
Zyva: Merci d'abord de nous recevoir.
On a également une partie de lecteurs français, je ne sais pas si vous êtes connus en France, mais...
Textor: ...probablement pas énormément...
Zyva: Donc peut-être que vous pourriez vous présenter et décrire un peu votre musique.
Textor: En fait, on s'appelle Kinderzimmer Productions [NDLR:Chambre d'enfant Prod.]. On existe sous ce nom depuis 1994, à cette époque on a sortie notre premier album. Mais on fait de la musique ensemble depuis beaucoup plus de temps. Depuis, disons 1989-1990 environ. Ce qui nous a beaucoup influencé, c'était le début de ce que nous appelons New School, donc 88, c'était Run DMC, Eric B & Rakim, KRS One, les premiers disques, de ce que l'on considère depuis comme oldschool, mais nous, on aime bien le délimiter de toute cette Grandmaster Flash/Breakdance-Oldschool. C'est au détour de ces styles où on a commencé à faire de la musique et à participer au développement du rap ici en Allemagne et on est quasiment la première génération.
Notre façon de travailler et notre son s'est appuyé sur les mêmes bases de ce qu'on pourrait appeler Rap New Yorkais ou Rap Eastcoast, on utilise pas mal de Samples, c'est plutôt roque/rude, plutôt barré
Cela n'a pas beaucoup à voir avec ces sons de synthétiseur, de machin 808 ou de westcoast bidule ou de quoi que ce soit d'autre. On est plutôt des gars genre papier de verre.
Zyva: Tu viens de mentionner que vous faites partie des premiers rappeurs en Allemagne. Vous avez eu des contacts avec d'autres rappeurs comme " Torch ", qui est en général considéré comme le premier rappeur allemand?
Textor: Non, Torch, c'était juste une, ou presque une génération avant nous. On avait entendu parler par le Beat-magazine, qu'il y a du rap germanophone.
Zyva: Oui, dans votre biographie il y a marqué que vous avez commencé sans prendre modèle sur personne.
Textor et Quasimodo: ...si, mais des modèles américains...
Textor: Il n'y avait pas de modèles allemands. En Allemagne, on était tous dans la position, à savoir qu'on avait des modèles américains et on s'est lancé le défis : c'est le premier qui pond une chanson qui est vraiment fort....
Et c'était une époque sympa aussi, parce que tout le monde était conscient de ses faiblesses ou problèmes et chacun s'en sortait et gérait d'une autre façon.
Ce que nous, on ne savait pas, ce qui venait plus tard, c'est qu'il y avait une scène vivante autour de Heidelberg et autour d'autres villes dans lesquelles des GI's américains étaient stationnés.
Apparemment il y avait une scène "Jam" qui surfait sur la vague du breakdance et qui a continué à exister après.
Mais nous on n'en savait rien, on était trop jeune aussi. Quand on commençait à écouter du hip hop en '87, on avait 13 ans, c'est très jeune. On n'a jamais fait la connaissance de Torch, ou bien?
Quasimodo: Non.
Textor: Mais la génération qui venait après, comme les Beginner et les Massive Töne et tous ces gars commençaient à faire des disques en 92, 93... On les a tous rencontré et on a tourné avec eux.
Quasimodo: Il y avait aussi Die Krähen.
Textor: Oui, Die Krähen. Et Freundeskreis. Mais on ne suit plus trop l'évolution du Rap à Berlin. Je veux dire qu'on ne prend plus part à ce que font les 18, 19 ans.
Zyva: Justement, vous parliez des contacts avec d'autres groupes de rap. On a l'impression que vous faites très peu de featuring ou en tout cas moins que d'autres rappeurs qui en font avec leur crew.
Textor: A l'époque c'était pas trop courant. La tradition du featuring n'est venue que.... Enfin si, on a quand même fait quelque featuring. On s'était dit, "on a une crew et on connaît des gens à Ulm, et on va poser avec eux".
Mais l'idée chez nous c'était: si l'on ne connaît pas les gens et si on ne passe pas de temps avec eux, on n'a rien à en dire. Et cette façon de faire des featuring genre: "T'as du temps? Quel jour? Je t'envois l'instru. T'en a besoin de combien? Qu'est-ce que je dois faire?" Tu descends du train, tu cours au studio, t'enregistre le truc et tu te casses, tu places quelques adlips, tu poses pour la photo et ça y est. Ca nous semble bizarre, et ça arrivait plutôt en 97, 98.
Quasimodo: Oui, je me souviens qu'à l'époque c'était genre featuring avec un tel ou un tel. On avait l'impression, que pour chacun des artistes c'était même plus possible de faire son disque personnel. Là, on est dépendant de d'autres personnes. C'était mon impression à l'époque et je n'ai pas trop aimé ça
Textor: En principe l'idée est super, l'idée de faire participer ton crew ou de représenter une communauté un peu plus grande, ça j'aime vraiment beaucoup. Mais seulement si tu veux représenter quelque chose. Mais c'est devenu de plus en plus...."commercial" serait faux, mais en tous cas plus conscient du business. En 2000, c'était allé dans une direction où le Hip-Hop avait un succès commercial. Et quand ça commençait, les gens réalisaient combien d'argent on peut gagner avec et combien d'argent en plus. C'est à ce moment là que d'autres mécanismes ont commencé à se mettre en place.
Zyva: Pour revenir à l'occasion de cette rencontre: C'est la sortie de votre nouvel album. Vous êtes curieux de savoir comment le public va réagir ou vous vous sentez déjà bien implanté et vous savez que de toute façon ça marche bien à chaque fois?
Textor: Non, c'est jamais clair avant. Même si tout était clair, rien ne serait clair (rires). C'est le premier show. Quand on a fini un album, on se demande ce qui va se passer. C'est pour ça qu'on attend rien, on ne le sait pas, tout simplement.
Quasimodo: Bon, ben, des attentes, moi je m'attends quand même à ce que ça se passe bien.
Textor: Oui, quand même..
Quasimodo: Je n'ai pas non plus de mauvais pressentiments (Rires)
Textor: Malin, très malin.
Zyva: Avant de travailler sur le nouvel album, tu as bougé de Ulm pour Berlin alors que Quasimodo y habite toujours. Cette séparation, a-t-elle influencé votre façon de travailler, votre musique?
Textor: Oui. Oui, quand même. On a dû changer notre méthode de travail. On se connaît depuis tellement longtemps, qu'on ne doit pas forcement se voir tout le temps, avant c'était pareil. Chacun de nous avait du temps pour lui afin de faire avancer les choses, sans qu'il n'y aie quelqu'un qui te dise: "Non, non, non, attends, j'ai une idée!" Et on s'est envoyé les trucs par mail, et d'un côté c'était surprenant parce qu'on s'attendait à autre chose. Quand on est tous les deux ensembles devant l'ordinateur et on sait ce qui se va se passer, on réalise: "Ah, d'accord, là, on est parti dans cette direction-là" et soit on contre-braque ou soit on va dans cette direction. Et alors ça se passe comme on a dit: "Bon, j'ai telle ou telle idée, je l'imagine comme ça, les paroles c'est ça, les BPM c'est ça et là j'ai peut-être une idée comment on peut faire la hi-hat ou de quoi j'aurai probablement besoin, pour que ça coulisse. Deux semaines plus tard tu reçois le résultat.
Zyva: On ne perd pas un peu de spontanéité quand on travaille d'une telle manière?
Textor: Ben, en fait non. D'autant plus que... ..on ne travaille pas si spontanément. On travaille spontanément dans le sens où on se dit: "On fait un truc, on ne sait pas comment ça vient, on appuie sur le bouton et on verra comment ça sonne quand ça sera enregistré". Mais de toute façon on contrôle le résultat encore et encore et encore et encore... Et ce qui reste cela n'est que ce qui résiste à l'érosion. Quand t'as écouté 200 fois un truc, et quand tu n'en es pas sûr à 100 %, ça gave forcément. Oui, les trucs où tu sais "Oui c'est ça, et ça va l'être", ils résistent au processus... On travaille doucement aussi, ça marche pas genre : "Voilà la première esquisse, voilà le move, on le refait, on fait deux breaks et ça y est." Au contraire, jusqu'à ce qu'une chanson soit finie, ça dure une ou deux semaines. Bon, ce n'est pas non plus concentré sur deux semaines, mais on commence à faire autre chose entre-temps. Et si par un beau jour tu arrives enfin à la fin de l'album, tu auras sans doute écouté l'instru 2ooo fois.
Zyva: On a déjà eu la possibilité d'écouter votre nouvel album, notre première impression c'était qu'il sonnait un peu plus posé, un peu plus doux que les albums précédents.
Textor: Ouais, c'est bien possible.
Quasimodo: Non, je ne trouve pas! (rires)
Textor: Plus posé je suis d'accord, plus doux non... Ou c'était bien ça ce que tu voulais dire?
Zyva: Oui, ben, on l'a surtout remarqué en ce qui concerne la voix, mais peut-être est-ce le changement naturel d'une voix au cours des années...
Textor: Oui, non, ben, c'était quand même une décision consciente. C'est peut-être pour ça que moi, je dis oui et Quasimodo dit plutôt non. En fait on voulait plutôt proposer une palette de contrastes, on s'est dit: "On le veut dur et homogène".
Quasimodo: C'est plutôt que ça sonne moins froid maintenant.
Textor: Tu parlais du timbre de la voix ?
Zyva: Oui, c'est ça.
Quasimodo: En ce qui concerne le beat je dirais qu'ils sont même plus durs qu'ils ne l'étaient autrefois, mais plus clairs, mieux en place.
Zyva : On ne voulait pas dénigrer les beats.
Quasimodo: Non, je ne l'ai pas compris comme ça! Mais aussi à cause du titre Asphalt, on associe plutôt un son dur qu'un son doux.
Zyva: Ce qu'on a aussi aimé d'ailleurs, c'est le patin à roulettes sur la pochette, ce qui est déjà un objet terrible en soit, avec lequel on associe certains trucs, qui vont bien avec l'album.
Textor : On a réfléchi longtemps, parce qu'au cours de la production Asphalt est devenu un adjectif, ce qu'on a utilisé pour nous demander: "C'est asphalte ou non ?" C'était pareil quand on a écouté d'autres trucs ou de nouvelles choses afin de savoir ce qui nous secoue, ce qu'on veut, comment ça devrait être, et de quoi le hip hop est vraiment fait.
Pour nous le truc, c'était de dire que ça vient du domaine publique, c'est à dire qu'on peut sortir et le faire sur un terrain de jeu ou bien, bref c'est pas rattaché à un lieu précis ni même à un clavier, pas à un cours de violon, ni à la compétition des "Jugend Musiziert "("La jeunesse fait de la musique", concours musical dans le domaine classique) ou à des trucs comme ça,
On n'a pas d'impératifs, c'est de la liberté pure et ça a lieu dans un des derniers véritables espaces publics. Là-bas on peut dire que ça repose sur l'asphalte... Et quand on avait le titre - au fait c'est le patin à roulette de Sascha (Quasimodo) sur la pochette. (rires)-
On a fait beaucoup, beaucoup de roller à l'époque, moi peut-être même un peu plus que Quasi.
Zyva : Avec "faire du roller" tu veux dire "faire du patin"?
Textor : Ouais, pour nous c'est ça. Plus tard j'ai également fait de la rampe, brièvement il y avait une scène roller, je en ai fait aussi pendant quelque temps, j'ai traîné pas mal avec des skater.
On a capté qu'on avait le patin en tête depuis pas mal de temps mais ce n'était pas encore clair et on s'est dit: D'accord on le met en gras sur la pochette, comme ça l'idée sera claire.
Zyva : Donc les pochettes vous les faites vous-mêmes ou vous avez quelqu'un qui vous aide?
Textor: Katrin Hauser les fait pour nous, normalement. Cette fois c'était un peu différent, parce que l'illustration de ce patin à roulettes est d'un bon ami à moi qui a également un petit magasin dans le coin ici à Friedrichshain (quartier à Berlin) - il s'appelle Pisa 73 [NDLR : http://www.designersport.de/]. Et il fait des trucs au feutre, et des pochoirs. Et là c'est aussi fait avec un pochoir, donc ce truc existe aussi comme pochoir et c'est relativement monumental, à six couleurs et assez barré. On a pris l'illustration qui a été ensuite utilisé par Katrin. On parle toujours de ce qu'on veut mettre - des fois elle arrive avec des images et demande si on peut s'imaginer comment c'est avec les couleurs, finalement on se met d'accord et on dit oui ou non.
Zyva : On les trouve toujours très bien fait.
Textor : Je les aime bien aussi!
Zyva : Ça serait bizarre aussi, si tu disais autre chose!
(rires)
Textor : Ben, il y a certains groupes qui disent " On a besoin d'une pochette, n'importe laquelle ". Du genre : "Si ça ou ça est au goût du jour, je le porte, ça le fait, et j'aurai l'air de ça ou ça, mais dans le fond c'est pas bien important". Et il y en a d'autres qui pensent que ça appartient au concept général du truc, ce qui est notre cas, la pochette appartient au concept général. Je connais Katrin Hauser depuis très, très longtemps ainsi que la manière de ne pas se concentrer forcement sur des images particulièrement hip hop et de ne pas se mettre en gras sur la pochette.
Zyva : Oui, c'est joli et ça rend la chose intéressante.
Textor : C'est aussi notre programme.
Zyva : On a écouté cette émission de radio sur " FM4 " (station de radio autrichienne) où vous avez eu la possibilité de mixer vos disques préférés pendant une heure, c'était génial. Cette émission a bien reflété votre arrière-plan musical au-delà du rap. Pouvez-vous nous recommander quelques disques de jazz et de soul comme ça, à froid ?
Textor : C'est difficile avec des albums parce que Duke Ellington doit en faire partie et au sens strict il n'as pas fait d'album.- A cette époque il n'y avait pas cette culture du disque. Si tu veux écouter quelque chose de lui, je dirais quelque chose qu'il a enregistré entre 1940 et '45, ce sont les meilleurs versions, parce qu'à cette époque Jimmy Blanton faisait encore partie des musiciens. C'est un héros sur lequel on doit se pencher.
Après j'aimerais proposer quelque chose de plus actuel, mais là on ne peut pas non plus mentionner d'albums complets. Il y en a des albums complets, mais ce sont quand même plutôt quelques chansons isolées qui sont de véritables chefs d'oeuvre. En tout cas ça, ça doit être un peu plus connu déjà : Bob James, c'est du jazz mais c'est aussi un peu soul, ça balance entre les deux. C'est ça que je propose, mais aussi les disques d'avant 80. Vers 1970, y'a des bons trucs.
Un peu plus connu encore: L'Averge White Band, mais toujours les premières prods. C'est toujours comme ça. Kool & The Gang par exemple, tous qui arrivait après 1980, à mon avis ce n'est pas très intéressant. Dans les années 80, ça a un peu viré de bord...
Zyva: C'était souvent comme ça, dans les années 80...
Textor: Oui, l'électro s'installe doucement et on sent que ça manque de vie tout ça,,,
Zyva: Oui c'est vrai, les années 80 devenaient un peu plus froides.
Textor: Ah ouais, encore un truc qui me revient en jazz particulièrement quand on parle des trucs break, ce sont les Meters.
Quasimodo: Quant au jazz c'est la première station.
Textor: Je ne suis pas vraiment celui qui écoute de la Soul, plutôt de la Funk.
Quasimodo: The Meters... carrément! Les trois premiers albums, c'est de la balle!
Textor: Exact!- Et en ce qui concerne le jazz, comme il en faut aussi de la voix : Ella Fitzgerald - les Songbooks. Si l'on veux se faire une idée d'ensemble de ce que sont les standards, et si tu veux avoir une référence, comment on le fait et ce que cela signifie, on peut écouter tous les Songbooks qu'elle a enregistrés. Soit les trucs de Rodgers and Hart soit celle de Hammerstein, mais également l'album avec Louis Armstrong.
Quasimodo: En ce qui concerne Blossom Dearie, je n'en recommande que quelques titres.
Textor: Nooon! Tous les Blossom Dearie ! (rires)
Mais c'est un cas particulier aussi. Elle n'est peut être pas si importante pour le développement général. Si tu veux t'informer ce qui s'est passé et pourquoi, ce n'est peut-être pas très important. Mais comme personnage et comme artiste elle fait partie des Grands que je connais. C'est également un peu difficile, parce qu'elle improvise peu, mais elle est compositrice de jazz et ça sonne toujours un peu pareil. C'est étonnant d'ailleurs, tu peux écouter ses enregistrements studio et ses enregistrements live, elle le fait toujours de la même manière, c'est à dire que les éléments improvisés et la manière dont l'improvisation se développe sont pas très évidents. Mais en tant que personne elle est superbe !
Jan, le manager de Kinderzimmer Productions vient à notre table..
Textor: On doit partir?
Jan: Non, non, je voulais me mettre discrètement avec vous.
Zyva: Donc tu ne la recommandes pas seulement par des raisons musicales?
Textor: C'est un personnage extrême, elle à l'aire d'une.... elle a des boucles blondes, une toute petite voix et des lunettes et en fait elle ressemble plus à quelqu'un qui donne des cours de français et pas du tout à une chanteuse de jazz. Mais elle cache bien son jeu et elle est une véritable harangueuse de foule. Il y a des disques de live, je crois qu'une s'appelle Live at Ronnie Scotts, mais j'en suis pas sûr, elle y raconte des blagues entre-temps - c'est à hurler de rire.
Zyva: C'est vrai que " Someone To Watch Over Me ", la chanson que vous avez mixé dans cette émission sur FM4, c'est une super chanson, mais bon...
Quasimodo fait oui de la tête.
Textor: Beaucoup de gens ont du mal avec elle. Moi, je la trouve toujours magnifique. (Quasimodo fait non de la tête.) Elle avait aussi un bon feeling pour des chansons.
Si non, je recommanderai les premiers d' Oskar Peterson et puis Thelonious Monk- Brilliant Corners.
Zyva: Oui, " Thelonious Monk ", c'est super!
Ce soir Thorsten des " Beatsteaks " mixera aussi. Vous aimez également les guitares?
Textor: Surtout moi, Sascha déteste les guitares.
Quasimodo: Surtout le volume sonore...Mais j'ai amené quelques vinyles de punk.
Jan: On va faire un échange avec notre bac de vinyles (rires). Le gars des Beatsteaks doit mixer avec les vinyles à Sascha...
Quasimodo: J'ai amené Polly Wog Stew des Beastie Boys. (rires)
Textor: Non, mais j'ai écouté pas mal de rock au début des années 90.
Zyva: " Sonic Youth " sont aussi vos amis sur MySpace.
Textor: C'est clair! Sonic Youth, No Means No..... Hüsker Dü...
Quasimodo tire un peu la tronche, petit éclat de rire
Quasimodo: Non, bah, les samples sont géniaux! (rires)
Zyva: Très diplomatique....
Vous avez dit aussi que vous ne saviez pas, si vous feriez du rap éternellement. Ça pourrait aller dans quelle direction?
Textor: Ouh là.. On verra bien. Mais j'arrive bien à m'imaginer faire un autre style musique. Je l'ai déjà fait en partie et j'aimerais bien le refaire. Ce que j'aimerais faire le plus, ça serait enregistrer un disque de hip hop tous les trois-quatre ans. Quand on était dans cette émission de radio, alors que Functionist (un des DJ qui mixent sur FM4), il parlait de ce qu'il faisait, ce qu'il posait comme son, ce qu'il faisait dans son émission de radio et il nous a dit :
" Tout ce que tu fais au quotidien doit en permanence avoir un nouveau souffle, de nouvelles inspirations " Là, je me suis dit: " Oui, là, je suis tout à fait d'accord ". Et effectivement j'aimerais bien le faire de cette manière, de faire de temps en temps autres choses, pour rester curieux du hip hop. Pour ce qui est-ce que ça va devenir... J'ai déjà fais un disque de country. On verra bien !
Zyva: Et quant à toi, Quasimodo?
Quasimodo: En ce qui concerne les productions, c'est quand-même très hip hop. A part de cela je fais aussi des trucs techniques...
Zyva: Qu'est-ce que tu fais à côté de Kinderzimmer Productions?
Quasimodo: J'aimerai bien tout simplement transmettre en tant que tel tout le savoir-faire que j'ai appris par moi-même et grâce à ma formation au cours des années sans être responsable du contenu musical. Évidemment, s'il y a un truc que je n'aime pas du tout, avec lequel je ne peux rien faire, je le refuse, je fais la distinction. En fin de compte c'est aussi un défi de faire des trucs pareils sans être directement responsable pour le contenu musical. C'est une sorte de fardeau dont tu es soulagé, quand tu peux dire: " Cela ne concerne que l'esthétique du son que j'ai perpétué et retravaillé avec Kinderzimmer et j'aimerais la transmettre ". C'est un bon défi.
Zyva: Donc tu bricoles aussi avec la musique d'autres artistes en studio.
Quasimodo: Seulement en ce qui concerne le son, les beats, ce n'est que pour Kinderzimmer.
Zyva: Comme vous avez votre propre label vous êtes libres de décider ce que vous voulez faire.
Textor: Oui, c'est le cas depuis un petit moment.
Zyva: Oui, mais vous avez déjà fait des expériences avec des majors, où on a peut-être un peu moins de liberté de décision, non?
Textor: Ça marche différemment, mais on a signé sous la condition qu'ils ne se mêlent pas de notre musique. C'était clair dès le début, on a dit: " On est intéressé mais seulement sous telle ou telle condition, sinon, ce n'est pas équitable, sinon on devra faire des trucs qu'aucun d'entre nous ne fait bien ". Si tu as un label et qu'il y a tout le temps des artistes qui te disent: "Non, je ne veux pas", il est mieux de dire dès le début: ça et ça on ne fait pas. Comme ça c'est relativement clair. Bon, y'a quand même eu des petites frictions...
Quasimodo: Ouais, bon...
Textor: ... mais en fin de compte on n'a pas eu des restrictions musicales, ni pour le premier ni pour le deuxième album signé. Les deux premiers disques sont sortis sur notre propre label. Qu'on l'a appelé Kinderzimmer Recordings, c'est parce qu'avec Miss Kenichi on sort pour la première fois un disque qui n'est pas de Kinderzimmer et on voulait que ça soit clair que ce n'est pas le groupe. C'est pour ça qu'on a mis le nom un peu plus en avant, mais on ne sait pas encore si l'on va encore sortir des trucs d'autres artistes, on ne sait pas encore, on verra bien.
Zyva: C'est aussi pas mal de travail....
Textor: Oui, quand-même. A l'origine on avait encore du soutien, on voulait faire le label à trois, mais ça n'a pas marché comme ça. Là, on a de nouveau un peu de soutient. Donc on est de nouveau à trois. Jan est avec nous ici. Il venait d'une autre branche, il faisait autre chose pour nous avant, à savoir le management d'artiste et demain on parlera de ce qu'on veut faire avec le label ou ne pas faire. Parce qu'on s'était dit qu'on avait le label, qu'il existait et qu'on verrait bien ce qu'il allait en sortir !
Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait vous représenter vous ou votre musique :
Textor: Eric B. & Rakim-As the rhyme goes on
Quasimodo: Beastie Boys-Paul's Boutique
