ALEC EMPIRE

Interview de ALEC EMPIRE
Date : 03/03/2006
Lieu : Ninkasi Kao
Par : HMK, Jagunk
Rencontre avec Alec Empire à son hôtel, à quelques centaines de mètres du Ninkasi Kao où il se produira ce soir en concert...

ZYVA : Deuxième fois à Lyon n'est-ce pas ?

 

Alec Empire : Oui, j'étais venu avec la formation Atari Teenage Riot

 

ZYVA : Et aux " Nuits Sonores ", non ?

 

Alec Empire : Oui exactement, j'avais fait un show un peu Electro oui, j'avais complètement oublié ...

 

ZYVA : Ah, ça ne t'a pas marqué les " Nuits Sonores " ?

 

Alec Empire : Si, c'était bien, mais je suis venu en formation Rock avant, ça m'a plus marqué que cette scène Electro.

 

ZYVA : D'accord, d'ailleurs tu as plusieurs projets sur le feu...

 

Alec Empire : oui j'aime bien faire plusieurs projets en même temps, ça dépend de la musique que je veux faire pour les tournées, les gens qui m'entourent, tout ça, et si je veux faire des choses pour moi, je les fais.

 

ZYVA : Tu es originaire de Berlin, une ville très vivante avec une forte activité musicale, riche et variée.

 

Alec Empire : Oui (rire), une sorte de " Culture " ...

 

ZYVA : Ah bon, qu'est-ce que tu veux dire par là ?

 

Alec Empire : Ben je trouve que ça tourne en rond, tout le monde pense que c'est très riche mais, il y a peut être cinq ou six gars qui font évoluer le truc. Bon, c'est vrai que, c'est mieux que dans certaines villes mais, en même temps je ne suis pas objectif, parce que c'est une ville que je connais très bien, j'y suis né. Je l'ai aussi connue à un moment où c'était très créatif, plus vibrant, et je la trouve plus intéressante avec une musique particulière, spécifique à la ville. Maintenant, ça s'est un peu dégradé, mais on y retourne doucement. Avant c'était sur Londres pendant longtemps, dans les vieux immeubles de Camden Towns (quartier gothique de Londres).

 

ZYVA : Mais tu n'as pas de chez toi, tu as bougé de ville en ville ?

 

Alec Empire : Ben oui, mais on construit un studio en ce moment sur Berlin, donc peut-être que je serais là bas plus souvent pour enregistrer du son.

 

ZYVA : Et en parlant musique, l'album " Futurist " a été enregistré dans plusieurs locaux.

 

Alec Empire : Oui, on a fait une tournée, et une fois la tournée finie, j'ai pas mal voyagé, fais des DJ sets, et à chaque fois pendant ces moments, j'ai trouvé des sons différents un peu partout. Je n'enregistre pas directement en studio comme le font certains, je fais d'abord une collection de sons et on le fait sur l'instant, genre on a enregistré une partie de la batterie à Chicago, et ça arrive un peu comme ça vient.

 

ZYVA : Mais pour le prochain, tu seras sur Berlin avec le nouveau studio ?

 

Alec Empire : Ben, en fait on l'a construit sur Berlin pour ressentir une sorte d'énergie. Ce que j'aime beaucoup à Berlin, c'est que c'est très isolé en un sens, tu fais ce que tu as à faire et c'est tout. A Londres c'est différent, tu as toujours des médias partout, à Berlin, on sera sûrement plus productifs.

 

ZYVA : Et pour l'instant c'est la France avec une grosse tournée...

 

Alec Empire : Oui, on vient conquérir la France (rire) !! Avec 21 dates, on a commencé avec Strasbourg, on a vraiment envie de prendre notre temps pour faire découvrir notre musique un peu partout. C'est rare d'ailleurs de faire une tournée aussi grosse, certains de mes amis en Angleterre me traitaient de fou !

 

ZYVA : Et les musiciens qui t'accompagnent ?

 

Alec Empire : Pour cette tournée, nous sommes trois Nic Endo, elle était aussi présente dans Atari Teenage Riot, nous sommes le groupe à nous deux, même maintenant. Et puis, les artistes viennent en fonction des tournées, notre batteur vient de Berlin, on a souvent eu des batteurs assez hard core, mais pour cette tournée, on voulait d'autres sonorités, peut être plus rock & roll, une autre atmosphère.

 

ZYVA : Concernant le public, les réactions sont différentes suivant les pays ?

 

Alec Empire : Ah cool c'est une bonne question parce que c'est vrai que c'est dur de donner une appréciation. Mais c'est carrément vrai, tout le monde dit que c'est spécial en France et c'est véridique, les Français ont une approche particulière de la musique, on a l'impression que les gens apprécient plus ici, qu'ils t'écoutent. A Berlin ils sont plus hard core, mais c'est peut-être qu'une impression personnelle.

 

ZYVA : Tu crois que les Berlinois sont plus hard core ?

 

Alec Empire : Ouais, je crois que ... En France, par exemple, peut-être que je suis dans le faux, mais on a l'impression que ça bouge plus ici. Mais je ne peux juger qu'à partir des albums que j'ai joués en tournées, on verra ce soir, après le show (rire).

 

ZYVA : Alors on en reparle aussi après le concert (rire)! Tu peux nous parler de ce que tu écoutes en ce moment ?

 

Alec Empire : J'écoute pas mal de noise en ce moment, de la noise Japonaise, du Jazz, Sun Râ.

 

ZYVA : Ah oui, c'est quand même bien éloigné comme style...

 

Alec Empire : oui, mais si on n'écoute pas de tout, c'est un peu chiant non (rire)? J'étais fixé sur des morceaux quand j'avais douze ans, tu sais, genre j'adorais Slayer, et puis une année je me suis dit, c'est de la merde (rire), non il y a beaucoup de bonnes choses dans tous les styles, surtout dans les vieux registres... et en ce moment dans le bus ...

 

ZYVA : Une précision : on a oublié de te dire que tout ce que tu dis sera ensuite réécris sans coupure...

 

Alec Empire :  ah bon, cool, pas de problème au contraire, c'est marrant parce que les groupes qui veulent faire genre ils sont au courant des grands classiques, des tubes, te diront : Public Ennemy, ce genre de truc et quand t'écoutes leurs CD, c'est genre du Robbie Williams avec quelques tubes d'Oasis (rire). Non sérieusement, Sun Râ en ce moment j'écoute pas mal, du blues aussi, le Jon Spencer Blues Explosions, j'ai bossé avec lui dernièrement, le pauvre est mort l'été dernier... On est aussi en train de faire un documentaire avec le chanteur des Monks, Gary, et le batteur des Blues Explosions , Russel Simmins. Plusieurs artistes font des interprétations des chansons des Monks, avec des groupe comme The Fall, ...Mais je connaissais le groupe depuis mes quinze ans et c'était vrai bien pour moi de participer à ce projet, mais j'adore vraiment beaucoup de styles différents.

 

ZYVA : Tu peux nous dire un mot sur tes remixes de Rammstein ?

 

Alec Empire : Oui j'en ai fait deux, je connais bien les gars depuis longtemps, deux d'entre eux jouaient dans un groupe de punk dans les années 80 " feeling be ", j'avais aussi mon groupe de punk , on s'est revu et j'ai fait un remix d' "America" et puis j'en ai fait un autre avec "Mann gegen Mann" . Ce que je trouve intéressant dans ce groupe, c'est la voix du chanteur, on se croirait dans une scène de théâtre, très allemand bien sûr, mais la façon dont il prononce les noms est hallucinante, il y a plein de détails. J'apprécie aussi le fait qu'ils viennent de l'est de Berlin, et c'était très dur d'en sortir pour faire une carrière dans la musique à cette époque, et eux, ils ont explosé à l'international, une vrai revanche (rire).

 

 

Titre d'un artiste ou d'un groupe qui pourrait te représenter toi ou ta musique :

 

Une chanson qui me représente ? " L'oeil du tigre ", non je rigole, euh, il y a un disque que je cite depuis dix ans, je dirais Otis Redding " shake ", c'est festif, très énergique, peut-être que 50 ou 60 % de cette énergie est très importante pour ma personnalité, pour moi il y a toujours ces deux phases, l'une est très énergétique et l'autre est l'opposée, un genre de sacrifice.

Et si certains ne comprennent pas toujours ma musique, cette énergie, cette agressivité est avant tout positive. Maintenant, la musique, c'est avant tout " fais ton show ". De l'évènementiel qui fait oublier l'essentiel aux gens, ce n'est pas ce que je suis. Et je trouve ce rapport à la musique d'Otis Redding remarquable, avec les problèmes de racisme qu'à pu connaître l'Amérique et qu'elle connaît encore. Ce n'était pas chose facile à faire que de se produire en concert devant tous ces blancs, presque une confrontation avec son public.

 

ZYVA : Merci !!

 

Alec Empire : Non, merci à vous les gars.

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