STUCK IN THE SOUND
Le quatuor parisien de rock-indé vient défendre son nouvel "Shoegazing kids" au Ninkasi Kao à Lyon en ce mois de mars, et nous accorde un peu de temps pour une petite discussion dans leurs loges. Au programme : scène rock française, leur album et des groupies...
ZYVA : Il y a beaucoup de groupes de rock en France qui émergent, qui sortent du lot et vous, vous arrivez un peu comme ça avec une empreinte très différente, très particulière et c’est vraiment appréciable alors qu’en France, on a quand même du mal à mettre en avant cette identité rock n’roll.
François : En fait on le ressent moins qu’à nos débuts. En fait quand on a commencé en 2002, on était vraiment dans une période où il y avait encore d'un coté le rock français "traditionnel" et de l’autre des groupes qui se permettaient de chanter en anglais où il n’y avait aucun accès.
Emmanuel : Il n’y avait pas d'« indi-rock » vraiment français, de qualité.
François : Il n'y avait pas vraiment de scène, encore moins de radios, de lieux pour faire des concerts. On a eu beaucoup de chance avec l'émergence du rock international dans les années 2000 et ça a commencé à intéresser les gens y compris en France. Nous c'est en 2005 à Paris qu'on a commencé à faire des tonnes de concerts lorsque le rock était de nouveau à la mode. A ce moment, il y a beaucoup de groupes qui sont apparus, des associations qui ont organisé des concerts. Il y a eu une très grosse effervescence rock qui s'est propagée dans toute la France avec d’autres foyers comme à Lyon ou Bordeaux.
ZYVA : On peut aussi dire qu'il y a différents degrés dans ce milieu avec par exemple Superbus qui sont dans un autre registre, et d'autres groupes avec des styles différents en France.
François : Ah oui dis-moi car ça m'intéresse de savoir.
ZYVA : Comme par exemple avec la scène locale comme les Music is not Fun, A Song ou bien the Green Olive, une grosse scène lyonnaise ou même comme tu disais des groupes bordelais ou parisiens.
Emmanuel : Ce sont des villes qu'on a eu l'occasion de côtoyer mais il y a un phénomène certain dans certaines villes, un fait lyonnais je sais pas...
ZYVA : Au final comment avez-vous réussi à tirer votre épingle du jeu?
François : Je pense qu'on a rencontré les bonnes personnes au bon moment avec ce phénomène de petites scènes émergentes parisiennes et on s'est vite bien entendu avec des groupes, des programmateurs qui nous ont fait tourner et en même temps avec notre titre "Toy Boy" en 2005, qui avait été sélectionné sur le CKFD des Inrockuptibles quand ils faisaient encore des compiles, et qui donnait un peu de crédit auprès des programmateurs ou de la presse.
Emmanuel : En plus ce qui était intéressant avec ces compiles, c'est qu'avec les groupes qui étaient dessus il y avait toutes les dates que tu pouvais faire sur Paris mais qui au final restaient ciblées "scènes parisiennes" et que dans un milieu précis qui pouvait intéresser quelque 400 personnes et qui n'avaient pas l'occasion d'aller jouer ailleurs. Grâce au CKFD le titre a été diffusé partout en France et de ce fait tous les programmateurs l'ont entendu. Et c'est grâce à ça, que notre premier concert qu'on a fait en dehors de Paris, c'était justement à Lyon. Par la suite, on a été programmé un peu partout, et donc, on a pu faire pas mal de concerts.
François : Et suite à ça, notre album est sorti de manière nationale et là on a fait une tournée pour le coup dans toute la France et là, ça peut vraiment faire la différence par rapport à des groupes qui restent très attachés à leur scène indépendante locale.
ZYVA : D'ailleurs pour revenir à votre album, on peut dire que c'est une "putain" de tuerie!
François : Ben c'est cool!
ZYVA : A l'inverse ça aurait été de la merde on te l'aurait dit aussi!
François : Ben c'est d'autant plus sympa alors.
ZYVA : En tout cas, avec cet album, vous avez réussi à conserver votre empreinte, votre style, vous l'avez d'ailleurs affiné. Mais au niveau de la construction vous avez changé quelque chose? Comment l'avez-vous appréhendé cet album?
François : C'est pas vraiment notre méthode qui a changé mais plus les conditions dans lesquelles il a été monté : le premier a été composé pendant toute cette période où on a joué beaucoup et pas mal accumulé de titres et ça s'est fait sur une période de trois ans. Il y avait des titres qu'on a enregistrés un an auparavant, d'autres qu'on jouait depuis trois ans. Et quand l'album est sorti, pour nous il y avait des titres qu'on considérait comme vieux. Par contre pour le deuxième album, on l'a composé dans un espace temps beaucoup plus réduit, sur une période de 6 mois. En plus, on avait fini de tourner, donc on avait plus le temps de s'y consacrer vraiment, faire juste un disque et qu'il soit notre seul centre d'intérêt.
Emmanuel : Et puis on avait vachement envie car du coup, quand tu joues des vieux morceaux sur scène, c'est vraiment cool, t'es à l'aise, tu peux les interpréter différemment, mais arrive un moment où t'as envie de passer à des nouveaux titres.
ZYVA : Et puis ça vous a permis de l'affiner, de prendre le temps de le travailler.
François : Sur le nouvel album ce qui est très différent c'est la façon dont on l'a enregistré, la prod' est très différente. Sur le premier, au delà des titres qui étaient enregistrés trois ans avant, pour la prod' c'était pareil, pas vraiment à l'arrache mais par à-coups, on squattait les studios d'enregistrement les soirs, on tâtonnait en temps que musiciens, notre ingénieur du son Romain Delaval qui a travaillé avec nous pour cet album, pareil, on était tous en train d'apprendre à faire ça un peu dans des conditions un peu "roots".
Emmanuel : Et même le studio, on maîtrisait pas vraiment, on avait fait un autre album avant, des petites maquettes mais jamais fait quelque chose de satisfaisant. Et à force, on commençait à être vraiment à l'aise en live et content de nos concerts et en même temps une petite frustration en studio. On n’arrivait pas à retranscrire la puissance qu'on avait sur scène, en studio. Le studio c'est comme n'importe quel autre paramètre de la musique. T'as besoin de progresser, d'acquérir de l'expérience. Et du coup, sur cet album là, on a autant parlé des compositions que des conditions dans lesquelles on a fait cet album.
François : On a continué à tâtonner mais on a rapidement atteint une vraie idée de ce que l'on voulait faire et du coup on était vraiment content du résultat. Donc pour résumer soit tu enregistres de façon très cloisonnée, avec chacun à son tour qui essaie de faire ses trucs, comme si tu jouais une partition parfaite d'un morceau, soit tu te dis que c'est pas grave et qu'après tout, t'es un groupe de rock et que ça sonne mieux quand on joue tous ensemble avec la patate et du coup c'est ça qu'on a fait tout simplement et on est super content de ce choix.
ZYVA : Oui et puis vous devez avoir des bons retours du public et des médias en général avec Tsugi dernièrement par exemple.
Emmanuel : Oui on a eu avec le disque un très bon accueil ça fait plaisir.
ZYVA : Et alors il y a des conséquences à tout ça, une reconnaissance pour cet album là ? Vous arrivez à prendre du recul vis à vis de tout ça ?
Emmanuel : Ben en même temps, on n’a pas l'impression non plus d'être arrivé à un stade maximum. Vu de l'intérieur au sein du groupe, c'est plus un cheminement logique. Au moment du premier album, on avait un public mais pas non plus nombreux, mais il fallait surtout se faire découvrir par la presse, presse qu'on a eue sur le premier album et avec l'énorme tournée qu'on a faite on s'est rendu compte que le projet grossissait un peu et qu'il y avait de plus en plus de gens qui nous connaissaient. Donc normalement quand le nouveau disque est sorti, ça intéressait plus de gens que deux ans auparavant au moment du premier album, mais on n’a pas l'impression qu'on a fait... tu sais l'expression qu'emploient les gars des labels en marketing, bref on va pas utiliser les mêmes mots qu'eux!
ZYVA : Vous vous concentrez sur la musique ! Bon là, les tournées ça va continuer, vous allez être encore pas mal sur scène, ça va être de la folie, vous vous préparez à ça.
François : Ben là on est en plein dedans.
ZYVA : On dirait même que c'est le début du commencement !
François : Je dirais même que c'est le milieu du commencement !
Oui là on commence à enchaîner vraiment comme des porcs depuis mars ; là, c'est violent !
Emmanuel : Là, à la fin de la semaine, on aura fait neuf concerts en onze jours ! Bon ce n’est pas encore le statut américain en tournée européenne parce qu'ils peuvent faire plus mais quand même bien violent pour nous, mais on ne l’avait jamais fait à ce point là avec des bons trajets.
François : Mais bon c'est vrai que c'est que le début avec les festival cet été. On va jouer un peu en Allemagne au mois de Juin.
ZYVA : Et d'ailleurs vous cherchez une date à Berlin, il paraît comme votre collègue nous disait.
François : Ah oui ! ?
Emmanuel : Oui on s'est rendu compte qu'on avait 7 dates en Allemagne mais aucune sur Berlin, donc on va voir ce que l'on peut faire pour ça !
ZYVA : Ben on pourra toujours voir ce que l'on peut faire, car on est aussi sur Berlin.
François : Comment ça s'appelle Zyva sur Berlin?
ZYVA : "Zaiva" (ndlr : prononciation phonétique berlinoise).
François : Ah oui d'accord ils ont gardé le nom de Zyva là bas.
ZYVA : Sinon vous avez prévu de partir outre Europe?
François : Ben oui c'est un projet, un rêve d'aller jouer en Europe tout simplement. Mais c'est clair que ça nous ferait bien plaisir de jouer aux États-Unis par exemple, vu le style qu'on a, les influences aussi donc pour nous ça serait mortel.
ZYVA : Le souci c'est qu'il faut faire beaucoup de dates.
François : Oui sinon c'est pas rentable. En tout cas on adore voyager, ça nous dérange pas du tout d'être sur la route.
ZYVA : On se demandait, on a souvent insisté sur la notion de "groupie", des jeunes filles qui scandent vos noms, ça vous est déjà arrivé ? Car on se souvient d'un concert de vous où il y avait un peu de ça et je me suis demandé....
Emmanuel : Parce que c'était quand notre dernier concert sur Lyon ? On n’avait pas joué avec BB Brune?
ZYVA : Pas sur Lyon je crois pas.
Emmanuel : Non je crois qu'on a fait un concert avec BB Brunes, pas à Lyon mais pas loin avec Fake Oddity d'ailleurs, et là du coup il y avait de la groupie.
François : Oui il y en avait un peu de la groupie mais sans dire le phénomène de groupie il y a des jeunes et des jeunes filles en particulier, quand ils viennent en concert ils ont envie de s'exprimer, de crier et de se lâcher, ce qui au final est super sympa pour les artistes, ça donne de la motivation pour jouer.
Nous, on est un peu comme un groupe de proximité dans notre approche du public comme un truc de famille. Y en a qui veulent cultiver la distance et se mettre sur un piédestal artistique alors que nous on a des rapports simples avec les gens à la fin des concerts. Genre, aller leur parler, leur demander comment ça s'est passé, s'ils ont aimé. On retrouve des mecs qu'on voit tout le temps et en plus avec myspace on peut garder le contact tout le temps.
ZYVA : Bon il y a aussi pas que des groupies, il faut quand même le dire, mais vous avez un public bien métissé.
François : Oui c'est clair. Mais si on avait aussi que des groupies on pourrait se poser des questions sur le plan musical au même titre que si on avait que des trentenaires on se poserait les mêmes questions tu vois. C'est parfait qu'on puisse intéresser les pointus et les jeunes qui découvrent et qui recherchent juste de l'énergie rock, donc c'est parfait.
Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait représenter votre musique :
Sonic Youth - Reena


