DOMINIQUE A
Rencontre avec Dominique A à la salle Molière ( Lyon 5ème arrondissement )
ZYVA : Vous êtes Musicien, Parolier, Chroniqueur, Chanteur, vous faites beaucoup de choses, c'est un besoin pour vous de faire tout ça ?
Dominique A : Non ce n'est pas vraiment un besoin. Chroniqueur c'est juste occasionnel pour Epok et ça dure comme ça depuis un an, mais à la base je me sens plus musicien qu'autre chose. J'ai plutôt l'impression d'être plus un spécialiste que quelqu'un qui se diversifie.
Mon truc c'est de faire des chansons et de les chanter, je n'ai pas spécialement envie de toucher à d'autres disciplines. J'ai approché un petit peu la littérature mais je me suis rendu compte que je n'ai pas envie d'écrire autre chose que des chansons.
ZYVA : Vous aimez bien aller chercher de la musique, l'écouter et la chroniquer ?
D : Oui, de toute façon je suis un auditeur de musique avant tout. A partir du moment où j'ai commencé à écouter de la musique, j'ai commencé à écrire dessus, donc ce que je fais sur mon site ou ce que je fais pour Epok c'est le prolongement de tout ça. Si j'avais pas été musicien, je me serais peut être orienté vers le journalisme musical car ça me passionne et que j'aime bien donner des points de vue très sommaires sur les choses, je trouve ça assez excitant d'avoir cette possibilité là. Et puis c'est assez rigolo car il y a quelques années je pestais contre ces journalistes musicaux qui faisaient de la musique et moi je suis dans la situation inverse et j'aime bien être à la fois juge et partie car quand on se conduit de cette façon là, on est obligé d'être à la hauteur de ce qu'on raconte par rapport aux autres, ça met un petit défi supplémentaire et ça énerve quelques personnes, ce qui n'est jamais une mauvaise chose. Je conçois mal faire de la musique sans avoir un point de vue sur les choses.
ZYVA : Comment vous travaillez au niveau de l'écriture, de la composition ? Quelles sont vos inspirations ?
D : Je travaille par période, déjà, quand je suis en tournée je n'écris pas beaucoup, je me consacre aux concerts et j'ai la tête un peu vide dans ces périodes là. J'ai envi de profiter des ces moments pour vivre les choses avec les gens avec qui je suis.
Sinon pour l'écriture à proprement parlé, c'est pas vraiment un souci pour la musique car j'ai l'impression d'avoir toujours des envies différentes selon les années liées aux disques que j'écoute, donc il y a plein de terrains possibles et après ça va dépendre énormément des gens avec qui je collabore, mes musiques évoluent beaucoup selon mes collaborations.
Par rapport au texte, c'est lié à des envies de parler de certaines choses à un moment donné ou d'aller sur certains terrains souvent liés à des choses que j'ai lu ou que j'ai entendu. Il y a beaucoup de chansons qui sont directement issues de lectures d'articles de journaux ou de romans. Je parts un peu plus de mon imagination sans savoir forcement d'où une idée vient alors que ces dernières années mes idées venaient beaucoup des livres des autres et c'était des points de départ pour moi, pour après extrapoler sur tout autre chose.
ZYVA : Vous disiez dans une interview, que vos paroles sont le point de départ de vos compositions, est-ce toujours le cas ?
D : Oui, à partir du moment où j'ai les paroles, les jeux sont ouverts. J'aime bien écrire mais en même temps ça a un coté angoissant car on est jamais sûr d'avoir quelque chose à raconter, et l'idée c'est pas vraiment de raconter quelque chose mais plutôt de faire passer un truc via le son. Ce qui m'intéresse au final c'est le son de la musique et des mots, c'est quelque chose de purement auditif et non intellectuel même si on me renvoie souvent le truc du chanteur littéraire parce que je parle beaucoup de bouquins mais pour moi l'important c'est le son.
ZYVA : Sur votre nouvel album (" L'horizon "), vous avez fait de nouvelles expérimentations, vous pouvez nous en parler ?
D : L'idée de ce disque là c'était déjà de faire un disque assez épuré par rapport au précédant, de le faire avec des gens que je connaît bien, des musiciens et un ingénieur que je connais bien, de faire ça un petit peu en circuit fermer. Je voulais que ça soit, au niveau du son, très spatial, très dégagé, sans jeu de mots vis à vis du titre (L'horizon). Après, les thèmes des chansons tournent autour du voyage, de la fuite, toutes sortes de fuites et l'idée que la chanson pouvait être une fuite par rapport au quotidien, quotidien dont j'ai déjà bien parlé dans mes précédents albums. De plus ces dernières années, on a entendu beaucoup de chanteurs français parler du quotidien et je crois que les gens commencent à en avoir un peu marre d'entendre parler de leur voisin. J'avais donc envie de partir sur un terrain plus imaginatif plus fictionnel et amener les gens sur des terrains un peu plus "excitant " que ceux du quotidien, parce que réduire la chanson à une espèce de description des choses de la vie c'est pas ça, on peut parler de mille choses et surtout on est pas censé énoncer des vérités dans les chansons.
ZYVA : Et votre dernier clip, vous avez du bien vous amuser dans votre bulle, c'était quoi l'idée ?
D : c'était l'idée de Gaëtan Chataignier, en fait l'histoire de cette chanson ("Dans un camion"), c'est un peu l'histoire de ma vie actuelle ; celle de quelqu'un qui part en tournée avec des gens. Et je trouvais aussi assez marrant de partir de quelque chose d'assez banal et d'en faire quelque chose d'assez grandiloquent. L'idée de Gaetan c'était que le camion est la bulle alors on va m'y mettre dedans. Après je suis seul dans la bulle car dans un camion quand on est 9 par exemple chacun est dans ça propre bulle, il y en a un qui écoute de la musique, un qui bouquine...chacun est dans son monde, c'est assez rigolo d'ailleurs ; par exemple j'ai tenté plusieurs fois d'écrire dans ces conditions avec les camarades à coté qui discutent, écoute de la musique...d'essayer de s'isoler et d'être créatif, je l'ai pas fais trop souvent mais c'est faisable.
ZYVA : Et le concert de ce soir ?
D : Ben c'est lié avec les gens avec qui je travaille, on arrive en répétition, généralement on a peu de temps donc on va très vite et on se pose pas mille questions. Là ce soir c'est simple, car les gens avec qui je joue sur scène sont ceux avec qui j'ai fait le disque et on joue les morceaux en les faisant parfois évoluer selon les soirs, ça va très vite. On travaille aussi la set-list en essayant d'espacer dans le concert les morceaux qui on un peu la même atmosphère, mais tout ce fait assez naturellement. J'aime bien cette idée de travailler un peu dans le stresse, que ça soit pas serein, comme ça on travaille sans trop réfléchir, j'aime bien ça, j'aime bien quand les musiciens sont au pied du mur, ils sortent tout ce qu'ils ont avec une certaine honnêteté et spontanéité.
ZYVA : Est-ce que vous considérez votre musique accessible ?
D : Moi je considère depuis le début que ce que je fais est très accessible dans la mesure où se sont des chansons très simples dans la structure et la composition, pour moi c'est pas compliqué et par rapport à ce que j'écoute des fois j'ai l'impression que c'est de la variété. Mais beaucoup de gens me renvoient cette impression comme quoi je fais quelque chose moyennement accessible pour lequel il faut être dans une certaine ambiance, une certaine humeur...ça me semble dément et de plus en plus je lis des chroniques d'artistes qui me semble assez accessible et où on parle de quelque chose de compliqué peu accessible, mais là je comprends plus...Par exemple il y avait un article dans Libération sur le dernier Thom Yorke, qui est un disque électro, qui est un beau disque pas spécialement compliqué à mon sens ; et le mec en parlait comme un truc, presque : " Ame sensible s'abstenir " !!! Je trouve qu'il y a de plus en plus une dérive de l'esprit critique vers quelque chose où finalement on a peur que les gens soient pas en mesure de recevoir les choses et donc on prévient les gens : " attention disque difficile " alors que c'est des préventions inutiles, qui entretiennent l'idée que la chanson est quelque chose qui doit plaire à tout le monde et que toute forme de chanson s'adresse potentiellement à tout le monde. Alors que la chanson, même si elle est un peu plus compliqué, peut s'adresser à quelqu'un qui écoute un peu plus de musique que les autres, qui a plus l'habitude d'entendre certains sons et l'idée que la chanson ne doit pas faire de courbette est important, la chanson est pour moi un truc accessible et donc on ne doit pas en plus accentuer cette accessibilité pour la rendre plus évidente à l'oreille. Mais tout ça est induit par toute l'approche journalistique, médiatique de la musique.
Moi bien sûr que j'ai envie de passer à la radio mais pas à n'importe quel prix. Il me semble que les chansons que je fais sont radiophonique, mais ça passe pas à la radio c'est comme ça et je veux pas sur jouer le truc, en plus à chaque fois que je l'ai fait ça c'est mal passé.
Là on va faire une basse manoeuvre commerciale, on va réenregistrer une chanson sur laquelle on finit nos concerts, car c'est une chanson assez emblématique (" le courage des oiseaux ") et là on a un version hyper tubesque, on va voir les réactions des gens et on se dit que c'est pas possible ; de plus ça fait des années qu'on me dit qu'il faut que je la réenregistre, mais j'ai toujours refusé et puis là je commence à baisser les bras et me dis qu'on a vraiment fait quelque chose pour tout le monde et ça me ferait chier de ne pas tenter le coup. On verra, ça sera soit un coup d'épée dans l'eau genre pitoyable, soit cette chanson va être diffusée et je m'en réjouirai, parceque en faite pour moi les chansons sont des chevaux de Troie, elles traînent toutes les autres derrière, c'est le pouvoir incroyable du single. C'est ce qui fait qu'un disque aussi tordu que celui de Katerine est populaire parcequ'il y a ce putain de single que raccroche toutes les autres chanson et du coup ça permet aux gens d'entendre aussi autre chose.
ZYVA : On entend parfois que vous êtes un artiste engagé ?
D : Non je ne me sens pas un artiste engagé, c'est plus des fois des gens qui me sollicite et après ça va se faire en fonction de mes disponibilités. Je ne suis pas clair vis-à-vis de ça, car l'engagement d'un artiste c'est quelque chose de délicat. Ce que je préfère dans ces cas là c'est de participer à des soirées pour ramener des sous pour une association ou pour une cause qui me semble juste et où il y aura un résultat concret. Autrement, défendre des idées en tant qu'artiste, quand t'as pas ça dans le sang c'est pas facile, car des fois tu sais plus pourquoi tu le fais et tu te retrouve à parler de chose que tu ne maîtrises pas du tout et ça m'est déjà arrivé...l'engagement il faut l'avoir dans le sang, moi je me sens pas militant, je me sens comme évidemment la grande majorité des artistes d'une sensibilité de gauche et encore qu' on sait plus trop ce que ça veut dire aujourd'hui...
ZYVA : Vous avez des projets ?
D : Oui tourner et essayer de préserver une vie privée, c'est mon projet immédiat. Après j'ai appris quelque chose de très chouette, je vais aller jouer à Shanghai (2-3 jours), j'aime bien ce genre de voyage, c'est comme partir sur pluton quelques jours.Ca c'est des espèces de petits cadeaux que me fait ce métier de forains.
Après le projet immédiat c'est vraiment tourner et puis j'aimerai bien pouvoir faire une bonne captation de concert que l'on fait actuellement, ça fait déjà pas mal d'années que j'y pense et là j'aimerai qu'on le fasse ; je pense qu'on fait quelque chose de bien sur scène et dont il faudrait garder un petit souvenir.
Artiste ou groupe qui pourrait le mieux représenter leur musique ou leur groupe :
Nick Drake - River man


