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IAM - Interview le 14/03/2007 (Lyon)
samedi 17 mars 2007 / 14:54
Rencontre avec le groupe de rap marseillais IAM ( Shurik'n, Imhotep et Freeman ), dans les couloirs de l'Hotel Sofitel sur les quais à Lyon, en compagnie de MUSIQUALITE, l'hebdomadaire en ligne des musiques actuelles.
ZYVA : Merci de nous recevoir !
IAM : Merci à vous, oui, c'est vous qui nous recevez chez vous ! ( rires )
ZYVA : C'est vrai, c'est vrai…Vous êtes arrivés un jour avant le concert à Lyon, c'est pour la promo de votre prochain album, ou vous connaissez du monde ici et vous en profitez en même temps ?
Shurik'n : C'est pour avoir le temps de faire la promo, sachant qu'en général, le jour du concert c'est pas évident ! On n'aime pas trop parler toute la journée et jouer le soir après, on préfère faire la promo avant et être beaucoup plus relax le jour même.
Freeman : En fait à la base, on devait faire une tournée promo toute simple et finalement, on a émis le souhait finalement de faire des concerts en plus pour pas juste de la promo histoire de faire de la promo… Là, c'est pas la vraie tournée en fait , y'a juste 10% on va dire de nouveaux morceaux et tout le reste c'est des morceaux classiques d'anciens albums, certains morceaux de nos solos respectifs,…
ZYVA : Une tournée pour les vrais fans donc ?
Freeman : Oui, oui, et surtout pour nous , les vrais fans de hip-hop, c'est pour faire la fête. C'est aussi ça le but ! Vu que pour le dernier album, on était partis dans la logique de faire des petites salles justement, et au bout de quelques dates, on s'est rendu compte? que ça devenait frustrant pour les gens qui venaient et qui restaient dehors. Et après, il s'en ai suivi de problèmes de sécurité, donc on est passés vers de plus grandes salles. Aujourd'hui, on revient dans des petites salles, on revient dans les tranchées de Verdun ! ( rires )
Shurik'n : C'était histoire de revenir à notre base, la scène ! On fait une musique de proximité, donc c'est pour resituer un peu ce fait là. On voulait une certaine ambiance, donc d'où le choix de petites salles. Là, on n'a rien à vendre, on vient vraiment faire la fête à droite à gauche.
ZYVA : Et vous vous souvenez que vous êtes venu faire une date aux nuits de Fourvière, il y a de ça …. ??
Shurik'n : C'était pas la première fois ! La première fois, on était venu avec Masseo Parker !
Freeman : C'était grandiose !
ZYVA : Et puis c'est rare de voir des groupes de rap, là bas !
Freeman : A l'époque, y'a eu le Saian… De plus, cet amphithéatre était destiné pour nous. C'est notre côté épique, péplum… On a déjà joué dans un endroit comme ça mais en dehors de la France en Tunisie, dans les vestiges de Carthage, à Tunis même, et le fait de se trouver dans des lieux comme ça, chargés d'histoire, c'est impressionnant ! Et puis pour le son bizarrement, c'est assez extraordinaire, c'est un des endroits où on a eu le meilleur son.
Shurik'n : On est tous un peu attiré par l'histoire, donc forcément jouer dans un lieu comme ça donne une connotation particulière.
ZYVA : Tu parlais de base tout à l'heure, comment on fait après pratiquement 20 ans de carrière, pour encore vous retrouver et faire de nouvelles choses , surtout que vous avez pas mal de projets solos ? On vous a souvent comparé avec NTM dans le temps, eux se sont séparés…
Freeman : Attends, attends ! Juste pour remettre les choses à l'endroit, c'est NTM qui était comparé à nous…( rires )
Shurik'n : Les projets solos ont toujours été pour nous une façon d'acquérir plus de cordes. Chaque projet solo est une expérience ! On revient fort de ces expériences quand on réintègre le travail de groupe. Ça n'a jamais été autre chose que ça ! C'est la volonté de s'épanouir et de ne pas avoir à imposer des choses. À 6, c'est une chose, mais il y a des sujets et des façons de travailler que tu ne peux pas forcément imposer à 6 personnes. Le groupe a toujours primé ! Ce qui fait notre force, c'est que pendant 20 ans, on a su garder la même vision de la musique, donc il y a eu peu de divergences d'opinion, en gros. On calcule pas, on fonctionne à l'envie. Le jour où on s'ennuie on arrête !
Freeman : La grande différence qu'il y a avec NTM, je pense, c'est que le groupe a été formé par période et en plus, à la base, ils n'étaient pas amis, ils ont monté le groupe petit à petit… C'était plus un business qu'autre chose. Nous à la base, avant même que le groupe existe, on était vraiment des potes, des amis qui vivaient cette passion ensemble. On s'est toujours dit, le groupe prime sur tout ce qu'on fait. Après même quand il y a les solos, on est en groupe quand même ! Moi à l'époque, quand j'ai sorti, « le palais de justice », tu pouvais pas avoir plus le groupe Iam que sur mon album, c'était pas possible. Tonton ( Imhotep ) m'avait fait des morceaux, Shurik'n m'avait fait des morceaux, Akhenaton m'avait fait des morceaux aussi…
Shurik'n : Y'a toujours eu une interactivité entre les différents membres en solo.
Freeman : C'est ça qui nous a sauvé réellement ! Le problème, c'est qu'on a toujours été habitué à ça, notamment à cause du rock, où quand il y avait quelqu'un qui partait, on disait hop, ca y'est, ils ont cassé le groupe c'est fini ! Nous, nos projets solos ont toujours été une soupape de sécurité par rapport au groupe pour qu'on puisse faire ce qu'on veut .
Shurik'n : Les projets solos, c'est un peu : « Bon les gars, j'en ai marre, je vais faire un tour ! »
Imhotep : Et on a aussi une autre soupape de sécurité, c'est l'humour ! L'humour entre nous, c'est fondamental. C'est à dire que des fois, il y a souvent des situations, des désaccords, c'est un peu tendu, et on arrive à tout débloquer grâce à l'humour, on se chambre à longueur de temps !
Freeman : Attention, on n'est pas en train de dire que IAM c'est Walt Disney ! ( rires ) Loin de là, j'arrête ça de suite ! Non, mais y'a pas que ça, il y a vraiment de vrais accrochages, y'a toujours eu des divergences sur des pensées, sur des manières d'amener le projet,…
Imhotep : Moi, je suis pas d'accord avec toi ! ( rires )
Freeman : On est toujours là à se poser à table, et à poser tous les problèmes, on crève de suite les abcès, et on peut avancer ! C'est comme une famille, tu peux t'embrouiller avec ton frère, ta sœur,…à un moment ou à un autre tu diras, de toute façon c'est ma sœur, elle changera pas, c'est comme ça. Dans le groupe, on réagit de la même manière et l'humour nous aide. D'ailleurs, l'humour, celui qui morfle le plus c'est lui ! ( il pointe Imhotep )
Imhotep : T'as de la chance qu'il y ait du monde sinon je t'aurais séché ! ( rires )
MUSIQUALITE : Pour passer à autre chose, qu'est-ce que cela vous fait, quand on reprend une chanson comme « Petit frère », de voir qu'elle est toujours d'actualité aujourd'hui ?
Freeman : Y'a pas grand chose qui bouge en fait ! Tu parles de « Petit frère » mais tu prends un morceau comme « J'aurais pu croire » tiré de l'album Ombre et lumière, et bien voilà ! Et à l'époque, il parlait ( Shurik'n ) du père Bush et on a vraiment l'impression qu'ils sont en train de parler du fils et de ce qu'il est en train de faire en Irak !
ZYVA : Et comme on parle politique, on voulait savoir si y'avait un parti qui vous avait approché ou pas, un peu à la manière de Cali par Fabius, ou M.A.P par Dominique Strauss Kahn ?
Shurik'n : Durant la carrière du groupe, oui, on a été approché plusieurs fois !
ZYVA : Pas pour 2007 ?
Shurik'n : Je pense qu'ils auraient eu la même réponse, que la fois d'avant. Je pense que dans nos paroles, on est suffisamment positionné pour pas que l'on soit relancé car c'est inutile !
MUSIQUALITE : Y'a même une chanson dans votre nouvel album à paraître, qui s'appelle « Rap de droite », qu'est-ce qu'elle explique en gros ?
Shurik'n : C'est une chanson qui parle de certains comportements dans le rap, qui nous fait penser qu'on pourrait voir ces gens dans un certain meeting…
Freeman : le parti de Mr Nicolas Sarkozy !
ZYVA : On a rencontré M.A.P., y'a pas longtemps, qui nous disait exactement la même chose au sujet d'un certain « rap français de droite »
Shurik'n : Mais le rap, au final, après 20 ans d'existence dans le paysage musical français n'est il pas que le reflet exact de la société dans lequel il essaye de s'intégrer depuis 20 ans, avec tous ses travers et ses avantages non ?
ZYVA : Oui, bien sur ! Mais pourquoi vous ne le faîtes pas vous alors ?
Shurik'n : De quoi ? Prendre position ?
ZYVA : Non faire du rap de droite !
Freeman : Parce qu'on n'est pas en France, on est à Marseille !! ( rires )
Shurik'n : Je pense que c'est dans le comportement, on a toujours veillé à ne pas apporter de l'eau au moulin de certains clichés persistants.
MUSIQUALITE : Et comment vous expliquez que pendant la crise des banlieues, Marseille est une des villes où ça a le moins pêté ?
Imhotep : Moi, j'ai une explication, c'est que tout le monde était devant sa télé en train de regarder les parisiens…( rires ) Ce qu'il faut savoir c'est que certains d'entre nous habitent dans des quartiers, où à 200 mètres, ils font brûler une bagnole tous les week ends ! Donc, c'est peut être moins concentré mais malheureusement, c'est devenu un peu la routine à Marseille…On était surpris que tout ça flambe en même temps, et que ce soit aussi médiatisé, ceci dit,? les circonstances pour lesquelles ça a flambé, étaient suffisamment graves pour que ça flambe autant !
MUSIQUALITE : Et vous vous en êtes inspirés pour votre prochain album ? Quelles en sont les directions ?
Imhotep : C'est très variable ! Point de vue sur la société, point de vue sur l'évolution du monde, point de vue sur la politique, mais au sens vrai, la vie de la cité , point de vue social, culturel,…
Freeman : La grande ligne de l'album repose sur le fait que notre culture en France a amené quelque chose d'énorme , mais aussi en Europe et dans le monde, mais on fait tout pour que les personnes de la culture ne soient pas forcément mises en avant mais plutôt d'autres personnes. Le morceau United par exemple, où on dit que le drapeau bleu blanc rouge, c'est à nous aussi ! Ca suffit ! Le bleu blanc rouge c'est pas le front national, c'est pas vrai ! Maintenant quand tu vois un drapeau bleu blanc rouge, on dit : " Oh putain, il est raciste ! " Ce genre de clichés, il faut que l'on arrête, c'est comme si le front national s'était approprié le drapeau national. Le drapeau, il vient de Marseille, il vient de Belsence ! La Marseillaise, elle vient de Marseille !! C'est pas vrai !
Shurik'n : Je pense que cet album, il n'a pas un concept global, comme a pu avoir L'école du micro d'argent, ni même une imagerie applicable à cet album; car c'est un album qui part dans tous les sens. Nous mêmes, on est tous azymuts. Ca part de discussions, de documentaires, d'actualités,...et vu qu'on a toujours des grandes gueules...
MUSIQUALITE : Et votre coup de gueule du moment, c'est quoi ?
Shurik'n : Mon coup de gueule du moment, ça s'appelle "La fin de l'homme" ! Y'en a qui ont du mal à regarder le clip jusqu'à la fin...
Freeman : Moi, mon coup de gueule, c'est " on te fait mal ", c'est un morceau qu'on fait avec Mc Arabica, où on fait on joue un peu le rôle de Malcom X arabe, en France ! ( rires )
ZYVA : On nous a dit qu'en Allemagne, vous êtiez bien connu car vous avez par le passé fait un featuring avec Freundeskreis ?
Shurik'n : Oui ! Moi j'ai encore travaillé avec Meli, Afrob,... J'ai passé pas mal de temps à Stuttggart...
ZYVA : On aura le droit encore à des featurings comme ça, venus d'autres horizons ou pas ?
Shurik'n : En Allemagne, on passe beaucoup car on a des contacts et on a fait des collaborations, mais on n'a jamais eu de problèmes en terme géographiques, on va dire , mais c'est plutôt en terme de qualité. Si ça rappe, ça rappe, si ça le fait, ça le fait. Après d'où il vient, on s'en fout !
Freeman : Nous, on fait partie de la première génération qui pense que quand le hip hop s'exporte et qu'il part dans d'autres pays, pour nous le kiff , il est là ! Pour moi, le plus grand kiff, depuis que je fais de la musique, c'est d'avoir entendu dire des suédois : " Merci IAM, car grâce à vous, on a compris qu'on pouvait rapper en suédois ", car les mecs, ils rappaient en anglais à la base. C'est vraiment quelque chose de glorifiant ! Et l'Allemagne, ce qui est extraordinaire, c'est que c'est le seul pays en radio, que je connaisse, qui une fois par semaine, a une heure de rap français.
Shurik'n : Ils ont une ouverture d'esprit qu'on n'a pas en France !
Freeman : Moi, avec Mc Arabica, on fait le Splash à Dresden, 3 fois, et quand j'arrive dans cet espèce de Woodstock mais hiphop, avec 50000 voir 60000 personnes le week end, t'as tout : du graff, du break, le stand des business mans qui t'expliquent comment évoluer dans le business... Je me suis pris une gifle monumentale ! Mais ça évolue de partout, il paraît que y'a un nouveau splash en URSS ! Alors que nous, les français, on était derrière les Etats Unis, le pays à vendre le plus de hiphop au monde ! On n'a jamais rien fait...
MUSIQUALITE : Dans plusieurs années quand vous serez plus là, on se souviendra surement encore d'IAM...
Freeman : Oh, oh, mets pas la guigne ( avec un accent marseillais ultra poussé ) ( rires ) Tu aurais dit ça à Ray Charles, t'es fou ou quoi ?
MUSIQUALITE : Pourquoi vous utilisez pas votre statut, pour justement créer une radio dans ce style là ?
Freeman : Tu sais, comme on dit à Marseille, on pete pas plus haut que notre cul ! Nous, on est des artistes à la base, et on fait les choses qu'on sait faire. Dans le business, y'a tonton, qui a un peu testé, d'autres personnes aussi mais bon voilà, l'amour qu'on a à la base c'est la musique, on veut vraiment pas se perdre. Jo ( Shurik'n ), un jour il a sorti, et je me régale à le ressortir à chaque fois : " Quand tu cours plusieurs lièvres à la fois, le soir tu manges que des légumes ! "
Shurik'n : C'est mon proverbe de base ! C'est le premier proverbe de l'école de la Mouette ! ( rires )
ZYVA : Bon, on va bientôt vous laisser tranquille, mais encore deux petites questions importantes. Comme vous êtes à Lyon, c'est normal vous allez vous faire chambrer...
Shurik'n : Oui !
ZYVA : Que pensez vous de la saison de l'Olympique de Marseille ?
Shurik'n : Moyenne ! Meilleure sur le fin mais c'est vrai que de toute façon..euh non, c'est l'inverse elle a mieux commencé au début, et là on commence un peu à battre de l'aile. Je pense qu'il y a eu de bonnes recrues et quand les joueurs veulent qu'on aligne la bonne équipe, on peut aller loin. Lyon, c'est indéniable, qu'on aime ou qu'on aime pas, c'est l'équipe qui développe le meilleur jeu dans le championnat, qui n'est pas d'un très haut niveau..
ZYVA : On est d'accord ! ( rires )
Freeman : D'ailleurs, tu peux demander à l'arrière droit où il a laissé ses vertèbres ! ( rires ) ( il mime le passement de jambes entre Mancini - milieu offensif de L'AS Roma et Réveillère - arrière droit de l'Olympique Lyonnais, rapport avec le match de ligue des champions 2007 où l'Ol avait perdu 2-0, match retour à Lyon )
Shurik'n : Je connais un très bon ostéopathe, si jamais, il a des problèmes...tu nous dis!
Freeman : Même si nous, on a quelque chose de plus que vous... Même si on perd...C'est la fierté que vous avez pas vous ici ! C'est des gens qui paient pour rien, ils ont pas d'âme !
Shurik'n : La seule différence, c'est que Marseille, c'est le seul club en France, qui a des clubs de supporters dans toutes les villes...même à Lyon !
ZYVA : On va même pas parler de Paris parce que...
Freeman : Non, pourquoi ? Putain, les pauvres, ils font de la peine ! L'année prochaine, ils vont jouer contre Martigues !
Zyva : Merci !
IAM : Merci à vous les gars !
Titre d'un artiste qui pourrait vous représenter vous ou votre musique : Natural Mystic - Bob Marley





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