JAVA
La soirée affichait complet depuis déjà quelques semaines et pour cause ! Après 6 ans sans un nouvel album, JAVA revient avec son nouvel opus : « Maudit français ». Un mélange de rap, hip hop et de musette, marque de son identité française. Nous ne pouvions rater ça.
Rencontre aux Nuits de Fourvière avec R-Wan, chanteur de JAVA, pour en savoir un peu plus sur cet album…
JAVA : Vous avez écouté notre dernier disque ?
ZYVA : Non, on ne l'a pas écouté, personne ne nous l’a envoyé !!
JAVA : Ah… Et bien, ça va être un problème ça pour l’interview.
ZYVA : Non, on a l’habitude de faire l’interview sous forme de discussion. Votre dernier disque, tu peux nous en parler et on peut aussi parler d’autres choses. Si tu te fais chier, on arrête. Si nous, on se fait chier, on arrête. Tu vois ce que je veux dire… C’est une discussion tranquillou. (Rires) Donc on n’a pas pu écouté l’album mais tu vas nous en parler. Déjà, on voulait te demander pourquoi le titre de l’album ? « Maudits Français »
JAVA : Parce qu’il fallait l’écouter justement. Il fallait le télécharger.
ZYVA : Chez ZYVA, on télécharge peu ou alors pour découvrir et acheter l’album après généralement. On est très attaché à l'objet, enfin pour la plupart d'entre nous.
JAVA : Donc vous ne connaissez pas du tout notre nouveau disque. C’est difficile de parler de la musique…
ZYVA : Mais pourquoi « Maudits Français » ? Est-ce qu’il y a une réelle explication ? Par rapport à votre nouvel album ou à ce que vous faisiez avant ?
JAVA : Dans notre album, il y a un morceau qui s’appelle « Mots dits français ». Des mots dits en français.
ZYVA : On a lu les paroles et tu finis par une reformulation de la Marseillaise.
JAVA : Non, ce ne sont pas les paroles, ce sont des explications que j’ai mises pour faire la présentation du disque sur notre myspace. Le morceau « Mots dits français » raconte une histoire assez humoristique sur les différences de langage entre la France et le Québec. Un Français se rend au Québec et il lui arrive de nombreuses mésaventures car il ne comprend pas tout ce qu’on lui dit. Les Québécois utilisent beaucoup d’expressions qui peuvent avoir un double sens : elles ont un sens pour eux mais un tout autre pour les Français. Ce sont des expressions assez imagées. Le morceau raconte donc une histoire de quiproquo. Et les Québécois nous appellent les maudits Français. Au cours de l’Histoire, le Québec a souhaité rester français et non pas devenir américain. Or la France ne l’a pas aidé, et l’a laissé se faire coloniser. C’est pourquoi, depuis, les Québécois les appellent les maudits français. J’ai ensuite repris le principe du quiproquo évoqué dans la chanson, à partir de mots dits en français pour donner « Maudits Français ». Pour le titre de l’album, on a pris ce terme « Maudits Français ». Le « Maudits Français » reprend donc la langue française que nous considérons un peu maudite. En France et dans la musique française, on trouve une sorte de malédiction. C’est un pays très centralisé dans lequel on a aligné tous les folklores. La France a colonisé d’autres pays mais s’est finalement auto colonisée. Je pense qu’aujourd’hui il y a un nouveau folklore à inventer en puisant dans notre passé, dans notre histoire même si on l’a réinvente et dans d’autres folklores… Il ne faut pas copier une seule musique, il faut savoir s’ouvrir sur l’extérieur. En faisant cela, ta musique va pouvoir plaire même à ceux qui ne l’a comprennent pas parce qu’ils ne parlent pas la même langue. Cependant, elle va leur plaire car ils vont voir qu’elle vient du cœur. Il faut savoir être personnel et original. Et avec « Maudits Français », on travaille sur le folklore. Cela correspond au français car dès qu’on parle de français, il peut avoir derrière un coté patriotique, mauvais, un coté nationaliste. Par exemple, quand tu vas au Brésil, les habitants sont fiers de leur nationalité. Ils sont fiers de dire qu’ils sont Brésiliens. Ce n’est pas une espèce de nationalisme guerrier. Ils connaissent leur folklore et n’hésitent pas à le mélanger avec du métal, du rap…
ZYVA : Tu as l’impression que quand on dit que l’on est Français, on se rattache trop au passé ?
JAVA : En France, le problème est que l’on a un passé assez glorieux, une histoire très longue, comme un vieux pays essoufflé. Certaines personnes s’accrochent à une idée de la France assez réactionnaire. Contrairement à cela, nous sommes dans un pays jeune, qui a la chance d’être l’un des plus métissés d’Europe. Il a une nouvelle façon de concevoir son identité musicale mais aussi son identité culturelle. Avec JAVA, on fait des références au passé, non pas pour être réactionnaire mais mélangé avec du rap ou de la musique africaine on obtient quelque chose de neuf, correspondant à notre époque. En France, je pense qu’il est aussi difficile d’avoir un destin commun avec toutes les personnes d’origines différentes qui habitent ce pays. Cela me semble dû en partie au manque de perspectives et d’évènements qui rassemblent la population. La seule chose qui ait rassemblé les Français ces derniers temps, c’est le football. Ceci dit, je pense que cela reste assez superficiel. Lorsque l’on parle d’intégration, j’ai surtout l’impression que les personnes de notre gouvernement comme par exemple, Eric Besson, ministre de l’immigration, représentent en fait un pouvoir centralisé. Une vieille droite, une classe politique qui finalement se reproduit entre elle. Ce sont des individus qui ne sont pas du tout intégrés. Certes, ils revendiquent l’intégration mais ils ne sont pas intégrés dans le monde dans lequel on vit…Enfin… là, je suis parti loin quand même mais pour en revenir à notre identité musicale, je ne me suis pas posé de question. C’est en faisant des interviews que j’y ai réfléchi réellement. Lorsque l’on a monté JAVA, on avait un manque. Moi, j’avais des groupes de reggae et des groupes de rap. Puis, en faisant du hip hop, je trouvais que l’on retombait toujours dans les mêmes clichés. Des clichés liés au ghetto…Dans le reggae, c’était pareil. Il y avait toujours les mêmes clichés. Fixi l’accordéoniste faisait du funk et de la musique africaine. Au départ, on avait des textes sur des versions hip hop classiques et l’on s’apercevait que le texte perdait de sa saveur. On a donc essayé de personnaliser notre musique car on trouve que c’est le plus important. Il fallait que dans notre habillage musical on ressente une recherche, un travail sur le langage. Parler de l’endroit où l’on vient, de Paris, de son accent et utiliser l’argot.
ZYVA : Et tu penses que petit à petit, on arrive à réaliser cette fusion entre les individus ? Que ce soit une fusion musicale ou culturelle.
JAVA : Les choses se font petit à petit. Pour moi quand tu fais de la musique, tu as deux façons de faire : soit tu fais de la musique pour tout péter, un truc rebelle et tu y vas à fond comme certains groupes de rock l’on fait où comme NTM l’a fait, soit tu essayes de créer un lien dans ta musique au cours de tes concerts. D’ailleurs c’est cela faire un concert, c’est réunir les gens ensemble, créer du lien entre eux.
ZYVA : Je vais te donner un exemple, on a fait le Printemps de Bourges cette année. Nous sommes allés voir un groupe qui s’appelle Zone Libre, avec Casey et Hamé. C’était le premier groupe de la soirée et ils se sont fait huer par le public du rap français qui était présent pour voir Médine, Rohff…
JAVA : J’ai vu Médine en concert. C’était pas mal franchement, c’était pas mal du tout.
ZYVA : Pour en revenir à ce que tu disais, cela ne m’a pas étonné mais en même temps ça m’a mis une claque.
JAVA : Mais… Le public avait quel âge ?
ZYVA : Il y avait pas mal de jeunes. Je suis d’accord avec toi, génération MTV, environ 15-20 ans…
JAVA : Ils sont un peu débiles à cet âge là. À l’adolescence…
ZYVA : Oui c’est sûr. Mais ce seront les adultes de demain, est-ce qu’ils auront changer d’ici là ?
JAVA : Oui, je pense. Tout le monde peut changer. Tu étais comment toi à 15 ans ? Après oui, il y a beaucoup de stupidité mais il faut aussi voir ce que est devenu le rap. Au départ, le rap était une musique rebelle. Comme tous les mouvements, il a été récupéré et revisité. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes écoutent du rap mais ce n’est peut être pas de ce coté qu’il faut regarder pour voir ce qui va se passer au niveau musical. Il y avait quoi comme groupes au Printemps de Bourges ?
ZYVA : Médine, Rhoff et Kery James.
JAVA : J’ai 35 ans aujourd’hui donc j’ai réellement connu les débuts du rap. J’ai connu les « sound system », ce reggae mixé par des DJs et c’est ce qui m’a donné envie de faire de la musique. À cette époque, le rap était un petit enfant. Comme un petit enfant, il était super créatif, il disait tout et n’importe quoi, il partait dans tous les sens… Il était naïf, magnifique. C’est également ce qui m’a donné envie. Ensuite, il y a eu la période NTM, IAM… à la fin des années 90. Avec NTM, le rap est devenu un ado turbulent, qui se révolte. Comme un jeune adulte, il a un ton un peu guerrier. Il désire s’imposer. Ceci correspond à une réalité sociale. Aujourd’hui, je pense qu’il y a un problème avec l’immigration. Quand tu es noir avec un bac 5, tu vas quand même avoir des difficultés pour trouver du travail. Il y a une certaine forme de racisme. Elle est là, on ne peut pas l’ignorer et d’ailleurs certaines personnes la revendiquent. Le rap véhicule ce message, cette réalité. Mais moi ce que j’attends du rap, c’est qu’il devienne un vrai adulte. Un vrai adulte, il a ce coté guerrier mais il est capable d’exprimer ses faiblesses. Et c’est d’ailleurs ce qui le rend plus fort. Le jour où les rappeurs arriveront à faire une belle chanson d’amour au milieu de chants rebelles, ils deviendront adultes. Aussi, autour du rap, on trouve une espèce de mode provenant des États-Unis, de l’influence des jeux vidéo ou de la télé. Il y a un fantasme autour de la banlieue, autour du rap construit par les Américains et repris en France. Il correspond à une réalité rêvée, comme par exemple montrer dans les clips de rap de grosses voitures, des belles filles sexy… C’est une espèce de fantasme, ce n’est pas la réalité. En réalité, la misère est bien présente, elle est un peu partout mais personne n’en parle. Très peu de gens décrivent leur situation. Mais heureusement certains rappeurs sont en train de s’éloigner de ce fantasme américain et reviennent à la réalité. Kery James en fait partie. Des chanteurs comme lui revendiquent qu’il y ait deux France. Ils insistent sur le fait qu’il y ait une réelle séparation. La solution pour rapprocher les peuples serait de trouver des valeurs communes, dans la musique ou dans la culture. Mais également, d’avoir plus de personnes issues de l’immigration au gouvernement. Il n’est pas normal qu’il n’y ait qu’une seule femme noire à l’Assemblée Nationale. Cela ne représente pas la France. On trouve également des chanteurs comme Zone Libre qui ont un discours très intellectuel. Au départ, le rap était un moyen d’éduquer les populations. Il provient des DJs jamaïcains qui se rendaient dans les campagnes, de ces fameux « sound system », puis ont suivi les bals populaires, et si l’on remonte au plus ancien les troubadours servaient de relais d’informations politiques. Donc quand tu es musicien au lieu de faire de grands discours, de nombreux passages médiatiques, il vaut mieux faire des concerts. Lorsque le rap est devenu un phénomène important, au cours des années 90, les sorties d’albums étaient à leur apogée. Il se vendait énormément de disques. Les artistes sortaient des albums à tour de bras mais on produisait aussi énormément de merdes. A cette époque, il existait une sorte d’ébullition autour des rappeurs. De nombreux petits jeunes, sortis de nulle part, se retrouvaient en tête des ventes à 20 ans, avec des propositions à 50 000 francs. Ceci suscitait beaucoup de jalousie. Il y avait trop d’envieux, trop de pensées négatives. Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles le rap n’a pas pu s’épanouir comme le rock. Les maisons de disques et la mauvaise gestion de l’argent en sont aussi responsables.
ZYVA : Ça ferait de bonnes chansons tout ça… (Rires) On va terminer là. On pourrait en parler pendant des heures, ça c’est sûr…
Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait représenter votre musique :
Je suis malade - Serge Lama
J’ai fait une reprise de « Je suis malade » version reggae. J’ai sorti 2 albums solos avec le label Makasound, label qui au départ produit du reggae et on a également sorti deux compils reprenant des chansons françaises en reggae, par la scène reggae française. Dans « Il est 5 h, Kingston s’éveille », j’ai fait une reprise de « Je suis malade ».


