Chan Marshall en a connu des vies d’artistes : de « Dear Sir » en 1995, son premier album rugueux côtoyant les rives noisy, à son chef d’œuvre Folk « You Are Free », en passant par un statut de diva de la musique américaine sur « The Greatest », on pourrait croire que la belle n’a rien d’autre à délivrer que de classieuses reprises, comme sur sa dernière livraison, « Jukebox ».
Quatre ans après, cheveux courts, glamour au vestiaire, fraiche rupture dans le sac à main, elle revient plus insaisissable que jamais sur « Sun ». Alors que le beat imparable du refrain de Cherokee nous attaque le bassin au son d’un blues psychédélique digne de Beck, on se rendrait à peine compte que Chan nous parle de détresse : « I never knew love like this, (…) I never knew pain like this » (« je n’ai jamais connu un tel amour/une telle douleur »), et nous implore de l’enterrer aux cieux, près de ses ancêtres. La musique sur « Sun » est celle du combat contre soi-même, dans une ambiance de western sentimental, empruntant souvent à l’électronique moderne pour créer le contraste (comme l’auto-tune et le piano de bar sur 3,6,9) ; mais aussi pour illustrer la perdition (avec la ballade Pop synthétique et pessimiste Real Life). Le chant se fait, et c’est étrange pour un disque aussi personnel, moins valorisé que sur les précédentes sorties de Cat Power. Mais là réside la magie de « Sun » : sans piédestal, Chan Marshall n’en est que plus sincère et touchante. On restera troublé par le monologue intérieur Human Being qui traite de la peur de vivre sa vie et de la culpabilité ; ou encore hypnotisé par la bande-son pour solitude urbaine Manhattan ; mais surtout subjugué par la beauté du très long Nothing but time (11 minutes). Cet avant-dernier titre semble survoler toutes les problématiques évoquées tout au long de « Sun », sur une mélodie qui renvoie au Heroes de Bowie. Une histoire de dépassement de soi dans une mauvaise passe : c’est courant mais rarement exécuté avec un tel brio.