DIALECT MUSIC

Interview de DIALECT MUSIC
Date : 26/01/2010
Lieu : Fief de ZYVA
Par : HMK, Jagunk

Ça se passe comme ça avec Gas, le rappeur de la formation lyonnaise Dialect Music, à peine arrivé chez nous, que la discussion commence. Pas le temps d'allumer notre enregistreur pour capter notre conversation que nous sommes déjà partis dans une conversation de passionnés de musique comme si des potes se retrouvaient après quelques temps d'absences. C'était en 2007, aux Abattoirs à Bourgoin, aujourd'hui 2010, et Dialect Music amorce une nouvelle progression : nouvel album, nouveaux concerts, mais toujours le même état d'esprit.

ZYVA : On commence à enregistrer peut être non ? Sinon faudra tout recommencer à zéro dans cinq minutes !


Gas : Ouais pas de souci ! Faisons une prise live ! (Rires)


ZYVA : Tu nous disais qu'il y a deux formations possibles avec Dialect c'est ça ? Une à 4 et une à 7 ?


Gas : Ouais en fait là, dans le cadre du développement du disque, on a décidé de faire deux formules. La première raison, c'est une raison musicale : avoir une musique plus simple, plus nerveuse, plus spontanée, et moins classique. Du coup, on a travaillé avec moins de musiciens, mais on a plus travaillé sur l'univers du groupe, sur le son, et tout ça. On a rajouté aussi des machines, mais toujours en live, avec le batteur qui a ajouté des pads électroniques à sa batterie acoustique. Donc oui ça donne un autre univers et pour la musique, ça devient intéressant. Et puis la deuxième raison, c'est au niveau économique bien sûr. Ça nous permet dans le cadre de la défense de l'album de faire un peu plus de dates, surtout qu'avec le disque, on n'est pas forcément payé pour ce que l'on voudrait aujourd'hui.


ZYVA : Et votre tourneur c'est qui ?


Gas : BL musique. Benjamin Levy. Vous avez dû les avoir non, enfin la partie com ?


ZYVA : Oui, oui !


Gas : Ok donc oui, c'est toujours eux. Ça c'est bien passé pour l'instant donc on n'a pas à se plaindre. Ce qui nous a manqué, c'est de développer l'album assez rapidement. On a fait beaucoup de scènes pendant des années, et au moment de faire l'album on s'est rendu compte que ce n'était pas forcément ce qu'on voulait faire sur disque. C'est à dire, que ça fonctionnait bien en live mais sur disque, quand on prenait du recul, on se disait que ce n'est pas forcément ce qu'on voulait faire : sur l'énergie, l'univers, de comment on voulait produire tout ça,...


ZYVA : Oui, puis y'a un moment ou vous avez eu peut être envie d'autre chose, de fraîcheur ?


Gas : Oui, c'est clair ! On ne voulait pas refaire ce qu'on faisait sur scène, sur disque. Ce qui est dur quand tu fais un disque, je pense, c'est de se positionner par rapport à un univers d'artistes qui existe déjà. Et souvent les gens te demandent : « Bah alors qu'elles sont tes influences ? À quoi ça ressemble ? À qui ça ressemble ? » On avait vachement de difficulté car on était un certain nombre, et on avait de nombreuses influences. Donc on a pas mal discuté. On a pas mal fait de tests pour savoir ce qui nous plaisait, et ce qu'on voulait faire sur le disque au final. Ça a pris du temps, mais c'est quelque chose qui nous plaît, c'est le principal ! Ça sortira normalement en avril, et ça s'appellera : « Parlez-vous Dialect ?»


ZYVA : Et vous aurez une couverture nationale ?


Gas : Ouais ! Après on n'aura sûrement pas la promo qui va avec, parce qu'on n'a pas les moyens, donc on va essayer de travailler beaucoup sur la vidéo pour nourrir un peu l'univers du groupe. C'est très important. En fait, je me suis rendu compte après des années de concerts, tremplins... d'écouter et de lire ce que les gens pensaient de ce qu'on faisait, que tout ce qu'on voulait dire avec le groupe Dialect ne passait pas forcément. En fait, l'énergie qu'on balançait sur scène cachait parfois le côté texte. Par exemple, une fois, un pote m'a dit : « c'est cool, on perçoit pas mal d'énergie mais si tu veux mettre des textes en avant, ce n'est pas forcément la manière d'y arriver parce qu'il y a beaucoup de musiciens, beaucoup de musique, et le texte du coup passe un peu derrière. Aujourd'hui, tout le travail qu'on est en train de faire, c'est pour que le texte reprenne sa place.


ZYVA : Ça ne doit pas être évident !


Gas : Oui, mais c'est super important, car à l'époque, on nous disait déjà : « vous savez, on a déjà des groupes de hiphop acoustique, notamment un très connu en France qui s'appelle Hocus Pocus » ! Et eux, voilà, c'était limite les pros, car ils fonctionnent avec des recettes... Ça m'a un peu choqué parce que je n'ai jamais voulu prendre la place de qui que ce soit, mais je voulais qu'ils comprennent que j'avais quelque chose à proposer aussi, notamment au niveau des textes, de l'univers et sur la personnalité. Dialect n'est pas seulement un concept : rappeur – musicien, au delà de ça, il y a des gens. Les musiciens, c'est des gens, le rappeur, c'est quelqu'un qui dit des choses, qui a une certaine manière d'écrire ou de voir le monde... et c'est ça qui est intéressant, parce que si c'est pour programmer un seul rappeur par an, ils prennent le plus connu et voilà, c'est réglé. C'est pour ça qu'aujourd'hui, on va utiliser la vidéo, pour essayer de faire passer un message, même si on a très peu de moyens. Là, on attend le montage vidéo du morceau qui s'appelle l'artificier, avec toujours un univers assez décalé comme la vidéo qu'on avait faite entièrement avec de la pâte à modeler. J'aimerais bien aussi intégrer de la peinture car j'adore ça, et ça n'a pas été beaucoup fait. Je connais pas mal de peintres, et j'ai baigné dans le graff quand j'étais gamin donc l'art graphique est quelque chose qui me plaît bien. Petit à petit, on se rend compte que quand les gens ont une image différente, ils ne vont pas écouter ta musique de la même manière. Du coup, quand ils voient un grand noir qui fait du rap, ils ont tendance à penser : je sais ce qu'il va dire. Ce qui est important avec Dialect Music, c'est l'idée de prise de recul, de ne pas être là forcément où on nous attend, l'idée de faire quelque chose d'inattendu dans le sens où tu peux avoir un mec de la rue qui va rencontrer des musiciens qui sortent d'école de musique, et tout ça va donner des gens qui vivent et qui expriment quelque chose. Ça c'est vachement important par rapport à mon parcours parce qu'en ayant grandi en France, et en étant noir, mon seul moyen de survivre c'était de s'intéresser aux gens, et d'essayer de voir qu'est-ce qu'on pouvait faire pour vivre ensemble. Si je n'avais pas fait ça, je me serais retrouvé dans un truc communautaire et j'aurais traîné qu'avec des gens qui me ressemblaient. Alors même si c'est très agréable et j'aime beaucoup traîner avec des gens qui me ressemblent, ce qui me semblait intéressant pour survivre en tant que minorité c'était aussi d'apprendre à connaître les autres et de leur montrer qu'on n'est pas forcément ce qu'ils attendent de nous, et ça a été la même chose à travers mes études. Ça a été super important pour moi de les continuer malgré la musique, car ça montre qu'un gars de quartier, ça peut aussi faire pas mal de choses. Avec Dialect, c'est pareil, on essaye de ne pas être des caricatures de nous-mêmes, car y'en a déjà beaucoup trop dans la musique. Ce qui m'intéresse moi, c'est de casser toutes ces choses là...


ZYVA : Surtout en plein débat d'identité nationale dans notre pays ! (Rires)


Gas : Ouais ! (Rires) Après c'est vrai qu'il y a des gens qui ne préfèrent pas entendre ça, car ça les conforte dans leurs repères, et puis y'en a d'autres, ça ne les intéressent pas du tout, point, car les autres ne les intéressent pas tout simplement. Donc peut être que la niche est petite, mais peu importe. Quand je suis entré dans la musique, c'est ça qui m'intéressait : un espace un peu libre où on pouvait être soi-même et où on pouvait développer des choses un peu alternatives... même si les années m'ont fait un peu déchanté, aujourd'hui j'ai le luxe de pouvoir continuer à faire de la musique et de manger grâce à autre chose. Après ça va peut être pas continuer pendant encore dix ans comme ça avec ce rythme de fou...

(Petit silence)

Et sinon vous avez des questions ? Parce que sinon je peux faire un monologue encore longtemps comme ça ! (Rires)


ZYVA : (Rires) Parle-nous de la soirée Open, tiens !


Gas : Oui alors la soirée ! C'est un truc qui est aussi hyper important pour moi car on a commencé à la faire avec Jazz Radio, au Studio Club y'a deux ans, et ce qu'on veut faire c'est un peu dans l'esprit des soirées Block Party, où on peut avoir une émulation à la fois sur scène et dans le public, du coup on essaye de dynamiser un peu notre style musical. Il n'y a pas forcément de soirée, où on peut écouter de la funk, de la soul, du hiphop mais un peu différent donc voilà... Notre soirée, nous, est vraiment basée sur le Live. On a un groupe qui va jouer tout au long de la soirée, et des artistes qui vont monter sur scène avec nous petit à petit. On va aussi présenter des morceaux du prochain album, et chacun des artistes qui se produira avec nous, pourra lui aussi faire un de ses morceaux. Il n'y aura pas de changement de plateau, mais de la musique en permanence avec en fin de soirée des djs qui clôtureront tout ça. C'est pour ça aussi qu'on a pris le Transclub (club du Transbordeur), pour avoir une proximité avec les gens. L'idée, c'est aussi de mettre des artistes lyonnais, qui pour certains font des premières parties d'autres artistes, dans un autre contexte. Dire qu'à Lyon, il y a une grosse énergie, et qu'il y a pleins de choses intéressantes. Ensuite si la soirée marche bien, l'idée c'est aussi de pouvoir faire en sorte qu'un autre groupe que nous puisse profiter de ça, et d'inviter lui aussi des artistes et créer d'autres émulations.


ZYVA : Après peut-être qu'à Lyon, c'est particulier...


Gas : Oui, c'est sûr à Lyon, on n'a pas l'habitude de défendre ces artistes. Nous, on le voit puisque depuis quelques années avec ce type de soirée, les gens ne comprennent pas forcément ce qui se passe... même les artistes ! Quand j'en ai appelé certains, ils ne comprenaient pas vraiment pourquoi on avait besoin d'eux pour faire le Transbordeur ? Pourquoi on doit jouer vos morceaux ? C'est quoi ce délire ? (Rires) Non, on n'a pas plus besoin de vous, que vous, vous avez besoin de nous, c'est juste une façon de s'entraider, et de se tirer vers le haut. Le problème c'est que quand t'es dans une ville où il n'y a pas grand chose, des gens ont tendance à garder leur rien chacun de son côté. Mais t'as rien !! Ne garde pas, ça ne sert à rien !! (Rires) Partageons ensemble nos riens et peut être que l'on fera un truc !


ZYVA : C'est marrant parce qu'il y a trois ans, quand on s'était vu aux Abattoirs à Bourgoin, on parlait déjà du constat de la faillite des maisons de disques qui remettait en cause l'approche même de la musique. Tu nous disais que c'était un mal pour un bien, car les groupes allaient sûrement se fédérer entre eux, afin de créer quelque chose en marge de tout ça... donc on y arrive !


Gas : Oui, enfin on y arrive...on n'y est pas encore. Ça dépendra de la réponse des gens, mais j'espère qu'on va y arriver. C'est vrai que j'ai un côté un peu utopiste, un peu rêveur... c'est un peu le monde des Bisounours ! Mais bon, c'est quand même de là que tout vient, c'est à dire, que les groupes quand ils se mélangent, se rencontrent, il y a quelque chose qui se créée.et ça les Américains l'ont très bien compris, même ceux qui vendent des millions de disques. Ça dynamise le truc ! Quand tu vois des gars comme Snoop (Dogg) qui a vendu des millions de disques et qui collaborent avec des gars qui viennent juste de commencer à faire de la zik, c'est cool ! Y'en a un qui est mis en avant rapidement, l'autre qui retrouve une certaine fraîcheur. Nous pour la soirée, on a essayé d'inviter des artistes jeunes, y'en a un qui a 17 ans, et moins jeunes, plus expérimenté. Alors c'est peut être utopique, ça ne va peut être pas marché mais au moins on aura essayé. J'en parlais à quelqu'un récemment qui me disait : « Nul n'est prophète dans son pays ! », ouais ok mais bon quel groupe, tu connais, qui remplit des salles à l'autre bout de la France et qui ne remplit pas ici ?


ZYVA : Mais vous, vous avez quand même pas mal bougé non ?


Gas : Bah pas tant que ça en France, on a fait quelques villes. Dernièrement on a fait Rennes, Orléans, et puis avant avait fait Dijon, Paris... Puis après voilà la région lyonnaise et sa périphérie, mais pas tant que ça. Là avec le nouvel album, on va essayer de vraiment faire une bonne tournée, car notre seul moyen de défendre l'album ça sera le live ! Après le problème en ce moment, c'est que les programmateurs sont en recherche de tendance. L'autre jour, un gars me dit : « c'est du slam ou du rap que tu fais ? » (Rires) « Bah c'est du rap mais tu peux appeler ça du slam si tu veux ! » « Non, mais c'est parce que je dois organiser une scène slam cette année donc... »

On n'écoute plus forcément ce que tu fais. Les gars, on dirait qu'ils essayent de chercher des recettes.


ZYVA : Et sinon, toi tu nous dis que tu vis d'autres choses que la musique grâce à tes études, et pour les autres membres du groupe, ça se passe comment ?


Gas : C'est le système D ; y'en a qui donnent des cours de musique, y'en a qui travaillent six mois, puis se mettent au chômage... c'est toujours un peu précaire. Chacun essaye de trouver ce qui lui correspond le mieux, car j'en connais qui ne peuvent pas bosser en même temps qu'ils font de la musique. Personnellement, quand j'ai la possibilité de faire les deux, j'en profite mais voilà, c'est comme je disais tout à l'heure, je ne sais pas combien temps ça va durer... On verra, c'est la passion ! (Rires) Après à chaque fois qu'on fait une scène, on reçoit quelque chose qui nous permet de continuer, c'est positif. C'est aussi pour ça que c'est bien de voyager. À Rennes, par exemple, j'ai trouvé ça hallucinant. L'énergie que les gens nous ont envoyée était extraordinaire ! C'est comme lors de la dernière fête de la musique, où les gens ont envahi la scène lors du dernier morceau et se sont mis à danser, je m'en souviendrai toute ma vie. C'est des petits trucs, mais quand tu vois les gens kiffer sur un morceau alors que tu viens de passer des heures dessus, c'est cool. Au moins y'aura quelqu'un qui aura kiffé !! (Rires) En plus de moi !! Parce que kiffer tout seul dans sa chambre, c'est bien, c'est un bon départ mais tu as besoin de te prouver qu'il y a des gens qui aiment ce que tu fais.


Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait représenter ta musique :


Outkast - SpottieOttieDopaliscious

 

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