MARILLION
Merci Internet ! Certains groupes n’auront pas attendu Myspace pour faire parler d’eux et rentrer dans la légende. Ainsi, Marillion, trente ans de carrière s’il vous plaît, frôle les planches du Transbordeur ce soir. Pete Trewavas nous invite à le rejoindre.
ZYVA : Alors comme on te le disait, nous sommes sur le Web et depuis peu, sur papier. Vous avez été un des premiers groupes à comprendre l’importance d’Internet dans les années 90.
Pete Trewavas : Eh bien, oui, on a compris très vite qu’Internet serait un outil très utilisé dans le futur, dans la mesure où il nous permettrait d’être en contact avec nos fans et de leur dire ce que nous faisions. Dans les années 94, ou 95, Marc Kely (Ndlr : claviériste) avait un compte Email, à l’époque tu devais te connecter avec un téléphone spécial. Tu devais faire un numéro interminable, pour joindre une compagnie qui te branchait ensuite à un réseau. C’était à une époque où l’on utilisait majoritairement Internet dans les universités et dans quelques grandes entreprises. On avait pu créer une page Web qui nous servait de forum pour garder contact avec le monde entier. A cette époque, Internet était plus utilisé aux U.S.A. qu’en Europe, et nos fans américains étaient déjà très présents. Beaucoup d’entre eux se renseignaient sur nos tournées US. Mark a pu leur répondre et diffuser le message que notre maison de disques n’était pas en mesure de nous faire tourner. A notre plus grande surprise, les fans ont cotisé pour que l’on ait les moyens de venir faire une tournée aux USA. C’est à ce moment-là que l’on s’est rendu compte du potentiel d’Internet et de l’efficacité de l’outil. On a donc fait cette tournée américaine et on en a profité pour bosser avec un gars qui nous a construits un site, un gars qui bossait justement avec des universités américaines sur le développement d’Internet, dans l’Ohio. Ce gars vient juste de nous quitter d’ailleurs, on a bossé ensemble pendant des années ...
ZYVA: ...Et pourquoi est-il parti ?
Pete Trewavas : Il travaille toujours avec nous, mais il bosse aussi sur d’autres projets en parallèle, avec des entreprises qui s’occupent de plusieurs artistes, ce qui lui laisse peu de temps. Avec le temps, on a vu Internet se développer et devenir plus important que ce que les gens pouvaient penser au départ. C’était il y a un moment maintenant, et c’était difficile à croire à cette époque, mais Mark nous avait déjà prévenus. Il nous disait que dans quelques années, tout le monde aurait Internet et que le net serait le moyen de communication le plus répandu sur Terre, et nous on lui disait « oui, Mark, c’est cela, oui… Nous aussi on a lu des livres de sciences fictions. » (Rires)
ZYVA : Et ce n’est plus de la science fiction, aujourd’hui !
Pete Trewavas : Et non ! (rires) Ce qui est intéressant pour nous, c’est que nous sommes à l’aise avec Internet aujourd’hui. Quand tu arrives à être si proche de tes fans, au point de construire une vraie famille, ce qui était un peu déstabilisant au début, ça te permet de te rendre compte du soutien que l’on t’accorde et de construire tes projets. C’est à ce moment-là que nous avons créé notre label et notre maison de disques. Ce n’est pas toujours si évident de prendre autant sur toi et se donner tout le temps, alors que de nos jours, nous sommes dans une situation plutôt confortable. On est content d’en être arrivé là, on a de la chance car désormais, on peut faire tout ce que l’on veut. Artistiquement, nous sommes complètement libres, et nous sommes très peu à l’être. Je crois que Radiohead ou Blur sont dans le même cas. Notre musique est simplement exactement celle que l’on veut ...
ZYVA : Justement, votre dernier album peut être acheté sur le net, mais il n’est pas encore distribué chez les disquaires, ça devrait arriver bientôt d’ailleurs.
Pete Trewavas : Et bien, je crois qu’il est diffusé à partir d’aujourd’hui en fait (rires). On a voulu faire une petite expérience avec cet album. Mais dans tous les cas, tout ce que tu peux trouver sur nous dans le monde, les fans peuvent se le procurer sur notre page Internet. C’est d’ailleurs mieux si les fans achètent l’album directement sur notre site, ça nous évite de passer par un distributeur et de le payer ! On doit aussi penser au business et tout ce que cela implique, ça a été tellement dur pour nous de nous limiter à cause de nos moyens, donc on essaye de faire ça bien, aussi. Bon, pour ce qui est de ce dernier album, il n’était téléchargeable qu’à partir d’ITunes et de notre site, c’est pour voir comment les gens allaient réagir, combien allaient en acheter, et c’est un fait, il y a encore beaucoup de gens qui vont acheter des albums chez leur disquaire.
ZYVA : Ah bon ?
Pete Trewavas : Oui, ils le font, en tout cas pour une partie de nos fans. C’est aussi sûrement lié à un effet de génération, je crois. Bon, j’ai deux enfants, deux ados. Ils achètent des albums et ils adorent fouiller chez des disquaires, mais c’est souvent pour des vieux groupes. Pour le reste, ils se fournissent directement sur Internet avec Myspace et autres Facebook. Pour ma part, j’essaye de ne pas trop tomber là-dedans. Je pense que ça te prend tout ton temps, tu finis par ne faire que ça et tu deviens accro à tout ça ...
ZYVA : Ca devient ta vie ! (rires)
Pete Trewavas : Oui, tu n’as plus de vie, ça devient ta vie. Tu te « virtualises » (rires) et je trouve ça bizarre, quand même. Je pense que l’on est face à une génération qui est à l’aise avec le téléchargement, qui connaît bien cela. Bon, c’est bien évidemment dommageable pour l’industrie de la musique, mais pas pour les artistes. Cela me fait penser à Grateful Dead. Ils enregistraient leurs concerts et les distribuaient pour rien, c’était les premiers à le faire, d’avoir cette ouverture d’esprit sur leur carrière. Ils disaient : « quel est le problème ? On veut faire découvrir notre musique, c’est ce que l’on fait » ! Tu deviens forcément plus populaire, alors où est le problème ? Bien sûr, les maisons de disques leur ont dit non, parce qu’ils voulaient se faire de l’argent dessus. Ils veulent faire leurs profits. De toute façon, les artistes sont très peu payés pour tous les disques qu’ils vendent, donc être payé un peu moins cher ne fait pas la différence. C’est un monde étrange dans lequel on vit et il change très vite et tout le temps ...
ZYVA : Oui, et en 20 ans de carrière, vous avez vu tout changer ...
Pete Trewavas : Oh oui (rires), c’est simple : les premières années où l’on a signé chez EMI, ils se payaient bien et les groupes touchaient très peu d’argent, comparativement. Je crois dans un sens qu’ils méritent ce qui leur arrive. L’industrie de la distribution du disque doit changer. Par contre, il doit y avoir un retour, on ne peut pas tout avoir gratuitement parce qu’aujourd’hui, c’est l’artiste qui trinque. Je pense que la situation est la même pour les films et la télévision. En définitive, c’est l’art qui est menacé, parce que les gens ne vont pas faire d’efforts, dépenser de leur temps ou de l’argent. Résultat : il y a de moins en moins de films et on ne fera que reprendre ce qui avait marché et le remettre au goût du jour, un peu comme en musique d’ailleurs. C’est plus simple à faire et moins cher. Aujourd’hui, il te faut d’abord une bonne idée, les outils, maintenant, tout le monde les a. Et puis, même si ton idée est nulle, avec les moyens actuels, tu peux l’arranger et la rendre acceptable, et ça c’est le vrai problème (rires). Il y a aussi de très bons groupes, je ne vais pas faire le vieux de service. Par contre, certains groupes me rappellent les années 80, d’autres les années 90. Je pense à MGMT, qui est assez intéressant, je les ai vu au Reading Festival, mais ils avaient l’air jeune, il leur manque peut-être un peu de technique. Finalement, c’est au public de savoir ce qui est bon et ce qui est mauvais.
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