
Après deux années de tournées, Deja Vu, groupe de rock aux accents Brit né dans les traboules lyonnaises, est de retour avec un nouvel album annoncé pour l'automne. Le groupe conscient des difficultés actuelles du marché de la musique entend bien continuer à tracer son chemin, celui du renouveau de la pop française. Leur objectif est simple, concilier un fond à la française avec une forme à l'anglaise, discussion...
ZYVA : Ce soir on vous retrouve à Lyon in rock, ce concert répond à quels besoins ? Défendre l’album qui va sortir ?
François : Nous n’en sommes pas encore vraiment là.
Reno : C’est juste la promotion du groupe.
François : C’était l’occasion de jouer, de faire un festival et comme on a des nouveaux titres sur Myspace c’était l’occasion de les présenter. L’album est prêt, mixé. Il reste seulement à le masteriser, il sortira à l’automne donc on aura le temps de le défendre.
Reno : Il y a beaucoup de gens qui connaissent déjà certains des nouveaux morceaux. En fait, le premier album à tellement bien marché qu’on s’est dit qu’il fallait qu’on en fasse un deuxième pour être encore plus riche (rires).
Jordi : Ce n’est qu’une histoire de blé depuis le début.
Reno : Tiens d’ailleurs comment on est payé ce soir. Il faudrait demander à l’organisateur. Il est où l’organisateur ?
François : Je ne sais pas où il est…En plus j’ai des dettes envers vous…
Reno : C’est vrai ça. Ce soir je suis producteur du concert. Si on m’avait dis un jour que je serais coproducteur d’un concert au transbordeur…la classe.
ZYVA : Le mois de mai s’annonce bien chargé en termes de dates.
Mat : Elles commencent à être annulées une par une (rire général). Non je rigole. Oui on a beaucoup de concerts, c’est bien.
ZYVA : Pas trop dur de faire ces dates sans support ressent ?
François : On a du mal à s’arrêter de jouer. Il y a des groupes qui se disent, c’est bon on a fini de défendre l’album, on ne fait plus de concerts. Nous on ne peut pas.
Reno : Sinon on déprime.
Français : Ne pas jouer sur scène c’est trop triste. La musique on l’a chevillé au corps (rires). Comme je le disais, l’album est enregistré, mixé, notre équipe de management a essayé de trouver un maximum de dates au printemps. Comme l’album va sortir en automne on a besoin de visibilité. Nous sommes en pleine période de démarchage de contrats pour la sortie du disque. Donc toutes ces dates ça répond à deux besoins, principalement l’envie de jouer et parce qu’on démarche pour la suite.
Jordi : Les concerts c’est toujours bon à prendre.
François : Il y a des groupes qui font des concerts pour promouvoir un album. Nous c’est presque l’inverse on fait des disques pour pouvoir faire des concerts.
ZYVA : Le disque qui va sortir a été fait avec la même équipe ?
François : Oui, on est des fidèles.
Mat : C’était avec la même équipe mais on a changé l’approche.
François : Après la sortie du premier disque il y a eu beaucoup de concerts. Ce premier album il était ; je ne vais pas dire prématuré, le groupe avait 9-10 mois, mais on n’avait pas encore trouvé le son du groupe. Il est né au fur et à mesure de l’enregistrement du premier album. Il s’est renforcé avec toutes les scènes que l’on a enchaînées. Je pense que le deuxième sera beaucoup plus représentatif de ce que l’on fait sur scène. Il va sonner beaucoup plus nous. On a vraiment voulu faire un disque très sincère, qu’on a enregistré dans une maison, dans le sud de la France.
ZYVA : Il était d’ailleurs possible de suivre votre aventure à travers le blog de votre Myspace.
Mat : Ah oui, ça c’était la grande aventure, la connexion 56k. Reno qui nous surprend dans nos lits. François qui reprenait Black Bird. Vraiment le grand truc à ne pas louper
François : On a tout enregistré en live, enfin batterie, basse et les deux guitares principales. Ensuite on a fait pas mal d’enregistrements additionnels. Des claviéristes sont intervenus, Ian de A Song, mais aussi Fred Jiménez. On était des grand fan de As Dragon quand il jouait avec eux. On avait joué avec lui à l’automne, c’était une belle rencontre. C’est plutôt chouette qu’il soit sur notre disque. Matt fait un clavier aussi.
Jordi : Il y a beaucoup d’argument qui nous donne envie de défendre l’album.
Reno : Oui, surtout toi (rires).
François : Cet album à mis du temps à murir. C’est presque deux ans de boulots entre le moment où les premières compositions sont arrivées et la sortie.
ZYVA : Cet album raconte une histoire ?
Mat : Non, non, c’est des billets d’humeurs à la François comme sur Mademoiselle ou petite conne. C’est dans la même veine que le premier album mais beaucoup plus riche. Et comme dirait n’importe quel chanteur de variété on aime bien mettre le nez dans l’actualité (rire générale).
Reno : Mais qu’est ce que tu racontes. Comment on éteint ton truc !
François : Sur le disque il y a onze titres mais à la base on avait 40 50 morceaux .
Mat : François avait quarante morceaux et nous on a écrémés.
ZYVA : C’est toujours tes morceaux François ?
François : Matt en fait aussi.
Mat : C’est quand même François le chef.
ZYVA : C’est un gourou ?
Reno : Non c’est un casse couille (rires).
François : Il ne faut pas croire non plus que j’arrive avec les morceaux tout fais. J’enregistre juste une petite démo. En général je fais écouter les morceaux et parfois il se passe quelque chose. Reno se dit, tient on peut faire ça et il emmène le morceau vers autre chose. Le morceau 67 est un bon exemple. Quand je l’ai mis sur mes maquettes, je me disais que ce morceau n’avait pas de potentiel. Mais à partir du moment où je leur ai présenté il a pris une toute autre envergure. A l’inverse j’y croyais mort pour certains morceaux et ça ne fonctionnait pas.
Mat : Du coup il a fait Lauren Stuart !
ZYVA : Ah d’accord, tu as recyclé les morceaux mis à la poubelle par Deja Vu dans Lauren Stuart ! (rires)
Mat : Et Il était bien content de venir nous demander de venir jouer sur scène (rires).
François : Tout ça pour dire qu’une fois qu’on a commencé à avoir un répertoire, on est allé trois fois en studio avant d’enregistrer. Puis on a fait une première session de préprod où nous avons commencé à maquetter. Après on est retourné sur les routes pour voir les réactions. Une fois qu’on était bien chaud, qu’on avait bien les morceaux dans les doigts on est rentré en studio. Il y a seulement eu deux, trois prises par titres. L’enregistrement des basics tracks c’est fait en huit jours.
Mat : On a limite mis plus de temps à installer le matériel et à faire le son que de temps pour enregistrer. On était pret !
ZYVA : De façon plus global, par rapport au paysage rock français vous vous sentez comment ?
François : Nulle part…à part. Je ne me reconnais pas du tout dans le rock français. J’ai beaucoup de respect pour Noir Désir mais ce n’est pas forcément un groupe qui nous influence. Nos influences musicales sont très brit. Malgré tout, on n’avait pas envie de tomber dans le cliché du groupe qui n’assume pas le fait d’être français et chanter en anglais. Il y a des groupes qui le font très bien. Nous, on veut garder notre identité. Dans les 60’s, Il y avait une scène pop française extraordinaire, Gainsbourg, Polnareff et bien d’autres. Aujourd’hui on a l’impression qu’il y a d’un coté les popeux qui chante en anglais et de l’autre du gros rock qui tache où il faut surtout qu’il y ai de la grosse guitare Marshall. J’ai rien contre, pourquoi pas, mais ça ne m’intéresse pas. Notre ambition avec Deja Vu est d’arriver à frayer un chemin entre tout ça. De concilier le côté mélodique avec un vrai fond en français le tout en arrangeant le son à l’anglaise. Tout cela parce que c’est notre identité.
Mat : Ce qu’il y a de bien avec la vague que portent les BB Brune, les Shades, c’est qu’ils rendent populaire un rock différent que celui véhiculé par les groupes influencés par Noir Désir. On avait vraiment l’impression de voir 100 fois le même groupe et les popeux qui chantent en anglais c’est aussi un peu tous des clones.
Reno : Mat, tu es en train de te faire des amis.
Mat : C’est juste une question de goût.
ZYVA : Et Le terreau il est bon pour s’imposer ?
François : Ce n’est pas facile. Nous sommes dans un pays qui aime les étiquettes. En général on ne sait pas trop quel étiquette nous coller. En tout cas au près de l’establishment c’est à dire les médias rock.
Mat : C’est très compliqué parce qu’un d’un côté on chante français et de l’autre on a une mélodie rock. On s’en fou dans l’absolu, le son est rock, mais ce n’est pas assez rock parce que ce n’est pas en anglais. Et puis on est un peu plus âgé et un peu moins hype que la vague parisienne. Nous, on sait ce qu’on veut faire mais nous ne savons pas sur quel pied veulent danser les gens qui sont sensés nous recevoir.
François : En concerts, c’est l’aspect visuel qui domine l’attention des gens. Il occulte l’aspect textuel, musical. Mais bien souvent quand les gens écoutent notre disque les premières choses dont ils vont nous parler, ce sont les paroles. Ce qui n’est pas le cas en Angleterre.
ZYVA : C’est vrai que parfois les anglais n’ont qu’un seul objectif, faire en sorte que la mélodie et le texte s’accordent parfaitement quitte à ce que ce n’est pas de sens profond. En France si le texte n’a pas de fond, ça ne passe pas. Pour vous cela a été facile d’associer ce fond français à la forme anglaise ?
Français : J’ai énormément travaillé cet aspect. Je suis le premier à être conscient que lors du premier album il pouvait y avoir parfois dans la forme des mots qui mélodiquement ne rentrait pas.
Mat : Les textes n’étaient pas tous de François, cela peut expliquer pas mal de choses. Pour le second album, l’écriture des textes c’est 100 % François.
François : Mais attention, au niveau des textes je n’ai aucune prétention. Ma référence ultime c’est Gainsbourg qui a l’art de dire choses simples avec une fluidité dans l’écriture fabuleuse. Je suis sur que quelqu’un qui ne comprenait pas la langue pouvait tout de même trouver cette langue jolie avec Gainsbourg. Il faut que les mots calques la mélodie, que ce soit fluide. Souvent quand je compose je chante en yaourt, et bien souvent c’est ce yaourt qui m’a permis de trouver des mots qui avaient les mêmes consonances que la mélodie. Le problème en France c’est qu’a partir du moment où l’on dit qu’on a fait cet effort, beaucoup vont dire que le texte ne veut rien dire ça veut rien dire alors que j’ai essayé de garder un fond. Et puis, ils vont nous reprocher de mettre la voix trop loin dans le mixage, critique qu’on n’entend pas de la part de personnes qui ont la culture anglo-saxonne. Nous n’avons pas envie d’une voix franco-française posée sur le mix comme un texte posé sur la musique. C’est difficile du coup de faire valoir notre personnalité, Il y a très peu de groupes qui s’essaient à ça. En même temps c’est intéressant parce qu’on rencontre des gens qui nous disent qu’ils attendaient cette démarche. Ca nous encourage. Et puis c’est un truc auquel au tient, qui fait partie de notre personnalité.
ZYVA : On vous sent très engagé, vous comptez donc tourner longtemps avec ce nouvel album ?
François : On ne peut pas vraiment savoir, on n’a pas encore de tourneur.
Reno : Laisse répondre Jordi, Alors Jordi combien de temps on va tourner avec l’album ?
Jordi : Le plus longtemps possible.
Reno : Précise ta pensée (rires).
Mat : Il est relou ce Reno
Reno : Moi, toute ma vie, non je suis taquin.
François : Cela va dépendre du succès du disque. On a envie d’une distribution nationale, mais on ne va pas signer du jour au lendemain chez un gros label qui va mettre du fric sur la table.
Reno : Cela va se passer de la même façon que pour le précédent album. On va tourner et puis au bout d’un moment on va écrire de nouvelles chansons, on va les jouer en concert et quand on se sentira près on fera un troisième album.
François : Aujourd’hui, plus personne ne veut prendre de risques. Les maisons de disques sont en déclin.
Mat : Il faut que ce soit la télé qui mâche le travail de développement de l’artiste.
François : L’autre jour j’ai vu Cachin, un critique émérite plutôt spécialisé hip hop qui parlait des victoires de la musique. Il disait qu’il était content que l’establishment ai enfin récompensé des artistes issus de la télé réalité. J’étais catastrophé par ce qu’il disait. C’est une défaite totale. Aujourd’hui pour percer au niveau du grand public, tu n’as plus le choix, tu dois venir de la télé. Heureusement il y a des itinéraires bis, mais c’est la jungle parce qu’il y a des milliers de groupes valables. Ce qui est bien en soit est bien mais ces seulement quelques personnes qui arrivent à émerger. Rien que sur la programmation de Lyon in rock. Il faut ce dire que même pour Electric soft parade c’est difficile, pour moi c’est une grande fierté de jouer avec eux c’est un de mes groupes préférés, mais leur dernier album a à peine été distribué en France. Tout les groupes qui sont la ce soir sont dans la situation. Ils ont du son mais ils ne savent pas quoi en faire. Pour Fake Oddity ça c’est décanté mais ça a pris deux ans aussi, ça fait flipper. Pourtant ils étaient dans les studios EMI en Turquie. Ils ont un bon tourneur Mediatone, une bonne distribution avec c’est Discographe. C’est vraiment très compliqué mais on y croit.
Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait te représenter toi ou ta musique :
Mary - Supergrass
