Agoria faire un DJ-set et à maintenir les gens pendant huit heure grâce à ses talents de DJ, nous on est incapables de faire ça. Avec le temps on a appris à avoir du respect pour ces gens-là, même si moi, clairement, voyager avec des CD dans le monde entier je ne comprends pas vraiment. Si tu fais de la production à coté c’est différent. Agoria produit et il fait des DJ-sets en parallèle donc là il y a une forme de cohérence, j’ai énormément de respect pour lui. Après un mec qui aujourd’hui voudrait faire uniquement DJ et espérer vivre de ça sans faire de prod, c’est mort. À la limite dans les années 80/90.


ZYVA : C’est se faire du fric sur le dos des autres.


Matthieu : Oui voilà, et puis maintenant si tu veux faire de la scène il faut que tu produises.


ZYVA : Ce soir vous allez jouer des titres du dernier maxi ? Il n’y a que trois titres ?


Matthieu et Damien : Oui il y a trois titres.


ZYVA : Dans le prochain vous en avez prévu combien ?


Matthieu : Ce sera sensiblement pareil, de toute façon on ne peut pas en mettre beaucoup plus que trois parce qu’on fait des tracks assez longues. Sur le maxi la première ne fait pas loin de neuf minutes.

Damien : On est limité par l’outil vinyle.

Matthieu : Après si on fait un album, on verra les choses peut-être autrement. Sur le prochain maxi il a de fortes chances pour qu’il y ait de la batterie. C’est aussi notre identité au final, maintenant qu’on maîtrise à peu près la production techno et qu’on a un label, on s’est dit qu’ils pourraient nous financer des séances de studio, qu’on puisse profiter du fait que Damien soit batteur. Ils ont accepté du coup on bosse sur des tracks avec de la batterie et ça n’est pas exclu que dans l’avenir il y ait de la guitare. On n’est pas du tout fermés. On a eu de la chance de faire de la musique, autant que ça serve à quelque chose à un moment donné.

J’ai cette discussion souvent avec des potes à moi qui sont des vieux de la techno, ceux qui écoutent de la techno depuis longtemps, et encore aujourd’hui pour moi un DJ n’est pas un instrumentiste ni même un musicien. Ça n’est pas du tout péjoratif mais notre culture de la musique est différente, ma mère m’envoyait au solfège alors que je n’avais pas envie d’y aller, et de voir des mecs qui n’ont jamais pris de cours de solfège qui sont DJ…

Damien : Ils ont pigés l’art du mix, ils ont une forme de musicalité.


ZYVA : Le DJ à l’époque c’était quelqu’un qui faisait découvrir la musique, il a perdu ce rôle et maintenant il divertit.


Matthieu : Ceci dit, un des meilleurs trucs que j’ai vu aux Nuits Sonores l’année dernière et pourtant apparemment il était défoncé c’est Ricardo Villalobos parce que je sais que dans ce cadre là, ce cadre DJ-set techno, je trouve ça génial, la minimale je trouve ça génial. Par contre jamais je ne mettrais ça sur mon Ipod pour dormir le soir.


ZYVA : C’est un cadre festif


Matthieu : Oui voilà. En même temps on reconnaît les talents de production. Les trois quarts des mecs qu’on admire en tant que producteur pur, en tant que faiseurs de sons, ce sont des gens qui font de la minimale. Ils savent faire des sons, dans un sens pas vraiment musical mais ils savent faire sonner les choses. C’est en ce sens là qu’on se rapproche des gens qui font de la minimale c’est l’approche du son à proprement parlé, on y est très sensibles. Mais après en terme de composition, c’est comme dans le rock, nous, pendant des années, on avait notre petit groupe mais les grands groupes de rock professionnels ont leur producteur qu’ils payent parce qu’ils savent que ce producteur va leur trouver un son. Tous seuls ils en sont incapables.

Damien : S’ils sont un minimum pro…


ZYVA : Ils ont un son de base mais le producteur va leur apporter une sorte d’enveloppe.


Matthieu : Oui mais tu remarqueras que les trois quarts des groupes de rock, j’exagère peut-être mais tu peux voir qu’il n’y a que sept ou huit producteurs qui se partagent la marché du rock. Et c’est tout le temps les mêmes. Les mecs savent faire sonner les groupes de rock. Alors qu’en techno, les mecs font ça tous seuls, tu es ton propre producteur, personne ne va te dire que ton titre doit fonctionner comme ça…


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