N&SK

Interview de N&SK
Date : 16/05/2009
Lieu : Forum Fnac Bellecour
Par : Laloo, Yoch

Après un mini concert, on retrouve Kaï, le chanteur de N&Sk sur la terrasse de la Fnac Bellecour. Juste avant de repartir direction Bourgoin-Jallieu pour un concert à 20 h 30, il accepte de se poser au soleil, une clope au bec. Une interview à bâtons rompus où il nous livre un morceau de son histoire personnelle et sa vision de la crise culturelle actuelle.

 

ZYVA : Ça fait quoi de jouer devant des gens assis ? Bon vous êtes arrivés à les faire lever, mais bon …


Kaï : Ben tu vois, le challenge, c’est ça. C’est d’arriver à les faire se lever. A la limite, les gens te connaissent par rapport aux concerts, où là c’est festif et là ils arrivent dans une salle où on leur impose d’être assis. Ils découvrent un album, donc des titres qu’ils ne connaissent pas, donc ils sont plutôt sur l’écoute. Donc c’est vachement déstabilisant pour nous. En général, quand les gens viennent à nos concerts c’est qu’ils ont eu l’album, ou qu’ils sont allés sur notre site pour écouter ce qu’on fait. Quand ils viennent, ils sont déjà dans l’esprit festif, alors ils dansent. Alors que là dans le forum … Tu prends ça en pleine gueule ! Le challenge c’est vraiment de les faire se lever. C’est intéressant de voir un public qui soit à l’écoute, c’est une autre approche de la musique. Et ça ne nous déplaît pas vu qu’on fait attention à ce qu’on écrit. C’est bien que les gens prennent aussi un peu de temps pour ça …


ZYVA : Oui, ce n’est pas que la musique …


Kaï : Oui, voilà, ce n’est pas que le festif ! Mais ce qui est speed, comme je te le disais tout à l’heure, c’est quand t’es sur une date, tu fais ta balance, tu sors de balance, tu sautes dans le camion pour traverser la ville. Si en plus t’as des bouchons …


ZYVA : Surtout qu’aujourd’hui, c’est pas dans la même ville … (ndlr : N&Sk jouait à 17 h 30 à la Fnac de Lyon-Bellecour et à 20 h 30  le soir même, aux Abattoirs de Bourgoin-Jallieu)


Kaï : Faut bouger. Faut t’installer, ça veut dire qu’il faut du back line en double, donc faut refaire les balances ici. C’est beaucoup de speed ! Alors tu gaspilles énormément d’énergie à faire ça ! Et faut pas oublier que ce soir, t’as le concert !


ZYVA : Mais t’arrives à prendre autant de plaisir sur une scène comme celle du Forum Fnac ?


Kaï : Wé, wé ! Nous, on est un groupe qui existe déjà depuis pas mal d’années. Nos premières armes, on les as faites dans des petits lieux : dans des bars… Surtout à l’époque ! Quand on a commencé, il n’y avait pas de myspace ! La seule promotion que tu pouvais faire, c’était sur le terrain ! Donc il fallait te faire tous les bars de la ville où tu pouvais jouer, toutes les fêtes gratuites, les fêtes à la saucisse, … Tout ce que tu pouvais faire pour jouer, fallait les faire ! Tu jouais pour une pizza et demie, … Tu vois ! Après, t’arrives à faire les premières parties dans les salles locales … Donc voilà, nous, on est vraiment de la vieille école ! Jouer dans des petits lieux, des moyens lieux, des grands lieux, finalement,… voilà quoi !


ZYVA : Alors justement, est-ce que t’as profité de cette écoute particulière du public pour jouer « Marmot » ? (ndlr : « Marmot » traite de la maltraitance chez les enfants)


Kaï : Tout à l’heure, sur scène, j’ai dit qu’on avait pris quelques titres comme ça au hasard, mais ce n’est pas tout à fait vrai ! On s’est organisés quand même ! Après, y’a des questions techniques aussi. Y’a des titres qu’on ne peut pas jouer ici car il y a de la machinerie sur scène. Dans le vrai show, on est huit normalement, alors que là, on n’était que sept. Et toute cette machinerie derrière qu’on ne peut pas utiliser en Fnac.

Donc oui, le choix de titres « plus pour l’écoute » s’imposait. Donc oui, « Marmot » c’est un titre où le côté musical, festif est secondaire par rapport au message que l’on veut faire passer et à ce que raconte le texte. Donc là, c’est vraiment le public idéal, qui va justement s’attacher plus au texte, qu’à bouger le popotin quoi !


ZYVA : C’est une chanson grave, alors dis-moi comment s’est-elle retrouvée sur l’album ? Pourquoi avoir décidé de l’écrire ?


Kaï : Tout d’abord, ce n’est pas moi qui l’ai écrite. C’est Seb ! Parce que chez N&Sk, on est tous compositeurs. Pour les textes, c’est pareil. Tout le monde peut écrire un texte chez N&Sk. Après y’a ceux qui ont envie, ceux qui n’en ont pas envie, ceux qui sont plus ou moins prédisposés à le faire. Et en l’occurrence, on est trois à avoir écrit sur ce dernier album : Christophe, l’accordéoniste, Seb, le guitariste et moi. Et donc, pour « Marmot », c’est Seb qui l’a écrite. En général, quand on fait des textes chez N&Sk, on fait de la chanson réaliste. C’est rarement des mots pour rien dire. On essaie de parler de choses qu’on a vécues. Et en l’occurrence, « Marmot », c’est vraiment un vécu. Pour te dire, dans « Marmot », on parle du voisin du dessus … Tu vois, c’est assez violent quand même ! C’est pas terrible, quoi… Mais c’est du vécu ! Alors effectivement, c’est un sujet difficile à traiter, la maltraitance des enfants, les abus sexuels, c’est dur à faire passer ! Alors, nous, on prend le parti de l’habiller d’une musique plus colorée, un peu pompe qui permet d’être dans un truc, dans un mouvement … Bon, tu vas raconter quelque chose de grave, mais y’a une sorte d’équilibre entre la musique et le texte.


ZYVA : Mais y’a le message à la fin de la chanson, qui te casse bien quand même !


Kaï : Oui, bien sur ! Y’a le message à la fin qui te balaie !


ZYVA : Wé, tu le prends un peu en pleine gueule quoi !


Kaï : On aime bien jouer sur les contrastes chez nous !


ZYVA : Donc, là vous avez commencé cette nouvelle tournée et ça fait quoi ? Quatre, cinq concerts déjà …


Kaï : Cinq concerts déjà !


ZYVA : Ça s’est bien passé ? L’accueil est bon ? Surtout que vous avez commencé avant même la sortie de l’album …


Kaï : Oui, on a commencé au mois de mars …

Kaï accepte de signer un autographe : « Je sais, j’suis chiant … »

« Non, non, attends … Cool ! No problem ! Merci à toi ! »

On est encore un peu en rodage. On a fait une résidence juste avant de partir en tournée. On monte un spectacle. Pendant le spectacle tu t’aperçois, que là, tiens, ça ne fonctionne pas bien ! Que ce soit pour nous ou pour le public !


ZYVA : Donc, tu corriges aussi en fonction du public …


Kaï : Énormément ! Nous, on fonctionne vraiment en direction du public ! On ne fait pas de la musique pour nous, mais pour un public ! Tout est pensé pour eux. Pour qu’il y ait un vrai rapport ! Faut que ça aille dans les deux sens. Alors ça veut dire que pendant la tournée, on modifie des choses. Ce soir, aux Abatt’, y’a cinq titres qu’on rebalance complètement. Alors les lumières, faut que ça suive ! Et nous, on change de place aussi, parce qu’on s’aperçoit que jouer comme ça ou comme ça, ça change notre ressenti. Alors là, on est vraiment sur le début de tournée. A priori, on est parti pour défendre ce disque pendant j’espère, bien deux ans !


ZYVA : C’est ce que j’allais dire ! Pour l’instant, la tournée est vraiment assez courte. Surtout pour un groupe de scène comme vous !


Kaï : Elle est éparse, c’est vrai !


ZYVA : Une vingtaine de dates sur quatre, cinq mois, c’est peu au final !


Kaï : Voilà, voilà … Y’a des choses qui rentrent, tout doucement. Des choses qui se mettent en route. Mais je crois que c’est vraiment la crise. Ça l’était déjà dans le milieu du disque, mais c’est un autre débat ! Par contre, vraiment au niveau des concerts, ça commence à être un peu dur … Nous, on n’a jamais eu aussi peu de dates que cette année ! Pourtant, l’album est bien accueilli par les pros … Mais après c’est une histoire de budget ! On n’est pas plus cher qu’il y a dix ans, c’est pas notre politique ! On ne fait pas de la musique pour ça ! Donc c’est pas un problème de coût d’N&Sk, mais un problème de marché du concert actuellement. On a pas mal de copains qui sont dans d’autres groupes assez connus : Babylone Circus, Dub Inc’, … Qui sont du coin, quoi ! On discute et effectivement tout le monde galère un petit peu cette année. Pourquoi ? Parce qu’il y a des coûts budgétaires. Parce que les assoc’ n’ont plus de subs. Les subs ont grave été réduites ! De toutes façons, tu sais bien, la culture c’est ce qui en prend un coup en premier !


ZYVA : Ben oui, ça ne rapporte pas …


Kaï : C’est sûrement pas les banquiers, tu vois ce que je veux dire … Donc y’a plein de lieux qui n’ont plus de subs, ou alors très peu. Et ceux qui arrivent encore à s’en sortir, eh bien, ils misent sur des groupes qui sont moins nombreux que N&Sk. Tu vois, nous on est douze sur la route. Donc douze personnes à nourrir, à loger, à payer, … Tout de suite, tu vois, ça fait un peu gros ! Les mecs essaient plutôt de miser sur des groupes de quatre, cinq musiciens. Ou alors ce sont de grosses têtes d’affiches où ils vont pouvoir mettre l’entrée à 40€ !


ZYVA : Vous faites quand même le Sziget (gros festival de musique en Hongrie) cette année …


Kaï : Oui, on fait quand même de belles sorties et notamment ce Sziget …


ZYVA : Vous partez beaucoup à l’étranger ?


Kaï : Oui, oui ! Serbie, Hongrie, encore une fois ! Là, on rentre de Suisse. Ce n’est pas très loin, hein, mais c’est l’étranger ! Écoute, je pense que l’automne sera mieux ! Cette année, c’est une année bizarre. C’est une année bizarre pour tout le monde ! J’espère que 2010 sera mieux ! En tout cas, nous, l’objectif c’est de tourner, tourner, tourner !


ZYVA : Mais vous êtes distribués un peu à l’étranger ?


Kaï : Oui, Oui … y’a des points relais ! On tourne beaucoup dans les pays de l’Est. On a fait la Russie, Pologne, Hongrie, Ukraine, …Wé, on a beaucoup tourné dans les pays de l’Est, du coup, on a des points relais là-bas. Notamment avec des Instituts français qui sont dans chaque pays. On est dans ce réseau-là. A partir du moment où tu rentres dans ce réseau, tu peux, d’une part, tourner. On est parti deux fois dix jours en Ukraine, on est parti à Moscou en Russie… Bon on va en Hongrie aussi. Et tu vois, le Sziget, ça dépend aussi un peu de ça. Après, tout se met en relation, … On peut dire que c’est une alternative pour nous d’aller jouer à l’étranger. Parce que le marché en France est un peu chaud, la solution c’est ptèt d’aller jouer ailleurs ! Et nous, on adore en plus ! On adore voyager, découvrir des pays … Et on s’aperçoit que notre musique est très ouverte, très facilement accueillie par les étrangers. Je pense que la langue française, en elle-même, est quelque chose qui intéresse, qui attire. Dans les pays de l’Est, ils en sont amoureux ! D’ailleurs, une des stars internationales françaises, c’est Mireille Mathieu, hein !


ZYVA : Et Patricia Kaas !


Kaï : Et Patricia Kaas ! Elles cartonnent  dans les pays de l’Est ! Numéro un des Charts et tout, hein !


ZYVA : Et au Japon aussi !


Kaï : Oui ! Toujours ! Parce qu’il y a une espèce de sympathie envers la langue française, … Et nous, du fait qu’on soit nombreux, qu’on fasse une musique colorée, qui utilise un peu les harmonies des pays de l’Est, orientales, … Alors les gens s’y retrouvent ! Les gens accrochent assez bien en général, oui !


ZYVA : En parlant du côté musical, cet album-là est plus rock que les précédents, non ?


Kaï : Wé ! C’est vrai. Il est un peu plus rock. On nous avait fait cette critique-là au départ, mais moi je n’avais pas capté. Je leur disais : « Non, pas spécialement ! ». Et pendant deux mois, je n’ai pas écouté le disque. Disque qu’on a mixé au mois de novembre, octobre, décembre même ! Et je l’ai réécouté y’a quinze jours et je me suis dit : « Putain, mais c’est plus rock ! ». Et en réfléchissant …


ZYVA : Ca s’est fait tout seul !


Kaï : Ca s’est fait tout seul, oui. C’est ce que je voulais dire ! Ce n’est pas un choix délibéré. C’est juste que sur cet album-là, Seb, le guitariste, qui lui vient d’un milieu rock, métal. Et qui a d’ailleurs d’autres projets qui sont bien axés rock-métal ! Lui a beaucoup plus composé sur cet album que précédemment. Donc on retrouve un maximum de ses influences. Donc, en fait, c’est simplement ça !


ZYVA : En parlant d’influences d’ailleurs, j’ai vu que parallèlement à la composition de cet album, tu lisais « Eldorado » de Laurent Gaudé …


Kaï : Oui, ça m’a inspiré d’ailleurs un titre : « Libre service ». Qui est d’ailleurs le titre de l’album ! Ca fait donc référence au livre de Laurent Gaudé, qui s’appelle « Eldorado ». En plus, on est en plein dedans-là ! Il raconte un petit peu le voyage … C’est autour de l’exil de ces voyageurs clandestins, qui viennent d’Afrique ou d’ailleurs, et qui ont l’illusion que l’Europe, c’est l’Eldorado ! Qu’ils vont y avoir une vie super… Enfin ils imaginent un truc incroyable, alors qu’en fait … Et ils prennent des risques incroyables pour arriver jusqu’en Europe ! Et finalement, c’est la grande désillusion pour eux ! Souvent, ils se retrouvent à la rue, ou ils se font fliqués ! Surtout en Italie, qui en a fait un délit ! C’est hyper grave ! C’est malheureux ! L’espèce humaine est en train de virer à la barbarie ! On est soi-disant les pays les plus développés !


ZYVA : Le pays des Droits de l’Homme !


Kaï : Oui, c’est ça, le pays des Droits de l’Homme ! Ça fait flipper quoi !


ZYVA : Dans le même délire, j’sais pas si tu connais, mais Eric-Emmanuel Schmitt a écrit « Ulysse from Bagdad ».


Kaï : J’en ai entendu parler, oui !


ZYVA : Eh bien, c’est un peu comme « Eldorado ». C’est un jeune Bagdadien qui veut absolument partir en Angleterre pour réussir …


Kaï : Ah … ok ! Mais là, tu vois, « Eldorado », c’est vraiment des histoires vécues. Trois personnages qui vivent des histoires en parallèle. Tous cherchent à rejoindre l’Europe. Mais c’est vraiment tragique quoi ! Et moi, ça m’a beaucoup touché. J’ai des origines kabyles. Mes parents font partie de la première vague d’immigrés en France. Donc mon père est arrivé dans les années 48, pour la reconstruction. Aujourd’hui, il a 85 ans, il est très vieux tu vois, mais on en parle. Et je sais la souffrance que c’est de quitter un pays pour pouvoir espérer mieux. Espérer avoir une vie meilleure. Forcément, tu pars. Tu laisses beaucoup de choses derrière toi, dans l’espoir de pouvoir gagner ta vie, d’avoir une vie meilleure et puis aider les gens que t’as laissé au pays. Finalement, dans tout ça, tu t’aperçois que c’est la grande désillusion ! Donc, oui, ce bouquin m’a beaucoup touché et m’a donné envie d’écrire cette chanson !



Titre d’un artiste ou d’un groupe qui pourrait te représenter toi ou ta musique :

NougaroBidonville

 

Kaï : AH ! Représenter notre musique … Ça c’est compliqué ! Par exemple, là on a eu envie sur cette tournée, sur ce set qu’on fait, de reprendre une chanson de Nougaro. Moi, Nougaro j’adore. C’est un poète pour moi ! C’est un amoureux des mots ! Il sait faire sonner la langue française comme peu de poètes savent le faire, je parle des poètes contemporains en tout cas ! Et on a repris une chanson qui s’appelle « Bidonville » et qu’on joue sur scène !


ZYVA : Olivia Ruiz l’a reprise aussi !


Kaï : C’est vrai ?


ZYVA : Oui, oui !


Kaï : Oh merrrde ! Fait chier ! (rires)


ZYVA : Mais elle l’a reprise il y a longtemps !


Kaï : Ben tu vois, on ne le savait pas ! Et du coup, on a fait notre arrangement. On la présente en version acoustique. Parce que tu vois, c’est quelque chose qu’on ne fait pas. Tu vois, on arrive avec les grosses guitares électriques et là d’un coup dans le set, on a créé un moment acoustique où on reprend des anciennes chansons version vraiment acoustiques : guitares bois, cajon, violon, … Et avec la voix vraiment devant ! Et surtout le public, avec la proximité et l’intimité qu’il peut y avoir en acoustique. Mais « Bidonville », c’est vraiment une chanson qui nous rassemble. De par le texte surtout ! Faudrait que t’aies le texte sous les yeux pour voir ce que ça raconte, mais c’est vraiment des valeurs qui nous rassemblent. Un peu le message global de N&Sk. Ça parle de voyages, ça parle de rencontres, ça parle de partage, de tolérance, de culture des différences, d’enrichissement de l’autre, … Enfin, toutes ces valeurs qu’on défend et qu’on essaie de véhiculer sur scène quoi ! C’est vraiment ce qui nous donne envie de faire de la musique quoi !

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