Eurockéennes de Belfort
Eurockéennes
Date : 18/06/2008
Lieu : Lyon
Par : Fred

Cette semaine à lieu l'emblématique festival des Eurockéennes de Belfort pour la vingtième fois. En avant goût des concerts de ce festival incontournable nous vous proposons de découvrir notre rencontre avec Christian Alex, l'un des programmateur du festival. Christian Alex se dit satisfait de la programmation et nous livre quelques pistes à suivre pour ce week end de fête  ainsi que quelques idées sur l'identité du festival.

ZYVA : Satisfait des têtes d’affiche que vous présentez?  


Christian Alex : Je suis satisfait de l’ensemble. Je ne regarde pas tellement par rapport aux têtes d’affiches. Je sais que les gens d’une façon générale préfèrent ce qui brille de ce qui ne brille pas aujourd’hui. L’ensemble de la programmation me plait. Elle a une tenue entre les jeunes groupes découvertes qui ont été des coups de cœurs pour nous. Quand je dis jeune groupe ils peuvent être là depuis longtemps mais ils ne sont pas forcément connus en France. Entre des têtes d’affiches mais aussi des projets qui ne sont pas vraiment des têtes d’affiches, qui sont des side projects comme Grinderman, le projet de Nick Cave, ou encore Cavalera Conspiracy le projet des frères Cavalera. L’équilibre global nous plait bien.

 

ZYVA : En tant que programmateur c’est combien de coups de cœur ? 

  

Christian Alex : Tous les groupes sont des coups de cœur quand on fait un festival qui dure trois jours et qu’on a passé une année complète à faire des choix, à voir beaucoup de groupes, à en mettre beaucoup de côté. On est obligé au final de n’avoir que des coups de cœur. Si au final la programmation ne nous plaisait pas franchement…L’ensemble de la programmation doit refléter ce qu’on avait envie de présenter.  C'est-à-dire, des groupes qui ont marqué l’année, qui seront intéressants après le festival mais aussi des groupes qui ont marqué l’histoire du festival. Cette année, c’est les 20 ans.

 

ZYVA : Quels sont ces groupes ?  

 

Christian Alex : Massive Attack est typiquement un groupe qui correspond aux 20 dernières années du festival. Lorsque le festival a commencé en 89 c’était un sound-system londonien. Ils étaient venus suite à leur premier album. C’est un groupe qui a suivi la même évolution que celle du festival. Ben Harper aussi, il était venu il y a très longtemps, il était inconnu en France et avait joué sur une petite scène. A l’époque il était arrivé en France avec les Transmusicales de Rennes. Il était revenu en 2001 sur la grosse scène et cette année il revient encore plus fort. C’est vraiment un artiste qui a marqué le festival. Quelqu’un aussi comme Moby qui a suivi l’évolution du festival dans les 90. Et puis on voulait aussi revoir les groupes qui avaient été des gros coups de cœur. Comme Nick Cave qui était venu en 96, on est très heureux qu’ils reviennent avec Grinderman ; les N.E.R.D qui étaient venus en 2002. La ils reviennent avec une production mille fois plus puissante. C’est un peu l’évolution que certains artistes ont pu avoir entre leur venue et maintenant. Bien sûr, je ne dis pas que c’est dû aux Eurocks.

 

ZYVA : Cette 20ème édition représente t’elle l’identité du festival ? 

  

Christian Alex : Oui je trouve. La programmation est totalement cohérente avec ce que le festival a présenté depuis 89. En même tant il y a eu des virages, une évolution artistique et on le sent encore dans cette programmation. C’est un festival défricheur, qui surprend.

 

ZYVA : Pour vous parmi les groupes qui sont présents aujourd’hui aux Eurocks lesquels sont les Moby, Ben Harper de demain ? 

  

Christian Alex : Je ne sais pas s’ils seront aussi gros que Moby ou Ben Harper. Vu l’évolution actuelle du business de la musique, il devient difficile de savoir qui va exploser. Quand  en octobre 2006 nous avions programmé Amy Winehouse pour qu’elle vienne en juillet 2007, nous étions loin de penser qu’elle allait autant exploser. Je ne dis pas que c’est de la chance mais c’est un peu du pif parfois. Cette année je pense qu’une fille comme Lykke Li, une jeune suédoise qui va sortir son album, va trouver une vraie place. Je dirais qu’un groupe comme Battles s’est déjà installé comme un groupe un peu référence. Dans les tout petits, j’espère que des groupes comme MGMT et Yeasayer qui présentent une pop très marginale, très personnelle, s’imposeront comme Arcade Fire  dans le paysage musical. Quelqu’un comme Calvin Harris dans cet entre deux entre l’électro et la pop est je pense quelqu’un de novateur qui va s’installer comme producteur important dans les années à venir.

 

ZYVA : Au niveau national on a un nouvel évènement qui vient vous concurrencer, à savoir le Main Square Festival, quel est votre point de vue sur ce festival ?

   

Christian Alex : Honnêtement je ne considère pas ça comme un festival. Vous êtes la vingtième personne qui me pose cette question. Je ne comprends même pas pourquoi on dit qu’il s’agit d’un festival.  Même si les vides greniers proposaient Radiohead je ne considérerais pas cela comme de la concurrence. Ce n’est pas parce qu’on aligne 5 ou 6 groupes sur une place de ville qu’on est un festival. Pendant le festival de Cannes, les salles continuent à passer des films. Si ces salles de cinéma se paraient d’un nom de festival on ne les considérerait pas comme des festivals. Les Eurockéennes c’est un site, ça fait 20 ans que cela dure. C’est entre 75 et 80 groupes. C’est autre chose que de la musique. C’est des créations, du théâtre de rue. C’est un environnement scénique qui est développé. Les gens viennent pour voir quelque chose de global. On a toujours eu des festivals en face de nous. Main Square n’est pas pour moi un festival. C’est un événementiel. Par contre, Werchter, Roskilde qui est au Danemark sont des festivals avec de vrais programmations, même Solidays qui est en face des Eurockéennes je considère cela comme un festival qui défend une cause comme le SIDA. Ce n’est pas parce qu’il y a une grosse promotion et qu’ils ont Radiohead que c’est un festival.

 

ZYVA : D’un point de vue personnel, je pense que le Main Square est un événement tape à l’œil monté de toute pièce mais qui peut causer énormément de torts aux autres festivals qui eux ont une âme.

   

Christian Alex : Cela arrivera dans le sens où tout le monde se fera entourlouper. Il y a tellement de sollicitations pour les gens, et pas seulement musicales, qu’ils doivent faire des choix financiers. Aujourd’hui pour aller voir un concert dans une salle normale il faut sortir entre 12 et 15 euros. Sur un Zénith on va payer au minimum 30 euros. Sur un festival comme les Eurockéennes c’est de l’ordre de 40 euros la journée et de 100 euros les trois jours. Les gens commencent à tirer la langue au niveau de l’argent. Il peut arriver à la musique ce qui est arrivé aux disques. Trop de sollicitations à tuer le disque et puis avec l’arrivée d’internet les gens ont pu se faire une discographie sans dépenser d’argent. Aujourd’hui ils continuent à aller dans les concerts, tant mieux. Mais s’il y avait une autre proposition peut-être que ça changerait.

 

ZYVA : En tant que programmateur, le travail d’agencement des concerts est ce qu’il y a de plus complexe ?   

 

Christian Alex : On ne le décide pas le jour J.

 

ZYVA : Je l’imagine bien.

 

Christian Alex : On travaille sur un pré-planning à partir de septembre. C’est un planning de déambulation. C’est la rythmique du festival. Généralement on essaie de proposer plusieurs concerts en même temps parce qu’on a envie que les gens face un choix à un moment. On n’est pas trop culture TF1 qui est de donner tout un global. On veut que les gens choisissent leurs concerts et organisent leur temps de vie. Ce planning là on le travaille en octobre, novembre. Ensuite c’est la négociation avec les groupes au jour le jour. On remplit notre planning au fur et à mesure. C’est un casse tête mais c’est la chose la plus excitante. Si tous les groupes acceptaient le créneau horaire et la scène qu’on leur propose sans problèmes, on s’ennuierait dans notre métier. On est obligé de remodeler, reconcevoir le planning tout en essayant de conserver l’idée de départ.

 

ZYVA : Pour vous, de façon personnelle, quelles sont vos trois grosses satisfactions et déceptions ?   

 

Christian Alex : Cat Power, je suis content qu’elle vienne parce que c’est une artiste majeure des dix dernières années. Gossip, je suis très content qu’ils reviennent, ils étaient déjà venus en 2006 et après Gnarls Barkley. On avait essayé de les avoir juste avant qu’ils sortent leur premier album on était à deux doigts de confirmer et pour diverses raisons ça avait planté. J’avais été emmerdé à l’époque donc je suis très content qu’ils viennent. Les déceptions… non  je ne suis jamais déçu au final. Il y a tellement de petits groupes qu’on aurait aimés avoir qu’il n’y a pas de réelle déception.

 

ZYVA : Si vous étiez festivalier, quels concerts vous ne rateriez pour aucun prix ?  

 

Christian Alex : A peu près les mêmes que pour mes satisfactions. J’essaierai de ne pas louper Cat Power, les N.E.R.D, Grinderman, Nortec Collective qui est un groupe mexicain incroyable sur scène et peut être encore une fois Gnarls Barkley.

 

ZYVA : Pour finir on imagine que vous devez parcourir des milliers de kilomètres pour découvrir des nouveaux groupes. Si vous deviez donner un évènement majeur pour en trouver, ce serait lequel ?   

 

Christian Alex : Le festival d’Austin en mars.

 

ZYVA : Le SXSW c’est ça ? 

  

Christian Alex : Oui. On arrive à trouver énormément de groupes qui correspondent à nos goûts et aux goûts du festival sur cet évènement. C’est pour nous un festival majeur, c’est un temps fort, après il y en a beaucoup d’autres.

 

Quel titre d’un artiste représenterait le festival des Eurockéennes ?   

L’homme pressé - Noir Désir

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