LOFOFORA
Rencontre avec Reuno, chanteur de Lofofora avant leur concert au Transbordeur à Villeurbanne.
ZYVA : Tu parlais du Québec tout à l'heure dans les loges, vous en revenez ?
Reuno : Non, on y est allé souvent en fait. Comme on chante en français, ça nous a jamais permis d'avoir une vraie carrière internationale. On a joué comme ça en Allemagne, en Autriche, jamais en Europe du sud, c'est notre grand regret. On aimerait bien jouer en Espagne ou en Italie, y a moyen mais si on tourne là-bas ça serait dans un circuit de squat, ça peut être marrant. Donc le Québec on y est allé neuf fois en tout, Montréal c'est une ville que je connais mieux que Lyon.
ZYVA : Et vous avez un gros public là-bas ?
Reuno : Ouais, même à un moment pour le public québécois, Lofo c'était aussi gros que Noir Désir. On a un bon public, pas mal de fidèles. Il y a même des groupes qui se revendiquent un peu de Lofo ça fait assez plaisir.
ZYVA : Et vous avez jamais tenté le Japon ?
Reuno : Non jamais.
ZYVA : Parce que c'est un pays qui est bien friand des groupes bien hardcore.
Reuno : Oui c'est vrai qu'ils adorent ça. Mais bon, rien n'est perdu ! On est ouvert à toutes les expériences.
ZYVA : Le nouvel album est sorti il y a peu de temps, vous en êtes à votre troisième date?
Reuno : Non on en est à la huitième.
ZYVA : Et les impressions ?
Reuno : Pour l'instant ça se passe bien. On est assez content. On avait fait deux ou trois jours de résidence, où tu te poses dans une salle, tu joues ton concert, tu prépares les lumières. Donc ça te permet de voir comment fonctionne la scène. Après on est parti direct pour la tournée et en très peu de concerts on a bien saisi comment aborder cette set liste qui est pas mal orientée.
ZYVA : On a vu une chose assez marrante, c'est que lors de la sortie de l'album, vous étiez trentième des ventes après une semaine. Ça a dû vous faire plaisir.
Reuno : Ouais ça fait plaisir mais il faut relativiser. Trentième au Top 50 ça équivaut à 2600 albums vendus !! Nous c'est surtout la première semaine que ça marche bien. On a des fanatiques qui attendent la sortie. Après la première semaine on sort du classement.
ZYVA : Et votre public, c'est toujours le même ou il évolue ?
Reuno : Il y a encore des gens du début, il y a plein de gens qui nous ont découvert tout au long des années, et pourquoi pas des trentenaires qui nous ont découvert récemment. Il y a tout ce nouveau public Rock « ado » pour qui on doit être un peu des tontons. Il y a des fois des groupes qui dénigrent le fait d'avoir un public « ado », nous au contraire on trouve ça mortel on est super fiers, parce que c'est à cet âge là que la gangrène te prend.
ZYVA : Et tu penses qu'ils vous découvrent comment ?
Reuno : Je ne sais pas, par leur grands frères peut-être. On a même des cas contraires, des gens de 50 ans qui viennent nous voir parce que leur enfant leur ont fait écouter. Moi je suis super fier de ça, avoir un public qui va de quatorze à cinquante balais je trouve ça juste énorme !! En plus on n'a pas un public de clones. Il y a des métaleux, des hardcoreux, des punks, des gens qui sont plus là pour les textes et qui à coté de ça vont plus écouter de la scène chanson. Il y a même des gothiques qui viennent faire les cons avec nous et on trouve ça terrible.
ZYVA : Et à ton avis qu'est-ce qu'ils viennent chercher chez vous ?
Reuno : Passer un bon moment c'est tout, ça reste du spectacle du Rock, c'est pour tripper quoi.
ZYVA : Et de quelle scène vous vous sentez la plus proche ?
Reuno : La meilleure étiquette c'est les québécois qui nous l'ont donné c'est « crossover ». C'est une énergie Punk avec des influences variées. Comme des groupes comme Biohazard, ou Suicidal Tendencies dont le dernier album est juste énorme !! C'est la seule étiquette qui nous va bien mais c'est peut être parce qu'elle ne veut rien dire (rires).
ZYVA : Et qu'est ce qui vous pousse aujourd'hui à encore monter sur scène ?
Reuno : L'envie !!
ZYVA : Et vous arrivez à concilier vie de famille avec les tournées, ça doit pas être forcement évident?
Reuno : C'est sur que c'est pas évident, mais on est un peu des névrosés à notre manière. Moi je suis un phobique des habitudes, c'est sûrement pour ça que j'ai fait ça quoi !! C'est normal on a tous des habitudes parce qu'il y a des façons de faire dans la vie qui nous conviennent plus que d'autres. Mais la routine c'est un truc qui me fait vraiment flipper !! Ça fait de moi peut-être une personne un peu instable dans ma vie sociale mais c'est pas grave !! J'ai l'impression de vivre plusieurs vies en une seule et je trouve ça plutôt passionnant.
ZYVA : Et tu parlais d'habitudes, au niveau de l'écriture de l'album ça a toujours été la même recette depuis le début ?
Reuno : C'est les mêmes individus, il y a Phil et moi qui sommes là depuis le début, et il y a Pierre et Daniel pour les trois derniers albums. Après il n'y a pas une recette ou une façon de faire. À chaque fois on essaie de se plonger dans un contexte different. Là notamment, pour cet album, pendant six mois on a enregistré des bouts de rifs, des ébauches de morceaux, on allait pas gratter trop loin. Juste on sortait tout ce qui nous venait. Pendant ces six mois on a enregistré des trucs sans jamais se repencher dedans. Donc à la fin on s'est retrouvé avec pleins de minidiscs et donc on a tout réécouté et on a taillé dans cette matière première pour que ça aboutisse à des morceaux. Et on n'avait jamais travaillé comme ça auparavant. À chaque fois on essaie de faire un petit peu différemment.
ZYVA : Et donc une séance d'enregistrement de Lofofora ça se passe comment ?
Reuno : Là c'était chez les Gojira au studio des Milans, à Tarnos dans les Landes. C'était du pur bonheur !! C'était pas un vrai studio, les Gojira quand ils nous ont reçu là-bas ils avaient peur que ça soit trop roots. Et moi je leur ai dit tout de suite qu'on était mieux là que dans un studio parisien avec MTV, le canapé en cuir et la climatisation. Quand je faisais mes prises de voix, quand la prise était finie, que la musique s'arrêtait, à travers les murs j'entendais les Gojira qui répétaient dans le jardin dans leur local, qu'ils ont construit. On faisait des journées assez tranquilles, on arrêtait sur le coup de 19h. Ensuite on se faisait un barbecue sous le marronnier, il manquait juste un terrain de boules en fait (rires) !! Et pourtant je pense qu'on a fait un disque assez hargneux malgré l'ambiance détendue. Vu qu'il n'y avait pas de tension entre nous, on se mettait pas forcement la pression, moi un petit peu parce qu'il me restait encore des textes à écrire. Le reste c'était plutôt un vrai moment de plaisir, de rencontre. Laos qui nous a enregistré et mixé l'album c'est vraiment un pur mec, on a passé des bons moments tous ensemble.
ZYVA : Et comment vous avez choisi d'enregistrer dans ce studio ?
Reuno : On a pensé à différentes personnes, il n'y avait rien qui nous emballait vraiment. Jusqu'au moment où on a pensé à Laos. Et puis vu qu'on recherchait un son pas trop compressé, on avait envie que ça fasse du vent, pas un son tout joufflu !! Et Laos il sait faire ça, on le connaît depuis ses débuts à l'époque où il s'appelait Gozilla. On les avait connu sur Empalot leur projet parallèle ou d'ailleurs Laos jouait du Saxophone. Laos, c'est encore un jeune mec, même si son talent ne fait plus aucun doute, c'est pas comme un gars pour qui l'album de Lofo ça allait être un de plus sur sa liste. On savait que pour lui ça allait représenter quelque chose d'important, et c'était pas innocent de notre part. On s'est dit autant mettre la « trique » à un jeune mec plein de talent que filer ça à un chevronné pour qui ça va être ce qui va payer les réparations de sa piscine ce mois-ci !! (rires)
ZYVA : Et au niveau des textes, il n'y a que toi qui écris ?
Reuno : Oui il n'y a que moi.
ZYVA : Et tout le monde s'adapte à ce que tu écris ?
Reuno : Bah déjà il y a pas mal de choses qui sont issues de discussions en commun. Mais je leur soumets ce que j'écris. Avant j'étais plus secret, je dévoilais mes textes à la dernière minute. Maintenant avec Pierre et Daniel je suis plus en confiance et du coup j'aime bien leur montrer. Surtout que c'est des mecs qui fonctionnent musicalement à l'image. Du coup le fait d'avoir les textes sous les yeux ça va peut être même influencer le jeu ou l'interprétation. Je leur soumets les textes à chaque fois et ça a l'air de leur convenir.
ZYVA : Jamais de droit de veto ?
Reuno : La seule histoire c'était sur le morceau Macho Blues, sur notre deuxième album. J'avais pas encore écrit le refrain, et quand j'ai montré les deux premiers couplets à Phil, il m'a dit « mais t'es complètement barge, tu vas pas chanter ça !! ».
ZYVA : C'était quoi ?
Reuno : Bah c'était : « écoute papa, petite fille, quand papa te dit sois gentille tu es le sang de mon sang, la chair de ma chair tu es à moi je suis ton père ». Donc ça ils avaient pas aimé. Et au final c'est une chanson qui est restée, j'aurais eu tord de dire « Oups j'ai pas fais exprès, je le ferai plus » (rires). Je pense qu'il faut vraiment s'interdire l'autocensure !! (rires).
ZYVA : On aime bien savoir ce que les groupes écoutent, ce que vous écoutez dans le bus...
Reuno : Alors aujourd'hui on a écouté, Terror pour commencer au petit dej' après Noisettes après Noroses et on a fini avec Unsane. Enfin voilà, c'était ça le voyage de Paris à Lyon pour les Lofos !
ZYVA : Sinon pas d'électro, de Rock, de Soul ?
Reuno : Si, si, moi je suis à fond Soul, Rytm'n Blues, j'adore ça.
ZYVA : Amy Winehouse ?
Reuno : Amy Winehouse ? Mais c'est le meilleur disque de l'année et on est assez tous d'accord là-dessus dans le groupe (rires). Sinon j'ai été voir Black Strobe hier en concert. C'était vraiment terrible. Le son, les compos étaient efficaces, les sons de synthé sont énormes.
ZYVA : Et ils virent un peu Dancefloor comme ils avaient fait au tout début ?
Reuno : Ça fait comme une espèce de Depeche Mode électro actuel, de la New Wave revitaminée et réactualisée.
ZYVA : Par contre ils n'ont pas choisi la facilité en balançant un truc bien électro au début alors que finalement l'album est super Rock.
Reuno : Oui mais je pense qu'il faut tout s'autoriser dans la musique. Et finalement c'est le genre d'électro, c'est pas mal le public Rock qui a été le premier à écouter ça, à défendre cette scène un peu électro-clash. Donc c'est pas si bizarre que ça. Je les avais déjà vu il y a quatre ans au Mars Attack à Marseille, et c'était déjà très proche de ça, il y avait déjà une batterie live.
Titre d’un artiste ou d’un groupe qui pourrait représenter le groupe :
Bad Brains-Sacred love


