Un quart d'heure après le massacre, Annihilation ouvre le spectacle, avec la voix étourdissante du Monsieur, surplombant les harmonies agréables de l'instrumentation. Seulement agréable, oui. C'est ce que je me dis pendant les deux premiers morceaux. Puis je me décide tout de même à rejoindre la fosse lorsque Fièvre Résurrectionnelle, du dernier album, laisse place à une version plus Rock'n'roll que Bossa de Lorelei Sebasto Cha. On entend alors les fans des premiers albums se réveiller, mais se renfrogner aussitôt à l'annonce de l'Etranger Dans la Glace. Le ton est donné, le morceau est dédicacé aux victimes d’Alzheimer. Tout ça est bien beau mais pour le coup, l'auteur de ce texte prosaïque a oublié qu'il était bon. Il lui sera beaucoup pardonné, car pour le reste, il a beaucoup donné.

On entendra d'ailleurs l'effort dans sa voix sur Sweet Amanite Phalloïde Queen, ce qui n'empêchera pas un résultat toujours aussi grandiose du glorieux morceau. Soleil Cherche Futur encourage le véritable karaoké qui se propage dans la foule ; l'auditoire connaît les paroles par cœur, ce qui me laisse le loisir de faire la distinction entre l'ancien et le nouveau public. Son 16ème opus qui rassemble ces derniers ne me réjouit guère, mais certains ont l'air de n'attendre que les tubes de celui-ci. Surtout les groupies de la cinquantaine qui se sont précipitées sur le tee-shirt plein de sueur lancé par la star à la fin du concert...Passons. D'après ses textes, H.F. Thiéfaine doit avoir la nostalgie de son passé et à notre grand regret...On a nous la nostalgie de ses textes plus profonds. Si Ta Vamp Orchidoclaste sonne un peu comme du mauvais Dutronc, La Ruelle Des Morts lui donne une voix de 45 tours qu'on aurait passé en 33...




Le poète reste tout de même intouchable et nous transperce de son regard bleu limpide pendant que Le Chant des Fous nous enivre. J'en ai encore le souffle court alors que certains applaudissent déjà sans attendre le fabuleux solo d'Alice Botté, sûrement le guitariste le plus maigre de la chanson française mais aussi le plus talentueux. Les mélancoliques Dingues et les Paumés prolongeront cet état de glaciation. Un peu plus tard, c'est une série de titres aux versions très Rock qui seront joués. Les très bons musiciens qui accompagnent Monsieur Thiéfaine se font plaisir et sont présents lorsqu'il s'agit d'envoyer un maximum. 113ème Cigarette Avant de Dormir, Narcisse 81, Mathématiques Souterraines … Pas besoin d'être doué en calcul pour voir que la magie opère ! Solexine & Ganja arbore les accords de La Grange de ZZ Top et nous fait sentir de l'animation dans la voix des cœurs.

Tout cela devrait faire bouger un peu plus de jambes mais une bonne partie de la foule reste plutôt calme, le pétard et le sourire aux lèvres. Pas besoin de ça pour planer quand, après une courte absence d'Hubert & Co, Aligator 427 arrive en rappel, détonne et nous envoie de grosses basses dans le bide. C'est là que les éclairages et leur installation presque futuriste prennent toute leur ampleur, même si Autorisation De Délirer en avait déjà bien tiré profit. Le deuxième rappel nous fait tous sautiller et chanter joyeusement La Fille du Coupeur de Joint




Cela me rappelle d'ailleurs ces trois phrases placées soigneusement pendant la soirée : « Avant le concert, j'ai posé mes 200 chansons à plat et me suis dis que j'allais enlever toutes celles qui parlaient de drogue, de sexe, de Dieu et de mort. Mais au final le concert n'aurait duré que 12 minutes ! Alors je me suis dis que j'allais faire comme d'hab. ».




Ô sage décision que vous avez prise là, et pendant plus de deux heure ! Merci m'sieur Thiéfaine !

Violette