TURZI

Interview de TURZI
Date : 16/02/2010
Lieu : La Marquise
Par : Artémus Croa, Jagunk

Ce soir à la Marquise se produit Turzi, groupe d’origine parisienne. Ce dernier qui a entamé sa tournée Française à Paris arrive sur Lyon. Le style scénique de Turzi est différent de leur production studio. Sur scène une nappe se crée grâce à une batterie répétitive mais non lassante, tout ceci saupoudré d’un jeu de guitare plutôt agressif. Romain Turzi nous reçoit en début de soirée autour d’une boisson rafraîchissante afin d'en savoir un peu plus sur eux.

ZYVA : Bon pour être franc, on ne connaissait pas trop ta musique, avant quelques jours, et on a écouté tes albums « A » et « B »...


Romain Turzi : Et vous avez écouté « A » aussi !? Ah c'est cool, c'est important !


ZYVA : Et d'ailleurs pourquoi « A » et « B » ?


Romain Turzi : J'en sais rien. En fait, au moment où on a enregistré « A », on cherchait une espèce de concept autour de cet album, parce que pour moi il fallait un fil directeur entre tous les morceaux. La musique va tellement dans tous les sens que c'est ça qui en est venu le concept. Et pour que ce soit quelque chose d'unitaire et de juste, au lieu de l'appeler « 1 », on va l'appeler « A », donc voilà, on a changé tous les noms des titres pour ce que ça commence par un « A ». Ensuite, naturellement, pour enregistrer le deuxième album, on est parti s'isoler sans morceau préexistant, sans notre environnement quotidien, et on savait naturellement qu'on allait enregistrer « B ». C'était évident.


ZYVA : Donc le prochain, ce sera « C » bien entendu ?


Romain Turzi : Oui, y'a des chances. Ou peut être que non, on verra. Sinon, « A », en gros le concept majeur qui tourne autour de ça, ça serait être l'histoire : Axis Of Good, Afghanistan... « B », on a réduit ça au monde et sa géographie.


ZYVA : Oui parce que dans « B », il n'y a que des noms de ville.


Romain Turzi : Oui, c'est ça, et si tu fais un trait sur tous ces noms de ville, et que tu mets la Terre (version carte) debout, ça va faire un « B ». Ce n'était pas le point de départ, mais ceci dit ça marche. Quand on a commencé à écrire l'album et que la première chanson s'appelait Bombay, on s'est dit : « on va faire un album de voyage », et on a mis que des noms de villes.


ZYVA : En fouillant un peu sur internet, sur toi, on est allé voir le label Records Makers avec lequel tu travailles...


Romain Turzi : Oui, c'est cool. Ils ont signé Sébastien Tellier pour une musique de film, et puis à la base, c'est le label qui a signé Air pour sortir la musique du film Virgin Suicide, car Virgin ne voulait pas le sortir. Après il n'y a pas qu'eux, il y a Kavinski, Sex In Dallas,...


ZYVA : D'accord, parce qu'on a vu que sur ton myspace, c'est marqué « Musique de films ».


Romain Turzi : Oui, parce que ça m'amuse. Puis il y a marqué Trance aussi. J'aurais pu marquer Techno ou Goa, mais avec des guitares. Pour moi, un combo rock traditionnel, deux guitares, une basse et une batterie, c'est comme une donnée. C'est un truc tellement banal que c'est par cette chose là qu'on va s'exprimer.


ZYVA : Donc après, vous rajoutez des choses par dessus.


Romain Turzi : Bah, on rajoute non, mais à travers ce combo, on essaye de sortir du schéma rock traditionnel. Nous, naturellement on ne va pas du côté des Stones, des Beatles, des Strokes, mais plutôt vers un truc inspiré de la musique indienne, de la musique techno, et avec le même mélange.


ZYVA : Et ce n'est pas trop dur de le faire comprendre en France ?


Romain Turzi : Bah, le faire comprendre, disons que nous, ça fait trois ans qu'on le rabâche en interview, après y'a des gens qui le comprennent très bien, et à qui ça fait du bien même. Quand on a fait ce groupe, ça nous semblait nécessaire de le faire, parce que je ne trouvais pas mon bonheur dans la musique qui m'entourait en France. Et mine de rien, on n'est pas tout seul à le faire puisqu'avec Arthur, qui fait la basse chez nous, on a fait un label et on produit des gens de notre entourage dont le discours était presque le même que nous. Le langage et l'approche sont différentes mais l'idée était de se dire : « on est Français et on peut faire du son différent ». En plus, on a un héritage de la musique en France qui est super avec de la musique psychédélique... enfin y'a de la musique super intéressante et originale surtout dans les années 70. Les Américains le reconnaissent plus que nous, c'est ça qui est triste.


ZYVA : Et les groupes français auxquels tu penses ça pourrait être Ange par exemple ?


Romain Turzi : Ouais mais Ange c'est à chier ! (Rires) Je suis désolé. Tous les week-ends en broc' (brocante) quand on voit du Ange, on hésite, enfin même pas on hésite, on ne les achète jamais. Paraît-il qu'il y en a un qui est bien, mais ils ont fait tellement de merdes...


ZYVA : Et donc tu pensais à quoi alors ?


Romain Turzi : Catherine Ribeiro et Alpes, Catharsis, Richard Pinhas, Brigitte Fontaine, Gong qui a quand même un leader anglais mais qui habitait en France à Orléans, et qui est considéré comme un groupe français. Ange, y'a un côté trop progressif chez eux, genre hop, on fait la démonstration de notre talent, de notre savoir-faire, et il manque un peu le principal : l'hypnose, la dérive... Après bien sûr, il y a aussi du rock français qui est à prendre en compte, mais c'est du côté de l'Allemagne que le rock est plus Krautrock comme le faisait certaines groupes dans les années 70...


ZYVA : Et vous vous êtes déjà exporté avec Turzi ?


Romain Turzi : Ouais ouais bien sûr, après on n'est pas les rois de l'export non plus. Cela dit très rapidement dans notre carrière, même si on n'en vit pas et que cela reste une passion, on a eu l'occasion de jouer aux États-Unis : au Texas, à New-York... un peu dans toute l'Europe : Copenhague, Rotterdam, Suisse, Angleterre, avec Simian Mobile Disco... parce que je fais aussi de la musique électronique avec juste des synthétiseurs. Comme ça, on peut jouer dans des clubs en live.


ZYVA : Et ça s'appelle comment ?


Romain Turzi : Turzi Electronique Experience ! On a joué à Moscou, Montréal... En revanche, cette année, c'est notre première réelle tournée française avec Turzi car on a déjà tourné en France mais jamais, pendant une semaine, enchaîné cinq dates d'affilé.


ZYVA : Et vous êtes où après ?


Romain Turzi : Demain, on est à Strasbourg, puis à Tour, puis on est à la Route du Rock à St-Malo, puis Bordeaux.


ZYVA : Et pas la capitale ?


Romain Turzi : Non, mais on a déjà joué il y a un mois, et puis de toute façon, on y habite donc on y joue déjà trois fois par semaine en répèt. Là, l'intérêt c'est d'aller... peut être pas à la rencontre d'un public parce qu'on n'est pas des stars, mais diffuser un peu le message. Puis nous on n'a rien contre, parce qu'on est souvent mieux accueilli en province qu'à Paris. C'est au moins la cinquième bière qu'il me file en une heure et demie !


ZYVA : Cool ! Sinon pour parler de l'album « A », tu as une de tes chansons qui s'appelle : « A notre père »...


Romain Turzi : Ouais, en fait, c'est « notre père » mais comme on devait rajouter un « A ». C'est une blague pour le coup ça rejoint un peu le truc d'improvisation qui nous a plu avec Brigitte Fontaine (qui a participé à l'album). C'est un morceau que j'ai fait rapidement, limite en testant des trucs, puis finalement c'est drôle, et je me suis dit : « tiens il faudrait une voix là-dessus », donc d'instinct, il m'est venu « notre père ». Après si tu connais la version originale, tu comprendras vite que je ne l'a connais pas et que je me plante totalement sur les paroles...


ZYVA : Et Brigitte Fontaine, ça c'est passé comment ? Tu es allé la voir ?


Romain Turzi : Non, non, nous en fait on voulait bosser avec son mari Areski (Belkacem). C'est l'homme qui l'a accompagnée tout au long de sa carrière. C'est l'homme de l'ombre de Brigitte Fontaine. Puis finalement, en envoyant notre morceau à Areski, Brigitte qui vit avec lui, l'a entendu, et a, direct, écrit des paroles. C'est Brigitte qui s'est proposée d'elle-même alors qu'à la base, c'était plutôt avec son mari qu'on voulait bosser.


ZYVA : Et Brigitte Fontaine, c'est vraiment un personnage, ou elle est toujours comme ça ?


Romain Turzi : Ouais, ouais, c'est vraiment un personnage ! Je l'ai rencontrée dans un bar pas très loin de chez elle dans l'île St Louis à Paris et elle m'a présenté ses textes. J'étais assez intimidé, c'était 11 heures, je commençais à la vouvoyer, elle me dit : « Ça va pas, t'es malade ! » On a bu du champagne et on a fumé des clopes comme des tarés. C'est quelqu'un de très accessible, en revanche, elle perd vite patience mais c'est normal, elle n'a pas envie de s'emmerder avec des choses qui ne l'intéressent pas. C'est là que mine de rien, on peut voir un certain point commun avec notre musique même si elle ne prend pas la forme de la musique de Brigitte Fontaine. L'idée c'est de foncer et plus fort on se prendra le mur, meilleur ce sera.


Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait représenter sa musique :

Bernard Lavilliers - La musique est un cri qui vient de l'intérieur

C'est un vecteur de voyage, il encense le voyage, il est français, on adore Bernard Lavilliers.


www.zyvamusic.com © 2008


top musique