ASSASSIN

Interview de ASSASSIN
Date : 03/04/2009
Lieu : Les Abattoirs - Bourgoin
Par : Jagunk, Yoch

C'était le 19 juillet 2001...date du dernier concert lyonnais d'Assassin dans le cadre sympathique des Nuits de Fourvière...Depuis plus rien, silence radio, jusqu'à le Too hot for Tv, E.P. De 10 titres qui annonçaient le début du retour...de Rockin' Squat ? Assassin ? Finalement, on n'en sait pas plus. Un jour en solo, un jour sous le nom d'Assassin, Squat n'a pas vraiment l'air d'avoir fait son choix. Retour d'une petite discussion au soleil, dans la cour des Abattoirs de Bourgoin-Jallieu pour la première date du groupe.


ZYVA : Merci de nous recevoir. Pour commencer je voulais savoir avec ton retour, si tu allais faire peu d'interview comme avant ou si tu as changé de philosophie par rapport à ça ?


Rockin' Squat : Je ne comprend pas trop ta question ! C'est quoi les interviews « comme avant » ?


ZYVA : En cherchant sur le net, on trouve très peu d'interviews de toi. Et c'est une chose que tu avais revendiquée en disant que tu avais peur que tes propos soient repris de manière détournée.


Rockin' Squat : Non, peur de rien ! Mais j'ai fait beaucoup d'interviews et il y a beaucoup d'interviews qui sont sorties. C'est la même chose qu'il y a dix ans et la même chose qu'il y a vingt ans. Vous aurez la même interview qu'il y a vingt ans (rires). Avec vingt ans d'expérience en plus.


ZYVA : On t'avais vu en concert à Lyon, à Fourvière en 2001, pour la dernière tournée d'Assassin, on aurait aimé savoir ce que tu as fais depuis ce temps-là ?


Rockin' Squat : J'ai fais pas mal de concerts dans d'autres pays. J'ai arrêté la première production que j'avais (ndlr : Assassin Productions) pour monter le nouveau label Livin Astro. On a sorti pas mal de projets sur ce label, dont Z'Africa Brasil qui est un groupe brésilien des favelas de São Paulo. On a aussi sortis le troisième album de Pyroman qui s'appelle Équateur Cosmique. Il y a des projets pour Profecy qui est sur scène avec moi ce soir. Et, personnellement, j'ai sortis deux E.P, « Libre vs démocratie fasciste » et « Too Hot for TV ». Donc voilà en gros depuis 2002 ce qui s'est passé, parce que la tournée d'Assassin s'est arrêtée fin 2002. Mais pour Assassin il y a aussi eu un album Live, un « Best-Of ». Le fait d'arrêter la production et d'en remonter une nouvelle nous a pas mal occupé. Donc on était tous pris, on n'était pas au devant de la scène, mais on était pris. Ce qui s'est passé, c'est que pour le « Tour de l'espoir » on avait fait 150 dates, donc on avait envie d'arrêter de tourner un petit peu.


ZYVA : Et comment ça se fait que tu sortes un double album « Confession d'un enfant du siècle » ?


Rockin' Squat : En fin de compte, ça sera même un triple album. Le premier est sorti, le deuxième arrive le 27 avril et le troisième, on est dessus et il devrait sortir dans pas très longtemps. Après pourquoi ? Bah parce qu'en ce moment on est inspiré.


ZYVA : Et pendant toutes ces années, tu as eu un lien assez fort avec le Brésil, ce qui se ressent dans ta musique. Comment c'est arrivé, et qu'est-ce qui a fait que tu t'implantes autant là-bas ?


Rockin' Squat : On a fini la tournée d'Assassin par sept dates au Brésil. Et au final moi je suis resté là-bas pour découvrir un peu le pays. Et puis j'avais rencontré des gens avec qui j'avais envie de travailler. Et de fil en aiguille, je me suis retrouvé à être de plus en plus là-bas. Parce que culturellement et musicalement, c'est un pays très très très intéressant ! Pour les gens qui sont dans la musique et qui ont un œil ouvert... c'est le Brésil ! Je ne peux même pas te l'expliquer, Brasil !! Et donc je me suis retrouvé à y aller de plus en plus et au final par vivre là-bas. Donc j'habite au Brésil, je viens en France et je suis aussi beaucoup sur New York. Je pense que Paris – New York – Rio – São Paulo, c'est un bon mélange pour faire la musique qu'on fait.


ZYVA : Là tu tournes sous le nom d'Assassin. Est-ce que d'anciens membres d'Assassin sont avec toi sur la tournée, ou est-ce que tu es tout seul ?


Rockin' Squat : Je suis loin d'être tout seul. On est 14 dans le tour, dont 7 artistes. Il y a des gens comme Lyricson, Profecy, DJ Duke, qui étaient sur le dernier tour d'Assassin. En plus, au niveau de ce qu'on « Kick » sur scène, il y a des titres d'Assassin et des titres de ma carrière solo. Donc voilà, moi j'ai toujours dit qu'Assassin était là pour l'éternité. Ça a toujours été une entité et continue à l'être et si vous venez nous voir sur la tournée, ça sera un show d'Assassin.


ZYVA : Et pourquoi sortir tes albums sous le nom de Rockin' Squat ?


Rockin' Squat : Parce que dans ces albums il y a de grosses thématiques comme tu peux trouver dans les disques d'Assassin, et il y a aussi des titres beaucoup plus personnels que je ne voulais pas sortir sous le nom d'Assassin. Parce qu'Assassin, je m'en suis toujours servi pour être un groupe de contre-information, de contre-culture, qui parlait des grosses thématiques politiques, sociales, culturelles. Du coup, en mon nom je peux me permettre de sortir ça et des titres plus axés sur ma vie personnelle, mes sentiments, mes histoires d'amour, ma vision de l'amour ou de la mort. C'est plus des sujets sous le nom de « Je » plutôt que « Nous ». Mais après dans le tour on revient à « Nous » avec des intervalles « Je ».


ZYVA : Tu n'as pas peur que les gens se perdent ?


Rockin' Squat : Non, les gens qui sont dans la musique ne s'y perdent pas. Quand tu es dans la musique, avant tout tu apprécies les bons morceaux, peut-importe sous quel nom. C'est pas vraiment un problème.


ZYVA : J'imagine que tu as entendu parler du retour de NTM, comment expliques-tu qu'ils ne fassent que des grosses dates alors que toi tu tournes dans des salles plus petites comme ici aux Abattoirs.


Rockin' Squat : Peut-être qu'ils n'ont pas envie de jouer dans des petites salles, mais il faudrait leur demander. Après, une salle comme Bercy, nous on ne la remplit pas, là on va faire l'Olympia en mai. Personnellement je préfère jouer dans des petites salles, par rapport à la proximité avec le public. Je préfère faire cinq salles petites plutôt qu'une grosse. Après moi je joue autant au Stade de France qu'aux Abattoirs, ce n'est pas un problème pour moi. Si j'ai l'occasion je peux faire les deux.


ZYVA : Est-ce que tu as toujours le temps d'aller acheter des CD et qu'est-ce que tu as découvert dernièrement qui t'as vraiment mis une claque ?


Rockin' Squat : Beaucoup de choses. Movado, un tueur à gages, Jamaïquain, qui est le numéro 1 du Reggae Dancehal, il y a aussi Raoul Midon. J'ai toujours le temps d'aller acheter des disques, d'écouter de la musique, de consommer de la musique. De toute façon la musique m'accompagne tous les jours de ma vie donc je prends le temps de prendre ce qui est bon pour moi.


ZYVA : Tu as dû suivre ce qui se passe en ce moment au niveau du téléchargement, avec la loi Hadopi qui a été votée aujourd'hui par 16 députés.


Rockin' Squat : Et elle dit quoi cette loi ?


ZYVA : Concrètement ils te coupent ton accès internet si tu télécharges, au bout de deux avertissements, ils t'envoient un petit mail quand même.


Rockin' Squat : On est à l'école en fait. Tu es collé le samedi matin. Tu dois écrire « Je ne téléchargerais plus sur internet » ! Et tu veux savoir si je trouves ça bien ?


ZYVA : Je voulais surtout savoir si tu prévoyais l'avenir du disque. Parce que cette loi ne sera de toute façon pas forcement applicable. Le support est voué à disparaître et certains gros artistes commencent à donner leur musique sur internet. De ton coté est-ce que tu as pensé à comment diffuser ta musique.


Rockin' Squat : De toute façon notre musique elle est sur internet. Que ça soit pour du téléchargement légal ou illégal, elle y est. Après c'est une réalité du monde dans lequel on vit. À part m'adapter au monde dans lequel je vis, je n'ai pas spécialement d'idée sur comment je vais diffuser ma musique. Je vais continuer à faire de la musique et elle sera consommée et consommable dans le siècle dans lequel on vit. À une époque la K7 est arrivée, aujourd'hui il y a le téléchargement, demain il y aura la puce numérique.


ZYVA : Ce n'est pas ce qui te préoccupe.


Rockin' Squat : On ne se pose pas la question de comment la consommer. C'est plutôt la question de savoir si tu as toujours l'inspiration pour faire les morceaux qui vont faire que les gens vont vouloir la consommer. Parce qu'il y a des gens qui reverraient de se faire télécharger illégalement mais on en a rien a foutre de leur disque, on ne va pas les télécharger. Donc a un moment si les gens ils font la démarche de télécharger, même illégalement c'est qu'ils ont envi d'écouter ce que tu es en train de dire. Pour moi, faire de la musique, c'est notre métier, mais c'est avant tout partager avec les gens. Ensuite de savoir comment elle va être partagée, c'est pas mon problème. Si j'ai un artiste que je kiffe, je vais aller chercher sa musique et peu importe le chemin que je vais prendre pour y arriver. Et puis je penses que le Live est très important dans le monde dans lequel on vie. Parce que moi je viens de cette époque ou on faisait des Live avant de faire des disques. Donc je pense que ça ne peut que être bon pour les pseudos artistes de passer par la scène avant de vouloir faire absolument un disque et être reconnu.


ZYVA : Pour les deux prochains volumes qui vont suivre, tu peux nous parler des thèmes qui y seront abordés.


Rockin' Squat : C'est la continuité du volume 1. Le volume 3 je ne peux pas trop te dire parce que je suis en train de le travailler. Pour le volume 2, il y a des titres comme « Triste tropique » qui parle de la situation dramatique de l'Amérique latine. Il y a aussi « La lutte du siècle » qui parle de toute la privatisation de l'eau potable qui est le nouveau pétrole des multinationales. Tu as aussi le titre « Le pouvoir secret » qui est une continuité d' « Illuminazi 666 », et tu as aussi « Démocratie fasciste - article 4 » avec Immortal Technique en featuring. Il va y avoir des trucs plus personnels comme « Two many years », « Sex my soul » ou « Près des notes » avec Oxmo Puccino. Il y aura des thèmes sur les indiens comme « 500 ans » et « Amaru Ka » qui est le vrai nom de l'Amérique. Il y a pas mal de thèmes intéressants, qui sortent un peu des sentiers battus.


ZYVA : Au sujet des thèmes abordés, il y a un manque par rapport aux débuts d'Assassin : c'est les chansons concernant les problèmes sociaux français. Que ce soit les problèmes des banlieues qui n'ont pas changés, ou le traitement des immigrés ou encore beaucoup d'autres.


Rockin' Squat : Mes voyages, mon expérience de vie et les thèmes que j'ai déjà développés font que j'ai pris un recul mondial sur la politique.


ZYVA : Tu te considères comme un citoyen du monde ?


Rockin' Squat : Je suis un citoyen du monde, même de l'univers si tu veux ! Je suis loin d'être français. Si tu commences à te pencher sur les problèmes politiques d'un pays, tu verras qu'il est en étroite relation avec un problème mondial. Parce qu'aujourd'hui la situation d'un pays, n'est pas contrôlée que par un pays. C'est toujours tributaire de l'histoire de l'humanité, d'un contexte géopolitique et d'une oppression qui est mondiale. C'est pour ça qu'aujourd'hui, j'ai préféré développer des thèmes comme « Démocratie fasciste », « Illuminazi 666 » ou « Le pouvoir secret », parce qu'aujourd'hui tout découle de ça. Si tu as un Sarkozy qui est président, c'est parce que derrière tu as un Bouyges, un Dassault, un Lagardère, c'est parce que tu as des sociétés comme Areva qui veulent poser des usines nucléaires de partout dans le monde. Donc je ne vais pas développer les problèmes français. Et quand je commence à parler de l'humanité ou l'homme avec un grand « H » dans ses émotions, sa façon de penser, c'est lié à la France. Un texte comme « 500 ans », qui est beaucoup plus philosophique, parle de la France si tu l'adaptes. Quand je fais « Les gangsters ne vivent pas longtemps », ça parle aux français. Parce que toute cette petite délinquance, toute cette vie du crime dans lequel beaucoup de gens sont cantonnés, par rapport à une oppression sociale, et bien ça mène à la mort, à la prison ou à une vie d'exclusion. Donc je ne vais pas commencer à développer des points français, parce que n'importe quel point que tu vas développer dans le monde, est applicable à la France. Donc je ne pense pas que ça soit un manque comme tu dis, j'utiliserais un autre chemin. Après si tu veux entendre parler des problèmes sociaux français tu achètes mes anciens disques, ils y sont déjà dedans et en plus malheureusement depuis dix ans ça n'a pas changé !


ZYVA : Et tu te rends compte que certaines personnes peuvent être mitigées par rapport aux informations que tu donnes, qui sont à l'opposer de ce qu'on peut entendre dans les médias. Qu'elles peuvent se dire « c'est trop énorme, ça ne peut pas être vrai ! ».


Rockin' Squat : Tu sais, plus c'est énorme et plus la pilule peut passer. Et c'est pour ça que l'humanité tourne comme ça. Après, chacun son point de vue. Je ne suis pas là pour dire « J'ai raison ». Je crois en ma vérité, c'est pour ça que je la dis. Maintenant que les gens croient ou ne croient pas en ce que je dis, ce n'est pas mon problème, c'est le tien, c'est le leur. Moi ce que je dis, c'est : vérifie l'information, même celle de Rockin' Squat. Moi, c'est ce que je fais. Si aujourd'hui j'ai des écrits aussi affûtés et qui parlent de sujets aussi pointus, ce n'est pas parce que j'ai lu un bouquin ou un article. C'est parce que j'en ai lu un premier, puis un deuxième, un troisième, un millième, j'ai recoupé l'information, j'ai voyagé et je me suis fait mon point de vue. Je n'ai pas gobé la pilule comme ça.


ZYVA : Et il n'y a pas des fois ou tu doutes ?


Rockin' Squat : Je doute souvent. Mais le doute fait partie d'un des atouts du chemin du guerrier ! Il faut douter. Parce que douter permet de te remettre en question et de retrouver ton équilibre. Si tu avances avec des oeillères en pensant que tu as raison, tu as de grandes chances de te planter. Mais ce que je raconte dans mes textes... et si à un moment je décide de l'écrire et de le partager avec vous : là je ne doute plus de mon point de vue. Et j'aurai en principe les arguments pour pouvoir défendre ce que j'ai écrit et des preuves pour argumenter mes propos.


ZYVA : Tu fais une tournée en France, tu vas faire d'autres dates à l'étranger, je suppose.


Rockin' Squat : On fait même des dates en Europe. On devrait aller à Londres, dans les pays nordiques, l'Italie, l'Espagne, le Portugal. On tourne jusqu'à mi-septembre et puis ensuite on pars à l'étranger. Je pense qu'on va faire l'Amérique Latine, l'Afrique, l'Amérique du nord, on va tourner jusqu'à fin 2010 et peut-être même plus, on va voir.


ZYVA : L'album est distribué à l'étranger ?


Rockin' Squat : On est en train de dealer un peu partout. Mais oui, il est distribué dans quelques pays. Mais comme tu disais le business est de plus en plus difficile et comme nous on est en auto-production depuis toujours c'est pas facile. Mais on ne lâche pas l'affaire et on se bat pour que notre histoire existe.





Titre d’un artiste ou d’un groupe qui pourrait vous représenter vous ou votre musique :


N'importe-quel titre de Bob Marley.

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