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Rencontre avec Jean Paul Roland (Eurockéennes de Belfort)
mercredi 8 juin 2011 / 09:58
Déjà 23 ans que le festival des Eurockéennes propose chaque année son lot de têtes d’affiches époustouflantes et de découvertes musicales. Cette année, c’est Motorhead, Tryo ou encore Birdy Nam Nam qui se trouvent en tête de programme, mais pas seulement ! Rencontre avec Jean Paul Roland, directeur du festival, qui nous donne les clefs de cette nouvelle édition !
ZYVA : Bonjour Jean Paul Roland, c’est un plaisir de vous rencontrer. Vous êtes donc directeur du Festival des Eurockéennes, dont la programmation est riche et variée. Quels sont les gros groupes à l’affiche pour cette 23ème édition ?
Jean Paul Roland : Si je prends par jour, je peux dire qu’on est assez content de nous sur une triplette qu’on a fait le dimanche qui commence par Beady Eye, suivi par Arctic Monkeys, et finit par Arcade Fire. On est donc assez content de cette affaire là pour le dimanche. Sur le samedi on a joué un peu oldies avec un groupe qui s’appelle Motörhead, un groupe qui a repris du poil de la bête, parce qu’il y a beaucoup de kids qui ont envie de les voir. On les a associés à un autre groupe qu’on aime bien qui s’appelle Queens of the Stone Age. Voilà, c’est le gros duo du samedi. Le vendredi est un peu plus disparate mais ce qui est intéressant c’est qu’on a invité un groupe qui avait marqué les années 90 au festival : Tryo qui vient faire simplement une seule date avant leur nouvel album. Ils nous ont contactés, on s’est bien entendu et puis voilà, apparemment ils vont venir avec des invités. On attend la liste prochainement. On a aussi deux autres artistes qu’on a mis ce jour là : Keziah Jones qui vient en solo acoustique, et puis une artiste qu’on aime beaucoup puisqu’elle a fait ses premières dates aux Eurockéennes c’est Beth Ditto, du groupe Gossip et qui vient avec son projet électronique. Voilà si je peux résumer, on va dire, les gros groupes… Parce qu’il y en a tellement que j’aurai peur d’en oublier (rires).
ZYVA : Bien sûr ! Il y a les gros groupes, mais également des groupes naissants…
JPR : En fait, il faut savoir que les gens, en moyenne, vont voir dix concerts, pour ceux qui restent entre 1 et 3 jours. Et c’est vrai que l’avantage avec le festival, contrairement à un Zénith, c’est qu’il y a des moments de creux entre les concerts, et on les a rempli avec du théâtre de rue et des artistes peu connus.
ZYVA : Parmi cette nouvelle programmation, vous avez sûrement découvert des perles…
JPR : Oui ! En fait, il y a un groupe qu’on attend beaucoup, qui fait le buzz. C’est un groupe de hip hop californien qui s’appelle Odd Future. C’est un peu le groupe dont le net parle actuellement et qui a fait sa première date au festival Primavera. Un des programmateurs les a entendus et là, ça va être leur premier grand festival en France. Et puis, il y a deux autres groupes qui ont attiré mon attention, qui étaient dans notre édition d’hiver. Ils s’appellent True Live, un groupe australien qui mélange Reggae et Hip hop. Et le deuxième groupe qu’on aime beaucoup et pour lequel on espère que ça marchera pour eux en France, c’est Karkwa. C’est une sorte de Radiohead québécois très bon… Mais bon, c’est vrai qu’il y a beaucoup de choses à voir… (rires)
ZYVA : Oui, c’est l’occasion de découvrir de nouveaux groupes…
JPR :C’est devenu une marque, en tout cas, de fabrique. Aux Eurockéennes, quand il y a une grosse tête d’affiche, ça n’empêche pas les gens d’aller voir des petites scènes. C’est comme ça qu’ils ont pu découvrir Amy Winehouse, Gossip, Franz Ferdinand… qui n’étaient pas très connus quand ils sont venus aux Eurocks avant de faire des grandes scènes.
ZYVA : Hors programmation, il y a aussi des nouveautés pour cette 23ème édition ?
JPR : Oui. Déjà depuis deux ans, on réfléchissait à un nouveau cycle. Ça faisait 10 ans qu’on était là (ndlr : l’équipe d’organisation en place). Et ça s’est traduit, cette année, par un réaménagement du site. Le Malsaucy est un site très particulier : il y a une plage, c’est un site naturel protégé, enfin ce n’est pas un parking quoi ! (rires) C’est un site très particulier parce que les endroits où se trouvent les scènes sont très distinctifs. Ce qui nous oblige donc à avoir des programmations particulières. Cette année, par exemple, on va vraiment utiliser la plage parce qu’il y aura une scène sur l’eau. C’est une des particularités de cette année. Il y aura aussi un nouveau club fermé qui fait 1 200 personnes. Et puis, on avait une scène qui faisait comme un grand chapiteau couvert, maintenant il sera découvert et accueillera une sorte de nouvelle deuxième grande scène. On aura aussi tout une foule de nouvelles choses, des endroits de repos, il y aura un dancefloor silencieux…
ZYVA : Un dancefloor silencieux ?
JPR : Oui, les gens dansent avec des casques. Ils choisissent leur DJ, et ils entendent leur musique dans le casque. Les gens chantent à tue tête des morceaux de Noir Désir ou de Gossip. C’est aussi rigolo à regarder qu’à essayer ! (rires) On l’avait déjà fait l’an dernier mais c’était en camping. Là, cette année, on le fait sur le site. On a aussi autre chose de particulier, on aura un karaoké live. On choisit dans 200 chansons, et c’est un vrai groupe qui accompagne puisqu’il y a le batteur de Charlie Winston qui est dedans, et d’autres musiciens. On pourra chanter sa chanson sur scène et on repart avec sa petite photo souvenir.
ZYVA : Et le souvenir, vous le disiez tout à l’heure, c’est aussi le cadre magnifique du site. Et dans le festival, il y a un aspect important, c’est celui de l’écologie. Avez-vous mis en place de nouvelles choses pour cette année ?
JPR : C’est vrai qu’aujourd’hui c’est devenu un petit peu à la mode, et quand on en parle on a l’impression de devenir un peu ringard. Nous, le choix de ce site là était particulier parce que c’était une zone naturelle. C’était une zone aussi où, à l’époque, il n’y avait pas de tout à l’égout. Donc on devait déjà récupérer les eaux usées… Donc tout de suite, dès le départ, la notion de protection environnementale était fortement accrochée à nos basques et même dans l’ADN de notre organisation. C’est plus des choses que l’on va améliorer plutôt que de nouvelles choses. Je crois qu’on a été le premier festival de cette ampleur à faire les gobelets consignés. Je sais que ça avait commencé dans une petite féria dans le sud ouest, et après on a commencé à le faire. Tout ce travail là s’améliore d’année en année. Et puis on aussi les invitations d’associations, que ce soit des professions comme l’éco emballage, ou d’autres associations qui travaillent plus sur la nature. On essaye de déplacer un peu les choses, en étant moins sur de la protection environnementale que sur de la découverte du site du Malsaucy. Il faut savoir par exemple qu’on organise des sorties natures, des ballades en bateau près de terrains de protection des oiseaux.
ZYVA : Il me semble d’ailleurs que le premier site où vous souhaitiez vous installer posait problème, justement dans un souci de protection des oiseaux…
JPR : C’est une drôle d’anecdote mais elle est réelle. Celui qui a lancé le festival, qui était le président du Conseil général de l’époque, Christian Proust, avait imaginé faire ça au Ballon d’Alsace. C’est un lieu assez connu chez nous, parfois c’est un passage du tour de France… Mais bon il y avait des inconvénients. Il faisait toujours, par exemple, 5 degrés de moins. Et puis, l’écologie s’était dressée contre ce projet parce qu’il s’était imaginé que les nuisances sonores rendaient stérile un coq de Bruyère qui s’appelle Tétra. Donc ça a eu comme premier nom le festival du Ballon, mais on a tout de suite été obligé de déménager. L’écologie, en tout cas dès 1989, a été une des préoccupations des organisateurs, et nous sommes assez vigilants.
ZYVA : C’est vrai que, comme vous le disiez tout à l’heure, l’écologie est à la mode dans les festivals, aujourd’hui. Mais on sait aussi que cela permet à l’évènement de toucher des subventions. Donc on en vient toujours à se demander si le festival ne fait pas fonctionner la carte de l’écologie juste pour toucher ces subventions.
JPR : Pour notre part, on n’a pas de subventions directes concernant l’environnement. C'est-à-dire, que l’on peut avoir des aides de nos partenaires, comme les collectivités locales. Mais encore un fois, on ne touche pas forcément de l’argent. Ça nous permet d’avoir des points d’éco. Par exemple, ça peut nous permettre d’avoir ce que l’on appelle une brigade du tri. Ce sont des jeunes professionnels qui vont sensibiliser par exemple les campeurs, on en a quand même 15 000. Ils vont alors nettoyer devant leur tente par exemple. C’est un peu des terrains d’expérimentation, les festivals. Mais l’idée n’est pas de moraliser à outrance les festivaliers, mais c’est de leur faire comprendre qu’un geste de tri peut continuer après le festival… C’est un peu ce que l’on essaye de faire.
ZYVA : Et vous recevez quand même un bon nombre de personnes, près de 80 000 l’année dernière. Pourtant, le premier week-end de juillet est chargé en festivals, avec par exemple le Main Square à Arras ou encore le Free Music Festival à Montendre en Charente Maritime. Est-ce que vous ne vous sentez pas menacé par cette concurrence ?
JPR : La concurrence n’est pas tellement au niveau de la population. Je pense que s’il y a eu une multiplication des festivals, c’est qu’il y a eu une multiplication des publics. Chaque festival, dans son coin, a créé sa population. Là, la concurrence se fait moins en France qu’à l’internationale. Pour ce premier week-end de juillet, j’ai dénombré, rapidement, près de 58 festivals. Maintenant la question qui se pose, c’est de savoir si Arcade Fire vient aux Eurockéennes ou va au Heineken Festival, ou à Roskilde au Danemark, ou à Werchter en Belgique. C’est ça la concurrence que nous avons, arriver à capter les groupes.
ZYVA : Et comment on les capte ?
JPR : Avec l’argent, avec l’historique, avec la place peut-être, le fait d’être prêt d’un aéroport. Le programme aussi joue beaucoup, qui passe dans le même festival…
ZYVA : Avec un festival comme le Main Square, c’est l’argent qui doit faire la différence…
JPR : C’est sur l’explosion des cachets des têtes d’affiche que cela joue énormément. Après on ne peut pas reprocher à un festival d’avoir absolument envie d’un groupe et de casser la tirelire pour l’avoir. Ça nous est arrivé aussi.
ZYVA : Sur quel type de groupe par exemple ?
JPR : Eh bien nous, on préfère casser la tirelire pour des petits groupes. On a dit « on les veut, on leur paye le billet d’avion ». Ça ne dira peut-être rien à personne mais pour Animal Collective, par exemple… Ça n’a pas eu d’impact sur l’économie du festival, mais ça fait partie de mes caprices. Par contre, c’est vrai qu’on est vigilant sur les têtes d’affiche. Les têtes d’affiche, chez nous, elles commencent effectivement à 150 000 euros, et ça peut aller, dans des cas d’attrait fort jusqu’à pas loin de 300 000 euros. Mais c’est vrai qu’on est bien en deçà des prix que mettent d’autres festivals. Les prix peuvent aller jusqu’à un million d’euros.
ZYVA : Et pour quel groupe, par exemple, avez-vous mis la plus grosse somme ?
JPR : Les contrats sont confidentiels donc c’est un peu difficile à dire. Mais il suffit de regarder qui passe sur les grosses scènes à partir de 20 heures. En général, on ne met pas les gros cachets sur une petite scène.


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