EMMANUEL JAL, Warchild

Chronique de Chronique de EMMANUEL JAL, Warchild
Style : Rap
Label : Sonic360
Date : 08/12/2008
Par : Jagunk

Personne, bien sûr, n'aurait pu imaginer un jour parler d'un enfant soldat, comme il y en a beaucoup en Afrique, comme d'un artiste à part entière, et pourtant c'est le cas avec Emmanuel Jal. Son histoire commence au début des années 80 (lui même ne sait pas quand il est né) au Soudan, lors de la guerre civile qui frappe le pays. Orphelin à l’âge de 7 ans, il est enrôlé dans la SPLA (Sudan People’s Liberation Army), un mouvement rebelle opposé au régime de Khartoum, comme des milliers d'enfants de son âge, où il va participer aux nombreuses tentatives de prises de contrôle de la capitale soudanaise une AK 47 trop pour lui sur l'épaule. L'enfant soldat trouvera son salut grâce à la femme anglaise d’un chef rebelle qui décide de l’adopter et de l’emmener au Kenya. C'est à partir de là que, pour soulager sa colère et sa douleur, Emmanuel Jal va commencer à composer des morceaux. En 2005, accompagné d'Abdel Gadir Salim, le premier album voit le jour Caesefire (Cessez le feu) dont le titre phare Gua qui en nuer (sa langue natale) signifie La paix. La chanson remporte un franc succès et devient un tube au Kenya. Dans cet album l'artiste tend vers des thèmes particuliers tel que la paix ou l'éducation.

2008 sera peut-être pour lui l'année de la reconnaissance internationale grâce Warchild son 2ème album. 13 titres qui ne changeront pas la face du monde, c'est certain, mais son discours est une vraie leçon de vie. Warchild (« enfant soldat ») et Forced to sin (« forcé à pécher »), les deux premiers titres du disque, en sont un peu les porte-drapeaux : il raconte son passé d'enfant soldat, et ce qu'ils ont été forcé d’entreprendre face à « l'ennemi ». Mais tout ne tourne pas non plus autour de ça, le Soudanais se paie aussi le luxe d'adapter Many Rivers to Cross de Jimmy Cliff avec en featuring RoachieAyak (une londonienne qui pratique, selon ses dires, une soul/house expérimentale); et de d'apporter sa critique vis à vis des pays colonisateurs et de la situation catastrophique qui réside sur tout le continent africain. (un anglais qui fait dans le Garage/Breakbeat/Alternatif) et


To Mr. Oil, Diamond, and Gold miner

Stop Treating Mama Africa like a vagina

She's not your whore, not anymore

You take the riches and you leave the people poor. (Vagina featuring Jah Miracle, titre 6)


La génération « 50 Cent » en prend aussi pour son grade, car même si Emmanuel Jal dit ne pas en avoir contre elle spécialement, il dénonce l'apologie de la violence dans ce genre de rap et le fait qu'il faut être un gangster pour réussir. Ce titre est pour son cousin à Londres qui a été envoyé en prison pour avoir poignardé un « blanc » à l'école car il voulait devenir un gangster et un membre de G-Unit, le groupe de rap créé par le rappeur du Queens 50 Cent et le producteur Sha Money XL.

Bref, Warchild est vraiment un album touchant par son histoire, mais au delà des clichés du genre, il apporte une vraie fraîcheur et une vraie spontanéité, que l'on retrouve de moins en moins dans le rap. J'espère que les clochettes du showbiz n'auront que très peu d'effets sur lui et qu'il continuera dans cette voie.


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