DAN LE SAC
Pris dans les embouteillages, Dan Le Sac arrive avec à peine quelques minutes de retard sur le site des Nuits Sonores. Le temps de poser ses bagages et de faire le point avec l’équipe organisatrice, et nous l’accompagnons dans les cuisines des loges pour une petite discussion. Nous nous installons pendant qu’il cherche à se ravitailler.
Il revient avec des madeleines et des bouteilles d’eau.
Dan : Tenez les gars !
ZYVA : Merci, merci !
Dan : L’eau, c’est indispensable avec ces gâteaux là, sinon tu vas devoir retranscrire un gars qui parle avec du gâteau plein la bouche (rires)... Alors, de quoi voulez-vous que l’on discute ? J’aime bien votre concept de discussion.
Il engouffre une madeleine
ZYVA : Eh bien, on peut parler de ce que tu veux ! Tu les aimes bien ces gâteaux, ou tu as juste très faim ?
Dan : C’est juste magnifique ! Comment ça s’appelle... Des « Meudelines », ouais, c’est trop bon ! J’adore venir en France pour ça, j’en trouve toujours au petit dèj dans les hôtels, c’est génial ! (rires)
ZYVA : Et tu viens souvent en France pour manger des madeleines ?
Dan : Oui, je viens souvent en France. Bon, je ne te cacherais pas qu’à chaque fois qu’on vient en France, on découvre d’autres gourmandises (rires) Oh, et vos gâteaux ! Ahh, vos gâteaux ! Les gâteaux français sont les meilleurs au monde, c’est incroyable cette crème que tu te mets plein les doigts, j’adore ! (rires)
ZYVA : Mais tu viens si souvent que ça en France ?
Dan : Eh bien, avec Scroobius Pip, on vient souvent, oui. On est venu pour les Eurockéennes il y a quelques années, on a fait Europavox, Skabazac, et bien évidemment plusieurs fois sur Paris. C’est un vrai challenge de venir ici. Parce que, à la différence de l’Angleterre où les gens comprennent nos textes, ici ce n’est pas le cas ; c’est la musique qui fait tout. C’est un peu plus compliqué en France, et puis vous êtes fiers de votre langue. Je ne pense pas que ça soit le cas pour les allemands par exemple, l’allemand est une langue horrible (rires).
ZYVA : Ah oui ? Le français est plus joli ?
Dan : Ah oui, il y a plus de mélodie et de musicalité en français. Je ne sais pas pourquoi mais c’est plus joli, mais je ne sais rien dire en français. Je peux peut-être demander un sandwich au jambon en français, mais c’est tout ce que je peux faire ! (rires) Ah si, quand j’étais petit, je connaissais quelqu’un qui parlait français, et le seul truc dont je me rappelle, c’est que je savais demander une glace, tu vois le genre ! (rires) Et alors, comment ça se passe ici ? Les gens aiment la musique, qu’est-ce que l’on écoute dans le coin à Lyon ?
ZYVA : Un peu de tout je pense, il y a une belle petite scène locale qui se développe, pas mal de Rock et d’Electro, quelques bons groupes de Jazz aussi.
Dan : J’étais sur Paris dernièrement, et j’étais étonné de voir que la scène Rap est plutôt influencée par des courants africains, du Sénégal, du Cameroun. C’est la même chose à Lyon ?
ZYVA : Un petit peu (Ndlr : Afrique du Sud / Playdoe par exemple, chez Jarrring), mais il me semble qu’il y a toujours une différence d’approches entre Lyon et Paris, et puis il n’y a pas la même diffusion entre chaque ville. Certains artistes sont plus médiatisés que d’autres. Et puis, toi qui parlais de tes paroles, ça dépend aussi de ce qu’ils disent.
Dan : Je crois que... Hummm, attends ! (rires)
Il manque de s’étouffer avec une madeleine, boit une gorgée d’eau et reprend
Dan : Pardon... Nos paroles sont terriblement importantes, surtout pour nos concerts. C’est pour cela que tout le monde peut retrouver nos paroles en français, en italien ou en allemand. On a aussi eu un coup de bol, on a pu les faire traduire en japonais.
ZYVA : Vous avez traduit toutes les paroles ??
Dan : Oui, on a essayé. Je ne crois pas que les traductions françaises soient très précises, il manque certaines nuances. C’est très important, Scroobius Pip met tellement de lui, il bosse tellement sur ses textes que cela nous paraissait indispensable. Par exemple, pour le japonais, on a travaillé avec un Rappeur Japonais qui a su reprendre véritablement le message et apporter le flow du Rap en japonais. C’est un peu comme pour les Mangas, quand ils changent les langues et qu’il faut que les lèvres bougent en même temps. Le texte n’est pas exactement le même, mais la signification est très proche. Je pense que lorsque l’on reviendra en France, on mettra de la vidéo, plus chiadée, avec des sous-titres par exemple. On y pense vraiment, en plus (rires). Il faut réfléchir à comment le faire, c’est un peu chaud techniquement, et puis on n’aura pas d’argent de notre label. C’est pour cela que tout prend plus de temps à être fait. Sinon, on présente le truc et on leur demande ce qu’ils peuvent faire : « s’il vous plait, s’il vous plait, s’il vous plait ! » (Rires). Les traductions en allemand, c’est un étudiant allemand qui a fait des études en Angleterre qui nous les a faites. Il étudiait la traduction, donc c’était parfait, et un gars cool en plus. Il aime tellement ce que l’on fait qu’il les a traduites comme ça, sans rien demander. On lui a filé des t-shirts du groupe (rires), un gars super cool !
ZYVA : Et comment on vous considère dans votre pays ?
Dan : Eh bien, on a eu un peu de chance, je crois. Et puis Scroobius est déjà un peu reconnu pour son travail là-bas. On avait plusieurs titres faits avec différentes personnes, et puis un petit buzz avec "Thou Shalt always Kill". Suite à ça, « Letter from God to man », avec un sample de Radiohead, nous a fait connaître encore un peu plus, nous a rendu plus populaire. Pas mal de gens commencent à nous connaître et on vend plus de disques que nos concerts peuvent le suggérer. Quand on fait un concert en Angleterre, c’est toujours pour un public de mille personnes environ. Par contre, en festival, il nous est arrivé de jouer devant des milliers de personnes. On a fait le Reading Festival l’année dernière, qui est tout de même le deuxième plus gros festival d’Angleterre, et je crois qu’il y avait quelque chose comme 80.000 personnes ! On jouait le même soir que les Rage Against The Machine, tu vois le truc ! (rires) Et puis on continue d’apprécier ce que l’on fait, et nous voilà ce soir, donc ça doit marcher pour nous ! Je pense que l’on est plutôt considéré que un groupe populaire, ce n’est pas du Hip-hop, c’est plutôt plein de choses différentes. C’est excitant parce que les gens vont apprécier un titre, alors que l’on en aura fait cinquante, et tu ne sais pas pourquoi, c’est assez excitant !
ZYVA : Sur scène, vous n’êtes que vous deux, c’est bien cela ?
Dan : Oui, Scroobius à la voix, et moi aux machines. J’ai aussi des claviers et des percussions de temps en temps. C’est un live, donc je reprends ce que l’on trouve sur l’album, mais je fais aussi évoluer le titre. Je ne veux pas que le gars qui a dépensé 20 euros pour venir me voir ait l’impression d’entendre le disque. Selon les disponibilités d’un pote, on a aussi un peu plus de vidéos et du violon. Donc oui, surtout à deux... c’est mieux. On a aussi besoin de moments pour se retrouver tous les deux et se dire des conneries. Bon, c’est différent en Europe parce que si on commence à dire des conneries tous les deux, les gens vont se demander si on n’est pas taré, ils auront pitié de nous (rires), donc en général on est plutôt calme en Europe.
ZYVA : Et d’ailleurs, pourquoi ne t’accompagne-t-il pas ce soir ?
Dan : Il n’a pas pu venir ce soir, il avait un empêchement. On s’est laissé un peu de temps pour faire des choses chacun dans son coin, mais d’ici peu on prendra le temps d’écrire notre prochain album ensemble. Mais on reviendra en France cet été, et là il sera présent. D’ailleurs on devrait faire pas mal de soirées et de festivals cet été, dans des endroits où nous ne sommes jamais allés, comme la Pologne ou les pays Nordiques. A l’origine, c’est Kid A qui m’accompagnait sur les tournées, mais ça n’est plus le cas. C’est une fille cool, elle est américaine, on a écrit un EP ensemble l’été dernier, dont la musique est chargée d’émotions... Bouh, ça me donne des frissons. Elle joue aussi dans le groupe qui s’appelle Cinemax, c’est un super groupe que je vous conseille. J’aime bien changer de partenaire et découvrir d’autres propositions, d’autres orientations musicales. Au bout d’une centaine de dates à jouer toujours les mêmes titres, tu en as forcément plein la tête et tu commences à ne plus les apprécier. Je me suis rendu compte que la diversité, ça t’apporte un truc en plus et c’est pour cela que j’ai continué avec Scroobius. Par contre, c’est difficile à gérer car le son que l’on a bossé cet été ne sortira que dans six mois, il y a toujours un décalage, et là tu te dis six mois plus tard : « putain c’est moi qui ai fait ça ! C’est cool ! Cool ya ! »
Titre d’un artiste qui pourrait te représenter, toi ou ta musique :
Cannibal Ox – Iron Galaxy


