EZ3KIEL
Tout juste un mois après leur date annulée lors des Nuits Sonores, nous retrouvons Ez3kiel pour cette date de remplacement au transbordeur. De l'importance accordée à l'image sur scène à la composition de leur dernier opus Battlefield, vous en serez un peu plus sur l'un des groupes les plus innovant de sa génération.
Zyva : On s'était rencontré il y a tout juste un an au Printemps de Bourges, vous commenciez votre tournée de promotion pour Naphtaline, et là, vous venez de sortir un nouvel album : Battlefield, tout est allé très vite pour vous.
Stéphane Babiaud : Le fait de faire Naphtaline avait été prévu depuis longtemps, avec l'idée que comme ce projet n'allait pas tourner, que ce n'était pas son but, il fallait penser à faire quelque chose d'autre après. Le projet Naphtaline devait s'arrêter au DVD-ROM interactif. Après, on a tourné avec l'installation interactive pour faire découvrir le projet. En ce moment, elle est à Orléans, elle continue à tourner sans nous.
Zyva : Elle tourne jusqu'à quand ?
Stéphane Babiaud : Il n'y a pas de date limite. C'est même possible qu'un jour on joue des morceaux de Naphtaline. Après il faudrait aussi réunir plein de gens : Nosfel, les Dauu... il y a aussi ce problème d'emploi du temps. Là, par exemple, on a à notre charge une partie d'un événement qui aura lieu à Grenoble en octobre 2009 pour la Biennale. On est en train de penser une création avec aussi bien une interactivité musicale que visuelle, et puis pourquoi pas décliner des morceaux de Naphtaline ? On devrait travailler avec des étudiants du Conservatoire de Grenoble. Mais pour l'instant, ça reste encore à l'état de projet.
Zyva : De ton coté, comment tu as intégré le groupe ?
Stéphane Babiaud : J'ai participé comme d'autres personnes à Naphtaline et après, l'idée c'était de faire un album à quatre avec une deuxième batterie, un vibraphone puisque j'en joue aussi, et Johann qui rejoue de la guitare. On avait donc les ingrédients pour ce nouvel album avec deux batteries électroniques et deux batteries acoustiques, du clavier que l'on peut jouer en binôme avec Johann.
Zyva : C'est assez rare de voir deux batteries sur scène, le seul que j'ai en tête c'est PJ Harvey, il y a deux ans, aux Nuits de Fourvière. Comment vous le gérez sur scène ?
Stéphane Babiaud : Vu que l'on a chacun deux batteries électroniques et acoustiques, des fois on joue ensemble exactement la même chose, des fois on joue des parties complètement complémentaires et d'autres fois on a des parties de questions-réponses à la fois électroniques et acoustiques. À certains moments, il n'y a qu'une seule batterie parce que je joue du vibraphone.
Après, l'album n'a pas du tout été construit comme ça. Chacun joue la partie de batterie qu'il sent. Je me suis retrouvé à jouer des parties de batterie sur l'album que je ne joue pas sur scène et vice versa. Pour l'album, on a voulu utiliser ces possibilités avec les deux batteries, plus le retour de la guitare. On a voulu faire quelque chose de plus dur, de plus énergique.
Zyva : La manière de composer à été la même ?
Stéphane Babiaud : Non, justement, on est pas parti de l'électronique pour composer. On est parti de séances de répétition, on a enregistré au fur et à mesure. On a enregistré beaucoup de maquettes de ce qu'on avait fait dans notre local.
Zyva : Et vous écoutez des groupes pendant la période de composition ? Parce qu'en vous voyant à Bourges il y a quelques semaines, j'ai trouvé le concert proche de la musique Indus à certains moments. Vous écoutez des groupes de ce style ?
Stéphane Babiaud : J'écoute beaucoup de Rock, des trucs même plus Métal. Mais, en général, on écoute beaucoup de choses différentes. Mais, pendant la composition, on a pas écouté grand chose. Il y a même certains groupes que l'on a pas voulu écouter pour ne pas être trop influencés. Dans certains cas, il vaut mieux ne pas écouter ces groupes pour pouvoir aller chercher ailleurs quand on compose.
Zyva : Et qu'est-ce que vous avez découvert récemment qui vous a vraiment plu ?
Stéphane Babiaud : J'accroche beaucoup le groupe Battles, je trouve ça vraiment très créatif. Yann m'a fait découvrir Mars Volta, et j'ai rincé tous les albums en un an, j'ai écouté ça à fond. On a une culture Rock de toute façon. Donc, même si on écoute plein de styles, ça reste toujours dans un esprit Rock. Si on écoutait du Jazz on écouterait pas Miles Davis mais plus du Steve Coleman, en Classique on écouterait plus du Stravinsky ou du Bartok, des trucs qui grincent, que du Bach ou du Mozart. On écoute même des Djs Electro. Et ça nous inspire aussi beaucoup puisque pour les batteries, il y en a énormément qui sont des batteries découpées, travaillées, déchirées dans tous les sens, mais ce sont des prises qui ont été faites en acoustique dans le studio avec la caisse claire, le charlet, la grosse caisse... Ensuite on a découpé tout ça pour créer autre chose. Certaines fois, on jouait des petites cessions de batterie un peu Break Beat et puis après on arrangeait ça. On a bricolé comme ça pour tous les instruments.
Zyva : Ce soir, c'est un concert particulier puisqu'il remplace le concert de la JFX Party 3, dans le cadre des Nuits Sonores, qui a du être reporté à cause de la salle qui était trop petite, de la taille du ballon ?
Stéphane Babiaud : Pas forcement, il y avait le ballon mais c'était surtout pour les images. Le plafond n'était pas assez haut, on se serait retrouvé avec une image de la taille d'un poster et c'est pas le sens que l'on veut leur donner. Sur scène, il y a quatre musiciens et l'image, il n'y a pas une partie plus importante que l'autre. Pour nous, si l'image est trop petite ça dessert la démarche. On a malheureusement dû décliner l'invitation, à regret. On a préféré annuler et faire une date dans de meilleures conditions. On voulait présenter quelque chose à la hauteur de notre travail et de nos espérances. Encore une fois, ce n'est pas un refus.
Zyva : Vous allez faire une grosse tournée, il y a des dates à l'étranger de prévues ?
Stéphane Babiaud : Pas grand chose, à notre grand regret. Après, c'est une histoire de distribution, le jour où on sera bien distribué à l'étranger, on aura plus d'opportunités sûrement.
Zyva : On arrive à la dernière question (donnez nous le titre d'un artiste qui pourrait vous représenter ou représenter votre musique), la dernière fois vous nous aviez répondu Fishbone avec la chanson Fight the Youth.
Yann Nguema : C'était il y a 2O ans ? (rires)
Zyva : non, l'année dernière.
Yann Nguema : Qui c'est qui vous a donné cette réponse ?
Zyva : Vous étiez là tous les trois ! (rires)
Yann Nguema : Disons que c'est le groupe qui nous a donné envie de faire de la musique... Le fait de tout mélanger, tout brasser, ne pas se poser de questions. Mais je ne les ai plus écoutés depuis ... (rires)
Stéphane Babiaud : La première fois que j'ai écouté des albums de Fishbone, je me suis dis : « c'est ça que je veux faire ! » C'est quand même quelque chose d'assez exceptionnel de voir sept gars sur scène, qui sont capables de jouer pleins d'instruments, d'avoir une pêche énorme, que se soit dans des petits ou des grands lieux, et puis encore aujourd'hui. Donc, ouais, ça me va, Fishbone.


