OAI STAR

Interview de OAI STAR
Date : 11/03/2010
Lieu : Marché Gare
Par : Dahu

Après trois ans de silence, du fait de la sortie et de la promo de Oaï E Libertat par Massilia, Oaï Star revient avec un nouvel album intitulé Manifesta. Gary Greù, membre de Massilia depuis 20 ans et co-fondateur de Oaï Star avec le regretté Lux B, nous fait partager son expérience et son actualité, plus electro-rock que jamais.

ZYVA : Alors tout va bien pour Oaï Star ?


Gary Greù : Ben, le Oaï Star il revient un peu de loin ! A la base c'était une émanation de Massilia, créé par Lux B et moi-même, 2 MC qui s'emparent du Rock n'Roll pour le malmener à leur manière, en tant que MC de Ragga Muffin'. Ce projet était vachement basé sur notre dualité : lui l'Auguste et moi le clown blanc. Il y a deux ans Lux a été emporté par une sale maladie et du coup le projet est un petit peu tombé à plat quoi... Et il se trouve que j'ai rencontré ce jeune blondin qui nous accompagne qui s'appelle DubMood. C'est un jeune Marseillais d'adoption qui vient de Göteborg en Suède, qui a 24 ans et qui fait de la musique avec des Game Boy. Ça donne une espèce d'electro punchy plutôt drôle, qui m'a interpellé car elle n’est pas si éloignée de mes codes personnels. Et puis j'ai rencontré un mec qui est rentré dans notre monde quoi ! Car c'est pas juste de la musique c'est vraiment une vision de la société, des rapports humains qui est un peu particulière par rapport à tout ce qu'on nous sert toute l'année. Et il nous a redonné l'énergie, l'envie un peu comme moi quand je suis rentré dans Massilia à 20 ans je leur ai redonné le faïa. Donc on a repeint l'affaire, on est reparti à zéro en gardant la fonction de Oaï Star cette espèce d'alternative à ce qu'on nous propose sur les ondes etc. C'est la même démarche qu'avec Massilia : proposer quelque chose qui n'est pas pareil, qui n'est pas inscrit dans la fiction mais quelque chose qui chronique le quotidien, qui est rassembleur. On est là pour faire passer des bonnes soirées aux gens. Moi mon métier dans la communauté : j'aide les gens à lâcher prise le samedi soir !


ZYVA : Et une fois Lux parti tu me disais récemment que c'est véritablement le public qui a pris sa place...


G.G : Ça c'est clair. Je m'en suis rendu compte quand j'ai commencé à faire des spectacles. Mais il fallait qu'artistiquement on repeigne le tableau, que la photo soit différente. Lux et moi on faisait que tchatcher comme des MC sur un Rock n'Roll un peu classique et si je me retrouvais tout seul, le truc il tenait plus la route... On avait toujours dans la tête ce projet de machine à danser, Les Béruriers Noirs qui rencontrent 2 Many Djs sur le Vieux Port quoi ! Cette verve, cette intensité du Rock n'Roll mais aussi le beat, l'invitation à la danse, etc. Dès que j'ai commencé à faire des concerts je me suis rendu compte que les gens ils étaient plus exubérants qu'avant, à l'image de Lux. Ils étaient là pour le remplacer en tout cas moi je l'ai ressenti comme ça... Et ça a continué comme ça depuis ! Et évidemment ça me donne de la force et l'envie de continuer.


ZYVA : Et votre dernier album est vraiment marqué par la collaboration avec Dubmood ?


G.G : On est parti de Dubmood ! Pour chaque morceau on est parti d'un petit truc qu'on a composé avec sa Game Boy. Qui dit Game Boy dit panel de sons très réduit : 4 sons ! A nous d'avoir le talent pour en faire 1 000, avec des appareils, des machins, des effets, etc. Donc ça a été un confort relatif pour nous les compositeurs d'avoir cette palette réduite. On s'est pas perdu à droite et à gauche, on a gardé de la cohésion, de la cohérence d'un morceau à l'autre. C'était un exercice de style assez intéressant pour nous. Après on avait un objectif nous : arriver à faire un spectacle, une espèce de machine à danser, en gardant les caractéristiques de Oaï Star. Des chansons qui peuvent avoir de l'écho chez tout le monde, même si on fait de la musique de djeun's ! Que ma mère puisse l'écouter, que ma petite fille ça lui raconte des choses, ce qu'on a toujours fait avec Massilia au niveau de la composition quoi.


ZYVA : Quels influences ont vos projets solo sur Massilia ?


G.G : Tu sais les trois chanteurs de Massilia, on a un projet parallèle chacun. Tu mélanges les trois trucs dans un seau et tu obtiens le son de Massilia à ce moment donné... C'est un peu la résultante de tout ça. On a rajouté des cordes au même arc donc même si apparemment entre Moussu T e lei Jovents et Oaï Star il y a un écart stylistique et esthétique réel, au niveau de la fonction et de la manière de regarder la société et de la posture politique tout est pareil ! Il y a vraiment que le papier cadeau, que l'emballage, que le tempo qui est différent. Je te parle de deux groupes qui sont très éloignés. L'un qui fait du blues acoustique et l'autre qui fait une espèce de Rock électronique. Moi en tant que MC je passe d'un groupe à l'autre et j'ai toujours le sentiment de faire la même chose, surtout sur scène. Le MC c'est pas un chanteur normal, c'est pas un mec qui va interpréter un répertoire. C'est l'entertainer, c'est lui qui fait le lien avec le public. Le MC il est là pour monter l'aïoli.


ZYVA : Tu dis ne faire qu'une machine à danser mais en même temps c'est plus que ça puisque tes textes sont aussi engagés.

G.G : Ouais c'est de la danse consciente en quelque sorte. Moi j'écris des chansons. Et sur quoi? Ben sur ce qui se passe autour de moi, sur ma vie, mon ressenti. Jamais en donnant des leçons mais toujours en ayant un regard plus général sur la société, les rapports humains, etc. Comment on peut vivre ensemble ? Pourquoi là ça marche, et là ça marche pas ? Qu'est-ce qui nous manque ? Qu'est-ce qui nous perturbe ? Donc nous, notre constat, c'est qu'on est en manque de folklore... L'art populaire, nourri par le peuple et par ce qui se passe dans la rue, l'alternative à la télé et tout ça. A Lyon comme à Marseille, les bars ferment, la vie culturelle devient aseptisée, tout est à 30 euros, en réservation sur Digitick. L'aléatoire, la soirée pas prévue ça existe plus. Tout ce qui est pas sous contrôle disparaît. On se fait chier. Donc mon combat il serait là plus que dans un truc genre « enculés de politiciens » ou je sais pas quoi... Nous, on essaye de réfléchir et d'écrire des chansons là-dessus. J'aime pas le mot « artiste engagé », je crois qu'on est plutôt dégagés nous. On te force à croire que si tu montes un groupe, si tu passes pas à la radio ou si tu es pas dans tel magazine tu es un raté, si t'as pas des résultats, si tu es pas nominé aux Victoires de la Musique... Tout devient un sport quoi ! Avant quand j'étais minot, on jouait au foot pour s'amuser, pour transpirer et on faisait du Rock pour avoir des vibrations et fumer des joints ! Maintenant on joue au foot pour signer au Real de Madrid et on fait du Rock pour signer chez EMI et aller jouer aux Eurockéennes... J'aurai 15 ou 16 ans en 2010 je sais pas si je prendrai une guitare tu vois. Parce que moi quand j'ai pris une guitare en 1984 j'étais dans une espèce de rébellion punk tout ça mais pour moi ça avait du sens c'était pour du plaisir, des vibrations, et tout ça. C'était pas pour réussir quoi que ce soit....


ZYVA : Tu n’as pas peur que le Reggae, le Ragga DanceHall, où sont présents les MC, soient les premières victimes de la culture aseptisée dont tu parles ?


G.G : Je pense pas. Tu sais que les Jamaïcains ils sont malins frérot ! Quand tu veux télécharger le nouveau Gorillaz, tu vas sur Beat Junkie, tu télécharges le torrent et tu as l'album en 5 minutes. Va télécharger les nouveautés jamaïcaines cousin ! C'est bétonné... il y a rien sur le Net. Tu sais pourquoi ? Le Reggae, les tunes que ça ramène, dans l'industrie jamaïcaine, c'est énorme la part que ça a. On rigole pas avec ça. Nous en France on défend Renault, Peugeot, la Société Générale. En Jamaïque, ils défendent les producteurs de reggae music ! Et si tu cherches les dernières nouveautés sur Internet, tu trouveras rien. Ils ont bétonné leur truc. Ils se sont fait arnaquer par tous les labels et les majors et t'inquiètes ils ont repris le contrôle du truc... Maintenant qui est-ce qui morfle en France actuellement ? Tous les petits groupes, les petits artistes mais ça c'est pas exclusif au Reggae. Le pire, c'est les petits artistes de Hip Hop. Monte une tournée de Hip Hop en France ! A part MC Solaar et M.A.P, parce qu'ils ont un discours un peu politique, il y a pas de tournée de Hip Hop en France. L'équivalent d'un groupe comme Oaï Star en Hip Hop il ne tourne pas...


ZYVA : Oui mais vous avez une notoriété, l'expérience et tout...

G.G : ...Oui mais moi je vais te dire pourquoi ils tournent pas : moi je fais vendre de la bière quand je joue. Les petits concerts de Hip Hop ils font pas vendre de bière. C'est une des grosses raisons de pourquoi ils tournent pas, en plus de l'insécurité zarma il faut deux fois plus de service d'ordre et tout ça... Donc les petits groupes de Rap ils morflent.

ZYVA : Donc c'est juste une question de budget du public finalement ?


G.G : Ouais et de codes aussi... Les petits cousins, ils boivent pas d'alcool. Et c'est vrai que les salles, ça les branche pas trop. Mais je me rends compte d'un truc à Marseille cette année, depuis 10-15 ans, c'est l'année où il y a le moins de concerts dits indépendants ou alternatifs, c'est à dire pas des gros trucs qui passent au Dôme produits par Virgin je sais pas quoi. Des trucs entre 200 et 500 personnes il y en a presque plus, tu vois, ça passe plus à Marseille, on se fait chier ! Parce que tout est axé sur cette putain de rentabilité...


ZYVA : A Lyon, il y a des initiatives comme CD1D qui réunissent des petits groupes, artistes, assos et labels. C'est ça le secret ?


G.G : De toute façon, si tout le monde est isolé, seul dans son coin, on arrivera à rien. Évidemment c'est la solution, mais la chape de plomb du business est énorme. Va placer tes disques dans un supermarché quand tu es un petit indépendant ! Va affronter les centrales d'achat ! Va essayer d'avoir un petit peu de promotion dans des trucs porteurs tu y arriveras pas, donc il faut passer à coté. Nous c'est ce qu'on fait depuis 15 ans. Je pense que si Massilia passait à la télé toutes les 5 minutes ça aurait peut être l'effet inverse. On a fédéré un public sur une manière de faire, une manière de se promouvoir, d'ouvrir notre gueule. Moi ça me va mais c'est vrai qu'au niveau du développement on est obligé d'avoir beaucoup d'idées, de se remettre en question, de produire des disques pour très peu d'argent...


ZYVA : Il n’y a jamais eu autant de festivals en France. Aujourd'hui les artistes doivent savoir se vendre en vrai, sur scène...


G.G : Les artistes mangent grâce à leurs spectacles. C'est paradoxal mais cette année c'est très compliqué de monter des tournées et à tous les niveaux, de Tryo à Jim Murple Memorial. Parce que tout le monde galère. Une salle arrive à être à zéro quand elle est pleine quasiment. Chaque fois qu'il y a un concert d'annulé c'est qu'il y a pas eu assez de réservations. Je sais pas si il y a eu plus de festivals l'année dernière mais j'ai pas l'impression qu'il y en ait beaucoup cette année... J'ai surtout l'impression qu'il y en a peut être autant mais qu'ils réduisent la voilure : il y avait cinq scènes il y en a plus que deux par exemple. Donc c'est deux fois moins de techniciens, de musiciens, etc. On s'en rend peut être pas bien compte mais il y a beaucoup de gens qui restent sur la touche.


ZYVA : Quel conseil tu donnerais aux minots pour s'en sortir ?


G.G : Prendre du plaisir. Prendre la guitare pour avoir des frissons, prendre le micro pour faire danser tes collègues. De la même manière que si tu joues au foot, le faire pour t'éclater et non pas en pensant à 12 ans à devenir professionnel. Tous ces délires de réussite, battre son record, les minots ils sont confrontés à ça maintenant... T'as l'impression que la vie est un long concours. J'écris une chanson je le montre à mes musiciens : premier baccalauréat ! Après aux gens avec qui je bosse et qui produisent le disque : deuxième baccalauréat ! Après aux radios, au public, etc. Faut avoir du recul par rapport à ça sinon tu pètes les plombs. Depuis 20 ans je fais ça tu vois et quand je monte sur scène, c'est comme au premier instant. Ça l'emporte sur tout ! Il y aurait pas cette notion de plaisir, de profiter de l'instant, de se dire... pas que c'est la dernière fois mais presque, j'aurais pas fait ça. La notion de plaisir pour moi elle est essentielle et mes collègues de Massilia te diront la même chose. Ils sont même pires que moi les deux autres. Ils ont 49 et 50 balais ! Pourtant j'en vois des MCs de 25 ans mais franchement ils peuvent aller se rhabiller par rapport aux deux autres ! Mais quand je croise les Skatalites qui ont 75 ans je me dis que je suis encore loin du compte... Un jour, on jouait avec eux, on rentrait à l'hôtel en même temps à 3 h du mat'. Le lendemain, on se lève pour déjeuner à 9 h, on les a cherchés, on a demandé à la réception : ils avaient décollé à 8 h les vieux ! Ils nous avaient couché la veille et le lendemain à 8 h, ils étaient dans le bus, ils traçaient...


Titre d'une chanson qui pourrait vous représenter vous ou vous votre musique :


Sex Pistols - Holiday In The Sun

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