PORN

Interview de PORN
Date : 24/10/2009
Lieu : La Marquise
Par : Jagunk

Y'avait un petit moment que l'on avait pas entendu parler du groupe lyonnais Porn. La dernière fois, c'était en première partie des allemands d'Oomph! au Ninkasi en octobre 2006 ! Ca date ! Alors que s'est-il passé entre temps ?  Elements de réponses avec Philippe, le leader de cette formation française atypique.

ZYVA : Bon alors comment ça se fait que vous vous retrouvez ce soir à la Marquise ? Ça fait longtemps qu'on ne vous a pas vu ?


Philippe : Le dernier concert de Porn, ça remonte à une ouverture d'Oomph! (groupe de métal indus allemand) au Kao...c'était fin 2005, début 2006, et depuis silence radio.


ZYVA : C'était une belle date, j'imagine ?


Philippe : Ouais c'était super, le Kao était complet, et les Oomph! sont cools !


ZYVA : Ah oui, tu as pu les rencontrer et discuter un peu avec eux ?


Philippe : Oui oui, puis ils sont super avenants. Les allemands en général sont super avenants. Nous, on a une expérience de la scène allemande, et les Allemands en général, ils sont très très avenants. Y'a pas cette forme d'aristocratie ou de féodalité que tu retrouves chez les Français. Là-bas, ils sont tous super cools. Même j'imagine que des gens comme Rammstein sont hyper accessibles quand tu te retrouves en backstage. En France, c'est différent.


ZYVA : Et ça ne vous a pas plus ouvert des portes que ça ?


Philippe : Non, et puis, ce n’était pas forcément le but. En fait derrière, ce qui s'est passé, c'était un choix de notre part. On était en train de préparer le deuxième album. Moi, personnellement, je n'étais pas trop content de la tournure que prenaient les évènements...


ZYVA : Dans quel sens ? Musicalement parlant ?


Philippe : Oui. Je n'étais pas satisfait du travail qu'on était en train de faire. On avait commencé à enregistrer l'album, et du coup j'ai tout stoppé. Pour moi, en plus, c'était une période qui était assez difficile, donc j'ai stoppé le truc pendant 1 à 2 ans et ensuite je suis revenu en m'exprimant sur d'autres formes : musicales et extra-musicales. Voilà, c'était surtout moi qui ait décidé de mettre le ola sachant qu'à l'époque, on venait juste de trouver un deal avec un label allemand, filiale de Sony, on avait d'autres dates de prévu après Oomph!, que j'ai annulées... bref c'était vraiment un raz le bol ! Les 4, 5 premières années avaient été très tendues à plein de niveau donc du coup, j'avais vraiment besoin de stopper.


ZYVA : Concrètement qu'est ce qui t'a déplu dans ce que vous étiez en train de faire ?


Philippe : En fait, moi, j'avais fait des sortes de concessions avec certains membres du groupe, car Porn ça n'a jamais été véritablement un groupe, je leur ai laissé faire des choix, qui m'ont au final déplu, donc j'ai décidé d'arrêter. En plus, pour expliquer un petit peu, là on sort une réédition du premier album, qui est une sorte de compilation en fait, et on met aussi des morceaux du E.P. Ça fait un peu plus de dix ans que Porn existe. On a commencé en 99, 2000, c'était vraiment la gestation du groupe. Et c'est cinq ans, ça a été vraiment ça. Ça a été cinq ans, où il y a eu des paillettes, et où il y a eu aussi des trucs pas super cools. On a peut être été un peu loin dans les excès que ce soit en concert ou hors concert. J'ai eu des problèmes avec la justice, j'ai eu des problèmes dans ma vie personnelle, ce qui fait que la toute fin, ça vraiment été chaotique, et je me suis mis au vert pendant un moment. On avait vraiment soif d'absolu, on voulait vraiment aller au bout du truc, et je crois que la corde a commencé à craquer... même au niveau de ma santé, ça été chaud. Y'a un moment où je me suis retrouvé à l'hôpital en réanimation pendant 5 jours... ça été vraiment un vrai condensé ! Ensuite je me suis bien reposé, et voilà on revient petit à petit...


ZYVA : J'imagine que ça t'a fait du bien ?


Philippe : Ouais c'est clair. On revient petit à petit aujourd'hui, sans faire trop de tapage non plus on sort la réédition, et je suis en train de travailler sur le prochain album, voilà !


ZYVA : Et vous repartez sur quoi musicalement parlant avec ce deuxième album ?


Philippe : Dans le premier album, à l'époque, moi, j'étais très influencé par le Vrai glam rock, enfin, ce qui est à mon sens le Vrai Glam Rock, c'est à dire, Marc Bolan, T-Rex, et David Bowie. Je n’étais pas du tout dans le trip Mötley Crüe, et tous ces trucs là ! Maintenant les gens quand ils revendiquent le glam, ils revendiquent Mötley Crüe, Twisted Sisters, alors que je trouve que c'est sûrement un des trucs les plus pourris de la musique. Nous, on s'était nous-mêmes proclamé : groupe glam rock industriel, alors que d'un point de vue sémantique, ce n'était pas forcément vraiment le cas. D'ailleurs on a été quasiment les premiers à revendiquer ça, et apporter ce côté-là dans le métal. Donc il y avait un peu ce côté paillette et dangereux que tu retrouves dans le rock industriel et là, non ça sera un album plus électro, et ça, même sur scène puisqu'on n'aura plus de batteur. J'ai vraiment redonné la place aux machines et aux côtés électroniques. Ça sera un album donc plus électro, et plus sombre que ce qu'on a fait jusqu'à présent, même si on n'était déjà pas les rois de la gaieté...J'ai vraiment envie de pousser le truc encore plus loin... pas dans la lamentation, le truc un peu goth pleurnichard mais plutôt à l'image de ce que Tool peut faire, tout en gardant ce côté rock indus. Ça sera un mélange de KMFDM et d'IAMX pour le côté pop, car on aura toujours ce côté pop, ne serait-ce que par la façon dont je chante.


ZYVA : Et tu vas incorporer de la vidéo sur scène ou pas ?


Philippe : Oui, d'ailleurs on devait en avoir ce soir via des téléviseurs, mais par manque de temps, on n'en aura pas. Mais c'est quelque chose, qu'on va emmener sur scène, pas forcément en vidéo projecteur, mais plutôt avec des écrans disséminés un peu de partout sur scène.


ZYVA : Quand on regarde grossièrement la scène rock métal indus gothique en France, on n'a pas l'impression d'apercevoir un renouveau, tu penses que c'est le cas ou pas ?


Philippe : Moi personnellement, des soirées goth par exemple, j'en ai jamais fait des masses, même si j'ai écouté du gothique... j'ai jamais été un féru de la danse, et ce qui m'intéressait en soirée, c'était plus de me défoncer la gueule plutôt que de me dandiner sur des tubes undergrounds... ou pas, après pour répondre d'une manière plus directe à ta question, disons qu'on est revenu, je me suis un peu réintéresser à ce qui se passait, faire un peu l'état des lieux de la scène dites sombre, et en fait je crois qu'il n’y a personne, ou alors plus grand monde. LTNO, ça n'existe plus. Le groupe qu'ils ont remonté : Dead Sexy, on est plus dans le punk à paillettes joli-joli et tout mimi que dans un truc dangereux et subversif. Punish Yourself, ils ressortent un album mais est-ce que ça n'a jamais été du rock indus, ça je ne sais pas. C'est plus un grand spectacle. Y'a Sin qui prépare un nouvel album, et j'attends ça avec impatience, car c'est un groupe que j'aime beaucoup. Sinon Dexy Corp, du côté de Tours... mais c'est vrai qu'on n’a jamais été beaucoup et je ne pense pas que ce soit un style qui est fait pour être médiatisé. On est un petit pays. Dans des pays plus grands comme l'Allemagne, le public est plus large et ça marche là-bas. En Scandinavie, ça marche beaucoup aussi. Après je pense qu'on a toujours été un petit peu seul là- dedans, et tous ceux qui au début, avaient ce côté rock indus, dangereux, l'ont laissé tomber pour, j'allais dire, « jouer les fofolles »! Pour le côté clubbing, paillette, et vive Justice quoi ! J'ai un peu cette impression là. Après c'est bien en soit, chacun fait comme il veut. Moi, j'ai plus l'envie d'un retour aux sources, avec un côté bien dur...s ans concession.


ZYVA : Et comme tu es en train de préparer ton nouvel album, est-ce que tu es en train aussi de réfléchir à comment tu vas vendre ta musique ? Est-ce que tu fais partie de ces groupes qui vont balancer leur musique gratuitement sur internet, et attendent d'avoir quelques dates pour gagner un peu de sou ?


Phillipe : Non, alors déjà je vais répondre à ta question, je ne fais pas ça pour gagner de l'argent !


ZYVA : Oui d'accord je comprends bien, mais à partir du moment où tu fais un album, et que tu veux te produire, tu engages forcément des frais que tu as envie de combler non ? Il faut réinvestir pour ne serait-ce que pour refaire un album derrière ?


Phillipe : Oui, sauf si tu as des sources de financement autour. Après je sais que je ne mettrais jamais mes morceaux sur le net... enfin je ne veux pas dire jamais, mais le but premier, ce n'est pas de les mettre sur le net. Par exemple, pour la compilation, on s'est fait approché par pleins de labels, y'a même des labels allemands qui nous relancent encore, et des majors en France qui m'ont contacté directement, pourtant la compilation je vais la sortir moi-même. Je ne sais pas si je vais passer par un distributeur ou si on va faire une édition collector physique. Je ne veux pas du numérique parce que je trouve que ça ne sert à rien, et tu n'en vends pas plus. Ce n’est pas parce que tu es sur Napster, I Tunes et compagnie que les gens vont l'acheter. Moi, je trouve que c'est plus important de proposer une œuvre avec un packaging qui est spécial plutôt que de balancer des morceaux sur le net pour du net. Ça c'est pour la réédition. Mais pour l'album que je prépare, je verrais comment il sortira. Dans tous les cas, je ferais une sortie physique car il y a des gens qui sont intéressés par Porn, et qu'ils l'achèteront, donc rien que pour eux, on se doit de faire quelque chose de sympa, de joli. On n'est pas là pour se foutre de la gueule du monde. La finalité du tout numérique pour faire une sorte de sortie, non ! Je préfère ne pas le sortir. Si les gens le veulent, je préfère, s'il n'est pas distribué en bacs, qu'ils nous contactent, qu'ils nous envoient un chèque ou qu'ils payent par paypal, on enverra nous-mêmes le squeud, un truc joli, avec des goodies, des stickers... Là, on va éditer d'ailleurs des préservatifs Porn, un truc vraiment sympa ! Ça s'est important. Moi, ça me saoule...euh j'ai l'impression que les groupes pensent qu'en mettant leur son sur internet, ça les aident. Mais je ne pense pas que ça les aide. Ta musique, tu l'aides en lui fournissant un bon support, et même si ça doit être limité, si les gens aiment ta musique, ils l'achèteront. La mise à disposition ne crée pas le besoin. Il faut offrir quelque chose de singulier aux gens.


ZYVA : Ok donc tu fais partie de ces gens qui vont encore chez les disquaires achetés tes cds !


Philippe : Carrément ! Tu vois là dernièrement, j'ai acheté le dernier EP de Zack de la Rocha, One Day as a Lion, je l'avais écouté sur le net et je l'ai acheté ! Le truc, c'est une tuerie et je suis content d'avoir le squeud. Quoiqu'on en dise, tu verras, on y reviendra, et ça passera par des beaux packagings. On va revenir, pas forcément aux vynils parce que tout le monde n'a pas de platine, mais les disques ça se vend toujours. Et c'est pas parce que les gens le téléchargent, qui l'auraient acheté. Les gens achèteront toujours des squeuds... au bout d'un moment, les Ipods, tout le monde en aura marre ! Tu sais c'est des modes !


ZYVA : Tu as un discours à l'opposé de ce qu'on peut entendre régulièrement du côté des artistes ?


Philippe : Ah ouais ? Moi, ça me paraît tellement évident.


ZYVA : Après peut être que chaque style de musique est différent, et que dans le rap ou l'électro par exemple, les auditeurs téléchargent plus que dans le métal.


Philippe : Oui, ils ont toujours acheté eux ! Tu vois par exemple, avant cette pseudo mode super rock... un goupe comme Phoenix, ils avaient du mal, parce que les seuls gens qui s'intéressaient à eux, c'étaient des gens qui écoutaient Daft Punk, et qui faisaient du clubbing, et eux ils n'achetaient pas de disques ces gens là, et ils allaient encore moins en concert, donc les deux premières tournées qu'ils ont fait, c'était une catastrophe absolue. Y'avait personne, c'est abusé.


ZYVA : C'est bizarre que tu m'en parles, car on les a rencontré y'a pas longtemps, quand ils sont passés au Transbordeur. Et c'était blindé !


Philippe : Ça ne m'étonne pas. La vague à tendance « rock » est passée, et maintenant, ça marche. C'était juste pour faire la parenthèse entre ton public qui achète, qui s'intéresse et qui va te voir, et ton public qui...


ZYVA : ...Va te découvrir sur internet par exemple non ?


Philippe : Non, parce que tu n'es pas plus visible sur le net. Ça c'est la magie du capitalisme ! L'excès d'offre, ça casse l'offre. Ceux qui sont visibles, c'est ceux qui ont le plus d'argent pour acheter le gros bandeau sur myspace, car au final, il y a tellement de choses sur le net qu'il n'y a rien. Être sur I tunes, quel intérêt, si les gens ne te connaissent pas ? À la limite, fait de la promo. Les groupes sont cons. Au lieu de garder leur argent pour payer un attaché de presse qui va faire la promo, ils vont mettre de l'argent dans autre chose qui n'a aucune utilité. A quoi ça sert que tu dises que ton son est sur Napster, si personne ne va sur ta page déjà. Les gens focalisent sur myspace mais c'est un vase clos. Si tu veux qu'on te découvre, il faut que tu sois dans la rue, il faut que tu passes dans des trucs comme ça (en montrant le magazine), faire du flyage... Ça me permet évident. Les groupes sont parfois déconnectés de la réalité.


ZYVA : On parlait de Zack de la Rocha, tout à l'heure, que tu as découvert, et sinon tu as découvert quoi d'autre ces derniers temps ?


Philippe : J'ai acheté du KMFDM, l'album Hau Ruck, que je ne connaissais pas, et que j'ai trouvé excellentissime. J'ai tout racheté de Tool, car je ne connaissais pas le dernier, et les premiers, je les connaissais mais je ne les avais jamais achetés Je pense que je vais me télécharger le dernier Rammstein.


ZYVA : Tu as vu le « fabuleux » clip qu'ils ont sorti ?


Philippe : Ouais c'est rigolo, quoi ! (Rires) Ils sont complètement tarés. C'est trop bon ! C'est du quatorze millième degré, c'est excellent ! D'ailleurs, c'est pas eux qui baisent les nanas, c'est un montage. Par contre, ils ont pris des vrais acteurs pornos, c'est hallucinant ! Ils me font rire moi Rammstein ! Sinon, y'a IAMX aussi ! L'album est hallucinant ! Sinon, non...je ne vois pas...je suis difficile aussi et j'ai l'impression qu'il ne se passe pas grand chose dans... j'allais dire la bonne musique... mais on est envie par tous ces trucs rock, enfin ce qu'ils appellent « rock », et qui pour moi, sont complètement passables. Après je ne dis pas qu'avec Porn, on révolutionne la musique, mais on a au moins l'avantage de ne pas être beaucoup. Même si y'a toujours des gens pour te dire : ouais ce que vous faites c'est vachement connoté Nine Inch Nails et Manson », ouais ok, mais combien on est nous ? On doit être 20 à faire ça, et j'exagère à peine. Comptés combien vous êtes vous à faire du pseudo The Who ! Ayez l'intelligence de ne pas être autant à faire la même chose ! Du coup, j'ai arrêté de lire Rock & Folk, car y'a une époque je trouvais ça sympathique, mais maintenant, c'est une immondice absolue ! J'ai acheté un bouquin qu'a écrit Manoeuvre (rédacteur en chef du magazine Rock & Folk) sur les 100 plus grands disques de tous les temps... ben c'est une honte quoi ! Le mec, il colporte des vieux ragots qui sont plus gros que lui sur des groupes, c'est incroyable ! C'est mal écrit en plus ! Définitivement Rock & Folk, c'est le truc le plus abominable de la Terre !!


Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait représenter ta musique :


Nine Inch Nails - The Great Destroyer

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