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L'OEUF RAIDE
La semaine précédente: ARTE. Cette semaine: ZYVA. L'artiste et producteur électro L'oeuf Raide est un homme demandé. Le sujet de notre discussion paraît évident : comme ZYVA, L'oeuf Raide trouve ses racines à Lyon, mais vit à Berlin depuis deux ans. Au programme de notre discussion : les différences entre Lyon et Berlin, les diverses scènes et maintenant on sait pourquoi les Lyonnais sont en général plus ouverts que les Berlinois!
ZYVA : Tu viens de nous raconter que ça fait 2 ans que tu habites à Berlin.. Ton nouvel album s'appelle Berlin eggsile (Berlin exil), est-ce que tu ressens ta situation vraiment comme un exil ?
Fred : C'est quand-même pas évident d'être loin de ses potes, de sa famille, c'est quand même un effort. Je l'ai pris comme une rupture avec le confort, en fait. J'étais super entouré quand j'étais à Lyon, j'avais plein d'amis, je voyais beaucoup ma famille. Et puis, d'un coup, t'es 1500 km plus au nord...
ZYVA : Alors, comment ça se fait que tu sois venu à Berlin ?
Fred : Je suis venu pour rejoindre une fille (rires), et voilà, toutes les histoires ont une fin...
ZYVA : Donc, c'était pas pour faire de la musique ?
Fred: Ben, cela m'est quand même venu à l'esprit, c'était bien qu'elle habite Berlin parce que je serais peut-être pas allé à Fribourg ou Munich. Je me serais arrangé pour qu'elle vienne à Lyon plutôt, mais Berlin était aussi une motivation.
ZYVA : Vu que toi et ton label, vous êtes de Lyon, est-ce que tu as trouvé une scène, un entourage musical comparable ici, à Berlin ?
Fred : Oui. Justement pas comparable, mais c'est ce qui est bien aussi. Par exemple, mes nouveaux colocs, je les ai rencontrés parce qu'ils m'ont fait jouer à une soirée au Tacheles. Et l'un d'eux fait les soirées Wobble Berlin, c'est très orienté vers le dubstep. Mon nouveau live est très drum 'n bass. Donc on peut bien mettre un peu de drum 'n bass au milieu du dubstep. J'aime vraiment bien le dubstep, c'est un style qui m'intéresse beaucoup, mais franchement : sept heures de dub step d'affilées, je peux pas. Je trouve que la drum, ça se marie bien avec, ça a le même genre de sonorité, juste, c'est moins oppressant.
ZYVA : OK, maintenant on sait pourquoi t'es venu, mais pourquoi t'as décidé de rester à Berlin ?
Fred : Parce que j'ai des projets que j'ai pas encore menés à terme ici. Et je me suis dit, si je veux faire de la musique, c'est mieux de vivre ici que de vivre à Lyon.
ZYVA : Ah bon ?
Fred : Oui, parce qu'ici, j'ai encore plus d'opportunités. Je rencontre plein de gens artistiquement intéressants. En plus, j'ai l'intention de bosser avec un pote que j'ai rencontré ici, qui est anglais et qui vit à moitié à Londres et à moitié à Berlin.
ZYVA : C'est qui ?
Fred : Il s'appelle Marc Teitler, il fait de la musique de pub. Mais ce qu'il fait, c'est la classe! Quand on s'est vu la première fois, il m'a dit qu'il faisait de la musique de film. Et je disais: "La musique de film, c'est mon rêve!" Donc il me fait: "Bon, pas vraiment de film, c'est plutôt de la pub!" (Rires) Mais bon, il a fait de la musique vraiment extra sur des pubs extras, c'est super beau! Et moi, je suis intéressé par la vidéo. Évidemment, je préférerais faire de la musique de film. Maintenant, c'est aussi un des rares moyens de gagner sa vie en faisant de la musique. Un des coins où ça paye sans vendre son âme.
ZYVA : Et t'as déjà travaillé avec lui pour le nouvel album ?
Fred : Non, pour l'instant c'est juste un projet. Les deux, on apprécie ce que l'autre fait. Et il a des contacts, et c'est important dans ce milieu. Donc, c'est cela que je veux faire, et sinon, en ce moment, il y a beaucoup de MCs qui transitent par Berlin...
ZYVA : J'aime beaucoup la chanson rap (Lost in a vortex) sur ton nouvel album !
Fred : Oui ! Et d'ailleurs j'ai rencontré Blu Rum 13 sur Lyon !
ZYVA : Alors il reste toujours un lien entre Lyon et Berlin !
Fred : Oui, j'étais à Lyon aussi pour mixer mon album. Et finalement j'y suis retourné, parce qu'on avait encore changé des morceaux et entre temps j'en ai refait des nouveaux. Du coup, comme on avait encore l'opportunité, on s'est retrouvé encore une semaine au studio et le CD a encore changé de tête.
ZYVA : Et justement, comment est-ce que tu travailles, tu te sers des instruments ou des samples ?
Fred : Les deux, en fait. Je joue de la guitare ou de la basse, parce que j'ai envie...
ZYVA : C'est toi-même qui le fait ?
Fred : Oui! Et sinon... Souvent aussi, j'ai envie de faire de la musique et l'inspiration vient pas. Donc dans ce cas-là, j'insiste jamais. Ce que je fais, c'est que je mets des chansons que je vais jamais écouter sinon, et je les écoute à ce moment-là. J'ai les oreilles qui traînent, et je fais des "banks" de samples. En général, je prends jamais des mélodies mais toujours un son, quelque chose de très court. Je travaille encore avec de vieux samplers, comme à l'époque. Donc je fais mes samples très courts et après je joue avec un clavier. C'est une façon de faire de la musique sans être inspiré. Mais en général c'est très inspirant, parce que quand tu fais un sample, c'est parce qu'il y avait quelque chose qui t'a attiré. Du coup, t'as tout de suite envie de jouer avec, alors tu vas faire un morceau avec ce son. Mon inspiration vient souvent d'un son, si c'est un morceau vraiment électronique, ou sinon parce que je suis en train de jouer de la guitare et j'ai trouvé une mélodie qui me plaît. Et puis j'enregistre pour voir. C'est l'avantage de maintenant : dès qu'on a une idée, on peut l'enregistrer, c'est gratuit. A l'époque, il t'aurait fallu une bande magnétique, ça coûtait cher, mais aujourd'hui tu peux enregistrer n'importe quoi ! (Rires)
ZYVA : Et comment est-ce que tu arrives à traduire ce que tu fais en studio, en live ?
Fred : Je fais beaucoup de scratchs en live, j'essaie d'animer le truc, j'ai eu MPC et je fais beaucoup de break avec un sampler. Je bosse avec Traktor Scratch Pro, c'est un logiciel allemand de Berlin ! C'est super bien, tu prends des chansons à toi que t'as pas mises sur vinyle et tu peux les utiliser comme un vinyle. Tu peux mettre des samples, tout ce que tu veux dessus.
ZYVA : Tu crées le son live spontanément ou est-ce que tu sais déjà en avance ce que tu vas faire ?
Fred : Non. Bon, je ne sais pas si je vais être en forme... (rires) Mais en gros, je prépare tout en avance. Je sais en gros quels morceaux je vais enchaîner, quels scratchs je vais utiliser, quelles voix je vais poser. Après, j'ai toujours différentes options.
ZYVA : Est-ce que ça peut changer si le public réagit de telle ou telle façon ?
Fred : Hmm, je pense que mon nouveau set est vraiment orienté danse. Alors il vaut mieux qu'ils aient envie de danser. Pendant longtemps, j'ai essayé de faire du downtempo. Mais je voyais bien que les gens l'aimaient toujours mieux quand c'était à fond. J'ai quand même insisté, pendant 6 ou 7 ans ... (rires) Mais maintenant le set est plus dansant.
ZYVA : Il y a une différence entre le public berlinois et lyonnais ?
Fred : À Lyon le public électro est bien plus ouvert.
ZYVA : Ah bon ?
Fred : Oui, on pourrait s'attendre au contraire, mais c'est dû à la taille de la ville. C'est à dire que quand tu es fan d'électro à Lyon, et si tu dis par exemple: "Je vais que écouter de la drum", tu ne vas pas sortir souvent.
ZYVA : Je vois.
Fred : Donc forcément, le fait qu'il y ait peu de soirées te pousse à aller voir d'autres choses, et pourquoi pas, à accrocher à autres choses. Ici, quelqu'un qui dit: "Je vais écouter que de la minimal", c'est le paradis pour lui. C'est très bête à mon avis, mais bon... Donc je pense pas que les Lyonnais soient plus curieux, c'est qu'ils ont moins de choix.
Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait te représenter toi ou ta musique :
Jimi Hendrix - Purple Haze


