DIDIER WAMPAS
DIDIER
Date : 23/05/2007
Lieu : Ninkasi Kao
Par : HMK, Kymmo
Interview plein air de Didier Wampas, sur une terrasse du Ninkasi Kafé à Gerland...

 

ZYVA : Bonjour et bonne fête !!

 

Didier Wampas : Merci, je ne sais pas pourquoi tout le monde me souhaite ma fête cette année.

 

ZYVA : C'est marrant parce que tu commences ta tournée le jour de ta fête. C'est une coïncidence ?

 

Didier Wampas : On a déjà joué un peu avant, mais là c'est vrai qu'on part vraiment en tournée. Mais non, on ne va pas se mettre à faire la tournée en fonction des fêtes, des anniversaires ... (rires)

 

ZYVA : Et cette tournée alors...

 

Didier Wampas : Bah là on a une dizaine de dates de prévues mais après on ne joue pas beaucoup en juin, mais un petit peu en juillet et août.

 

ZYVA : Des festivals de prévus ?

 

Didier Wampas : Oui mais pas beaucoup non plus. On en a fait beaucoup depuis trois ans.

 

ZYVA : Oui et ça fait un moment que tu tournes, ou plutôt que vous tournez. Tu peux nous parler de l'équipe?

 

Didier Wampas : On est dix sur la route, onze avec le vendeur de T-Shirt. On est cinq sur scène, plus cinq techniciens.

 

ZYVA : Et au niveau des musiciens, ce sont les mêmes depuis vos débuts ?

 

Didier Wampas : Non ils ont beaucoup changé, surtout au début. Et là ça fait quand même presque quinze ans qu'on est ensemble, sauf Tony le guitariste qui est là depuis cette tournée seulement. Mais il avait déjà remplacé Jo avant, donc c'est un vieux copain aussi. Donc là c'est plus stable maintenant.

 

ZYVA : Et vous avez pas mal d'activité, le DVD le 28 mai, la tournée...

 

Didier Wampas : Oui c'est bien, depuis quelques années il y a plein de choses qui se passent, il y a l'album, la tournée, le DVD, il n'y a pas de moments où il ne se passe plus rien. C'est un peu chiant quand il ne se passe rien, quand tu ne fais que répéter.

 

ZYVA : Justement beaucoup d'artistes nous disent qu'ils profitent de ces moments pour composer. Ce n'est pas ton cas ?

 

Didier Wampas : Oui c'est vrai, après il n'y a pas de règles, tu peux prendre six mois à ne rien faire et n'écrire qu'une chanson, et en dix minutes arriver à en écrire trois.

 

ZYVA : Donc toi tu préfères quand c'est rythmé?

 

Didier Wampas : De toute façon moi je continue à travailler à côté, je bossais ce matin, donc j'ai rarement le temps. Je ne suis pas du genre à partir trois mois en Ardèche à m'isoler dans une ferme (rires)

 

ZYVA : Oui c'est pas le délire de l'artiste qui fait ça de sa vie ...

 

Didier Wampas : Non je ne partirais jamais m'isoler six mois dans les Andes, j'aimerais bien essayer, mais six mois dans les Andes je me ferai chier.

 

ZYVA : Oui des fois on a tendance à idolâtrer la vie les artistes. J'ai l'impression qu'avec toi c'est un peu un retour à la réalité.

 

Didier Wampas : euh... oui la vie a fait que je fais ça aujourd'hui. Je ne sais pas si c'est mieux d'être seulement artiste ou non.

 

ZYVA : C'est un choix pour toi ?

 

Didier Wampas : Au départ ça l'était pas quand on a commencé à faire de la musique il n'y avait pas d'argent on ne pensait pas gagner de l'argent. Aujourd'hui je pourrais être intermittent mais j'ai pas trop envie.

 

ZYVA : Pourquoi ?

 

Didier Wampas : Quand tu fais que de la musique, tu dépends du business pour vivre. Tu deviens dépendant du programmateur du Mouv' ou d'Europe 2. Après t'es un peu obligé quand tu fais ton album de penser à eux. Je n'ai pas envie de rentrer là-dedans. J'ai l'impression d'être plus libre en faisant ça.

 

ZYVA : Après ça n'empêche pas que tu reste quand même un des derniers punks qui passe à la télé.

 

Didier Wampas : Cà, passer à la télé, j'assume. Au contraire moi je veux bien passer à la télé. Quand j'étais petit j'avais pas de grand frère qui écoutait de la musique, je ne faisais que regarder Guy Lux et heureusement que de temps en temps il y avait des gens bien qui venaient, un Coluche ou un Gainsbourg. C'est pas parce que j'ai une chanson " pourrie " qu'il faut pas y aller, au contraire même. En même temps c'est plus facile pour nous de dire ça qu'un groupe comme Noir Désir ou Louise Attaque qui, s'ils vont chez Drucker, ça ne fera pas vraiment décalage, ça ne gênera personne. Nous si on y va les gens devant leur télé ils vont se demander ce qu'il se passe (rires). Mais s'ils me demandent de venir moi j'y vais et si j'y vais c'est dans le même esprit que cette interview-là. Je ne vais pas chez Drucker pour vendre des disques ou pour être plus connu.

 

ZYVA : Je t'avourais que j'ai été, pas choqué, mais intrigué par la pochette du dernier album. Il y a eu beaucoup de dires autour de tout ça. Maintenant j'ai la chance de t'avoir en face de moi, toi qui en es l'instigateur...

 

Didier Wampas : Moi je laisse faire le hasard, je laisse faire les choses. J'ai été acheter un chapeau de Cow Boy, il y avait un drapeau Américain à côté, je l'ai pris, je me suis dit que ça pourrait servir. Après je me suis mis à la fenêtre avec le drapeau sur le dos et le photographe a shooté et voilà... Donc c'est un hasard et en même temps derrière il y a quelque chose. Tout ce coté anti-américanisme primaire qu'il y a en France qui m'énerve un peu. Il y a un peu des deux, il y a du hasard et en même temps j'assume le drapeau Américain. Et puis quand on prend des boucs émissaires, que ce soient les Américains, les Juifs ou les Arabes, ce n'est pas plus intelligent. De voir les Américains comme cause de tous les malheurs du monde c'est pas très intelligent. Des visions simplifiées du monde comme ça je n'aime pas vraiment. Démonter les Mc Donald's c'est pas terrible non plus. Et puis maintenant que l'on a Sarkozy, on peut plus se moquer des Américains avec Georges Bush.

 

ZYVA : Justement au niveau des présidentielles, t'en penses quoi ?

 

Didier Wampas : C'est pas évident parce qu'en tant qu'artiste tu as envie de t'exprimer, mais utiliser le pouvoir que tu as sur les gens pour leur dire pour qui voter, moi je trouve ça malsain. Tu as envie de le faire mais en même temps c'est pas très sain. Tu vois, en travaillant à la RATP, j'ai l'impression d'en faire plus en tant que citoyen qu'en tant qu'artiste. Il y en a un qui voulait voter Sarkozy, je lui ai tellement pris la tête qu'il n'a pas voté au deuxième tour (rire). Donc j'ai l'impression d'en faire plus comme ça qu'en montant sur scène à des grands meetings anti-Sarkozy où tu joues devant des convaincus. On nous a demandé de jouer à Lyon pour le meeting du PS. J'avais envie de le faire parce que j'avais pas envie d'avoir Sarkozy mais je me sentais gêné aussi. En plus ils nous payaient, il voulaient nous donner 10.000€. C'est absurde, tu ne prend pas 10.000€ pour aller soutenir une cause à laquelle tu crois !!

 

ZYVA : Et c'était partagé par l'ensemble du groupe ?

 

Didier Wampas : Certains étaient prêts à y aller, mais moi ça m'a vraiment fait chier.

 

ZYVA : Justement pour parler du groupe, tu as un rôle clé dans la formation, comment ça se matérialise au jour le jour ?

 

Didier Wampas : Il n'y a pas de règles. La démocratie au sein d'un groupe ce n'est pas évident parce que l'art n'est pas démocratique. S'il y en a un qui a une idée pourrie tu peux pas lui dire " elle est pourrie ton idée ". Il faut donc essayer que chacun soit le plus libre possible de faire ce qu'il veut. Mais ça ne peut pas être entièrement démocratique, notamment au niveau des paroles. Si je me mets à demander aux autres si ça ne les dérange pas ce que je chante, ça vide la chanson de sa substance. C'est déjà dur d'écrire des chansons, si en plus il ne faut pas dire telle ou telle chose parce que ça va gêner un tel, on ne s'en sort pas.

 

ZYVA : Et tes relations avec les maisons de disque ? Ça va à peu près ?

 

Didier Wampas : Vu que je m'en fous, ça va !! (rires)

 

ZYVA : Mais il y a de plus en plus de contraintes. On a rencontré des artistes qui nous disaient qu'ils avaient signé pour cinq albums.

 

Didier Wampas : On en a rien a foutre !! De toute façon, tu peux signer pour 25 albums même, si tu ne vends pas de disques t'es viré !! ou tu peux partir ... On s'est fait virer de plein de maisons de disques, ça ne t'empêche pas de sortir un album, tu peux toujours le faire !! On fera ça avec les moyens qu'on aura. C'est aussi pour ça que je continue à bosser, j'ai pas envie de me prendre la tête avec les maisons de disque, à devenir aigri parce que le système est pourri.

 

ZYVA : Il n'y a pas de comparaison à faire mais entre un Tutti Frutti (1er album des Wampas) et le dernier, il y a eu une évolution, ce n'est pas la même façon de penser la chose.

 

Didier Wampas : Tu sais moi la construction d'un album je ne m'y intéresse pas, le studio je n'y comprends rien et je m'en fous. De savoir si la grosse-caisse ou la basse sonne bien je m'en fous !! Avec ma guitare je joue avec deux doigts, ça ne m'intéresse pas d'apprendre à faire des accords !! Ca me suffit de faire de la guitare comme je fais, je n'ai pas besoin de plus !! Tu sais quand tu fais du Rock, surtout quand tu viens du Punk comme moi, de 77, j'avais 15 ans en 77, quand tu viens d'un mouvement où le truc c'est d'avoir des sons pourris, de ne pas savoir jouer, tu t'en fous que ça sonne bien. Ce qui m'a donné envie de faire de la musique, c'est des 45 tours avec des sons inaudibles, donc je n'en ai rien à foutre !!

 

ZYVA : Et alors il parait que les Wampas ont inventé le Rock !! (référence à leur site Internet dont le titre est " Les Wampas ont inventé le Rock'n'roll ")

 

Didier Wampas : Bah quelque part quand tu fais quelque chose tu es bien obligé d'y croire. Quand t'écris une chanson t'es bien obligé de croire que tu vas changer le monde avec ta chanson, sinon tu ne fais pas ce que tu fais. " Les Wampas ont inventé le Rock'n'roll " on y croit tous les soirs en montant sur scène.

 

ZYVA : Vraiment tous les soirs ?

 

Didier Wampas : Oui !!

 

ZYVA : Tu as toujours autant de frissons chaque soir ?

 

Didier Wampas : Oui vraiment !! Surtout que comme je bosse à coté, je sais la chance que j'ai d'être là, de pouvoir faire un concert. C'est un vrai plaisir. Il y a des groupes pour qui c'est un boulot de monter sur scène, moi c'est pas mon boulot.

 

ZYVA : Sinon on aime bien savoir ce que les groupes écoutent, s'ils achètent des Cds?

 

Didier Wampas : Moi j'achète sur Internet, je télécharge plein de trucs, toutes les nouveautés.

 

ZYVA : Dans quels styles ?

 

Didier Wampas : Plutôt Rock quand même. J'ai écouté beaucoup de musique classique pendant dix ans, du Jazz, dans les années 90. J'ai pas écouté beaucoup de Rock pendant cette période, il n'y avait pas grand-chose d'excitant.

 

ZYVA : Même du Rock Alternatif comme Garbage par exemple?

 

Didier Wampas : Si, il y a eu des trucs bien, Nirvana, les Pixies, mais en général ça n'était pas non plus d'une richesse folle. Et là je me remets à en écouter plein.

 

ZYVA : Ca te fait quel écho quand des groupes comme les Béruriers Noirs reviennent ? Surtout que tu as bien connu cette période.

 

Didier Wampas : Je trouve ça toujours un peu dommage des groupes qui se reforment. Surtout un groupe comme les Bérus qui étaient carrément cultes. Quand les Sex Pistols se sont reformés, il n'y a rien eu de pire. La pire aventure de ma vie c'est d'être allé voir les Sex Pistols quand ils se sont reformés. Pour moi c'était l'horreur, tout s'est écroulé en dix secondes. Quand je les ai vu sur scène, tout mon rêve, tout ce que c'était pour moi, tout s'est cassé la gueule. Maintenant quand je repense aux Sex Pistols j'ai plus le frisson, je ne repense qu'à ce concert.

 

ZYVA : Tu les avais déjà vu avant ?

 

Didier Wampas : Non je ne les avais jamais vu. ils n'ont jamais joué en France ou peut être une fois et j'étais trop petit. Donc les reformations, non !! Et puis tout le monde se reforme. C'est fou tous ces groupes qui se reforment !!

 

ZYVA : Et pour certains on peut avoir l'impression que c'est plus un coup commercial qu'autre chose.

 

Didier Wampas : Non je n'en suis pas sur. Je pense qu'il n'y a pas que ça. Ils ont envie de revivre la meilleure période de leur vie je pense. Il n'y pas que l'argent.

 

ZYVA : C'est peut être aussi le retour à la monotonie après le succès qui leur donne envie de reprendre. Toi tu as la chance d'avoir choisi l'équilibre qui te permet de continuer.

 

Didier Wampas : Oui et je n'ai pas envie d'arrêter !! Je n'ai pas l'impression d'être arrivé au bout d'une aventure.

 

ZYVA : Et tu ne penses pas à la fin, tant que tu respires, tu chantes !!

 

Didier Wampas : Oui je crois... Parce que par rapport à tous les disques que j'ai chez moi, tout ce que j'ai pu écouter, je n'ai pas l'impression d'avoir fait grand-chose. Tous ces disques, je les trouve cent fois mieux que ce que j'ai fait moi. Donc j'ai toujours envie de continuer à faire des bonnes chansons, des bons disques.

 

 

 

Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait vous représenter vous ou votre musique :

The Ramones - Beat on the Brat

 

Copyright Zyva music 2008