KWAL

Interview de KWAL
Date : 18/02/2008
Lieu : Marché Gare
Par : Jagunk, Yoch

Véritable ovni de la scène française, Vincent Loiseau, alias Kwal, est simplement un artiste complet. Voyageur des temps modernes, cet auteur, compositeur et interprète nous fait part de son univers atypique. Oubliez le rap-slam policé d'Abd Al Malik (le « gendre » musical idéal d'une France qui se veut non-raciste) ou les jeux de mots urbains de Grand Corps Malade, que l'on veut nous faire ingurgiter depuis 3 ans maintenant: Kwal ne fait pas partie de cela. 

 

C'est donc, vous l'aurez compris, avec beaucoup de plaisir que nous sommes allés à la rencontre de ce globe-trotter musical moderne lors de son passage au Marché Gare de Lyon le 18 décembre dernier.

 

 

ZYVA : Merci de nous recevoir. On a vraiment adoré ton album Là où j'habite qui est ton troisième. Pour être francs, on vient de te découvrir avec cet album et il nous a beaucoup parlé, surtout avec la première chanson « Là où j'habite ».


Kwal : Le truc le plus rigolo, c'est que c'est vrai. Tout est vrai dans cette chanson à part l'expulsion à la fin, c'était plus une histoire de déménagement. En fait, c'était une histoire complètement hallucinante que je commençais à tellement raconter à des gens autour de moi, que je me suis dit qu'il fallait que j'écrive un truc sur cette histoire de fou ! Tout est vrai !


ZYVA : Jusqu'aux insomnies ?


Kwal : (rires) Ah ouais, même ça, c'est vrai. En fait, le mec c'est un « schizo » qui était en hôpital psychiatrique une partie du temps. Tout est tel quel, c'est du journalisme mon truc. Mais en l'écrivant je ne pensais pas qu'un truc aussi personnel allait autant parler aux gens. C'est marrant parce qu'il y a des morceaux où tu t'acharnes pour qu'ils sonnent bien, et d'autres où c'est plus une succession de hasards et au final, ça devient le morceau phare de l'album.


ZYVA : Et tu es diffusé en radio ?


Kwal : Avec ce titre-là ?


ZYVA : Oui.


Kwal : Bah, sur pas mal de radios indépendantes oui, mais après on a essayé de le lancer sur des France Inter, mais je ne pense pas que j'ai ma place sur beaucoup de grosses radios. Sur France Inter il y a un autre titre qui passe, celui avec Asa : « Elle ». C'était une belle rencontre, un chouette duo. Après, c'est le seul qui est passé, c'est parce qu'il est plus aseptisé, un peu plus conventionnel comme morceau, j'aurais préféré que « Là où j'habite » passe.


ZYVA : Et tu l'as rencontré comment Asa ?


Kwal : On a la même maison de disque et on a fait deux fois sa première partie, à Paris, à la Boule Noire.


ZYVA : Pourtant, les styles sont assez différents, c'est bien qu'ils puissent vous marier ensemble.


Kwal : On a un peu un style, pas passe partout, mais je pense que Naïve, ils ont bien géré le truc sur ce coup-là. On n'a pas un public si différent que ça, avec Asa. On a un public assez large où tu as de tous les âges, tous les milieux, c'est assez varié.


ZYVA : Et toi, tu viens d'Angers ?


Kwal : Ouais.


ZYVA : Parce que dernièrement on a rencontré La Phaze, qui viennent aussi d'Angers, on avait pu rencontrer Nouvel R au Printemps de Bourges, et on se dit qu'Angers c'est une ville qui bouge beaucoup.


Kwal : En fait, les deux rappeurs de Nouvel R, c'est avec eux que je chantais sur scène pour mes deux albums précédents. On partageait la scène ensemble, c'est des super potes. Après, pour Angers, c'est vrai que c'est une ville qui bouge. Nous, on s'en rend pas trop compte à Angers, c'est plus quand on va ailleurs, qu'on se dit que ça bouge. Après, je pense que Lyon ça bouge beaucoup aussi, avec les Jarring Effects, il doit y avoir des millions de trucs. Mais chez nous tu as eu tout le mouvement Rock alternatif des années 90 qui a été vachement représenté, ça doit être une des raisons. Suite à ça, rapidement, tu as eu un mouvement Rock à Angers, après il y a d'autres styles qui ont pris le relais. En créneau World Chanson tu as Lo'Jo, tu as aussi Zenzile, La Ruda Salska, il y a pas mal de projets qui tournent vraiment. Et à coté de ça, il y a plein de petits projets, une bonne salle. Ça doit être comme ça quand tu as des grands frères, ça booste un peu la créativité.


ZYVA : Et tes deux premiers albums étaient déjà un peu Chanson, Rap, Slam ?


Kwal : Mon premier groupe était carrément Métal, je faisais du bourrin avant ! C'était assez Hip Hop Métal, ça s'appelait Carc[H]arias. Après, mon premier album, c'était Rap assez dark un peu à la Assassin, Kabal, des trucs comme ça. C'était des contes un peu trash, vraiment du Rap sombre. Après, le deuxième album, c'était Rap super World, mais il y avait encore un côté Hard Core sur le son. Sur chaque titre, il y avait un, deux ou trois invités par morceau. Ça allait jusqu'à huit, avec un morceau rappé en huit langues. Et le dernier, c'est le premier où je quitte l'univers uniquement rappé, avec des trucs un peu chantés, parce que maintenant ça me dit, je trouve que ça me correspond bien. En terme de public, les choses que je dis, ça me correspond.


ZYVA : J'ai vu des vidéos de toi en concert sur ton Myspace, et j'ai trouvé que tu jouais la comédie. Contrairement à d'autres, comme Grand Corp Malade, qui sont vraiment Slam sur scène, toi, tu mets en scène tes chansons.


Kwal : C'est carrément ça ! J'ai découvert ça avec cet album-là, c'est pour ça que je n'ai pas du tout regretté d'être passé au parlé, au chanté. Je peux rentrer dans des personnages et conter les histoires. D'ailleurs, je me mets aux contes en ce moment, en parallèle. Tu es comédien et tu dis un texte, plutôt que de tchatcher. Quand l'album est sorti et qu'on a commencé à le jouer sur scène, je me suis dit que c'était trop bon en terme de sensations de pouvoir parler aux gens. Comme quand tu parles, là, tu fais vivre tes mots, tu mets des silences. De plus en plus, sur les prochains albums, je veux renter là-dedans, avec des textes où tu commences doucement et où à la fin tu rentres en trance carrément, ton flow il s'accélère. Je voudrais essayer de travailler ça, de mettre encore plus de vie dans les textes.


ZYVA : J'ai vraiment l'impression qu'on est arrivé à un moment de renouveau dans le rap français, après une dérive dans le Rap business, avec des gens comme toi, Grand Corps Malade, Abd Al Malik, ou encore R-Wan de Java. Les textes sont bons, mais c'est surtout le phrasé qui change, qui apporte ce renouveau du Rap.


Kwal : Je trouve ça bien. Après des mecs comme Abd Al Malik et Grand Corps Malade, j'ai peur que les médias résument le Slam à ces deux mecs-là. Pour le coté Rap un peu chanson, je pense qu'il n'a pas encore vraiment sa place dans les médias. Je ne sais pas si je fais partie de cette scène-là mais ça me fait plaisir d'entendre des morceaux « Rap-chanson » on va dire. Sur l'évolution du Rap, le coté dissidence, contestation, avec des groupes comme La Rumeur, il y a un coté que j'aime vraiment beaucoup, mais pour ce qui est du Rap Skyrock, j'ai l'impression qu'on a fait le tour.


ZYVA : Ce qui fait la différence, chez toi, c'est que tu utilises beaucoup d'instruments, avec des sonorités qu'on n'a pas l'habitude d'entendre. C'est surement lié à ton projet avec le Mali, comment tu arrives à gérer les deux projets entre Paris et le Mali ?


Kwal : Au Mali, je sors des albums là-bas, rappé dans la langue nationale. Je l'ai appris à force d'y aller. Après, les textes, c'est une co-écriture, je ne maîtrise pas encore assez bien la langue, tout seul je ne suis pas capable d'écrire des textes.

 

ZYVA : Et d'où t'es venue l'envie de faire ces albums ?


Kwal : C'est né du fait que les mecs là-bas ils ont souvent ce sale complexe d'infériorité par rapport aux blancs, par rapport à ce qui se passe en France. Les mecs ils sont tout le temps tournés vers la France, les États-Unis. Du coup je me suis dit, je vais essayer de rapper dans leur langue, d'inverser les choses. En plus c'est un bon défi quand tu commences à rapper dans une autre langue, ça te permet de l'apprendre. Quand tu commences à l'apprendre tu rentres vraiment dans le mode de pensée. Le bambara est tellement différent du français que le mec qui ne parle que bambara il n'a pas du tout les mêmes concepts que toi. Il n'a pas la même vision du monde, pas les mêmes mots, donc tu ne peux pas les comprendre si tu n'as pas ce truc-là. Je suis en train de faire la même chose avec l'arabe, je vais essayer de sortir un album en arabe classique en 2010.


ZYVA : ça fait longtemps que tu fais ce genre de voyage musicaux ?


Kwal : La première fois qu'on est allés au Mali, c'était notre spectacle en France, qu'on allait jouer là-bas. On s'est pointés, c'était un public de la rue, vu que c'était gratuit, les mecs pour la plupart, ils ne parlaient pas français, ils avaient d'autres préoccupations que ce qu'on leur disait. Je trouvais que ca faisait un peu projet de colon. Le blanc qui vient se faire plaisir en faisant son spectacle pour des maliens ! Je ne pense pas que ça va les aider à bouffer ! Et je me suis dit que je n'avais pas envie de faire ça, j'avais besoin de prendre une revanche par rapport à ce truc-là. Du coup voilà, ça c'est passé au Mali, et maintenant j'ai envie de le faire pour le Moyen-Orient.


ZYVA : Et pourquoi le Moyen-Orient ?


Kwal : J'ai été deux fois en Palestine en 2005 et 2007, et j'ai des choses à dire aux potes de là-bas, aux gens des camps de réfugiés, après, ça touchera qui ça touchera. Même si c'est à petite échelle, c'est déjà ça.


ZYVA : Il y a très peu d'artistes qui font ça.


Kwal : Moi, c'est mon truc, vraiment. Le Mali et la Palestine, c'est deux pays qui m'ont spécialement touchés. Le Mali : tu as une pauvreté de ouf et la Palestine : tu as toute l'occupation. Et ça fait que dans les deux cas l'humain est hyper présent. Tu ne parles pas de ta bagnole avec un palestinien, je crois. Les discussions de trentenaire que tu as en France, tu n'as pas ça au Mali ou en Palestine, c'est carte sur table ! Et j'aime bien, moi, ça. Donc du coup, j'aime bien ces pays, donc j'ai des choses à dire aux gens de là-bas, et j'ai envie de le faire par la musique.


ZYVA : Sinon on aime bien savoir ce que les artistes écoutent, si tu as des perles à nous faire découvrir.


Kwal : J'écoute vraiment de tout. Je suis un grand fan de Tiken Jah Fakoly, pour la patate. En ce moment, le matin, je me mets Dynamite Mc, ça réveille, tu es bien pour la journée. Après, je vais écouter de la Chanson, de l'Electro, Jazz, Soul, un peu de Trip Hop, encore un peu de métal de temps en temps, Musique du Monde, du Classique, des musiques de films, en ce moment, de la musique Cubaine aussi.


ZYVA : Tu vas encore dans les magasins de disques, ou tu écoutes plus sur internet ?


Kwal : Ouais, je ne vais pas trop dans les magasins, je ne suis pas un collectionneur du truc rare. J'achète encore des disques, j'ai même travaillé dans un magasin de disques, mais j'ai des goûts assez grand public donc je n'ai pas de petit magasin spécialisé.


Titre d’un artiste ou d’un groupe qui pourrait vous représenter vous ou votre musique :


Tiken Jah Fakoly – Y'en a marre

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