Hey Hey My My
Hey
Date : 30/04/2008
Lieu : Ninkasi
Par : Fred, HMK

Hey Hey My My n’est pas seulement le titre d’un morceau de Neil Young. C’est aussi le nom d’un groupe de pop folk français qui vient de vivre une année haute en couleur. Même s’ils nous avouent que le succès du groupe n’est pas encore total, Julien Gaulier et Julien Garnier semblent satisfaits de ce coup d’essai d’un groupe qui à l’origine n’était qu’une cours de récréation pour eux.

ZYVA : On vous connaît depuis longtemps bien sûr, on apprécie ce que vous faites. Déjà un truc tout bête : est-ce que beaucoup de gens sont surpris de découvrir que Hey Hey MY MY c’est français ?

  

Julien Gaulier : Ah oui tu crois ? Moi je ne trouve pas, c’est rare. La plupart du temps les gens que l’on rencontre ne sont pas étonnés. Peut être à la radio, ils connaissent seulement de nom.

Julien Garnier : Et puis en live on intervient sur les chansons en français donc tout de suite s’ils avaient un doute, ils tombent.

Julien Gaulier : Enfin ça nous est déjà arrivé d’entendre des gens surpris.

 

ZYVA : Depuis un an vous avez pas mal sillonné la France depuis un an. C’est votre troisième passage à Lyon ?

  

Julien Gaulier : Oui. On a déjà fait le Citron, le Sirius et aujourd’hui on est au Ninkasi.

Julien Garnier : Lyon on aime bien.

Julien Gaulier : Le Citron c’était rigolo. Il faisait 38°C dans la salle. On était pété…bien pété.

Julien Garnier : Les murs suintaient. Il faut dire, on avait fait un bouchon lyonnais…bien arrosé et on était arrivé avec la banane. C’était vraiment rock’n roll.

 

ZYVA : Ce soir au Ninkasi, le prochain coup ce sera le Transbo (rire général).

 

Julien Gaulier : On verra. C’est déjà cool de jouer au Ninkasi. Cela fait longtemps qu’on entend parler de ce lieu. Pour revenir à notre tournée, elle dure depuis un an. On a fait une quarantaine de dates. Mais on a encore plein de coins à visiter. La tournée, c’est fait par à-coups. D’un point de vue c’est intéressant car ça nous a permis de voir la progression du groupe. Au début on était totalement inconnu et petit à petit on a vu les salles se remplir de plus en plus. Bon ce n’est pas la folie totale non plus.

 

ZYVA : On imagine que de nouveaux projets apparaissent après un an.

  

Julien Gaulier : Par rapport au set de l’an dernier on a déjà inséré deux, trois nouveaux titres. Fin mai, début juin on va sortir un cinq titres sur I-tunes. On y retrouvera deux inédits, des titres qu’on a enregistrés au moment de l’album, un titre de l’album et deux lives. On va d’ailleurs essayer d’enregistrer du live ce soir. Ca devrait être sympa.

 

ZYVA : C’est intéressant parce que vous avez un esprit plus rock en concert. On devrait le sentir sur cet enregistrement ou vous allez faire en sorte d’être plus folk pour que cela colle avec le style du reste ?

 

Julien Gaulier : Non, au contraire on va essayer d’avoir cette énergie rock. Le but est d’avoir un set plus énervé.

Julien Garnier : C’est une autre expérience que l’écoute de l’album. Si on jouait à l’identique on se ferait chier et le public aussi.

Julien Gaulier : Dans le set il faut savoir varier les ambiances. Ca ne doit pas être tout à bloc ou tout folk. Mais bien sûr on a plein de projets, on commence à réfléchir au second album, à maquetter. Ce que l’on sait c’est qu’on ne veut pas refaire la même chose. On ne veut pas refaire un album totalement folk. On va aller plus vers du rock.

Julien Garnier : Mais c’est difficile. Souvent quand on dit on fera un album plus rock le résultat n’est pas celui qu’on attendait. Au final on ne sait pas comment ça va se passer. Ca ne sert à rien de faire des pronostics.

 

ZYVA : Surtout que vous avez une construction particulière. Vous composez chacun de votre côté puis ensemble. C’est bien ça ?

  

Julien Gaulier : On a commencé à travailler un peu plus avec Michel, notre batteur. Le premier album on l’avait enregistré chez nous. Nous n’avions pas de batterie. On enregistrait les démos avec des batteries électroniques. Michel avait eu les titres deux semaines avant l’enregistrement. C’était bien, mais bon maintenant on essaie de travailler plus en amont pour que ça se ressente sur le produit final.

 

ZYVA : Vous créez une vraie dynamique de groupe.

  

Julien Gaulier : Oui, c’est vrai au début on était juste tout les deux. Depuis un an on tourne à quatre. Pour revenir à ce que sera le prochain album, je pense que nous même on ne sait pas trop. On ne va pas faire du punk, même si on pourrait.

 

ZYVA : Oui comme dans British Hawaï.

  

Julien Gaulier : Michel joue avec nous dans British Hawaï.

 

ZYVA : Au final pour vous le projet Hey Hey My My c’était juste une cour de récréation au départ et ça n’avait pas pour but d’être professionnalisé ?

  

Tout les deux : Exactement

 

ZYVA : Cette inversion des rôles entre British Hawaï et Hey Hey My My, ça n’a pas été dur ?

  

Julien Gaulier : Non, non. Pendant quelques années on avait fait British Hawaï. Nous n’avions pas de tourneur. On faisait quelques dates de temps en temps. Ce qu’il y a de bien dans Hey Hey My My c’est qu’on peut y faire du punk si on en a envie. Alors qu’on ne peut pas faire de folk dans British Hawaï. C’est juste qu’avant on avait décidé de tourner avec British Hawaï. On était dans une optique très, très rock. Après on a viré folk. On a d’abord fait l’album et ensuite appris à travailler l’acoustique. British Hawaï c’était tout à fond pendant une demi-heure. C’était une énergie particulière. Là c’est plus difficile à faire sonner. Il a fallu que je reprenne la guitare acoustique. On a appris à varier les atmosphères en concert, mettre de temps en temps de la distance.

 

ZYVA : Au bout d’un moment vous avez dû bien vous les approprier, les titres ?

  

Julien Gaulier : On reste toujours sur la structure de l’album, mais par exemple sur Poison on a tendance à doubler le refrain, ou à faire d’autres modifications.

Julien Garnier : C’est un exemple de chanson qui est complètement folk sur l’album, jouée avec des guitares acoustiques et qui devient très électrique sur scène avec des guitares saturées.

Julien Gaulier : C’est pour ça qu’on aime Neil Young. Ce n’est pas notre seule influence mais il est capable de faire un truc très folk et après un gros rock.

 

ZYVA : Le fait de ne pas être cloisonné ?

  

Julien Gaulier : Oui, après on peut comprendre ça sur certains groupes parce qu’on leur demande de créer une image. C’est triste pour eux car ils sont enfermés. Queen avait ça aussi, il était capable de faire des trucs super pop, rock et jusqu’au heavy metal comme sur l’album Kind of magic.

 

ZYVA : En France on aime bien mettre les gens dans des cases, non ?

  

Julien Gaulier : Oui, après on ne peut pas trop parler du reste du monde. On a joué un peu à l’étranger, à New York, en Suisse, en Belgique. En France on arrive à une période où ça commence à changer. On a remarqué que pour les gens on avait une image assez floue. On passait sur radio Nova avec To Much Space, alors qu’on était sur le Mouv’ avec I Need Some Time. Il en découle un public très varié. D’un côté un public un peu indé qui nous a découvert avec To Much Space et de l’autre des ados qui nous ont connu à travers I Need Some Time. C’est vraiment sympa.

 

ZYVA : On peut faire un parallèle avec Belle and Sebastian qui pourraient eux aussi passer à la fois sur une radio pop et une radio aux sonorités plus électro.

  

Julien Garnier : C’est vrai.

Julien Gaulier : Et puis ils ont vraiment un son à eux qui permet de garder une cohérence. Ils sont reconnaissables de suite.

Julien Garnier : Ils ont leur empreinte. Après, comparé à nous, ils ne s’énervent jamais à la voix.

Julien Gaulier : D’ailleurs c’est intéressant d’en parler parce qu’on a eu en France un renouveau des groupes rock, folk. Les Stuck In The Sound, les Hushpuppies. Des groupes qu’on connaît bien, ce sont des potes qui sont très, très rock.

 

ZYVA : Et maintenant ça va jusqu’à l’anti folk avec Coming Soon qui marche beaucoup à l’étranger. Vous pensez d’ailleurs que la scène rock française va commencer à véritablement s’exporter ?

  

Julien Gaulier : Ah la grande question. L’étranger c’est intéressant, mais ça dépend des priorités. Peut être que si on marchait super bien en France on se contenterait de répondre à la demande. Là c’est plutôt tranquille (rires).

 

ZYVA : Ca va faire combien de temps la musique pour vous ?

  

Julien Gaulier : Dix ans. Moi j’ai commencé la guitare il y a dix ans, mais très rapidement on a fait nos chansons.

Julien Garnier : Pendant trois ou quatre ans on  ne savait pas où on allait. On était dans des groupes un peu obscurs, amateurs.

Julien Gaulier : Mais pour British Hawaï on va dire qu’il y a une couleur qui s’est tout de suite imposée.

 

ZYVA : Vous respectez donc ce que beaucoup disent, à savoir qu’il faut dix ans pour qu’un groupe soit reconnu.

  

Julien Gaulier : Au final il n’y a pas de règle. C’est hallucinant de voir des groupes comme les Strokes qui marchent de suite et à côté un groupe comme les White Stripes qui ont eu besoin de temps pour percer. La maturité artistique c’est quelque chose d’indéfinissable.

Julien Garnier : Les Arctic Monkeys ils étaient bons tout de suite. Il y a des génies. Nous on est plus dans le cas d’une lente maturation.

Julien Gaulier : Du coup on a beaucoup de chansons en stock. Il y en a même qu’on ne sait plus jouer (rires). De toute façon le domaine artistique est complètement injuste. Quand on y réfléchit, toutes les émissions style Star Académy, Nouvelle star, font croire au public que cela vient comme une récompense. La réalité ce n’est pas du tout ça. On peut végéter pendant dix ans alors qu’on est un génie. Parfois c’est vraiment triste.

 

ZYVA : Et puis il y en a qui sont reconnus par pas mal de gens mais qui ne seront jamais connus du grand public ?

  

Julien Gaulier : Ca c’est le monde de la musique indé. Herman Dune ont vite été reconnus par la scène indé, mais ont mis beaucoup de temps à passer dans le domaine public et encore ce n’est pas non plus l’explosion.

 

ZYVA : Vous en vivez de ce que vous faites ?

  

Julien Gaulier : Non. Moi je travaille, Michel travaille, Jeff fait des musiques de pub et Julien est au chômage en ce moment. Maintenant qu’il n’y a plus de vente de disques c’est plus dur, il faut trouver des sources de revenus autres comme faire une pub.

 

ZYVA : Ou une BO de film ?

  

Julien Gaulier : Oui, on a d’ailleurs dernièrement été contactés pour en faire une. Ca peut être vraiment sympa. Et puis petit à petit les gens suivent, l’album se diffuse. On ne s’en rend pas vraiment compte parce qu’on tourne beaucoup. En tout cas on ne vit pas que par les médias.

 

ZYVA : Votre label, Sober and Gentle, est né avec vous. Cocoon vous a suivi derrière, ça reste une petite structure ?

  

Julien Gaulier : Oui c’est très loin d’une Major. Mais même en étant dans ce réseau tu peux avoir de bonnes opportunités. Cocoon font l’album de la semaine sur Canal. On est dans un circuit indé mais parfois il y a des passerelles grand public qui sont accessibles.

Julien Garnier : Ce n’est pas forcément évident à négocier ces passerelles. Mais quand par exemple tu arrives à passer sur des grosses radios comme France inter ça change la donne.

Julien Gaulier : Moriarty ont eux vraiment réussi ce pari.

 

ZYVA : Ils ont mis beaucoup de temps à émerger au final.

  

Julien Gaulier : Un an depuis la sortie de l’album.

 

ZYVA : Oui, enfin le groupe est né depuis bien 7, 8 ans. Cela a été un long cheminement, mais c’est vrai que pour eux c’est l’explosion et encore c’est loin du phénomène The Do.

  

Julien Gaulier : Il y avait Aaron aussi en terme de ventes de disques.

 

ZYVA : Enfin The Do ils sont en tête d’affiches de très gros festivals.

 

Julien Gaulier : C’est un phénomène franco français. Ils prennent la place qu’auraient pris certains artistes anglo-saxons. C’est vraiment intéressant car les groupes français qui chantent en anglais  commencent à être reconnus et à jouer sur des scènes où passent avant et après eux des groupes internationaux.

 

ZYVA : Même si on a vraiment l’impression qu'en France, les medias imposent au grand public un seul groupe par style.

  

Julien Gaulier : Oui il y a un peu de ça. Cela tient aussi au fait qu’il n’y pas de scène pop rock organisée comme la scène Métal. La scène pop rock indé emprunte à mon avis les mêmes chemins que ceux qui ont été pris par les groupes de chanson française indé. Louise attaque, les Têtes Raides, les Ogres de Barback, des groupes qui ont vraiment tourné avant d’exploser sur les radios de grande écoute. On tourne dans les même salles donc ça évoluera peut être dans ce sens. On ne sait pas trop comment ça va évoluer. On espère dans le bon sens.

 

Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait  représenter votre musique : 

 

AC DCIt’s a long way to the top ( if you wanna rock and roll)

 

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