ANGE
C’est à quelques jours prêts de leur 40ème anniversaire de carrière, qu’Ange nous reçoit dans les loges du Ninkasi Kao pour une discussion unique avec le leader de ce groupe singulier.
M. Décamps nous conte très simplement sa vie d’Ange. Merci à ce grand rêveur, mais bien pensant de nous avoir reçu.
Christian Décamps : Bonsoir ZYVA !, test test 1.2. Tout paraît normal !
ZYVA : Bonsoir et merci de nous accorder un peu de votre temps.
Christian Décamps : Vous avez eu le dernier album ? Vous l’avez chroniqué ?
ZYVA : Nous ne l’avons pas reçu.
Christian Décamps : Bon déjà on commence ils n’ont pas reçu l’album, et ils chroniquent des albums, donc il n’a pas d’album il ne peut pas le chroniquer. Est-ce qu’on peut donner un album à ce brave homme. Et il le chroniquera car c’est un machin à 20000 exemplaires et qui vaut son pesant de cacahuètes.
ZYVA : C’est gentil de dire ça ! Merci !
Christian Décamps : Non mais c’est vrai c’est super ce truc-là. Donc voilà s’il ne vous donne pas l’album vous venez me retrouver et on ira l’assassiner.
ZYVA : Très bien. Nos rencontres avec les artistes ne sont pas vraiment des interviews, mais plutôt des discussions, vous voyez on n’a rien de préparé.
Christian Décamps : C’est bien.
ZYVA : On discute et on retranscrit la discussion mot pour mot, donc déjà tout ce qu’on a dit jusqu’ici sera mot pour mot dans la retranscription.
Christian Décamps : Que dire ?
ZYVA : 40 ans !
Christian Décamps : 40 ans d’Ange, toute une vie d’Ange, cela veut dire que l’huile est bonne, que les rouages fonctionnent, que les engrenages ne grincent pas et il n’y a pas de sable à l’intérieur.
Il y a eu du sable à un moment mais on a nettoyé tout ça vite fait.
Je pense que c’est un groupe tout à fait atypique, ce n’est pas nous qui nous sommes faits atypiques mais c’est le métier parisianiste et les médias, comme on est venu de la province, on a commencé dans les années 70 dans des salles où il y avait 50-60 personnes et puis après il y a eu des zéros au bout, parce qu’on a continué, qu’on y croyait et qu’on était complètement inconscient et on l’est toujours.
C’est le métier parisianiste qui nous a faits hors-mode parce qu’on n’est jamais rentré dans le moule, à part une époque en 75 il y a eu une espèce de retour à la terre, comme Paris c’est vingt personnes qui décident d’a peu près de ce qui va se passer, donc ils avaient décidé que la tendance était au retour à la terre, à la campagne.
Et par un pur hasard, on a enregistré un album qui s’appelle « Emile Jacotey », le nom d’un anonyme maréchal-ferrant et qui racontait des contes et légendes, on travaillait autour de ça et lui était la symbolique de l’album, donc on est arrivé 12ème dans les « Charts » de l’époque parce que la ballade que j’avais faite pour lui rentrait dans la couleur musicale de l’époque. On n’a jamais cherché à avoir une couleur, Ange c’est une façon d’être, un état d’âme et une communion avec un public.
En fait le slogan du groupe c’est « un groupe, une musique, un public » on ne cherche pas à savoir quel genre de public, en fait c’est bien que vous n’ayez pas de questions parce que j’ai les réponses (Rires)
ZYVA : C’est parfait ! (Rires)
Christian Décamps : C’est l’inverse de Socrate, lui il posait des questions, moi je donne des réponses.
ZYVA : Ce qui est plus efficace.
Christian Décamps : Voilà. C’est la force de continuer, de créer, surtout le plaisir de la création et un mélange de jouissance et de souffrance, c’est tout simplement la vie.
ZYVA : De créer, vous pensez qu’il y a de la souffrance dedans ?
Christian Décamps : Oui, par exemple, le trac, est-ce que ça va plaire ?
ZYVA : Vous avez le trac encore ?
Christian Décamps : On a peur bien sûr, avant un spectacle on est nerveux même si on l’a joué cent fois.
Ange ce n’est pas une machine, c’est plutôt du théâtre de rue sous un toit, ce n’est pas le même spectacle avec le même spot qui s’éclaire au même moment et au même endroit.
Bien sûr il y a une colonne vertébrale du show et on tourne autour de ça, le concert de ce soir ne sera pas forcément identique que celui de l’Olympia du 31 janvier dernier ou celui de demain à Bergerac ou bien après demain dans l’Ariège au fin fond de la campagne Française, c’est le hasard, on est les enfants du hasard, on a un titre qui s’appelle comme ça, et le hasard pour moi c’est Dieu et que tout le monde cherche à savoir s’appelle Dieu, tout le monde à son dieu.
En ce qui me concerne moi Dieu c’est le hasard, l’inverse de certaines religions, toutes les religions prétendent que c’était écrit, c’est joli. On dit que c’est écrit ça fait poétique, mais en fait non.
ZYVA : Vous croyez au libre-arbitre et au hasard ?
Christian Décamps : Voila, ouais, ouais…
ZYVA : Du coup ça se ressent sur scène, vous faite en gros comme vous le sentez.
Christian Décamps : Ce soir je ne sais pas comment ça va être, et on a la chance d’avoir un écran qui est magnifique, dans autre endroit on a un timbre poste mais ça le fait quand même, ce n’est pas tout le temps la même chose.
ZYVA : Au niveau des salles aussi, parce que l’Olympia par rapport au Ninkasi-Kao c’est différent, et quand vous partez jouer dans la campagne, c’est encore une autre chose.
Christian Décamps : Dans l’Ariège , c’est un petit village où la salle compte 300 places, c’est un endroit que je ne connais pas et on joue à 19 heures, mais on fait le même show que ce soir, la même set list, il nous arrive de délirer et d’aborder le public autrement dans certains endroits.
ZYVA : Et sur scène, vous jouez les chansons du dernier album ?
Christian Décamps : Non, non. Du dernier album on n’en joue que deux, au rappel.
ZYVA : Ah bon !
Christian Décamps : Parce que cet album on va l’inclure tout doucement dans les deux années à venir. Pour l’instant ce sont les 40 ans, et la cerise sur le gâteau pour les 40 ans c’est de montrer que je hais la nostalgie, et je ne pleure pas sur le passé je respecte les racines parce qu’elles sont importantes. Mais un ange est éternel, donc l’éternité, comme le définit le Larousse ou le Petit Robert, n’a ni début ni fin. Donc on est là des petits bouts d’éternité (première interlude téléphonique de M. Christian Décamps)…
Christian Décamps : Excusez moi… de quoi parlait-on déjà ?
ZYVA : On parlait de l’éternité et de la nostalgie par rapport au passé.
Christian Décamps : La nostalgie, déjà la radio.
ZYVA : La radio Nostalgie ! (Rires)
Christian Décamps : Quand on passe là-dessus on a l’impression d’être mort, c’est un enterrement en grande pompe ce truc-là.
ZYVA : (Rires)
Christian Décamps : Je trouve qu’une vie c’est un rêve, et justement elle est comme l’éternité, on ne se souvient jamais du premier jour de notre vie et on se souviendra jamais du dernier, donc on n’existe pas, on est là sur un fil, qui est des fois un fil de funambule parce qu’on est prêt à tomber, et je cite souvent cette phrase de Virginia Woolf la vie n’est qu’un rêve, c’est le réveil qui nous tue et je suis tout à fait d’accord avec elle. On parle de la mort que de notre vivant.
ZYVA : C’est vrai qu’après on ne peut plus en parler !
Christian Décamps : Un philosophe disait que la mort c’est la mort de la mort.
ZYVA : Ca laisse rêveur.
Christian Décamps : Nous sommes des rêveurs, sur la planète nous sommes des rêveurs avec des virus, des anticorps, on a été créé pour justement abîmer la planète et certains essayent de la sauver alors que ce n’est pas la planète qu’il faut sauver parce qu’elle va vivre encore très longtemps, elle en train de ce débarrasser de nous. Et les gens biens intentionnés qui veulent faire de l’argent avec les fondations…
ZYVA : Donc vous pensez que l’écologie est intéressée ?
Christian Décamps : On rabâche des slogans, alors que la planète Terre va nous chasser. Dans « le bois, travail même le dimanche », parce que j’ai écrit un roman à côté de ça, où c’est la nature qui se révolte, mais qui le fait avec beaucoup de finesse, elle décide d’observer la loi des 35 heures, qui ne fonctionne plus dans son cycle normal, donc elle décide de faire crever le système il n’y aura plus qu’un pays qui s’appellera « L’Autarcie » où les gens vivent comme on aurait dû vivre.
C’est un pays imaginaire qu’on a dans la tête, et à partir de ce moment les gens vont essayer de se réfugier en « Autarcie ».
Je pense que l’espèce humaine est un peu comme on été les dinosaures en leur temps c'est-à-dire on a été fabriqué pour faire quelque chose, mais ça fait partie des mystères de la vie et on a même pas envie de le percer.
ZYVA : Et vous par rapport à la musique et cette vision de la vie, la musique c’est un choix naturel ? Vous avez vécu votre rêve de musique en même temps que le rêve de la vie ?
Christian Décamps : Oui, mais il faut être inconscient, il ne faut pas faire d’étude de marché, il faut simplement jouer son rôle et donner être généreux avec le public et vivre jusqu'à ce que mort s’en suive.
Comme Ange est une entité il se peut que pour ceux qui ont le courage et l’envie de continuer et parce qu’on est des petits bouts d’éternité les uns les autres, et maintenant il faut commencer et ange pourrait fonctionner. Il y en a un qui s’est fait crucifier il y a plus de 2000 ans et ça marche toujours. (Rires) On peut aussi penser que Ange ce n’est pas quelque chose d’éphémère, 40 ans c’est déjà quelque chose, j’espère les 50 ans pourquoi pas, et après moi il peut se passer encore des choses.
ZYVA : Vous pensez vous arrêter un jour ?
Christian Décamps : C’est mon physique, j’ai le kiné deux fois par semaine, j’ai de l’arthrose, bon j’ai 64 ans, plein de choses, rien de grave, mais gênantes, mais ça ne m’empêche pas de chanter.
Bon il peut arriver un jour… (Rires) J’espère loin. Il me reste 36 ans pour être centenaire, à raison de un album tous les deux ans, il me reste encore 18 album à faire.
ZYVA : Attendez là je vous reprends, vous dites que vous faites un album tous les deux ans, c’est obligatoire ?
Christian Décamps : Oui, environ…
ZYVA : Donc il y a un petit calcul là ?
Christian Décamps : C’est l’envie qui vient à un certain moment.
ZYVA : D’accord…
Christian Décamps : A un moment donné on a bien travaillé là-dessus (en désignant du doigt l’album « Le bois, travail même le dimanche ») dès qu’on aura bien joué, car on joue. On aura envie de créer autre chose.
ZYVA : Sur le précédent vous avez fait un Cd, livre, DVD. Ca va être identique pour celui-ci ?
Christian Décamps : Oui pour les 40 ans on va laisser un témoignage sur DVD et sur CD, le format CD-DVD est intéressant, car les gens l’ont dans leur bagnole et puis il y l’image pour la maison.
ZYVA : Pour fêtez tout ça, vous avez dû faire les 10 ans, les 20 ans…
Christian Décamps : Je n’en suis pas à mon premier, mais je ne sais pas si on fêté les 30 ans ?
ZYVA : Les 50 ans ça serait quand même bien, un demi-siècle de tournée, d’aventure.
Christian Décamps : Il faut encore tenir 10 ans, on subit le refus systématique des grands médias, nos attachés de presse vont les voir pour leur expliquer ce qu’on fait mais ils en ont rien à talqué. Les gens qui passent à la télé et à la radio sont toujours les mêmes, nous on a un peu bousculé dans les 70’s ce truc-là, c’était le sommet des Claude François, nous on a démarré et ce mec-là il a subi une décadence rapide car il ne faisait plus de monde, il faut le savoir.
ZYVA : Claude François ?
Christian Décamps : Absolument, il est décédé d’une overdose et non de l’histoire qu’on raconte.
ZYVA : On en apprend c’est cool !
Christian Décamps : Il y a des gens qui ne supportent pas de redescendre, et je trouve qu’au lieu d’avoir 7000 personnes tu n’en as que 700 et bien tu continues de jouer, les chiffres on s’en fout. Ce qui compte c’est ce qui passe, mais bien sûr on peut se permettre plus de choses quand il y a 7000 personnes que 700 au niveau du spectacle.
ZYVA : Mais ce n’est pas forcément plus intense, c’est ça ?
Christian Décamps : Non.
ZYVA : Au contraire, plus le comité est petit plus vous voyez les réactions sur les visages des gens.
Christian Décamps : Oui, ce qui intéressant c’est de faire le saltimbanque.
ZYVA : De faire les routes.
Christian Décamps : Oui de rouler, et de rencontrer des gens qu’on aime. Il y a toutes les générations les grands-parents, les parents, les petits-enfants.
C’est ce côté tribal qui est vachement bien, je ne parlerais pas de famille car je n’aime pas trop dire le mot famille, mais plutôt une tribu et ça c’est vachement bien. Ils sont heureux, ils partagent des choses.
On n’est pas obligé d’aimer la musique d’Ange, les albums sont tellement différents les uns des autres. Si on prenait la carrière et deux journées pour pouvoir écouter tous les albums et essayer de comprendre… Je ne l’ai jamais fait donc je ne sais pas.
Ce qui est intéressant c’est de laisser des traces, la magie du moment, le verbe, la note puis aussi des fois le pin (raté en guitare) le casse gueule qui peut arriver, le trou de mémoire il y a pas de prompteur chez nous. Un être humain qu’il soit artiste ou pas il peut être capable du meilleur comme du pire. On n’est pas des dieux ni des demi-dieux ça n’existe pas, on n’est pas des Stars on s’en fout. On est des artistes on monte sur scène et on essaye de donner tout ce qu’on a dans les tripes.
Bon des fois il peut arriver que… on est humain comme les autres, il peut y avoir des fous rires, c’est un peu comme dans les cirques le trapéziste qui loupe son truc et il recommence, la foule applaudit et il réussit, c’est bien.
ZYVA : Bien que le sol serait moins tolérant avec un trapéziste qui tombe !
Christian Décamps : Oui, tant qu’il ne tombe pas sur la gueule ça va.
ZYVA : Vous parliez de tribu, tout à l’heure, je ne connaissais pas spécialement Ange et je n’étais pas née quand ça a commencé.
Christian Décamps : Vous avez quel âge sans indiscrétion bien sûr ?
ZYVA : 25 ans.
Christian Décamps : A ben oui c’est tout jeune ça.
ZYVA : Et j’ai vu que votre « tribu » avait beaucoup changé depuis toutes ces années. Première génération, deuxième génération.
Christian Décamps : Oui il y a eu la première génération, comme ils l’ont appelée les médias.
C’était mon frère qui tenait les claviers jusqu’en 1995 et on s’est séparé et c’est mon fils qui est venu. Mais c’est un peu du hasard, ce n’est pas parce que c’est mon fils, c’est parce qu’il a du talent au départ et c’était, je pense, la juste continuité des choses.
Les médias ont donc donné les termes « première génération » et « deuxième génération » et on a acquiescé, opiné du sous-chef.
Ange est une entité pensante comme le sont les arbres, les ouragans, les végétaux tout ça pense. Hé oui ! on ne le croit pas, mais je suis sûr qu’ils pensent et personne ne peut nous prouver le contraire.
Dans la poésie tout est permis et c’est ça qui est intéressant dans un album à poésie, c’est qu’on peut parler de tout et jouir de tout, on peut inventer un mot qui n’existe pas.
Desproges l’a fait souvent, si tu cherches dans le dico il doit y avoir des expressions de Pierre Desproges parce qu’il a inventé un mot. C’est un maître pour moi, je fais aussi un One Man Show qui s’appelle « Mes vers solitaires » avec des sketchs. (Deuxième interlude téléphonique de M. Christian Décamps).
ZYVA : Le groupe qui joue pour votre première partie (Triste Sire) vous le connaissez ?
Christian Décamps : On le connaît par le biais de notre manageur et il s’occupe d’eux aussi, on fait partie du même label.
ZYVA : C’est quoi votre label maintenant ?
Christian Décamps : Artdisto.
ZYVA : Ils font toute la tournée avec vous ?
Christian Décamps : Non, simplement deux concert L’Olympia et le Kao ce soir.
ZYVA : C’est un groupe Lyonnais, un groupe de chez nous !
Christian Décamps : Ils sont très bien.
ZYVA : Et aujourd’hui justement, vous écoutez malgré tout les musiques actuelles ?
Christian Décamps : Les futures musiques anciennes tu veux dire, à la vitesse où vont les choses elles sont déjà anciennes, c’est cyclique.
J’écoute pas mal de choses, j’ai l’album de Triste Sire. Je retrouve certaines influences ailleurs, dans les années 70 il y avait l’écriture spontanée, mais on fait suivant les envies et on part sur des phrases.
Il y a une fille que j’adore qui s’appelle Clarika et qu’est ce que j’aime encore …
La nouvelle scène française du style Bénabar je n’accroche pas vraiment, j’ai écouté mais bon mouais… elle me touche pas, si ça ne vient pas te prendre, il me faut des émotions.
ZYVA : Vous écoutez exclusivement de la musique française ?
Christian Décamps : Non j’aime le rock British, j’aime beaucoup Porcupine Tree, Steven Wilson est un ami, il a mixé deux titres dans l’album « Culinaire Lingus », il est sous influences Ange aussi, il dit lui-même qu’il a tous les vinyles de Ange chez lui, et il pensait que le groupe n’existait plus, quand on s’est rencontré il y a une dizaine d’années maintenant. J’aime bien les gens qui écrivent et qui osent.
Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait représenter sa musique :
Ange - Le rêve est à rêver – Live Rêve-Parties.
D’un commun accord avec M. Christian Décamps nous avons choisi une chanson d’Ange.
Car seul Ange peut représenter Ange.


