COMPLOT

Interview de COMPLOT
Date : 04/12/2009
Lieu : Transmusicales de Rennes
Par : HMK, Jagunk

Formé depuis 1981, la formation rennais Complot n'a cessé d'évoluer et d'expérimenter en terme artistique mais toujours en relation avec leur musique. Aujourd'hui, nous les croisons (enfin seulement Maurice, musicien du groupe depuis le début) aux Transmusicales de Rennes, où ils expérimentent encore avec une formation à tendance rock new-wave, aidés par une installation sonore en 5.1.


On lui explique notre principe de discussion : « on retranscrit mot à mot, et on finit toujours la discussion par la même question ! »


Maurice : D'accord. C'est une question surprise ?


ZYVA : Voilà c'est un peu ça ! C'est sympa de nous accorder un peu de ton temps, merci ! Tu peux déjà nous situer qui tu es dans la formation ?


Maurice : Bien, moi je suis Maurice, musicien de Complot depuis le début, c'est-à-dire qu'on existe depuis trente ans à peu près, enfin depuis 81 exactement, ça fait pas tout à fait trente ans et... au début je ne faisais absolument pas de musique dans le groupe. Je ne m'occupais que du côté graphique du groupe. C'est-à-dire que dès la conception du groupe on avait une vision de faire non seulement un groupe de musique mais aussi de vouloir exprimer par la peinture ou par le théâtre... de relier tous les arts, de mélanger un peu tout ce qui existait, c'était le but du groupe. Donc là maintenant je suis devenu musicien. Je ne savais pas jouer et, petit à petit je suis devenu musicien. On s'est retrouvé à un moment à deux à Paris et j'ai acheté un sampler. Du coup, on a fait un disque avec uniquement des samples et c'est là que je suis devenu musicien ! (Rires)


ZYVA : Et qui reste-t-il depuis le début ?


Maurice : Bin y a Yves-André à la batterie, François le chanteur guitariste, qui au début n’était que guitariste. On a eu plusieurs chanteurs, un qui n'est pas resté longtemps, juste pour un maxi et puis un deuxième ou là Complot s'est fait connaître parce qu'on avait fait un disque concept sur le poète russe Maïakovski. En fin de compte c'était un peu l'âme de Maïakovski, il traduisait ça. On l'avait fait par rapport à quelqu'un qui se posait beaucoup de doute sur le régime soviétique et qui en même temps était complètement dedans, qui était un écorché vif. Donc voilà l'image de ce personnage là nous plaisait vraiment.


ZYVA : Ok !


Maurice : Après il y a eu une période où on a fait un autre disque justement avec les samples, qu'on a appelé Iconoclaste, ce qui veut dire : détruire les images sacrées. C'est-à-dire qu'on piquait des bouts dans tous les disques de rock qui existaient et on a fait un disque avec tout ça. C'était un peu détruire les images sacrées du rock.


ZYVA : Ouais désacraliser tout ça !


Maurice : Voilà ! Et le seul morceau où il n’y a pas de sample en fin de compte c'est une reprise qu'on a complètement détourné de son sens, c'est No phone, on l'a fait au piano classique. Ça a donné une autre vision, le morceau tient très très bien, en fin de compte c'est un peu No phone de l'Est comme ça avec une tristesse complètement vide. Et on a beaucoup travaillé avec des troupes de théâtre, on a fait plusieurs spectacles avec du théâtre. Le premier c'était à Rennes, Icare ça s'appelait. C'était dans un entrepôt. Il y avait Maïakovski. Ça, c'était un spectacle du groupe, les autres c'était avec un metteur en scène. On a fait aussi un spectacle qui s'appelait Radix qu'on a joué avec des musiciens Russes. À l'époque ça s'appelait Leningrad, et pendant un mois et demi on a joué là-bas. Il y avait un mélange d'acteurs, il y avait un marathonien, sur scène etc.. Il y avait des images d'actualité...


ZYVA : Ça a été filmé ? Vous avez gardé une trace de tout ça ?


Maurice : Je ne sais pas, sur Icare si ça a été filmé. Je crois qu'il ne reste pas de trace de Radix par contre, cette pièce de théâtre là, y a pas de trace. Et le dernier disque en fin de compte ça vient d'une pièce de théâtre qui a été faite avec Jean Bosset, metteur en scène à Rennes, qui s'appelait Iceman. Le dernier disque c'est un petit peu ce qui a permis de faire exister le Complot parce que pendant un moment, on ne s'est pas dissout mais on était un petit peu en sommeil. Il y a d'ailleurs quelques morceaux du spectacle et d'autres morceaux.


ZYVA : Et alors justement ce spectacle vous l'avez présenté deux fois : cette année, aux Trans...?


Maurice : Le spectacle, non c'était pas aux Trans c'était il y a deux ans, c'était vraiment une pièce de théâtre où le groupe intervenait par moments...


ZYVA : Non je pensais à cette année !


Maurice : Ah cette année, les Trans, oui deux fois mais là c'est vraiment un concert de rock. C'est vraiment la période où on a été le plus dépouillé possible. C'est vraiment que la musique et la présence sur scène.


ZYVA :Vous avez fait le Chant Libre (une des salles de Transmusicales) ?


Maurice : Non c'est pas le Chant libre c'était l'Ubu et ... le Champ Libre. Oui. Je confonds avec L'Air Libre (rires) À l'Ubu c'est la sono traditionnelle, enfin, de face. Et au Chant Libre c'est une expérience qu'on a fait. C'était un désir de Fabrice Tison qui est un peu notre ingénieur du son pour la scène, c'est vraiment lui qui s'est déchaîné pour faire un 5.1 c'est à dire la diffusion euh... multi-diffusion dans la salle.


ZYVA : Wow ! Ok !


Maurice : Voilà. Pour avoir une immersion totale. C'est vraiment un travail complet avec Fabrice et ça devient même quasiment un membre du groupe ! Il s'est un investi émotionnellement...


ZYVA : Oui ! Tu m'étonnes ! Il spatialise le son davantage...


Maurice : C'est vraiment spatialisé mais en même temps pour que les gens soient à l'intérieur de la musique en elle même. Et bon y a des petits mouvements, c'est pas histoire de faire quelque chose comme il y cinéma : une voiture qui passe, ça traverse la salle... C'est pas ça ! C'est d'avoir une ampleur beaucoup importante et que les gens ressentent plus émotionnellement la musique.


ZYVA : Concrètement ça se matérialise techniquement ? Ils ont des capteurs ou quelque chose ?


Maurice : Euh... non pour nous sur scène ça ne change pas. C'est seulement le système de diffusion qui est aux quatre coins de la salle. Et avec des basses etc. Lui il a travaillé pendant plus de 10 jours avec des bandes qu'on avait enregistrées pour caler, pour trouver, pour tester des choses...


ZYVA : Oui, puis ça doit être différent aussi quand t'as du monde dans la pièce s'il y a du public qui est aussi présent non ?


Maurice : Oui, oui. Et donc là c'était un peu une espèce de performance, parce qu'en fin de compte c'est vraiment la première fois qu'on fait ça.


ZYVA : Et vous allez le refaire ?


Maurice : Bin on aimerait bien en refaire. On aimerait bien ! Et les Trans c'est pour ça aussi, c'est pour rencontrer des gens. Là on verra comment ça se passe. Tourner avec ça et aller un petit peu à l'encontre de ce qui se passe en ce moment avec le mp3. Parce que le mp3 c'est un peu la dégradation totale du son. Jusque là, pour toutes les générations, le son y gagnait en qualité et là y a vraiment la dégradation ! Et je pense qu'il faut redonner la vraie valeur au son, non pas techniquement, mais pour retrouver une certaine émotion, une vibration qu'on perd avec cette dégradation là. Je pense que... tout ce qui existe en ce moment c'est dématérialiser la musique et je pense que les gens ils en arrivent à une conso... une ULTRA-consommation de la musique sans savoir même ce qu'ils écoutent. Je pense que la scène est, pour ça et ça serait bien quand on fait de la scène d'aller sur autre chose... Et le 5.1 c'est un peu comme si on passait du mono à la stéréo...


Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait représenter votre musique :


Velvet Underground - Venus in furs

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