NARROW TERENCE
Voir Narrow Terence en concert est un vrai plaisir, et je ne m'en lasse pas une minute, chaque instant est pratiquement unique, non seulement les musiciens se promènent d'instruments en instruments mais chaque chanson nous projette dans une histoire où chacun peut y créer un univers personnel extraordinaire. C'est la troisième fois que le groupe se produit à Lyon, après la péniche du Sirius et au Transbordeur en première partie d'Ezekiel l'an passé. Malheureusement le public ne sera pas aussi présent que pour les précédentes dates. Peu importe, ceux qui étaient présents en ont eu pour leurs tripes ! Leur folk rock teinté de sonorités diverses et variés, où les ombres de Tom Waits et Mike Patton s'étirent sur un son de distorsion, me hante encore ! Rencontre avec Antoine pour une belle discussion.
ZYVA : Pourquoi Narrow Terence ?
Antoine : A l'époque où je l'ai trouvé, ça fait un moment maintenant, c'était un nom que je trouvais intéressant quand tu le voyais écris, après c'est plus dur à lire certainement, plus dur à comprendre, mais je trouvais ça intéressant quand c'était écrit je me trouvais un peu dans une phase où j'étais entre la fin d'un groupe de Hardcore, la fin d'un groupe de Post rock et j'avais vraiment envie de faire quelque chose qui m'appartenait plus, un vrai groupe avec des compositions qui étaient plus les miennes et celles de mon frère. Donc je l'ai trouvé un peu comme ça, d'un éclair, j'ai trouvé intéressant qu'il y ait un nom d'un personnage, un prénom qui soit ni le mien ni celui d'un autre membre du groupe. Narrow c'est un mot qui revenait assez souvent dans les morceaux, par exemple y a un morceau de Chokebore qui s'appelle Narrow, un morceau qui commence avec une grosse basse saturée, on aimait beaucoup à l'époque... Donc c'est venu comme ça quoi.
ZYVA : Terence c'est un prénom, du coup c'est un personnage qui...
Antoine : C'est un prénom, pour moi je pense ... américain, ça se trouve ce n'est pas du tout le cas mais en tout cas c'est évidemment Terence Hill, donc les westerns spaghettis (rires) finalement la boucle est bouclée ; dans un sens, on est fan de ce genre de... pas de ce genre de cinéma mais en tout cas on est fan de musique...
ZYVA : D'Ennio Morricone ?
Antoine : Ennio Morricone, donc forcement y a ce petit côté qui revient.
ZYVA : C'est aussi raconter une histoire d'un personnage à travers une poignée de chansons ?
Antoine : Il n'y a aucune chanson qui parle d'un mec qui s'appellerait Narrow Terrence, mais on pourrait penser que Terence parle à travers quelques chansons mais je pense que ça ne va pas plus loin que le fait que je trouvais que le nom sonnait bien. C'est que c'est pas trop poétique malheureusement, c'est la vérité. Mais c'est vrai que mon frère aime bien l'idée que ce soit un personnage du petit village américain, peut-être un peu attardé...
ZYVA : Genre « Narrow », il est un peu fermé ?
Antoine : Ouais, Narrow minded, ça veut dire un peu étroit d'esprit, donc quelqu'un qui n'est pas très intelligent, genre dans des vieux villages américains où il y a beaucoup d'enfants d'une même famille...
ZYVA : Il a peut être l'esprit étroit, mais votre musique n'est pas si étroite que ça ?
Antoine : c'est ça qu'est bien, si on devait s'appeler exactement comme on ferait... y'aurait plus de... moi j'aime bien... la musique n'a pas de frontière, on écoute tous des trucs différents, on est tous très intéressés par beaucoup de choses, même chez moi je me rends compte que j'écoute de tout, ça peut aller du Jazz à la musique Congolaise au Hardcore de Washington, ça va un peu dans tous les sens donc ça pour le coup y'a pas de frontière là-dessus, c'est tout le contraire de Narrow effectivement.
ZYVA : Vous avez pas mal tourné avec Ezekiel, ça vous a ouvert sur d'autres choses, comprendre d'autres choses ?
Antoine : Pour moi, tourner avec Ezekiel, d'un point de vue strictement personnel, c'est la meilleure chose qui me soit arrivé. Musicalement, certainement mais c'est surtout le fait d'appartenir à une scène, d'être avec des gens avec qui tu te sens bien, avec qui tu te sens en connivence musicalement et dans l'esprit et puis d'avoir un public qui n'est pas forcément le tien mais qui comprend ce que tu fais même si notre musique est totalement différente, mais il y avait vraiment une connivence, c'était le truc vraiment très intéressant je pense.
ZYVA : Tu peux raconter comment s'est fait la rencontre ?
Antoine : En fait à l'époque on jouait avec Bunny qui faisait partie de DAAU, qui avait fait une tournée avec Ezekiel, on faisait deux concerts dans le loft des Rockomotives d'il y a deux ou trois ans. Stef et Mathieu d'Ezekiel qui sont venus aux concerts qui étaient acoustiques pour en fait chopper Bunny pour qu'il enregistre une partie des violons et finalement ils sont restés pour le concert qu'ils ont apprécié. Puis le lendemain on jouait à Blois, pas très loin de Vendôme et ils sont revenus et cette fois ci en force avec les autres gars. Le concert était différent parce que sur le coup il était beaucoup plus électrique et euh ... deux semaine après, on a eu Jo, des gars, qui nous a appelés et qui nous a dis : « ouais les gars, vous voulez pas faire une voix, sur un de nos morceaux sur le dernier album ? » Donc nous on était ravi, donc on a enregistré ça assez rapidement, ça a très bien marché, puis voilà, le contact était fait, puis après ils avaient envie qu'on tourne ensemble. On était ravi de pouvoir faire ça avec eux.
ZYVA : Tu crois que tu avais chopé un peu de leur public ? Ou vous avez séduit quelqu'un ? Parce que quand vous aviez joué au Transbordeur avec eux, vous aviez fait la première partie, et, je me souviens, le public avait été très réceptif ! Vous aviez fait un beau rappel !
Antoine : Ouais, sûrement. Je ne me souviens plus trop exactement des publics, j'ai du mal à me souvenir de certain public... Ce qui s'est passé c'est qu'on avait vraiment l'impression de ne pas être hors sujet, on aurait pu être hors sujet avec eux par rapport à ce qu'ils faisaient ! Mais c'était pas du tout le cas. Les gens étaient attentifs et je pense que c'est la faculté des gens en général, les gens sont attentifs quand ils viennent en concert, ils ont pas envie de parler autour d’une bière avec du son autour. Ils ont envie d'écouter ce qui se passe, y'en a certains qui le font. Donc si ça leur a plu c'est une bonne chose... mais je te dis, on avait l'impression d'être une équipe, on était une équipe !
ZYVA : Vous avez même partagé des chansons ensemble ?
Antoine : partagé des chansons oui, ils jouaient sur les nôtres, on jouait sur les leurs, c'était presque comme un seul et même gros show, avec nous en première partie, eux qui venaient sur trois morceaux puis ils jouaient tous seuls, on venait sur trois morceaux puis on se retrouvait tous ensemble pour le salut final. Et c'est en ayant l'impression de faire un truc tous ensemble, c'était vraiment intéressant. En plus c'était sur une tournée donc c'est pas qu'une fois, on l'a fait plusieurs fois et ça c'était bien !
ZYVA : Tu penses que vous auriez pu le faire avec d'autres groupes ?
Antoine : Bien sûr, c'est un but de le faire avec le plus de groupes possible, on est très fan de résidences et de collaborations avec d'autre groupes, on adore ça. Après, il faut aussi qu'on se montre un peu plus sur ce qu'on fait parce qu'on a encore beaucoup d'autres choses à montrer qu'on ne fait pas encore, j'ai vraiment envie qu'on aille au bout de notre truc.
ZYVA : Tu penses que ça peut aider à casser l'image du groupe tout formaté ? Et du coup proposer l'idée d'un groupe qui n'est pas représenté par un nombre de gens et par leurs fonctions ?
Antoine : Un collectif ? J'ai envie de penser à ça. Si tu as envie d'être curieux... c'est juste une question de curiosité, si j'en viens à faire de la batterie sur certains morceaux c'est parce que j'étais curieux sur la batterie, ça m'a plu. Et puis je me suis dit« c'est bien ! Pourquoi je ne continuerais pas à en faire ? » Et c'est pour ça qu'on aime bien changer, c'est une philosophie qui peut évidemment aller plus loin, ... à chaque fois qu'on rencontre des groupes, on se dit « ah ça serait bien qu'on fasse un autre projet ensemble ». Alors après il y a toujours une entité de groupe, y'a Narrow Terence, y'a Ezekiel, y'a Fumuj, y' a tous ces groupes là, qui ont leur identité mais qui ont tous envie de se mélanger pour pouvoir faire quelque chose d'autre, pour pouvoir aller vers d'autres horizons et ça c'est intéressant. Je trouve que c'est bien d'être curieux, d'avoir toujours envie... mon mentor pour moi, c'est Mike Patton, c'est le mec qui a fait tellement de trucs différents, qui n'a jamais rechigné a faire d'autre trucs, d'autre projets et je trouve que c'est une carrière fantastique.
ZYVA : Sur votre album « low voice Conversation », il y une chanson avec un extrait d'un texte d'Edgar A. Poe, est-ce que vos différentes chansons auraient pu être une nouvelle de Poe ?
Antoine : J'aimerais bien, j'aurais bien aimé ! J'avais envie de mettre du Poe sur ce morceau là parce que déjà, j'adore l'auteur, j'aime beaucoup ce qu'il écrit et puis il y a une petite connivence avec un des groupes de Patton, Mr Bungle, qui eux avaient fait un extrait de Bérénice de Poe sur un de leurs morceau aussi, c'était carrément dans un morceau, un petit passage et nous c'est complètement différent, on a carrément dédicacé un morceau et quasiment fait la bande originale d'un auteur dans un sens. Mais après je pense qu'on aurait pu mieux le faire, je sais pas, tous les morceaux instrumentaux effectivement, j'ai envie de dire, c'est des B.O. pas que de film, pourquoi pas de bouquin ou de série télévisée... On aime bien cette idée là.
ZYVA : En lisant vos textes, certains me font penser à une histoire d'amour entre un homme et un vampire comme Ligeia ou Morrela de Poe...
Antoine : C'est bien que tu aies cette vision là parce que je trouve que c'est une vision intéressante même si c'est pas la vision première qu'on avait mais je trouve que c'est cool... Les textes de mon frère sont vraiment pour le coup comme des petites histoires, il y a un début, un milieu, un drame et une fin et quelque fois une leçon qu'il essaie de donner ou au moins sa leçon. Les miens sont plus flous, y'a des trucs qui se rapportent à ma vie privée ou des trucs où c'est pas ma vie privée parce que c'est pas vrai, mais il y a ce côté où tu peux te dire « qui es-ce qui parle ? » c'est un homme, une femme, un vampire pourquoi pas. Et ça je trouve ça vraiment intéressant que tu aies eu cette vision là par rapport aux textes, parce que c'est exactement l'idée... Je ne suis pas là pour raconter ma vie je suis là pour essayer de faire des trucs qui sonnent bien avec la musique, qui a plus de poésie que la vie privée.
ZYVA : Vous êtes en train de finir un nouvel album ?
Antoine : Narco Coridos, on l'a fini en fait et on le sortira dans quelques mois là, c'est un disque dont on est assez fiers, qui pour moi je pense, est plus homogène que le premier où il y a pas mal d'ambiances différentes, de styles différents aussi et puis on assume un peu plus notre volonté dans la musique, donc ça devient intéressant quand t'arrive à progresser là-dessus.
ZYVA : Vous allez le distribuer et le rendre plus accessible ?
Antoine : non non, il ne sera pas inaccessible (rires). Il sera disponible dans tous les magasins, le premier était assez confidentiel, on a profité de la fnac (ndlr : indétendance) pour le mettre en rayon mais le problème c'est que la fnac ne sait ne sait plus vendre de disques donc à part pouvoir dire j'étais à la fnac dans les rayons, ça n'a aucun intérêt sachant qu'on en vendait deux fois plus en concerts qu'à la fnac.
ZYVA : Ca ne te donne pas des idées pour le sortir d'une façon différente ?
Antoine : Je pense qu'on va le sortir d'une façon classique dans un premier temps mais c'est vrai que l'idée d'utiliser internet... après, c'est vrai on a envie que les gens qui viennent aux concerts puissent repartir avec un disque, y'aura un artwork, les paroles à l'intérieur. J'aime beaucoup le disque, j'en achète toujours, je fais partie de ces gens là qui n'ont jamais cessé d'acheter des disques. Et pour moi c'est tellement bon de savoir qui a enregistré, quand ça été fait, qui les gens remercient, à qui ils sont associés, quel est le gars qui vient faire tel truc sur tel morceau et surtout le truc le plus important je pense c'est d'avoir un disque en entier, avec un son et pas un truc compressé où tu ne sais même pas le titre de la chanson et tu ne sais même pas de quel album il vient, de quelle période... je sais pas, j'ai l'impression que les musiciens se font suffisamment chier entre guillemets dans la vie, pour créer quelque chose... j'arrive pas à comprendre qu'on puisse résumer ça en un titre, un mp3... où il y a toujours une faute d'orthographe sur la chanson... Il y a un manque de respect je pense là-dessus, je comprends bien que c'est dur de défendre le CD, mais moi je continue à le défendre.
Le titre d'une chanson d'un artiste qui pourrait te représenter toi ou ta musique :
Tom Waits - Hoist That Rag
Je crois que c'est le morceau le plus crade de Tom Waits, ça sature dans tous les sens. Et c'est un morceau qu'on a joué en live. C'est un morceau qui représente pas mal, avec la voix rauque et y'a vraiment un vrai côté Rock dans ce morceau, y'a presque un côté Metal dans la façon dont il crie.


