CERCUEIL

Interview de CERCUEIL
Date : 25/04/2009
Lieu : Printemps de Bourges
Par : Jagunk, Yoch

 

Évoluant dans un univers musical entre Pop et Electro Expérimentale, peu communs en France, les trois membres du groupe nous accordent une interview où seront abordés entre autres, l'expérimentation musicale et la notion de découverte musicale.

ZYVA : Merci de nous accorder un peu de temps, vous étiez il n'y a pas longtemps sur scène, comment ça s'est passé pour vous ?

 

Nico : C'était bien.

Penelope : C'était très rapide ! Une demi-heure, ça ne laisse pas beaucoup de temps.

Nico : On a juste eu le temps de se mettre dedans et c'est terminé. Et encore on a de la chance, parce qu'on a joué à 15h, en dernier. On se posait des questions, dire « bonjour » ou « bonsoir »...

 

ZYVA : Et l'accueil du public a été bon ?

 

Nico : Oui, on le sentait bien présent. Les gens sont restés, on a eu quelques bons retours.

 

ZYVA : Vous êtes arrivés quand au Printemps de Bourges ?

 

Nico : Il y a deux jours.

 

ZYVA : Vous avez profité de la semaine pour rencontrer du monde ?

 

Nico : On voulait avoir une journée tranquille pour pouvoir rencontrer du monde, faire des interviews, histoire de ne pas avoir à faire ça la journée du concert. C'est vrai que c'était un peu speed, ce matin on a fait les balance à 8h30, après, on préparait le concert dans notre tête, donc on voulait garder une journée à part pour ne faire que ça.

 

ZYVA : Vous êtes allés voir des concerts ?

 

Nico : Pas encore, on va y aller ce soir, on a enfin le pass qui nous permet d'aller voir des concerts. On va donc aller voir Telepathe, Kap Bambino et Battant.

Olivier : Ça fait deux jours qu'on est là, mais on s'est bien préparés pour le concert. On a essayé de ramener plein de gens au concert. Du coup, on était assez accaparés par notre concert. On ne voulait pas être trop crevés.

Nico : Le seul moment où on a pu voir des concerts, c'était hier soir, on en a vu deux à la scène électro, après on s'est dit « bon, on est sérieux, on rentre pour être en forme pour demain à 8h30 ».

 

ZYVA : Vous êtes passés pas très loin de chez nous, à Bourgoin-Jallieu, au Festival Electrochoc. Comment ça s'est passé pour vous ? Parce que vous étiez programmés au milieu d'autres artistes assez différents.

 

Nico : C'était assez étrange.

Penelope : On jouait au tout début, le premier concert.

Nico : On jouait en premier à une soirée très électro, où les gens venaient vraiment pour danser. En fait ils étaient un peu en stand-by. Le premier groupe passe, alors ils viennent, ils regardent un peu et ils ressortent, ils vont fumer une clope. En attendant le moment où ils vont se défouler.

Olivier : Les gens réservaient leur énergie pour la suite.

Nico : C'est dommage parce qu'on aurait pu toucher des personnes, je pense. Mais ça se sentait trop qu'ils étaient dans l'optique d'une soirée danse.

 

ZYVA : En même temps, vous l'avez cherché ! Vous faites une musique à l'opposé de ce qui peut se faire en ce moment. Tant mieux pour nous, parce que ça nous a permis de vous découvrir et d'apprécier votre approche différente de la musique. Qu'est ce qui a fait que musicalement vous vous orientiez dans ce style ?

 

Penelope : C'est vraiment le résultat de toutes nos influences, nos expériences. On ne se dit pas : « on veut faire de la musique dans telle ou telle direction ». Je pense que l'on cherche à faire quelque chose de très personnel. On cherche à créer des univers, c'est plutôt narratif, ça raconte des choses, ça évoque beaucoup d'images.

Nico : C'est assez spontané. Il n'y a pas de réflexion derrière, sur « on va faire de l'électro, on va faire du rock ». C'est exactement comme ça que ça s'est passé pour l'arrivée d'Olivier. On était à deux, Pénélope et moi, c'était plus électronique, on avait envie d'une touche organique, on ne se disait pas « on veut sonner plus rock ». C'était juste une intention. On se disait que ça serait bien si ces rythmiques électroniques se croisaient à quelque chose de plus violent. On y va plus au feeling.

Olivier : Il n'y a rien qui est vraiment prémédité.

Nico : Il n'y a pas de calcul, à part des calculs d'envie.

 

ZYVA : Vous pensez qu'il y a un public en France pour ce genre d'expérimentation musicale ?

 

Penelope : J'en suis sûr, mais ils ne le savent pas encore ! (rires)

Nico : C'est exactement le cas au Festival Electrochoc. Les gens sont là, ils peuvent venir nous voir, mais non, ils préfèrent attendre et revenir quand ça sera de la Dance. Il faut former le public.

Olivier : Il y a une chose qui peut nous servir. Il y a une mode un peu psyché-pop américaine en ce moment, dans laquelle on ne s'inscrit pas forcément, mais qui à mon avis peut ouvrir les oreilles des gens vers des sonorités un peu plus psychédéliques. J'ai l'impression que l'on peut bénéficier un peu de ça dans le sens où il y a des choses qui commencent à bien marcher et qui sont beaucoup moins codées que d'habitude. On ne dit pas que c'est du rock, que c'est de l'électro...

Nico : Quand on était au concert d'Animal Collective à l'Aéronef, j'ai été très surpris d'y voir 800 personnes. Moi, ce n'est plus trop ma tasse de thé. J'aime moins maintenant ce qu'ils font, mais j'ai été content de voir qu'il y avait 800 personnes pour écouter ça. Je me dis que c'est quand même rare, parce qu'ils font des choses quand même assez expérimentales en concert.

Olivier : C'est une bonne chose, que les gens soient confrontés à des musiques plus expérimentales. Mais après, les gens, ils doivent s'éduquer musicalement eux-mêmes, ce n'est pas à nous de le faire.

 

ZYVA : En parlant d'expérimentations musicales, on a eu l'occasion de voir Zone Libre, un projet Rock-Rap avec Serge Teyssot de Noir Désir et les rapeurs Casey et Hamé, en concert mercredi ici à Bourges. Ils se sont fait huer pendant quarante minutes. Alors je me demande où est la limite en France avec de telles expérimentations. Même si cela reste sur un public ciblé, plutôt Rap.

 

Olivier : Pour ce cas, c'est une programmation risquée et audacieuse. Il s'est avéré que ce jour-là, les gens voulaient de la FM, du Skyrock et ils ne voulaient pas entendre Zone Libre. Mais il faut leur montrer ça, même s'ils ont hué, il faut essayer.

Nico : C'est vrai qu'en festival, c'est difficile. J'ai déjà assisté à des festivals où le groupe en première partie se fait vraiment jeter. Les gens viennent tellement pour voir un artiste que le reste c'est à la poubelle. Je ne sais plus qui parlait de ça, il y a peu... Aidez moi... Comment il s'appelle celui qui est mort il n'y a pas longtemps ?

Penelope : Alain Bashung ?

Nico : Oui, voilà. Et bien, il racontait que tout le monde criait « Bénabar » pendant ses chansons calmes. Parce que les gens étaient venus voir Bénabar ; c'était il n'y a pas très longtemps. Donc voilà, à mon avis dans les festivals, le public il vient tellement pour un groupe que ça crée ce genre de situation.

Olivier : Du coup, il y a de moins en moins de festivals qui font des choses risquées, pour éviter ce genre de situation. Tout ça parce qu'ils n'ont pas la patience de voir un groupe qu'ils ne connaissent pas.

Nico : A moins d'être à un festival classé découverte. Mais découverte au sens large, pas comme ici au Printemps de Bourges où c'est cadré. Comme par exemple le festival Terra Trema qui a une programmation ouverte à la découverte.

Olivier : Tout ce qui est passé en découverte aujourd'hui, si ça avait été en première partie sur une grosse scène, je ne suis pas sûr que les gens auraient été aussi attentifs. C'est un peu dur de dire ça, mais les gens font ce qu'on leur dit de faire. On leur dit « c'est des découvertes », donc ils vont être attentifs. Résultat, le même concert qu'on a fait, on l'aurait fait dans un autre cadre, ils ne seraient peut-être pas restés. C'est dommage de mettre des cases découvertes pour que les gens s'y intéressent.

Nico : Cela manque de curiosité spontanée.

Penelope : C'est aussi dommage de mettre des étiquettes et de cloisonner les publics en fonction des genres. Évidemment, on sait toujours ce que l'on préfère, mais je pense qu'il faut s'ouvrir à ce que font les autres.

Nico : Il faut se laisser aller et essayer de comprendre l'univers d'autres styles, d'autres gens, tout simplement. Il ne faut pas être cloisonné dans son truc, il faut essayer de comprendre les autres.

 

ZYVA : C'est un vrai débat de société ! (rires)

 

Nico : Oui, je vais peut-être un peu loin ! (rires)

 

ZYVA : On a vu que vous alliez faire une date à Londres, en juillet. C'est la première fois que vous y allez ?

 

Nico : En Angleterre, avec Cercueil, oui. Après j'y suis déjà allé pour d'autres projets et Olivier aussi. C'est vrai qu'on aimerait bien internationaliser le projet au maximum. On a déjà fait des dates en Allemagne, au Danemark, en Suisse... De toute façon, c'est pour ça que l'on fait de la musique, on a envie de pouvoir tourner et de rencontrer d'autres publics.

Olivier : On a envie de se confronter à d'autres choses, parce que le public anglais, il n'est pas forcément pareil. On veut voir comment cette musique peut être ressentie.

 

Titre d’un artiste qui pourrait vous représenter vous ou votre musique :

BO Eraserhead - In Heaven Everything is Fine


www.zyvamusic.com © 2008


top musique