festival Prog’ Sud, Pennes-Mirabeau

Premier jour
MADRIGAL
C’est cette formation de Marseille qui a ouvert la première édition du Prog’ Sud, oui il y a onze ans déjà, le temps passe mon gars ! Ce trio de guitares joue un prog acoustique avec accent mis sur des vocaux clairs comme du cristal. J’ai aimé notamment leurs deux reprises d’Harmonium (quelle bonne idée !) ainsi que ‘Dame blanche’, une de leurs propres compositions.
ECLAT
Le groupe de Marseille était au zénith ce soir, offrant plusieurs moments exceptionnels y compris des vieux morceaux magistralement revisités comme ‘La Machine’ (quel solo M. Alain !), ou ‘Les Runes’ avec un chanteur invité, mais aussi de nouvelles chansons telles qu’‘Energie’ ou un fabuleux hommage à Frank Zappa intitulé humoristiquement ‘Mr Z’, pour finir en apothéose avec un final majestueux. De la bombe !
ARTI & MESTIERI
La légende italienne (créée en 1974) et son rock fusion/jazz puissant impressionna l’audience par son professionnalisme. Le batteur, Furio Chirico, est un killer ! Quant à Bepe Crovella, faut-il mentionner la carrière incroyable de ce sorcier des claviers, une sorte de Rick Wakeman italien ? Ajoutez un chanteur charismatique avec différents costumes et gimmicks et vous devinerez le moment rare nous avons passé. Oups, j’allais oublier le guitariste qui était tout aussi brillant malgré un son un peu monochrome.
Deuxième jour
ELORA
Ce jeune groupe de Marseille créé en 2004 séduisit l’audience grâce à sa chanteuse charismatique (Anastasia) avec un look un peu à la Mylène Farmer et un jeu de scène étonnant (splendides effets et danses avec des foulards). Secondée par un chanteur, elle a développé avec ses amis un prog puissant, un mélange de métal avec un côté ‘chanson’. On pense à Sylvan par moments dans les passages les plus prog. Je regrettais cependant l’absence de parties instrumentales quand tout à coup le groupe entama une suite intitulée ‘Crash’ avec un beau solo de sax et d’excellentes atmosphères. Un groupe à suivre donc.
KARCIUS
Créé en 2001, ce combo de Montréal pourrait être surnommé l’Eclat canadien. On y trouve en effet le même rock fusion avec accent sur de superbes guitares. Peut-être dans un registre un peu plus puissant, plus énergique. Quatuor purement instrumental, Karcius a joué un prog parfait presque mathématique, dévoilant une virtuosité dans les solos, de l’invention dans les arrangements et un sens profond des atmosphères. Peut être trop technique pour moi, j’ai donc beaucoup apprécié une somptueuse reprise de Pink Floyd extraite d’“Animals” (‘Dogs’). L’audience vibra face à une telle dextérité et un tel plaisir de jouer.
THE LIVING
Etais-je trop fatigué ? En tous cas, je n’ai pas apprécié la musique patchwork de cette formation de Berlin curieusement créée au Canada en 2006. Oui, il y avait une violoniste excellente (Elyse Jacobson) et de brillants musiciens d’une façon générale dont un chanteur à la fois joueur de claviers. Mais le collage de différentes influences et leur puissante prestation (trop puissante ?) n’ont pas su réellement me convaincre.
Troisième jour
Quelle journée ! Deux formations symphoniques et deux moments de plaisir intense !
Le groupe japonais TEE (créé en 2005) ouvre la nuit avec un line-up traditionnel mis à part un flûtiste exceptionnel, Kenji Imai. La musique très typée Canterbury laisse entrevoir de fortes influences de Camel (les flûtes bien sûr mais aussi des guitares fluides) voire italiennes telles que PFM, le tout pour notre plus grand plaisir. Uniquement instrumental, le combo délivre un show captivant avec bien évidemment accent sur la virtuosité du flûtiste qui a su conquérir le public. Un régal !
Arrive alors ALEX CARPANI BAND. Créé en 2007, ce groupe est très occupé puisqu’il multiplie concerts, albums et side projects. A travers des influences italiennes et anglaises des 70’s, leur propre répertoire est uniquement instrumental, dominé par des claviers (on pense à ELP ou Genesis). Le fan nostalgique put entendre des sons vintage tels que le mellotron et le vocoder par exemple. Le guitariste d’abord à l’arrière-plan réussit à prendre sa revanche dans la seconde partie du concert. Sans vocaux et manquant de mélodies accrocheuses, sans de claires influences classiques et d’emphase, leur musique énergique eut néanmoins quelques problèmes pour convaincre le public sauf vers la fin du concert avec de nouvelles compositions. Se produit alors le miracle de la deuxième partie. Mr Aldo Tagliapietra lui même de Le Orme rejoint le groupe. Ce nouveau line-up se met soudain à jouer une riche sélection de la légende italienne, des extraits de “Felona e Sorona”, “Uomo di Pezza”. Un moment d’éternité ! Certainement un de mes meilleurs souvenirs live avec une autre légende italienne, PFM à Barcelone en 2006. Aldo se retire et le groupe nous offre une belle version de ‘Firth of Fifth’ de Genesis (titre phare de l’album “Selling England by the Pound”) où le guitariste peut enfin exprimer sa sensibilité et sa virtuosité. Grazie mille !
FIVE FIFTEEN
Ce groupe de Finlande finit la journée avec un hard prog rock typique des 70’s laissant transparaître des influences de Deep Purple (orgue Hammond par exemple). Trois guitaristes, oui trois, un chanteur / leader (Mika Järvinen) et une chanteuse complètent le line-up (avec bien sûr un batteur et un bassiste). Sympa mais pas assez progressif pour accrocher mon cerveau fatigué (il est plus de minuit) flottant encore au-dessus d’un nuage italien, entre deux ormes.
Quatrième jour
NEMO
Je connaissais déjà ce groupe puisqu’ils vivent au Puy-en-Velay et qu’ils ont joué au festival de Montreux avec Silver Lining en 2006. Leur prog dominé par la guitare de Jean-Pierre Louveton est puissant et riche. Le groupe a recruté un deuxième guitariste pour notre plus grand plaisir. Les morceaux structurés laissent entrevoir des influences de King Crimson, Dream Theater, Pendragon (époque “Pure”). Quelques parties de flûte enrichissent la prestation. Nemo a joué au Prog’ Sud en 2004 et le public a pu noter qu’ils sont devenus professionnels entre-temps. Dix années d’existence et six albums construisent une maison, un sous-marin devrais-je dire, Capitaine Nemo ! Quelques corrections à apporter tels que les vocaux et le vaisseau sera superbe.
BARAKA
Ce trio instrumental du Japon créé en 1997 a déjà publié huit albums ! C’est la troisième fois qu’ils jouent au Prog’ Sud. Beaucoup de gens semblent aimer leur puissance. Je dois avouer que ce n’est pas ma tasse de thé. Est-ce parce qu’il n’y a pas de claviers ? Parce que c’est trop puissant précisément ? Je dois dire cependant que leur show fut moins énergique que d’habitude, qu’ils ont mis un peu de lait dans leur thé. J’ai notamment apprécié un nouveau morceau développant de belles atmosphères et une structure parfaitement contrastée. Le public fut séduit et Baraka quitta la scène à regret.
THE WATCH
La grand déception pour moi car j’ai tenté en vain d’organiser un concert de cette formation à Lyon. Encore plus grande en les voyant en live ce soir. Ceux qui ont eu la chance d’assister à un concert de The Musical Box imagineront le moment que nous avons passé. Le groupe de Simone Rossetti voyage à travers le temps et l’espace, nous ramenant à l’époque dorée du progressif, quand Genesis et Peter Gabriel étaient les leaders de ce style avec quelques amis tels que Yes, Pink Floyd et King Crimson. Quelle différence y-a-t-il alors entre The Watch et The Musical Box ? Du point de vue musical, aucune. Mais pour ce qui est de l’aspect visuel, il y en a quelques unes. Simone n’a ni masques, ni maquillage, ni costumes. Sur scène, il n’y a pas de projections, pas d’effets non plus. Mais surtout cette formation de Milan a son propre répertoire (voir la section chroniques) et quel répertoire ! Un groupe riche de deux facettes donc. C’est ainsi qu’ils interprété ‘Can-Utility And The Coastliners’, ‘The Musical Box’, ‘In the Cage’, ‘Horizons’, ‘Supper is ready’ (version complète !) et ‘Watcher of the Skies’ en rappel. Mais aussi leurs propres compositions. J’ai notamment apprécié une version brillante d’un morceau extrait de “Vacuum” (deuxième album paru en 2004). Che bello ! Le combo a le vent en poupe et Simone m’a dit avant d’entrer en scène qu’ils jouent régulièrement en Grande-Bretagne où ils ont un fan-club actif, et en Europe de façon générale. Ils vont même tourner aux States très bientôt. Il est de notoriété que l’Angleterre a inventé le progressive rock et que ce style a fleuri en Italie, créant là-bas une riche école (PFM, Banco, Le Orme pour n’en citer que quelques uns). Le fait qu’un groupe italien de haut niveau lui rende un fantastique hommage est à ce titre très révélateur.

En conclusion, je dirai que la star de cette édition fut le prog italien, passé et présent. Je me souviens qu’Alain m’avait raconté qu’il aimait voyager à travers l’Italie (il a des racines italiennes), à la recherche notamment de richesses prog de ce pays. Ces clichés du passé sont redevenus vivants grâce à lui. Thank you, Wizard of Prog!
(Roland Roque, courtesy of Acid Dragon et photos by Bruno)

