GONZALES
Gonzales n'est que son nom de scène. Jason Beck, canadien immigré en Europe (berlin puis Paris pour collaborer avec Letang) à la fin XXième siècle, revient sur le devant de la scène avec son nouvel album Soft Power (sortie le 7 avril), 4 ans après Solo Piano. Un nouveau Gonzales est en marche, la discussion qui va suivre vous en donnera un aperçu...
ZYVA : Merci de nous accorder de ton temps. On imagine que beaucoup de personnes souhaitent te voir en ce moment.
Gonzales : Oui et c'est notre deuxième concert de la tournée ce soir. On a besoin de temps pour bien se préparer. Je me fouette pendant 20 min avant de monter sur scène pour bien me mettre dans l'état de victime.
ZYVA : Tu as des outils en particulier que tu préfères ?
Gonzales : J'aime bien la cloche. Quand je monte sur scène, je joue de la cloche. La première musique que je fais pendant le concert c'est : il joue de la cloche. J'essaie de garder la cloche avec moi, car il s'agit du totem du concert. Je commence et finis le show en tapant des notes sur elle.
ZYVA : L'idée est venue comment ?
Gonzales : Il y a tout simplement de la cloche sur le premier morceau du concert, Let's ride, un morceau un peu disco. Je voulais entrer sur scène en ne jouant pas directement du piano. L'objectif est de montrer qu'on ne se trouve pas dans un univers où Gonzales est enfermé sur le monde du piano. En fait je suis animateur de la soirée. Je ne suis pas que le leadsinger du groupe. C'est un vrai groupe. La cloche met bien en avant ce côté animateur.
ZYVA : Chef d'orchestre !
Gonzales : Exactement !
ZYVA : Tu ne voulais pas arriver et jouer au piano parce qu'on te colle l'étiquette de pianiste alors que tu as fait beaucoup d'autres choses.
Gonzales : Oui bien sûr, mais récemment j'ai fait pendant 4 ans uniquement des concerts au piano. Celà correspond à la même durée qu'entre 1999 et 2003 où j'ai fait des concerts de rap, d'électro- cabaret. La phase piano aura duré autant de temps que la première phase. Ca pèse beaucoup.
ZYVA : Pour la troisième phase, il faut s'attendre à quoi ?
Gonzales joue de la cloche
ZYVA : Quelque chose de très festif !
Gonzales : Oui, c'est plutôt positif. C'est de plus en plus dans l'idée que la musique n'est pas à comprendre. Elle n'est pas faite pour faire réfléchir, mais uniquement pour le plaisir de l'écoute et celui de voir des gens s'amuser sur scène.
ZYVA : Pas de la masturbation !
Gonzales : Oui exactement, c'est de la vraie communication. Sur l'album c'est identique. L'esprit, c'est de passer à côté de l'écoute cérébrale qui est, je crois, quelque chose qu'on retrouve partout. Tout ces gens qui écoutent avec une attente. Moi je préfère l'idée d'entendre la musique. C'est presque passif. On laisse les harmonies, les rythmes, les mélodies entrer dans l'oreille. On a une réaction émotionnelle ou non et on ne se pose pas la question what does it mean ?
ZYVA : C'est plus du sensoriel que du réfléchi.
Gonzales : Et là avec le nouvel album, il y a plein de journalistes qui me posent cette question. Justement le but c'est que vous ne pensiez pas à ça. Le but c'est de dire si tu aimes ou non. Je suis capble d'accepter le fait que vous ne l'aimiez pas. Même si je préfère que vous l'aimiez. Mais, ce que je ne supporte pas ce sont les réactions que je trouve assez drôles, assez pathétiques, pénibles. Celles des gens qui disent, j'ai écouté mais il faut que je réfléchisse. Mais qu'est ce qu'il y a à réfléchir ? Ce n'est pas une thèse philosophique, c'est de la musique. Oui mais il y a des solos de saxophone, j'essaie de les placer, et puis c'est quoi le degré. Ecoute, si toi tu ne sais pas à quel degré c'est, et bien c'est que tu ne sais pas écouter. Tu écoutes avec ton cerveau et non avec tes oreilles. C'est en quelque sorte, un défi lancé aux gens pour qu'ils mettent de côté leurs codes cérébraux et rentrent plus dans le plaisir.
ZYVA : A l'inverse, la construction de l'album a t'elle été cérébrale ?
Gonzales : Non, l'album est technique parce qu'il est très arrangé mais ça construction n'a pas été cérébral. En fait, je suis entraîné à faire de la musique. J'ai passé pas mal de temps à apprendre. Je dirais donc que c'est plus physique. Dans le sens où j'essaie de construire quelque chose correctement. Je fais de la musique avec le côté scientifique et quand tu as appris à faire quelque chose depuis que tu es très très jeune...j'ai 36, tout devient instinctif. Mais à l'inverse, je peux énormemment réfléchir sur l'autre côté de l'album...sa présentation. Je vais réfléchir à ce que je vais porter sur scène, comment je vais monter sur scène. Le superficiel est une partie que je respecte beaucoup. J'adore le côté superficiel de la musique. J'avoue que parfois je fais exprès de mettre beaucoup de mensonges dans la vérité car je crois que ça crée beaucoup de deuxième degré. Le côté superficiel est fait par définition pour manipuler les gens. Attention, pour la musique je ne cherche pas à manipuler mais juste à faire plaisir. J'ai toujours fait comme ça. Pour la présentation il y a beaucoup de jeux et le côté manipulation bénévole. Quand les gens viennent à un concert, ils sont là pour être manipulés. Ils ne sont pas là pour voir quelque chose de vrai. Au cinéma, on n'entend personne dire, je croyais que ce mec s'appellait Tom Cruise, pourquoi il s'appelle agent machin chouette. Dans un film on accepte le fait d'être dans quelque chose de faux. Une fois que les paramètres de ce mesonge sont établis on peut retrouver une certaine vérité, ou tout du moins un frisson avec l'entertainement. C'est la même chose pour mes concerts. Je ne serais jamais Jason Beck sur scène. D'autres musiciens le font, mais ce sont des gens que je n'aime pas. Ce sont des chanteurs un peu prétentieux. Eux ils essaient de construire quelque chose de vrai, d'être authentique et c'est juste pénible. On retrouve beaucoup plus de vérité une fois qu'on a établi que les transactions entre le public et l'entertainer sont superficielles. C'est parce que je respecte autant cette superfialité que je met autant d'effort à la mettre en place. Dire que ce n'est pas superficiel est un manque de respect. Moi je fais quelque chose de vrai, je suis Dominique A, je monte sur scène, c'est moi et je chante mes morceaux, les gens vont voir quelque chose de vrai. Ça c'est quelqu'un qui ne respecte pas son public. Il essaie d'effacer le côté superficiel et le renie devant son public. Rien que le fait d'avoir construit une set list fait que ce n'est plus authentique. Même s'il est sensé porter ses vêtements de la vie courante, il les a choisis par rapport au concert.
ZYVA : Et il y aura toujours une différence entre ce que les gens vont voir et ce que tu souhaites montrer.
Gonzales : C'est ça. C'est juste irrespectueux de dire : je suis authentique. C'est une insulte au public.
ZYVA : Tu as choisi cet artiste au hasard ?
Gonzales : C'est un exemple. Une fois, je l'ai vite fait vu sur un petit morceau et je me suis dit bon ...
ZYVA : Ça ne t'a pas inspiré...
Gonzales : C'est une autre façon de faire. Moi je ne suis pas d'accord, je trouve que ce n'est pas respectueux par rapport au public. Après il n'est pas question de talent ou non. Il y a des gens qui vont aimer mais moi non. A l'inverse, il y a de bons exemples. Je peux être plus dans le positif si vous voulez. Katerine, Daft Punk sont des gens qui ont bien compris la superficialité de la musique.
ZYVA : Des gens avec qui tu as travaillé en plus.
Gonzales : Heureusement pour moi.
ZYVA : Et puis il y en a beaucoup d'autres avec qui tu as collaboré. Feist, Boys Noize, Teki Latex, des univers assez différents. Ils sont peut-être tous dans une certaine folie superficielle, non ?
Gonzales : Boys Noize c'est un bon exemple. Lui, il ne montre pas son visage. Il fait un effort pour créer une image, qui est c'est vrai une anti-image. C'est à chacun de trouver sa solution. Daft Punk sont des gens comme moi qui ne sont pas extravertis, qui n'aiment pas avoir leur propre gueule sur les affiches. Eux ils ont trouvé la solution dans les robos, les casques. Au moins on sent l'effort et pour moi c'est important. Il faut sentir l'effort, sentir que les gens veulent communiquer.
ZYVA : Là j'ai l'impression que tu nous parles d'un monde dans lequel tu invites les gens à te rejoindre. Alors que d'autres artistes prétendent être vrais dans leur communication. Toi, tu proposes plus le côté magique parce que tu veux garder ton côté vrai pour toi ?
Gonzales : C'est parce que c'est moins intéressant et par définition impossible. C'est une lutte qu'on ne peut pas surmonter. Donc je préfère lutter dans un autre sens et me rapprocher de quelque chose d'enfantin. Quand je vais voir un concert c'est le côté que j'ai envie de voir. Quand je vois Katerine, j'ai l'impression de voir le petit Philippe Katerine qui a 6 ans, qui s'habille, qui fait des histoires. Parfois je vois des gens beaucoup trop adultes pour moi. Tu as l'impression qu'ils sont mariés avec des enfants, qu'ils portent des pantalons horribles qu'on appelle des dockers, c'est beaucoup trop adulte. Ce côté responsable du truc, non, non, non, il faut pas déconner, Gonzales, Katerine, c'est des trublions. C'est des clowns. Ils sont fous fous. Je te dis Philippe Katerine...c'est le mec le moins fou que je connaîs.
ZYVA : Il rentre dans son personnage une fois qu'il est sur scène.
Gonzales : Oui, et il sait comment trouver son enfant intérieur et le sortir pour le rentrer dans un truc qui communique beaucoup avec le public. Ce qui est fou pour moi c'est de se gâcher la chance de communiquer avec les gens. Beaucoup d'artistes font ça pour eux et je trouve cela très égoïste. Ils sont tellement égoïstes qu' ils pensent que cela va marcher dès lors qu'il se font plaisir. Je suis artiste, je suis inspiré, je suis authentique, je n'ai pas calculé ce moment pour vous, c'est quelque chose qui n'est pas vendeur, c'est quelque chose de pur, mais quel ridicule, quel mensonge, quelle arnaque.
ZYVA : Tu vois donc le métier d'artiste comme le métier d'artisan qui ne construit pas une maison pour lui mais pour son client .
Gonzales : Oui c'est ça.
ZYVA : Sauf si c'est sa propre maison !
Gonzales : Bien sûr, je fais de la musique pour moi mas je ne l'enregistre pas. J'en fais parce que c'est un plaisir. Moi aussi, je peux partir dans mon délire Keith Jarrett. Quant à ce que je sors, ce que je mets sur scène, je ne m'arrête pas a la satisfaction personnelle. Ce n'est parce moi je vais penser que ce que je fais est bien que les gens vont aimer. Je suis tellement profond dans mon égoisme que je n'existe que dans le regard des autres. Je vais plus loin que les musiciens de jazz qui paraissent égoïstes parce qu'ils se masturbent un peu sur scène. Ils pensent que c'est assez, moi non. Je prend du plaisir seulement quand le public en prend.
ZYVA : Le besoin de revivre un projet personnel après avoir tant travailler pour d'autres explique t-il ce nouveau projet ?
Gonzales : Oui et non, Mercury sont venu me voir et m'ont demandé si j'avais une idée. Je ne savais pas trop quoi faire. Ils m'ont dit, On imagine bien un album pop et puis tu n'as jamais fait chanteur. Ils avaient raison et je n'y avais jamais vraiment pensé. Il n'y a jamais de moment idéal pour prendre la décision de se lancer dans un disque. C'est souvent des petites demandes qui déclanchent la machine.
ZYVA : Le contrat avec Mercury court sur plusieurs albums ?
Gonzales : Oui et non. Seulement sur les albums chantés. Si je n'ouvre plus ma bouche ils seront en attente jusqu'à ma mort.
ZYVA : Des sons de cloches tu vas en faire pas mal dans le mois ?
Gonzales : Oui et jusqu'au 10 mai, pour la suite on verra. Il faut dire que l''album n'est pas encore sorti. Donc on ne sait pas si les gens vont croire à ce nouveau Gonzales.
ZYVA : Etrange de sortir l'album pendant la tournée, comment ça ce fait ?
Gonzales : On voulait être bien rodé pour la sortie de l'album le 7 avril mais c'est surtout le fait d'avoir un super groupe qui nous a conduit à cette situation. Mocky, So Called sont des gens qui ont leurs propre carrière. Donc il a fallu faire en fonction des disponibilités.
ZYVA : Ils sont dans le groupe ?
Gonzales : Oui, oui !
ZYVA : D'accord...une sacré clic. Au final, c'est un projet commun ou ça reste ton bébé ?
Gonzales : C'est du Gonzales. On joue des titres de tout mes albums. Il y a bien sûr des petit features pour que chacun fasse sa sauce, mais le show est monté pour l'album. Ca s'appelle Together ensemble. Pour expliquer ce nom, il vaut revenir à l'idée de l'album. Mercury voullait un album chanté. Je me suis dit, que font les chanteurs : ils parlent de leurs sentiments. Avec mes albums de rap je parlais de projections de sentiments. La façon dont je voullais être aperçu . Le rap est une définiton fantaisiste de soi. Quant à chanter...il faut exprimer ses sentiments, des trucs profonds, caché. Je me suis dis, ça parrait relou. Mais après avoir vu faire des chanteurs magnifiques comme Aznavour, Feist, Birkin, j'ai compris. Il faut juste que tu te sentes investi dans les morceaux que tu chantes, après tout se règle. Tu espères que les gens vont le sentir et qu'ils seront capable de rentrer dans le côté universel. Pour revenir à Together Ensemble, les sentiments les plus fort que j'ai eu ces dernières années sont lier à mon ego. J'avais la sensation que toutes mes relations étaient vu à travers le prisme du rapport de force. C'est un sujet un peu bizare mais c'est vraiment ce que j'ai vécu, mes sentiments les plus vrais, les plus cachés. Je n'ai pas vécu de rupture bouleversante, je ne suis pas allé dans un hopital pshychiatrique. J'ai vévu ce que j'ai vécu. J'ai alors commencé à sortir mes sentiments sur des morceaux comme Working together, Slow down, où je parle de la difficulté d'être intime avec les gens. Je me suis dit que cela pourrait être drôle de composer ce nouvel album dans le style d'une époque où les paroles parlaient de la facilité d'être intime. Les Bee Gees, les Billy Joel, tout c'est groupes c'est I love you, du premier dergré. J'ai vraiment trouver la combinaison intéressante d'où le titre de l'album : Soft Power, Soft pour la musique, Power pour les textes. Il fallait pas mal de gens pour mettre en scène cette douleur. D'où la création d'un groupe...c'est la première fois que j'ai un vrai groupe.
ZYVA : En parlant de mise en scène, lors des balances on vous a vue tomber à la renverse les uns dans les bras des autres. C'était pour s'amuser ou cela fait parti du spectacle ?
Gonzales : You'll see (large sourire)
Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait te représenter toi ou ta musique
Giorgio Moroder – Chase (BO Midnight Express)


