CHAPELIER FOU
À cheval sur les musiques classiques comme électroniques, Chapelier Fou sortait le 15 mars dernier un nouvel album : « 613 ». Il partageait la semaine dernière la scène de l'Epicerie Moderne avec les belges de Daau et nous en avons donc profité pour le rencontrer. Interview d'un artiste iconoclaste qui fait entre autres des premières parties de Wax Tailor, Nosfell ou du Peuple de l'Herbe.
ZYVA : Qu’est-ce qu’on fait comme musique quand on est un chapelier fou ?
Chapelier Fou : Ben… Moi je fais ce que je sais faire, c’est à dire du violon et de la bidouille en gros. Je viens du conservatoire, ma pratique de la musique a été instrumentale avant tout, au lycée je me suis acheté un ordinateur et j’ai commencé à bidouiller. J’ai voulu joindre les deux bouts, le côté instrument et le côté bidouille.
ZYVA : Comment tu joins les deux entre le violon et tes samples comme le piano…
Chapelier Fou : Il y a aussi beaucoup de Bouzouki.
ZYVA : Bouzouki ?
Chapelier Fou : C’est une espèce de luth, c’est un truc avec 4 fois deux cordes. Je joue avec ça car ça s’accorde comme le violon, ça a un son très métallique. L’instrument et les samples sont pour moi un même espace de travail, je travaille dans ma chambre, j’ai un espèce de cocon concentré sur l’ordinateur et les instruments sont branchés dedans, c’est un peu cela le centre nerveux sur scène et à la maison. Je me lève le matin je commence soit à faire des sons de synthé, soit à faire des programmes. Forcément il y a des sons électroniques et des sons de violons mais en même temps l’ordinateur va lui-même intervenir sur le traitement des sons acoustiques et le synthé peut venir perturber mais de façon très direct, par exemple venir couper le son d’un instrument.
ZYVA : Ta bidouille tu arrives à la rendre vivante sur scène ?
Chapelier Fou : Oh… Ben il y a pas mal de bidouille dans l’ombre avec des programmes, je programme beaucoup pour en fait détourner les machines de leur usage. Je passe beaucoup de temps à faire des programmes pour pouvoir piloter les couleurs de pavé tactile, bon voila ça prend du temps et tout c’est pour arriver à un résultat qui me parait naturel. Mais si les choses étaient conçues je ne me prendrais pas la tête pour les créer… C’était quoi ta question au fait ?
ZYVA : Comment tu fais pour rendre tout ça vivant sur scène ?
Chapelier Fou : J’essaye de faire un maximum sur scène, de ne pas avoir de morceaux pré-séquencé c’est-à-dire que les parties électroniques sont pré-faites mais c’est moi sur scène qui envoie les séquences à la main. Ça laisse une ouverture dans les morceaux, je ne reste pas enfermé.
ZYVA : Cela donne une interprétation différente à chaque concert, jusqu'à l’improvisation ?
Chapelier Fou : Ce n’est pas vraiment de l’improvisation, c’est de la liberté tout simplement. C’est un facteur de liberté et un facteur de risque, en même temps le risque c’est de la performance et la performance c’est le concert. Après si tu viens avec un truc tout fait ben tu fais danser les gens, je ne suis pas 100% contre ce genre de trucs mais ça dépend de ta perspective, je reste dans la tradition du concert. Même si c’est électronique tu es quand même censé te mettre en danger.
ZYVA : C’est quoi les grands groupes qui t'ont influencé ?
Chapelier Fou : Autechre.
ZYVA : Tu peux nous dire ce que c’est ?
Chapelier Fou : C’est « le » groupe électronique.
ZYVA : Ok.
Chapelier Fou : C’est l’un des premiers groupes qui a signé chez « Warp » et qui a toujours était super important pour moi, je trouve que c’est un moteur d’écouter leurs albums. Hier j’ai écouté ça toute la journée au soleil et j’ai eu au moins quatre idées musicales, qui n’ont rien a voir avec leur musique à eux, mais c’est en écoutant que tu te dis « comment ils peuvent faire ça de si singulier ? ». Donc j’écoute beaucoup Autechre car c’est un catalyseur d’idées pour moi, mais c’est hyper aride, très conceptuel. C’est l’une de mes influences principales même si ma musique ne sonne pas du tout comme la leur. Puis dans les influences plus classiques j’ai beaucoup écouté Debussy et Ravel qui m’ont vraiment donné foi dans la musique classique, leur approche vraiment humble et sensuelle de la musique. Comme j’ai un cursus de conservatoire j’ai eu l’occasion d’étudier des hommes comme Luciano Berio ou Staukausen et ce sont ceux qui m’ont le plus marqué.
ZYVA : Tu te sens bien de jouer avec Daau ou bien Wax Tailor ?
Chapelier Fou : Moi je suis content car je suis programmé avec des groupes super différents. Déjà je suis super ouvert donc ça ne me dérange pas et bien que je ne soit pas du tout hip-hop instrumental j’adore aller aux concerts. Comme je joue une musique non classifiable on me demande de jouer, ça me donne la possibilité de jouer avec tout le monde et je trouve ça vraiment classe. Je n’ai jamais eu aucun problème face à un public. Je joue devant des publics vraiment différents.
ZYVA : Tu joues devant un public toujours différent donc ce n’est jamais un public acquis.
Chapelier Fou : Exactement, bon après je n’ai pas envie de faire de la découverte toute ma vie.
Titre d'une chanson qui pourrait vous représenter vous ou vous votre musique :
Steve Reich - The Desert Music
Car c’est à la fois expérimental et à la fois accessible


