ADAM KESHER

Interview de ADAM KESHER
Date : 29/08/2008
Lieu : Miribel - Woodstower
Par : HMK, Jagunk

Rien ne peut aiguiller l’auditeur sur la natalité du groupe Adam Kesher tellement leur son résonne comme un groupe anglais..Malgré tout, ce groupe de Bordeaux est bel et bien un groupe 100% frenchie, comme quoi pas besoin de traverser la manche pour avoir une bonne dose rock bien efficace !!!

ZYVA : Bonjour, on connait quelques titres de vous, mais pas votre histoire, donc vous pourriez commencer par vous présenter, ce que vous faites, d'où vous venez.

 

Julien Perez : La formation a 4 ans, elle s'est formée a Bordeaux, on est six dans le groupe. Ca fait maintenant un an qu'on est sur Paris. Pendant ces quatre années, on a sorti des maxis. Et on a sorti notre premier album il y a quatre mois.

 

ZYVA: La formation n'a pas bougé depuis le début.

 

Julien Perez : Non, c'est l'entité.

 

ZYVA  : Tu penses vraiment que c'est important ?

 

Julien Perez : Oui, j'aime pas trop les regroupements dans les groupes, je trouve que ça casse la dynamique. 

Gaëtan Didelot : Le groupe s'est créé d'une amitié commune, c'était un « side project » (ndlr : projet parallèle) au départ. On ne pensait pas que ça allait devenir aussi sérieux. C'était vraiment un groupe de copains. Je pense que si la formation venait à changer, l'esprit serait trahi (rires).

 

ZYVA : Et vous êtes passés de Bordeaux à Paris, c'était un passage obligé ?

 

Julien Perez : C'est pas tellement lié à la musique. Paris n'est pas une ville très Rock. C'est un peu la même chose d'être à Bordeaux ou à Paris. C'était plus pour changer d'air, parce qu'on est tous nés à Bordeaux, ou venus à Bordeaux très tôt. On commençait à s’ennuyer. Il y a un certain déclin de la culture. Il y a plein de lieux porteurs qui ont fermé, des programmateurs qui sont partis de la ville. C'était un peu sordide les dernières années où on y était. Gaëtan et moi on continue à faire des études, les autres bossent, donc voilà pour tout le monde c'était mieux d'être sur Paris.

 

ZYVA : Vous connaissez un groupe qui s'appelle Nihil, qui est sur Bordeaux ?

 

Gaëtan Didelot : On a joué quand on était très jeune avec leur bassiste. On était vraiment très petit et on cherchait à monter un groupe. Julien avait treize ans et moi j'en avais quatorze. Et en fait ça a trop rien donné.

 

ZYVA : Et ils ont arrêté le groupe en début d'année.

 

Julien Perez : Juste avant de terminer ils avaient fait la première partie de The Sister of Mercy sur toute la tournée européenne.

 

ZYVA : Apparemment ça les faisait pas vivre non plus... et vous vous en vivez ou pas encore ?

 

Julien Perez : Non pas encore. Après c'est super d'arriver à vivre de sa musique. Mais à moins de faire de la variété, surtout avec la musique qu'on fait, surtout en France, il faut bien avoir en tête que c'est pas facile. On fait ça parce qu'on aime ça, qu'on aime voyager, faire des concerts. C'est une sorte de foyer qui nous regroupe tous. Mais après vivre de la musique, si ça arrive c'est bien, mais c'est difficile de prévoir, c'est très hasardeux.

 

ZYVA : Tu parles du public français, tu penses que c'est difficile de le toucher ?

 

Julien Perez : C'est pas évident il n'y a pas vraiment de culture Rock en France. Ça commence un peu ces dernières années mais jusqu'à présent le Rock en France, c'était quelque chose de très particulier, très proche de la chanson ou de la variété. Il y a des groupes comme Noir Désir qui ont fait avancer les choses. Après c'est pas notre génération. On n’a pas du tout les mêmes références. Nous on a vraiment cette volonté de faire un truc « international », de pouvoir tourner à l'étranger, de pas rester cantonné à la France.

 

ZYVA : Ce qui est sur, c'est que beaucoup de gens pensent que vous êtes un groupe anglais, à mon avis, et je dis pas ça pour te faire plaisir, ça vient de ton accent, on ne sent pas du tout que tu es français. D'où il vient ? Tu as vécu en Angleterre ?

 

Julien Perez : Non, j'ai surtout écouté beaucoup de musique. Quand j'étais petit, je lisais les paroles de mes groupes préférés. Je suis aussi de la génération DVD avec les VO. Tous mes groupes préférés depuis que je suis jeune sont des groupes anglais, donc c'était tout naturel de chanter en anglais.

 

ZYVA : Et les textes, c'est toi qui les écris ? Ils racontent quoi ?

 

Julien Perez : C'est moi qui les écris. Au départ on faisait les morceaux, j'avais une mélodie de chant en tête et je mettais les paroles au hasard dessus. Au fur et à mesure je me suis rendu compte que c'était vachement important les paroles dans un morceau. Je me suis mis à écouter des groupes qui avaient des bonnes paroles, alors qu'avant j'écoutais des groupes qui avaient des paroles de merde, donc ça relève un peu le niveau. Je me sentais un peu minable, donc pour l'album, j'ai essayé d'écrire des paroles conséquentes. Après mes textes ne vont pas d'un point A à un point B, ce ne sont pas des narrations. Je peux m'inspirer d'un livre ou de chansons écrites par d'autres pour écrire mes textes. J'aime bien les songwriters comme Morissey ou d'autres qui arrivent à faire passer vachement de choses dans leurs morceaux. C'est de la littérature, c'est pas du message politique de bistrot, un truc qui m'exaspère pas mal, du genre « on va vous faire la leçon », en général je trouve ça assez maladroit.

 

ZYVA : Et la musique, c'est une création commune ?

 

Julien Perez : C'est assez variable.

Gaëtan Didelot : Au tout début c'était Julien et moi qui faisions toute la musique. On s'est rendu compte rapidement que les autres voulaient y participer et apporter leur pierre à l'édifice. Du coup, c'est vraiment variable, même assez chaotique parfois. Soit on trouve des trucs tous ensemble, soit on essaie de se retrouver à trois ou quatre, parce que faire des choses  à six c'est toujours vachement compliqué. Il n'y a pas de plan précis.

 

ZYVA : Et vous écoutez quoi en ce moment ?

 

Gaëtan Didelot : En ce moment j'écoute que Daniel Johnston et les Beach Boys (rires)

Julien Perez : Moi le dernier truc que j'ai écouté, c'est Arthur Russel, c'est un new-yorkais des années 80 qui bossait avec The Talkings Heads, Philip Glass, des mecs de la musique expérimentale. Après, c'est plus ou moins l'inventeur de la House music, du moins c'est un des pionniers. C'est un mec qui était violoncelliste à la base. Après dans les trucs récents... il y a un truc qu'on connait depuis deux ans, on est super fan, on a joué avec eux à Paris, ça s'appelle Deerhunter. C'est un groupe d'Atlanta qui fait un peu penser à My Bloody Valentine, c'est vraiment un groupe hyper bien, hyper inspiré. Ils sont en train de devenir les références du Rock Indé aux Etats Unis. En France, ça commence aussi à être connu. Il y aussi The Barbaras, c'est une sorte de groupe à la Beach Boys, dégénéré, hyper Noise, super bruyant. Pour l'instant ils n'ont pas sorti d'album, mais ça devrait se faire rapidement. Sinon dans les trucs plus proches de nous, dans les groupes de Bordeaux, il y a Bobmo.

 

ZYVA : Et tous ces groupes que vous nous avez cités, ils vous influencent dans votre musique ? Parce que de ce que j'ai pu entendre vous êtes plus contemporain je trouve.

 

Gaëtan Didelot : On a un peu de mal avec la notion d'influence. Disons que quand on est jeune on écoute des trucs de façon assez tranchée, en restant dans un style. Aujourd'hui c'est quelque chose qui ne fonctionne plus vraiment. Avant il y avait des codes précis, selon que tu appartiennes à telle ou telle scène, aujourd'hui ça n'existe plus et c'est plutôt bien comme chose. Donc par rapport à la notion d'influence, je crois que quand on écoute de la musique et qu'on aime ça, on peut écouter énormément de choses différentes.

Julien Perez : Quand tu commences un groupe c'est une réunion de plusieurs personnes, un projet commun, nous on était partis sur un truc Pop dansant, on a essayé de se tenir. Après on a tous des projets à coté pour faire d'autres choses. On essaie de rester cohérent dans notre idée de départ. Le jour où on changera de style, on changera de nom. Après, tous les groupes qu'on a cités, c'est vrai que ça nous influence indirectement mais c'est vrai que la comparaison n’est pas évidente.

 

Titre d’un artiste ou d’un groupe qui pourrait vous représenter, vous ou votre musique

This guy is in love with you – Burt Bacharach

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