On attaque le vendredi à 17h45 au Club Loggia avec Cheers. Il est encore tôt mais on est déjà un peu obligés de jouer des coudes pour se frayer un chemin à travers les premiers festivaliers. Après avoir enfin accédé à une place décente dans la fausse, surprise : mais les Cheers sont des enfants ! Ces Versaillais de dix sept ans en moyenne sont les heureux gagnants du tremplin Rock The Gibus 2011. Je me disais bien aussi, que ça sentait le piston : franchement, ils sont mignons, mais ne cassent pas trois pattes à un canard avec leur pop certes propre mais peu originale… Et puis il faudra dire au tout jeune guitariste qu’il arrête de se prendre pour le chanteur des BB Brunes, parce que bon, c’est pas non plus une référence ! Allez, filons à la Plage pour s’enfiler un gros morceau de True Live.

Wouah ! La grosse claque ! On les avait déjà repérés aux Invites de Villeurbanne il y a quelques semaines, et nos (très) bonnes premières impressions sont confirmées : c’est puissant, ça groove, c’est classe, et l’instru à l’ancienne (un violoniste français et un contrebassiste aux références pointues et agréables, en témoignent ses petites interprétations de Love Buzz et Feeling Good) combinée au modernisme des synthés et à la fougue presque punk du chanteur très classe ne peuvent que transporter la foule. Le cadre, qui plus est, est superbe : le coucher de soleil, la plage, la nouvelle scène (sur l’eau !) au fond ouvert qui laisse entrevoir au loin la végétation franc comtoise… Pas de doute, ces mecs là sont la définition du talent qui swingue. Sans perdre de temps, on se presse de retourner au Club Loggia pour voir Electric Suicide Club : le petit livret distribué avec le programme ne tarit pas d’éloges sur ce groupe de jeunes ambitieux et on aimerait bien vérifier ça de plus près. Bon, à première vue, on dirait un gros mélange de Bloc Party et Fall Out Boy (ouch !), et malgré les guitares acides et la basse grassouillette, on est un peu agacés par leur côté faussement brouillon. Et oui, bien que jeunes, les mecs sont en place, surexcités, nous offrant une belle interprétation de leur références, que l’on sent traîner du côté des Foals et autres groupes bobo arty sautillants et énervés. On n’attend pas la fin, quand même, parce qu’on s’ennuie un peu, et puis les Savy Fav nous attendent à la Plage !

Il est 20h et on sent que l’ivresse commence à gagner le public plus que jovial. La première impression est que ce groupe de post punk s’intègre parfaitement dans cette catégorie : du bruit, des mélodies, et beaucoup de n’importe quoi. Tim Harrington, chanteur connu et reconnu pour son charisme, porte un col roulé orange beaucoup trop court qui laisse plus qu’entrevoir son énorme bedaine. Bon, de toute façon, il fini par se mettre en slip, alors… Tel un gros Iggy Pop irlandais, Harrington passe la moitié du set sur la plage, ce qui est amusant mais dommage car nous donne l’impression que le reste du groupe fait plus office de backing band qu’autre chose… Du post punk reste du post punk, tout de même, et c’est toujours une partie de plaisir électrique pour le corps et les oreilles.

Un énième aller-retour nous pousse vers le Club Loggia à nouveau, histoire de continuer dans la vague « post-truc » avec And So I Watch You From Afar. Malheureusement, une envie pressente et la queue d’environ une heure devant les toilettes femme nous empêchent de parler de ce concert. Nos excuses, mais même les journalistes doivent se soulager de temps en temps ! Quitte à faire une pause, autant s’autoriser un bref casse dalle vite fait, avant de filer vers la grande scène, apprécier les Ting Tings.

Et bien les enfants, grosse et bonne surprise ! Pas de pop sucrée qui ennuie tout le monde, plutôt un couple de multi-instrumentistes juste assez agressifs pour être agréables, et des influences blues qui donnent envie de rester jusqu’à la fin pour voir ce que ces deux là ont sous le capot. Et puis, avouons-le, la chanteuse, avec ses airs de Debbie Harry 2.0, est super bonne. Une heure s’écoule sans qu’on s’en rende compte, et la performance de Battles qui se déroulait à quelques mètres de la sur la plage nous est passée sous le nez.

Tant pis, on va se rattraper avec Wu Lyf au Club Loggia, la nouvelle sensation rock indé de tous les rocks critics du moment. Mais quelle déception ! C’est mou, ça décolle pas, et on a une persistante impression de réchauffé des plus désagréables. Certes, leur album, « Go Tell Fire To The Mountain », est super, très clair, très planant, envoûtant et teinté de talent. Mais alors se coltiner une heure de concert de hipsters qui se la pètent déjà alors qu’ils n’en sont qu’à leurs débuts et perdent toute leur originalité dès qu’ils grimpent sur scène, bon… On irait bien voir Beth Ditto à l’esplanade Green Room, mais la foule est tellement dense que son set se termine alors que l’on s’extirpe à peine de la Loggia.

Le courant nous porte donc à nouveau à la plage, surfer sur la vague pop sensuelle des anglais Metronomy. Leur set est sympa, intelligemment balancé entre nouvel et précédent album, mais on est bien obligés de se faire à une idée désolante : certains morceaux en live sont un massacre (A Thing For Me fait mal aux oreilles, The Bay est dénué de tout intérêt musical…), et les synthés trop âpres ruinent la subtilité si délicate de ce groupe pourtant parfait en studio. A ce moment de la soirée survient un dilemme cornélien : plutôt Stromae sur l’esplanade green room, pour la touche mainstream, ou le duo Carte Blanche a.k.a Dj Mehdi et Riton à la Loggia ? Allez, on va faire les deux !

Le set de Carte Blanche est impeccable, à base de tubes dansants et taillés pour le club. Par contre, il faudra dire au public de kids de se calmer, car la violence des moins de dix huit ans, en concert, c’est pas cool ! Sérieux les enfants, on est à un live de deep house, on fait pas du moshpit putain, sinon qu’est ce que ça va être à Motorhead demain ! N’en jetez plus, la cour est pleine, on ne peut même pas apprécier le concert, allons plutôt voir Stromae, il a l’air plus sympa. Bon, pas de quoi fouetter un chat de ce côté-là non plus, le jeune homme à l’air éternellement malade enchaîne ses tubes qui bouncent sévère devant un public déjà conquis qui n’hésite pas à reprendre les refrains en chœur. Et puis, pourquoi ce sample de Technotronic au milieu de Alors On Danse ? Sérieux, faut arrêter de recycler les années 80 maintenant !



La conclusion de cette belle soirée se joue également sur un dilemme des plus ardus : Paul Kalkbrenner sur la Grande Scène ou les Shoes sur la plage ? Bon, la réputation de l’homme Paul « K » n’étant plus à faire, courons à l’autre bout du site pour assister à la super performance des Chaussures, qui bien que d’ores et déjà acclamées par un public de connaisseurs, restent trop mé(mal ?)connus au niveau de leurs prestations live. Parce que franchement, ça envoie du lourd ! Le côté pop aérien omniprésent sur l’album est ici rehaussé d’une violence rock ultra rugueuse, accompagnée d’un duo de batteurs qui tambourinent avec une fougue impressionnante les rythmes saccadés et puissants du duo rémois. Le froid n’a pas entamé les réjouissances ni la motivation des festivaliers, qui s’en vont, repus jusqu’à demain, vers leurs petites tentes Quechua.

Alizée