
ZYVA : Déjà, présente-nous la soirée car ce soir ce n'est pas seulement un concert MAP?
Hk : Vous avez pu parler avec les gars de l'association Survie ?
ZYVA : Non pas encore !
Hk : Car c'est vrai que c'est leur truc, leur bébé qu'ils portent depuis x années, nous, on vient en soutien à ça. On a participé à la compil Africa to be free vol 2, " Décolonisons " avec un titre. Y'a pas mal de groupes aussi qui ont joué le jeu, certains plus connus et d'autres moins connus, le but, c'est pas forcément d'avoir que des gens connus parce qu'il n'y a pas que les gens " connus " qui se battent au jour le jour et qui ont des convictions, et généralement c'est plutôt les gens que tu ne vois pas qui sont plus sincères dans leurs convictions, ça c'est une réalité ! Et puis, ils nous ont dit qu'ils faisaient des concerts de soutien un peu partout, pour pouvoir un peu sensibiliser l'opinion au thème développé, sur le néo-colonialisme et sur tous ces mouvements qui sont autour de l'émancipation de l'Afrique. La forme de colonialisme, elle ne se fait plus par les armes, mais de manière politique, tenue par des liens financiers entre les gouvernements, comme celle entre la France et l'Afrique. Tout l'argent qui est censé aller au développement de l'Afrique, va directement aux caisses du gouvernement...Enfin voilà, eux ( association Survie ) en parle beaucoup mieux que nous. Moi, depuis tout jeune, avec Saïd, on faisait partie d'un groupe qui s'appellait Juste Cause, un groupe hip-hop, qui je pense n'a pas beaucoup voyagé en France, et on avait fait un maxi qui s'appelait " la dette de l'occident " donc voilà ! On est sensibilisé au truc, on a lu pas mal, on sait pas mal de choses, mais en même temps pour avoir pas mal parlé avec les gars de l'association...ils savent de quoi ils parlent ! C'est rassurant, ils t'expliquent, y'a des données, des faits, tu comprends que t'es pas dans une logique parano. Tout ce qu'on pense, des fois c'est limite 1/10ème de la réalité...
ZYVA : C'est aussi un moyen de faire entendre encore sa voix, à deux mois des présidentielles, en disant que tout n'est pas fini loin de là ?
Hk : Bah, le problème des élections présidentielles en France, c'est que le débat vire à droite !
ZYVA : Ah bon? Tu penses?
Hk : Ouais, il penche à droite ! Sarko et Le Pen, depuis 5 ans, ils nous servent de l'insécurité, les banlieues, les islamistes, ... La gauche n'existe plus. La gauche noyée, la gauche compromise, c'est la gauche pansement en fait ! T'as mal, on va te mettre des pansements un peu partout ! (rires) Et puis, t'as la gauche de la gauche qui était censée être une gauche unitaire et solidaire, et les mecs, ils se cassent la gueule entre eux ! Je dis eux mais je pourrais dire nous...parce que tu vois, on n'est pas des politiciens mais des citoyens un peu " alter " dans l'âme, donc on se sentait concernés par ce mouvement et au final...
ZYVA : Mais vous êtes toujours investi au niveau local ou pas ?
Hk : Euh...bah...Maintenant vu que l'on a une activité musicale dense, on a moins l'occasion de faire des choses à côté mais en même temps, on est plus sollicité par le biais de notre activité aussi...On fait des trucs comme ce soir, mais aussi dans des prisons, des quartiers, avec des jeunes,...Donc notre action militante aujourd'hui, elle se résume à ça ! Mais on est conscient aussi, que ça c'est pour mettre en valeur ce qu'on appelle le vrai travail de fond, ceux qui se battent au quotidien.
ZYVA : Et comme on était sur la colonisation tout à l'heure, un film comme Indigènes et la réaction que ça a suscité par la suite, t'en penses quoi ?
Hk : Ah , le film Indigènes ! Y'a peu de gens qui diront le contraire ! Super réussi ! Y'en a certains qui peuvent le trouver trop gentil... et c'est ça qui est marrant, car ce film là, il a fait bouger des choses ! Et...c'est compliqué ! ( il hésite, rires ) Tu peux pas avoir une réponse définitive ! Moi, à la fois, t'as envie d'être rentre-dedans car t'as largement matière à l'être, et à la fois, y'a un côté stérile, où tu es marginalisé... C'est là où tu te dis que Debbouze, il est fort ! Le gars, on voulait pas lui donner des budgets, il a été voir à gauche , à droite, Besson, ...pour avoir le budget de son film. Il voulait le faire coûte que coûte, il a fait au final un film super réussi. L'histoire de Cannes, il est nominé aux Oscars...enfin c'est pas le film de Debbouze, c'est celui de Rachid Bouchareb. Enfin bon, le truc, c'était l'inégalité, c'est scandaleux l'histoire des fonds de pensions, c'est même gerbant et t'as Chirac derrière qui récupère le truc , ça fout les boules ! Ensuite le peu d'anciens soldats qui restent qui vont retoucher le truc, t'es heureux pour eux ! Enfin, t'es heureux... c'est compliqué...pfff y'a rien de simple dans cette histoire...
Dias : Enfin après quand ça se fait dans la démagogie, c'est là que ça devient malsain ! Aujourd 'hui, on a l'impression qu' à la fin du quinquennat de Chirac, il a sauvé la planète ! Son sketch qu'il nous a fait pour vanter son besoin de reconnaissance pour l'Afrique, alors qu'il a participé aux génocides, aux ventes d'armes,...
ZYVA : Et puis, il a fait le surpris en plus, en gros il savait rien de cette histoire de pension...
Hk : Oui, en plus, depuis 2002, la France est sommée par le conseil européen des droits de l'homme de revaloriser tout ça, c'est à dire, qu'elle devait le faire, elle était hors la loi ! Personne n'en parle, donc Chirac passe pour quelqu'un de bien. Et puis, il le fait pas avec rétroactivité, en gros, je vous ai eu toutes ces années et maintenant vous êtes content. Après y'a deux trucs dans cette histoire, l'action artistique militante de Jamel Debbouze, moi, je la salue, après y'a d'autres gens qui ramènent ça sur eux...Ca a aussi sensibilisé l'opinion publique, y'a plein de gens qui ont été émus...
ZYVA : Et puis, y'a pas mal de gens qui ont découvert cela, car cette partie de l'histoire française n'est pas enseignée à l'école, ou alors très peu...
Dias : Il a dit que c'était un post-it dans les livres d'histoire...Mais aussi, ce n'est pas non plus à des artistes d'éclairer la société sur son histoire, c'est là où tu sens qu'il y a un problème...Mais bon voilà, c'est poussé par la démagogie. Surtout qu'un mec comme Chirac, c'est le président de Sarkozy quand même ! T'as vu, comment elles ont été durcies les lois sécuritaires sur la prévention de la délinquance, qui poussent à la délation, c'est un truc de dingue ! Et franchement, sur cette histoire qui est la notre, par rapport à ces indigènes là, bah...Tu vois mes grands parents étaient des indigènes, et mes parents aussi quand ils étaient gamins, et en France, c'est pas un mythe de savoir qu'il y a une population qui est sous-catégorisée, à partir du moment où elle subit des discriminations au quotidien, et dans chaque domaine ( le ton monte un peu ) professionnel, culturel,...excepté le sport et la musique, et encore...Pour la Drac, tout ce qui est culture urbaine reste de la sous-culture...On est dans un système qui verrouille, qui entraîne des discriminations et donc du racisme, on est dans un système raciste. Et y'a des gens qui s'offusquent : " Oh non, on n'est pas dans un système raciste ! " C'est quoi alors ? Tout va bien, super !
ZYVA : On va parler un peu de musique, si tu le veux bien ? Comment se sont fait la symbiose entre vous et vos différents univers musicaux ?
Dias : C'est venu un peu de moi. En fait, d'abord les chanteurs, on a grandi ensemble, on est cousins germains, nos parents sont frères et soeurs, et puis on fait du rap ensemble quand on était ados, et c'est marrant car le premier maxi qu'on a sorti s'appelait la dette de l'occident...
ZYVA : Oui, oui, .....? nous en a parlé tout à l'heure !
Dias : C'est marrant, et là on revient pratiquement 10 ans après, sur un projet comme ici, on a l'impression que les choses évoluent un peu...enfin dans les mentalités mais pas sur le terrain, car on en revient aux mêmes revendications, aux mêmes cris d'alerte... Donc voilà, on a fait quelques maxis pendant quelques années ; et on s'est séparé. On a travaillé chacun de son côté, et moi, y'a 3 ans et demi, j'ai gratté un texte qui s'appelle Lillo et qui est dans l'album, qui parle d'identité, de double culture,... et j'ai eu envie de l'illustrer en musique, et avec cette double culture aussi. Donc je suis allé voir Joffrey, qui est un mec de chez nous, du quartier, Hacène au violon, et voilà cette rencontre s'est faite naturellement, on se connaissait déjà, et on s'est rendu compte que quand on travaillait ensemble, il y avait une couleur, un projet,...quelque chose de palpable. On fait des titres et des titres, et on a eu envie de monter rapidement sur scène, et de fil en aiguille on s'est retrouvé avec un 14 titres, qu'on a mixé et signé chez une petite maison de disques.
ZYVA : Et vous arrivez à en vivre ?
Dias : Aujourd'hui on en vit par la scène ! Pas par les disques, car on en vend pas assez. En plus y'a la crise du disque, donc on en vend 15000 exemplaires. Avec ça, on peut juste acheter les cadeaux de noël pour la famille mais on peut pas faire plus. On est en tournée depuis la sortie de l'album..
ZYVA : Oui, et on a vu que vous allez même au Maroc...
Dias : On a une tournée française pour l'instant car notre album n'est sorti qu'en France ! C'est le kiff de voyager, de rencontrer des gens, mais on peut pas non plus aller se perdre pour une question de cohérence dans le projet, mais aussi par rapport au discours, qui est assez franco-français. On a refusé quelques concerts comme aux Etats Unis, le Canada, l'Inde, le Portugal,...
ZYVA : Pourquoi ?
Dias : Parce que le projet, pour l'instant, on a besoin de le jouer en France. On a besoin de faire connaître l'album, le groupe, mais on va aller au Maroc, en Algérie, en Palestine, en Hongrie, en Suisse,...
ZYVA : Et comment tu crois que vous allez être perçu ?
Dias : Pour les pays du Maghreb...bah voilà, on s'y sent bien, car c'est nos origines !
ZYVA : Et pour le discours ?
Dias : Tu sais, le Maghreb est très en phase avec la France avec la télé et tout ça ! Déjà, nous, on s'instruit, on s'éduque essentiellement avec la télé, c'est incroyable. On se politise avec la télé, on se cultive avec la télé, et au Maghreb, ils ont exactement les mêmes chaînes que nous, donc la réalité de la France, ils la connaissent comme nous on la connaît.
ZYVA : Mais, ils ne la vivent pas au quotidien ! Tu parlais de racisme tout à l'heure, eux ils le voient à la télé mais ils ne le vivent pas au quotidien par exemple !
Dias : Ouais mais c'est quand même des anciennes colonies !! (rires) Même si y'a des fantasmes pour la qualité de vie en France pour certains, ils sont pas dupes, et tout le monde a de la famille en France... Après y'a pas que ça, on a la musique aussi, y'a du partage ! Nous, on est algériens, et on a une tradition qui est basée sur la musique orientale, le raï,...où les gens connaissent la musique ! Y'a une vraie culture musicale dans les pays du Maghreb ! Les gens connaissent leur musique traditionnelle, ce que nous on connaît moins en France, on est moins attaché à la musique traditionnelle française ! Donc nous, avec l'accordéon et le violon, qui est hyper traditionnel dans la musique algérienne, y'a moyen qu'on passe un bon moment et de faire des rencontres musicales. Et puis, c'est un retour aux sources aussi ! On aurait pu être eux aussi ! Moi, je suis pas métis, j'aurais pu être né en Algérie et avoir le même destin qu'eux finalement ! C'est important, c'est essentiel et fondamental de jouer là-bas !
ZYVA : Et vos projets pour la suite,ça donne quoi ?
Dias : On prépare un 3-4 titres qui sortira avec le magazine Fumigènes, magazine de société et culture, donc on associe là pour les élections, et ce sera distribué partout en kiosque dans un mois !
ZYVA : Tu prends le temps d'acheter des Cds quand même ou pas ? Qu'as tu découvert dernièrement ?
Dias : Oui, je prend le temps ! J'ai un réflexe depuis toujours, c'est d'acheter les dernières sorties hiphop français!
ZYVA : Toutes ?
Dias : Non, bien sûr, de ce que j'aime ! Mais j'ai acheté trop de merde récemment ! ( rires )
ZYVA : Bah vaz'y balance!
Dias : Non, je suis déçu surtout ! Et puis y'en a qui se font déjà d'assez mauvaises publicités pour que j'en rajoute. Pas parce que j'ai peur de mes propos mais bon le mec a quand même travaillé...Par exemple, j'ai pas aimé le dernier de Faf la rage ! J'ai été déçu ! Par contre le dernier Casey, celui de Keny Arkana , j'ai bien aimé! Le Joeystarr, je l'ai plus ou moins aimé par exemple ! Autrement j'achète quelques trucs en world aussi, des rééditions, des trucs que j'avais plus... J'essaie de m'acheter un cd par semaine !
ZYVA : Pas d'électro? Pas de rock?
Dias : Non, pas de chanson française, pas de jazz non plus ! Ou alors plus du Ray Ventura, des choses comme ça mais pas du Delerm, du Bénabar, les trucs à la con comme ça ! ( rires ) Mais maintenant on n'y est plus ! A l'époque y'avait des gens Zebda, Manu chao, à l'époque de la Mano Negra,...y'avait de la qualité ! Des mecs qui s'inscrivaient dans la lutte des classes, dans le combat social ! Un truc qu'on retrouve plus maintenant !
ZYVA : On va parler de l'Eurovision !
Dias : Non !
ZYVA : Ah bon !
Dias : Si, si je rigolais ! ( rires )
ZYVA : Que foutez vous la dedans ? Avec les Wampas, ç'est une surprise !
Dias : Avec les Wampas, on s'est dit, on y va ? Si t'y vas, j'y vais, si t'y vas pas, j'y vais pas ! ( rires ) Non, en fait ils sont venus nous voir pour participer à l'Eurovision, et au début on a cru que c'était une blague ! On s'est dit, y'en a un qui se fout de notre gueule, où est la caméra cachée ? Et les mecs, finalement, nous invitent à bouffer à Lille et nous invitent dans leur truc tout pourri !
ZYVA : C'est l'effet Lordi vous pensez ? ( Lordi, groupe de métal finlandais déguisé en monstres, qui avait gagné l'Eurovision 2006 avec la chanson : Hard Rock Hallelujah )
Hk : Je pense qu'ils se sont rendus compte qu'ils avaient un train de retard sur les autres mais c'est pas non plus la révolution. C'est une amorce de changement, et on va pointer notre pomme là-bas. C'est aussi pour ça le titre de notre chanson, grain de sel. On va aller voir comment ça se passe sans prétention et après on repart aussi sec avant de devenir un Joeystarr veillissant, ou un pote de Fogiel et Ardisson !
C'est ça le risque ! On prie pour pas devenir comme lui, svp !!
ZYVA : Tu penses qu'il a mal fini?
Hk: Moi, je pense que c'est une poupée médiatique ! Perso, c'est le personnage médiatique qui me dérange, c'est tout sur quoi il crachait du temps de NTM !
Dias : Il a fait la Star Ac quand même !
Hk : En même temps, on commence par faire l'Eurovision ! Donc peut être qu'on n'est pas crédible aussi !! ( rires )
ZYVA : Après y'a le message qu'il véhicule aussi, l'appel aux urnes...
Hk : Oui c'est vrai, on peut pas dire que nous aussi on n'est sur de ce qu'il faut faire ou pas. On se prend la tête dès fois pour savoir si c'est bien qu'on fasse telle ou telle chose. Mais c'est vrai que Joeystarr le voir tous les jours à la télé, une fois chez Fogiel, une fois chez Ardisson, une fois chez Arthur...C'est devenu une poupée médiatique !!
ZYVA : Après si vous un jour on vous demande de faire une émission comme ça, pour une chanson mais aussi pour vous exprimer sur des sujets...
Hk : Quand je parle de Joeystarr, je parlais de l'oeuvre de ces 3 dernières années, il est vraiment devenu l'ami du gotha. Mais au bout d'un moment, il faut être d'accord avec soi-même...
Dias : Moi, je préfère réellement me faire un mongol de Cauet, que de me faire un pseudo intello, donneur de leçon, de journaliste de mes couilles !!
Hk : Cauet, il est pas moins fréquentable qu'un ...
Dias : un journaliste du 20h, de Libération, du Monde, Nouvel Obs,... Des mecs qui ont tout inventé, qui savent tout sur tout,...
Hk : Et puis, Joeystarr, c'est un bon client comme on dit ! Avec le taux d'hypocrisie qui entoure ce milieu, tu vois, c'est devenu leur pote ! Moi, c'est ça qui m'énerve ! Et hier t'étais en train : " c'est le suprême...tintin " ( il entame du NTM ) Et aujourd'hui, s'il passe autant c'est qu'il dérange pas ! Après j'en sais rien, je dis peut être n'importe quoi !! ( rires )
ZYVA : Bon concert les gars !
MAP : Merci, c'était bien cool ! A plus !
Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait représenter votre musique :
Bob Marley-Get up, Stand up
