On va se rattraper à la Green Room avec les fameux Moriarty, annonceurs d’une jolie soirée toute en couleurs folk, à la prog presque intégralement pop, taillée pour la détente. L’ambiance est donc posée, l’audience apprécie le set délicat des Franco-Américains. La chanteuse, Rosemary Moriarty, superbe dans sa robe rouge, berce le public de sa voix particulière, accompagnée de ses nombreux musiciens qui gratouillent et soufflottent leurs harmonicas et autres guitares avec moult délicatesse. Une pâquerette dans la bouche et une pinte à la main, on kiffe.

C’est donc tout naturellement que l’on se promène jusqu’à la Grande Scène pour profiter de la pop touchante et fraîche de The Do. On doit dire que, même si la folk et les ukulélés ne sont pas trop notre tasse de thé, le duo nous livre un joli set rempli d’énergie et de rythmes transcendants (Slippery Slope, un régal). Ajoutons à cela quelques influences tribales et le sourire communicatif du groupe, et on obtient une autre bonne surprise de ce festival. Le grain de voix nasillard de la jolie demoiselle Olivia fini quand même par nous fatiguer un peu, alors on décide d’aller jeter un œil sur ce qui se passe à la plage.

Le live des Canadiens Karkwa bat déjà son plein, malgré un public réduit à « seulement » quelques petites centaines de spectateurs. Les textes (en français !) légers et poétiques sont enchanteurs, et l’humour décape (une fausse reprise de Roch Voisine, des vannes sur la moustache de Francis Cabrel…). Il en faudra tout de même plus pour rehausser ce savant mélange de douceur et de larsen, qui s’avère être un peu « mou du genou », au final. Bon, on se réveille ou quoi ?

On commence à s’ennuyer un peu, ça tombe bien Katerine nous attend à la Green Room. Comme à son habitude, c’est n’importe quoi. Du fluo partout, des moustaches (encore !), de danseuses vêtues telles des collégiennes… Un festivalier nous glisse à l’oreille qu’il a l’impression d’assister à « une apologie de la pédophilie faite par un transsexuel ». Bof, nous on trouve surtout que monsieur Philippe Katerine est l’exemple parfait qu’aujourd’hui on peut se permettre de faire n’importe quoi et que le succès sera quand même au rendez vous, avec un minimum d’autodérision et de professionnalisme (caché, certes, mais bien !). Après tout, n’importe qui ne peut pas se vanter d’être acclamé par une foule en délire grâce à des « J’aime tes fesses », et des paroles grivoises sur Marine Le Pen… En plus, les zicos sont en place et on se marre bien.

De bonne humeur et le sourire aux lèvres, nous nous dirigeons à présent, et pour ce qui nous semble être la millième fois, vers la Plage, histoire de se réveiller avec le collectif hip hop Odd Future. Malheureusement, la bonne humeur retombe vite, parce que les gaillards ne débarquent sur scène qu’avec un bon quart d’heure de retard. D’ailleurs il ne s’agit pas de plusieurs gaillards, mais d’un seul, nonchalant derrière ses platines. Qu’est ce qui se passe ? On s’attendait au débarquement de missiles taillés rap Us, nous ! En plus, le jeune con mixe mal ! Le reste de la troupe fini par débarquer après quelques pérégrinations techniques, et foutent le feu à une assemblée chauffée à bloc ! Ça jumpe dans tous les sens, mais on n’a un peu du mal à se mettre dans le bain, car leur prestation, que l’on attendait être digne de Public Enemy, sonne un peu faux… On ferait mieux d’aller à la Grande Scène, se réserver une place de choix pour Arcade Fire !

22h, pétantes , l’assistance accueille avec ferveur le méga groupe canadien. L’ouverture sur l’introduction du film réalisé par Spike Jonze sur The Suburbs est magique, mais le démarrage est quand même un peu difficile : les basses bien trop puissantes gâchent un peu la subtilité touchante du morceau. On assiste à une belle récupération tout de même, orchestrée de main de maître par un sauvage balancement entre classiques et perles du nouvel album. La chanteuse est adorable dans sa robe à paillettes, tous les membres affichent le plus gros sourire du monde aux lèvres, et le public n’hésite pas à prendre l’initiative magique de reprendre en chœur tous les désormais célèbres « wouhouhou » si caractéristiques des compositions du groupe. On est sous le charme.

Pas le temps de se remettre de nos émotions, Crystal Castles va bientôt faire péter l’anarchie à la Green Room. De la saturation, des « pop » électroniques entraînants, une chanteuse clairement aussi droguée que Sid Vicious, le public (dans le même état, à peu de choses près) a laissé la fatigue à l’apéro pour se déchaîner furieusement sur la musique faussement minimaliste mais vraiment violente du duo.

Ça y est, les Eurocks touchent à leur fin. Cerise sur le gâteau, les Arctic Monkeys ont répondu plus que présents pour clôturer le show. Les gosses de Sheffield ont pris un sacré poil de la bête et nous ont concocté un show à mi-chemin entre rock british venu du fond du pub (When The Sun Goes Down, Do Me A Favour, Fluorescent Adolescent…) et rock ‘ricain venu du fond du désert (Don’t Sit Down ‘Cause I’ve Moved Your Chair, avec le refrain chanté en français en prime). Les groupies de quatorze ans comme les plus aguerries s’en donnent à cœur joie, et la bande d’Alex Turner nous prouve que ces jeunes là n’ont pas été estampillés « espoir du rock » il y a quelques années pour rien.



On quitte le site le cœur léger et les jambes lourdes, accompagnés du joli (et impressionnant !) spectacle des Plasticiens Volants, à base de poissions à l’hélium qui flottent dans le ciel et de feux d’artifices sur le lac.

Allez, à l’année prochaine les mecs !

Alizée