Jarring Effects
A défaut d'avoir pu couvrir l'évènement cette année, nous avons souhaité rencontrer une partie de l'équipe de Jarring Effects afin de faire le bilan sur la 10ème édition du festival Riddim Collision.
Zyva : Pour avoir été présents sur la soirée du vendredi, qui était complète, on peut dire que l'édition 2008 semble s'être bien passée.
Jérôme : Oui, c'est une très bonne édition, on avait un peu la trouille vu que la date était très avancée par rapport aux autres années. Généralement, c'était le week-end du 11 novembre. Et là, c'était un sacré challenge de le faire aussi près de la rentrée. Jusqu'au dernier moment on s'est demandé si les gens avaient eu l'information, si on allait faire du monde. Et finalement, on a fait en moyenne plus de 1000 personnes par soir avec deux grosses soirées, celle du Peuple de l'Herbe, et la soirée Dub ou on a affiché complet avec 1500 personnes. Du coup, sur les soirées un peu plus confidentielles le jeudi et le samedi, on a fait un peu moins de monde, mais ça, on s'y attendait. Et il y a eu la journée du dimanche, qui était une première. Et ça a été une bonne surprise vu qu'il y a eu 400 entrées payantes (prix libre).
Donc c'était vraiment une super bonne édition ; et vu que c'était l'anniversaire, ça tombe bien qu'on ait fait une édition un peu mémorable, avec la même configuration qu'en 2006, sous chapiteau. Donc voilà, super édition, tout s'est bien déroulé en termes d'organisation, d'artistique, il n'y a eu aucun souci.
Zyva : La gestion du lieu et du chapiteau s’est bien passée aussi ?
Jérôme : C'est vrai qu'amener un chapiteau, c'est pas rien, c'est pas une salle qu'on investit, il faut vraiment tout apporter de A à Z. C'est un challenge qu'on a réussi et on en est assez fiers.
Zyva : Pour revenir sur la programmation du dimanche, c'était vous (l'équipe de Jarring) qui mixiez ?
Jo : Il y avait Cristel Dutorchon des Freesson, du Pink Ponk Crew, il y avait Led Piperz le VJ de High Tone qui avait déjà fait un live la veille.
Zyva : Vu que c'était annoncé « JFX Dj's », je me demandais qui de l'équipe avait mixé?
Jérôme : Il y avait Opti qui a fait un mix au pied levé. C'est vrai qu'au départ on devait avoir pas mal de gars de High Tone et puis certains se sont désistés, du coup on a trouvé des gens pour les remplacer et ça s'est bien passé.
Jo : C'était un peu le but de l'après-midi, d'avoir des potes de Jarring qui mixent. C'était vraiment après-midi détente, pétanque, apéro et barbecue !! Il y avait une très bonne ambiance, tout le monde qui récupérait doucement du week-end. C'était assez bon de voir des gens qui ont fait quatre jours de festivals et qui reviennent le dimanche avec les yeux bien creusés et en trainant bien la patte, mais qui en voulaient encore. On a eu du beau temps, et on a pris tous les canapés qui étaient dans les loges artistes pendant le festival pour les mettre coté public. Du coup tout le monde était posé en mode chill-out.
Zyva : Et quelle a été la bonne surprise live du festival ?
Jo et Jérôme : Ez3kiel vs Hint !!
Jo : On a réécouté ça encore ce matin et ça a vraiment été la claque du week-end. On ne savait pas vers quoi ça allait tendre et on n’a vraiment pas été déçus. Artistiquement, c'était assez monstrueux, il y avait une belle installation sur scène. C'était un peu tendu au début parce qu'ils avaient fait juste trois jours de résidence pour préparer cette date. Eux les premiers, ils n’étaient pas forcément à l'aise et très bien dans leurs pompes au début du concert. Et puis au final, ils se sont vite détendus et ça a été énorme.
Jérôme : Le public était à fond.
Jo : On aurait bien aimé qu'il y ait un peu plus de monde sur cette soirée-là. Mais c'était jeudi soir, ça finissait tard, les gens qui bossent le lendemain avaient pas forcement envie d'arriver complètement « gazés » au taf. Donc on a eu un peu moins de monde que ce qu'on attendait, mais la création en elle-même était énorme ! Notamment la reprise de Bästard qui était vraiment énorme. Avec huit amplis sur scène, ça donnait une puissance impressionnante.
Jérôme : Il y a aussi eu Led Piprez, on a eu de très bons retours sur son live, le samedi soir. Mary Ann Hobs de la BBC a sorti pleins de bonnes galettes qu'on ne connaissait pas trop, parce que, vu qu'elle est journaliste, elle reçoit toutes les nouveautés. Ça a fait plaisir d'écouter des nouveaux sons. C'est vrai que dans tout ce qui est Bass music, Dub Step, on a tendance à écouter toujours les mêmes morceaux que tout le monde se refile et que tout le monde joue. Du coup là, il y avait une concentration de nouveaux sons.
Jo : Ceefax Acid Crew, j'ai adoré son live, ultra festif, ultra rentre-dedans, tout le monde avait une grosse banane devant la scène.
Jérôme : Le Peuple de l'Herbe aussi a fait un super live, avec pas mal d'anecdotes, de petits rappels sur le Riddim Collision ; ils sont revenus sur les premiers morceaux. C'était assez symbolique, c'était super sympa.
Zyva : Vous aviez vraiment cette idée, sur cette édition, de regrouper tous les groupes qui tournent autour du Riddim et de Jarring ?
Jérôme : ouais, je pense qu'on a réussi ce coté-là. On se rassemble tous pour faire du son. On se fait des vieux morceaux pour les souvenirs. On a réussi à faire ce qu'on attendait. Une semaine avant, on se disait : « ça serait bien que ça se passe comme ça »… bah au final ça a été le cas.
Jo : Il y a eu aussi la grosse soirée sound system du mercredi. Avec Brain Damage en version sound system pour la première fois. Ils n'avaient jamais eu l'occasion de le faire. Ils ont toujours joué sur des façades assez classiques, mais jamais sur un sound system Dub à même le sol. On leur avait proposé de le faire déjà en 2006, mais ils étaient un peu sceptiques. Cette année, ils se sont motivés à essayer et ça a été une bonne claque.
Jérôme : Ils n’ont absolument pas joué le live qu'ils ont l'habitude de faire. Ils se sont amusés à puiser dans toute leur discographie et à jouer les morceaux les plus roots.
Jo : Dans l'ensemble, on est vraiment contents au niveau artistique.
Zyva : Et, au niveau de l'organisation, vous faites ce choix du chapiteau pour l'ambiance particulière ?
Jo : Oui, tu as une ambiance que tu ne retrouveras jamais dans une salle de concert. Que ce soit sur la manière d'accueillir le public, que d'accueillir les artistes et les bénévoles. Tu te retrouves dans un endroit que tu montes de A à Z pendant une semaine. Tu as le plaisir de le voir se monter, en sachant ce que tu vas y accueillir pendant le festival. Quand tu ouvres les portes pour le public tu as accompli ta première grosse mission. Et c'est vrai qu’on n’a pas le même rapport dans une salle ou tout est déjà équipé. Tu fais tes balances vite fait, ton concert attaque, t'as pas vraiment le temps d'apprécier ce que tu fais. Et tu as aussi les relations avec les personnes des salles, même si on s'entend très bien avec la plupart des gens des salles lyonnaises. Quand tu es sous chapiteau tu es dans ta maison, tu la construis, tu décides comment tu accueilles les gens, que ce soit le public ou les artistes. Tu as vraiment une ambiance collective qui se dégage. Et, à choisir, on préfère vraiment ça. On a moins de contraintes et plus de marges de manœuvre que dans une salle. Après c'est beaucoup plus fatiguant, ouais (rires). C'est plus complexe à mettre en œuvre mais le résultat vaut le travail qu'il y a à fournir.
Zyva : Toujours en ce qui concerne l'organisation, dans l'édito du dernier Nuke, Mo pétait un coup de gueule sur l'augmentation abusive des tarifs des artistes…
Jérôme : C'est surtout sur le rapport entre le coût de l'artiste et ce qu'il ramène comme public. Du coup, au départ de chaque année, on part sur pleins d'artistes qu'on aimerait faire venir : des grands noms ou assez connus ; et au fur et à mesure qu'on démarche les tourneurs, on se rend compte que ce n’est absolument pas dans nos cordes.
Zyva : Cette année plus que les autres ?
Jo : Déjà un peu l'année dernière, mais c'était vraiment flagrant cette année. Il y avait un article dans un journal, il y a quelques mois, de gros programmateurs, des Eurockéennes ou autres, qui soulevaient le problème. C'est vrai que, comme l'industrie du disque à tendance à chuter, du coup les gars gagnent moins d'argent sur la vente de disque, donc ils ont tendance à récupérer sur les tournées et ils augmentent le prix de leurs cachets. Après, nous, on ne cherche pas à programmer des gros artistes sur lesquels il y a d'énormes buzz en ce moment et qui vont te ramener 5000 à 10000 personnes. On n’est pas dans cette démarche-là et j'imagine que ceux qui sont dans cette démarche, ils doivent avoir de plus gros problèmes que nous parce que les cachets doivent atteindre des tarifs complètement fous !! (rires). Nous, on a une jauge à 1500 personnes. Mais c'est vrai qu'il y a des groupes qui sont des têtes d'affiche, à notre niveau, qu'on aimerait vraiment pouvoir avoir, mais qui proposent des tarifs qui sont aberrants par rapport au nombre de personnes qu'ils peuvent ramener, aux frais qu'ils peuvent avoir derrière. Il y a un moment où on ne voulait pas rentrer dans cette logique-là. Il y a certains artistes pour qui on a préféré refuser plutôt que de lâcher énormément d'argent. Donc après, je ne sais pas comment ça va évoluer. De notre coté, avec quatre soirées à 1500 personnes, il faudra qu'on arrive à trouver les têtes d'affiche qui ramènent ces 1500 personnes. Ça fait quand même quatre Transbordeurs (salle de concert Lyonnaise) d'affilée. Il faut quand même avoir des groupes qui ramènent pas mal de monde. Les groupes qui ramènent 1500 personnes dans ce qui nous plait, avec les critères qu'on peut avoir, sans tomber dans le trop facile, tout en gardant de la découverte artistique, c’est pas facile à trouver. Il faut qu'on arrive à garder cet équilibre.
Tout ça a fait qu’on n’était pas complètement rassurés à l'ouverture des portes. La soirée du vendredi avec Le Peuple de l'Herbe, Kaly Live Dub, on savait que ça allait le faire. Le jeudi on se doutait que ça serait plus compliqué parce que Ez3kiel, Hint, Kilimanjaro, ça touche un public spécifique, il n'y avait pas de tête d'affiche. De même pour le samedi, on n’avait pas de gros nom, sauf pour un public spécifique qui suit l'électro barré et les productions de Warp, Planet µ. Donc les gens qui suivent cette scène-là, ils devaient être bien contents. Mais c'est sur que c'est pas un Vitalic ou un Justice qui sont des trucs plus grand public, mais c'est pas ce qu'on veut faire. Donc on essaie de trouver le juste milieu entre les finances, la jauge et ce qu'on a envie de défendre artistiquement.
Zyva : Vous suivez la même politique depuis le début du Riddim ?
Jérôme : Oui, ça n'a pas changé. Et puis, sur cette période, il y a d'autres gros festivals comme Mars Attack, ou d'autres. Nous, par rapport à eux, on a du mal à rivaliser. Un tourneur, il va peut-être plus se tourner vers un festival plus gros où il sait que son groupe va jouer devant pleins de gens, plutôt qu'un petit festival Lyonnais. Du coup, sur des « têtes d'affiche » des fois on se sent un peu méprisés par certains tourneurs. Donc, c'est un autre paramètre avec lequel il faut jouer. Ensuite, dans notre politique de découverte, la soirée qui a le mieux fonctionné, c'est celle du samedi avec Le Peuple de l'Herbe et à coté des mecs comme Cadence Weapon.
Zyva : D'ailleurs, je l'ai découvert ce jour-là et j'ai acheté le Cd le soir même !
Jérôme : L'idée, ça serait qu'on arrive à faire ça sur chaque soir. Avoir un type qui accroche l'oreille du public, et après s'amuser à faire de la découverte. Comme il y a deux ans avec Amon Tobin, où tout le monde ne parlait que de lui et les gens se sont pris pleins de choses complètement barrées juste avant.
Zyva : Personnellement, je pense qu'il y a une part de votre public qui vient sans connaitre tous les groupes, tout en sachant très bien qu'il y aura de la découverte.
Jérôme : Ouais, on a l'impression d'avoir un peu fidélisé le public. Comme tu dis, même s’ils ne connaissent pas trop la programmation, ils vont quand même venir parce qu'on est un peu crédibles. Donc ça fait super plaisir. Après, on pratique des prix pas énormes non plus. Donc il y a pleins de choses qui font que les gens reviennent. Je pense qu'il n'y a pas 50000 festivals en France où les mecs de la sécurité ont le smile, où les gens à l'accueil sont cool, où on n’assomme pas les gens avec des bières à 5 euros. Il y a tout un faisceau de trucs qui font qu'il y a du monde même sans Missil ou Justice.
Zyva : Et vous aviez pensez à qui comme artiste, que vous n'êtes pas arrivés à faire venir?
Jérôme : Le truc c'est que quand on se fait un brainstorming en janvier, on sort des pages et des pages de noms de groupes. De tête, comme ça, il y a eu Subtle, mais là c'était un problème de disponibilité plus que de tarifs.
Jo : C'est vrai que, quand on commence la programmation, on se fait un énorme listing de tout ce qu'on aimerait voir sur le Riddim,
Jérôme : On part sur des trucs… on est complètement irréalistes. On va dire : « SonicYouth, ça serait mortel !! » (rires)
Jo : Après, c'est souvent à l'heure de l'apéro, il faut remettre ça dans le contexte !! Mais au milieu des délires comme ça, il y a des trucs plus réalistes sur lesquels on essaie de partir. Et puis quand tu creuses, entre les disponibilités des gens, savoir s’ils ont d'autres dates à coté, si ça peut rentrer dans une tournée cohérente pour le tourneur, au final sur une feuille de 30 tu en as un ou deux que tu vas programmer.
Jérôme : Il y a eu aussi Peter Murphy, Meat Beat Manifesto. Pour lui, le problème c'est qu'il n'y avait aucun programmateur en France qui voulait le faire jouer pour la sortie de son album. Et payer l'avion San Fransisco - Lyon à nous tous seul, c'est un peu dur. Son tourneur européen a cherché des dates pendant deux mois, au final il avait dû en trouver une seule en plus de la notre, donc on a laissé tomber.
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